jeudi 27 septembre 2018

Des playmobils en escrime de spectacle ?

"C'est pas histo !" est peut-être le mot le plus prononcé en fête médiévale (ou autre époque, le militaria XXème semble être bien pire !). Sa conséquence est la figure du playmobil : cette personne qui change juste un ou deux éléments de costume et revendique le fait de porter un costume de telle ou telle époque... Comme un playmobil quoi !
Vous trouverez une définition sur cette page qui vous donnera d'ailleurs de précieux conseils pour vos costumes ou vos campements (consultez aussi celle-ci avec "les aventures de Plémo").
Je me suis donc demandé si cette notion avait un sens en escrime de spectacle, d'où cet article. Un playmobil en escrime de spectacle (à connotation historique) serait celui ou celle qui utiliserait toujours les mêmes techniques, quelles que soient les armes utilisées ou l'époque à laquelle est censée se passer le combat. Mais comment éviter ça ?


Ne pas être un playmobil : proposer une escrime historique

Évidemment, personne ne veut être un playmobil, et force est de constater que nombre de compagnies historiques au niveau de reconstitution parfois très poussé s'effondrent totalement lorsqu'il s'agit de prendre des épées. Non seulement leurs combats sont souvent très moches mais surtout absolument pas historiques ! On se dira quand même qu'il est dommage d'avoir passé tant de temps à coudre son costume, à chercher les épées fidèles, les bonnes armures, le bons patrons de vêtement, les tissu histo-compatibles, les bons modèles de tentes, les bons accessoires, jusqu'à la nourriture et d'avoir aussi peu d'historicité en matière de combat...
Le fait est qu'il est rare qu'une compagnie arrive à concilier correctement les deux aspects.
D'une troupe ou d'un groupe de combat prétendant présenter des combats historiques on attendra donc avant tout une certaine historicité de l'escrime présentée.
Celle-ci consiste d'abord à respecter la logique des armes employées dans un premier temps, et dans un second de présenter des techniques de maniement de cette arme en rapport avec l'époque.
Ainsi, même si il est illusoire d'atteindre la perfection en reconstitution, surtout pour les temps anciens, on pourrait néanmoins présenter des combats témoignant au public de l'état de l'escrime à une époque donnée.

Tecnhiques de combat à l'épée en armure selon Hans Talhoffer - 1448

De l'impossibilité de ne pas être un playmobil : le manque de sources

Mais voilà, outre que la perfection n'est en effet pas atteignable, elle ne semble même pas en vue pour certaines époques. Nous n'avons aucun traité d'escrime avant le I:33 qui ne parle que d'épée-bocle et si, à partir de la fin du XIVème siècle nous sommes relativement bien renseignés sur les pays germaniques et l'Italie avec de nombreux traités d'escrime, ce n'est pas le cas pour d'autres pays à commencer par les deux protagonistes de la Guerre de Cent Ans : les royaumes de France et d'Angleterre.
Pour la France nous n'avons qu'un seul traité Le jeu de la hache rédigé au tournant du XVème siècle et qui ne traite que de la hache de pas (arme maniée presque exclusivement en armure). Le traité suivant écrit en français, La noble science des joueurs despee a été imprimé en 1538 et est une traduction du manuel d'Andre Paurñfeyndt. Pour l'Angleterre nous avons deux manuscrits le Harleian Manuscript du XIVème siècle et le Cottonian MS Titus A. XXV daté du milieu du XVème siècle. Ils sont tous deux loin d'avoir la richesse des manuscrits allemands ou italiens, sont assez succints, sans aucune illustration et ne traitent que d'épée longue.
De même nous ne pouvons que faire des suppositions sur la façon dont se battaient les pirates de l'âge d'or de la piraterie, ou comment on maniait une baïonnette au XVIIIème siècle (puisque les manuels les plus anciens datent tous du XIXème siècle).
Alors certes des études sérieuses peuvent exister avec des sources secondaires comme des dessins et des récits mais on restera dans une certaine incertitude.
Ainsi on sera toujours un peu un playmobil car l'on fera peut-être combattre des Français selon des techniques allemandes sans savoir si celles-ci étaient également enseignées par les maîtres d'armes français (dont l'existence est par ailleurs attestée au Moyen-âge). On montera des combats de pirates selon des techniques militaires en vigueur un siècle après.
Et quand il s'agit d'opposer des armes différentes entre elles, nous manquons cruellement de source, très peu d'auteurs évoquant cela, ou alors de façon très succincte. Paulus Hector Mair est encore une de nos meilleures sources sur ce point mais il ne couvre pas tout, loin de là.

Dussack contre hallebarde selon Paulus Hector Mair - vers 1550

Les combats playmobils crédibles

Pour caricaturer il faudrait donc apprendre à chaque fois en auteur de la période en rapport exact avec notre combat. Même si c'est toujours jouissif d'apprendre le maniement d'une nouvelle arme et d'un nouvel auteur c'est assez gourmand en temps. Or même les professionnels n'ont pas tant de temps que ça et ne parlons pas de l'amateur qui pratique l'escrime de spectacle en général une ou deux fois par semaine. C'est proprement impossible ! Il existe néanmoins des solutions.
Tout d'abord il faut savoir que beaucoup de techniques se perpétuent avec seulement des modifications mineures souvent durant quelques siècles ou au moins décennies. Les armes évoluent un peu, des techniques arrivent, des postures corporelles changent mais au final les grands traits restent longtemps et l'épée longue de Hans Talhoffer (milieu XVème) n'est pas si fondamentalement différente de celle de Theodor Verolinus (2nde partie deu XVIIème). Parmi ces techniques certaines sont particulièrement intéressantes pour leur façon de traverser les époques :

_ Le messer/dussack : le messer/dussack est une arme à la courte lame à un seul tranchant dont les gardes et les lames évoluent des fauchons du XIIIème siècle aux sabres de bord de la compagnie des Indes néerlandaises au XVIIème siècle. Les techniques du monde germanique gardent une base commune de Paulus Kal à Verolinus et on peut donc facilement les utiliser pour toutes ces époques avec les armes adéquates. Des auteurs comme Andre Paurñfeyndt et Joachim Meyer indiquent même qu'elles servent à manier toutes les armes à une main, elles ne sont donc pas exclusives d'un type d'arme très spécifique.
La même technique à 200 ans d'écart
 _ La broadsword et le sabre : La broadsword écossaise est la base de toutes les techniques de sabre anglaises même si celles-ci se sont mêlées au XIXème siècle avec des techniques hongroises. Les mêmes gardes se retrouvent du XVIIIème (et probablement XVIIème) siècle au XIXème siècle. On pourra donc les utiliser pour jouer des Écossais mais également des pirates britanniques ou des militaires anglais des XVIIIème et XIXème siècle maniant des sabres.
_ Le bâton et les armes d'hast : Comme j'en ai parlé dans un autre article, les techniques de bâton d'avant le XIXème siècle sont d'abord un entraînement à l'arme d'hast. La lance est l'une des plus anciennes armes de l'humanité et des armes d'hast diverses ont existé du XIIIème au XVIIIème siècle, très peu ont fait l'objet de techniques spécifique, les techniques de bâton devant leur servir de base. Ainsi, apprendre quelques bonnes techniques de bâton vous rendra capable de manier de façon convaincante des armes d'hast de toutes époques en spectacle. Cela fait du bâton une arme presque universelle !
 
3 gardes de sabre chez Henry Angelo qu'on retrouve déjà en broadsword - 1799

On voit donc que la notion de playmobil si, elle est applicable dans ses grandes lignes à l'escrime de scène (ne pas faire de broadsword avec des techniques de rapière par exemple), n'est pas non plus complètement pertinente sur le sujet en raison d'une certaine continuité de techniques. On a également vu que la faiblesse des sources pour certaines époques est un gros problème, de même que le manque de temps pour tout apprendre.
Je ne peux donc que conseiller à celui ou celle qui veut varier de les époques de s'attacher à apprendre les techniques traversant les époques que j'ai évoquées plus haut... ou à se résoudre à se concentrer sur une seule époque et maîtriser son escrime à la perfection ou presque !

mercredi 19 septembre 2018

Ces actions que l'on voit trop souvent en escrime de spectacle


Cela faisait longtemps que je n'avais pas fait un article critique. Celui-ci part d'une certaine lassitude : celle de voir trop souvent les mêmes choses dans les différents combats d'escrime de spectacle auxquels je peux assister ou que je regarde en ligne voire au cinéma ou dans des séries. Si certaines de ces actions sont un peu ridicules ou irréalistes, d'autres sont d'excellentes actions, intéressantes et spectaculaires ; simplement on les voit beaucoup trop souvent dans les combats, voire systématiquement, et on s'en lasse.

Les enchaînements d'attaques

Faites un peu d'escrime d'opposition, à l'épée longue, à la rapière ou à l'épée d'escrime, vous comprendrez qu'enchaîner deux ou trois attaques successivement sans avoir de riposte à gérer est déjà bien compliqué. Alors que dire des enchaînements de quatre, cinq voire sept attaques ! Sans justification scénaristique (personnage qui refuse de se battre et ne fait que se défendre par exemple) ça n'est absolument pas crédible. Un enchaînement de deux ou trois attaques peut être justifié par une bonne préparation d'attaque (feinte, surprise, contre-attaque...) ou si le défenseur est en difficulté (en train de se relever, de reprendre son équilibre, a été déstabilisé...), mais au-delà il faut placer une riposte, même en reculant, même maladroite, pour être un tant soit peu crédible. Cela n'ôtera rien à la possibilité de montrer un côté très agressif à l'un des combattants ou à montrer l'autre en difficulté, mais ça sera plus crédible. Malheureusement on voit trop souvent ce genre de choses, surtout dans les compagnies médiévales ou les sons et lumières, où le "huit" (quatre attaques de taille de suite : ventre, flanc, jambe côté non armé, jambe côté armé) semble être encore considéré comme un enchaînement présentable devant un public...

Ce que je pense d'un combat quand je voit trop d'attaques enchaînées... ;-)

Les voltes

La volte est un coup rare, dangereux, spectaculaire et qui peut surprendre en combat... mais difficile à placer. Parce que celui qui volte se met en danger et présente son dos, elle est rare en combat d'opposition.  Notons d'ailleurs qu'on ne voit dans les traités que ce que nous appellerions des demi-voltes, la volte complète semble plus être un coup de canne de combat. Malheureusement la volte est apparemment un ingrédient indispensable de tout combat d'escrime artistique, du moins en France. On en use et en abuse et combien voit-on de dos vulnérables offerts à des adversaires qui restent gentiment en garde sans réagir ? On peut évidemment faire le choix d'une escrime plus spectaculaire et moins réaliste comme le font beaucoup de films d'arts martiaux chinois par exemple. mais dans ce cas le reste du combat devrait être en cohérence : bouger beaucoup, tournoyer dans une chorégraphie guerrière où les lames scintillent et les guerriers virevoltent. C'est, hélas, rarement le cas... En fait souvent on se demande ce que la volte vient faire là, pourquoi l'escrimeur en place-t-il une alors que cela n'a aucun intérêt martial et même peu d'intérêt visuel, le combat n'étant pas particulièrement tournoyant.....
Donc par pitié, cessez d'abuser des voltes !
Une volte (en fait une demi-volte pour nous) chez Pierre Jacques François Girard (1736)

Les face à face

Plus spécifique au cinéma, leur abus est particulièrement lassant... Les deux adversaires se retrouvent fort contre fort, visage contre visage, la haine déformant leurs traits, ou la malice dans la bouche (pour les films plus anciens). Ensuite ils ne se séparent qu'en s'éjectant avec force, aucun ne pensant à tromper la force de l'autre pour rompre la pression sur le fer en cédant et en en profitant pour gagner un temps d'escrime !
En elles-mêmes ces scènes ont un potentiel visuel important et sont des confrontations assez fortes entre deux personnages. Mais on les voit trop souvent pour ne pas en être lassé et il serait peut-être temps de varier.
Même les vampires de Blade (Stephen Norrington - 1998) n'échappent pas à un face à face

Les dos à dos 

Les deux adversaires s'opposent et finissent par se retrouver le dos l'un contre l'autre, roulant presque l'un sur l'autre pour changer de côté. C'est une astuce un peu facile pour changer de côté justement et rapprocher et séparer les combattants. Cela arrive en fait plutôt rarement en opposition et ça se voit un peu, même en spectacle. On dirait que les adversaires collaborent presque au lieu de tout faire pour se tuer l'un l'autre... Il ne faudrait réserver cela qu'aux combats volontairement non réalistes dont je parlais plus haut pour les voltes et l'éviter pour tout le reste.

Les désarmements suivis de récupération d'arme

Les désarmements se retrouvent dans tous les traités d'escrime ou presque, que cela soit à l'épée longue, au dussack, à la rapière ou à l'épée de cour. Même si ils ne sont pas forcément faciles à placer en opposition leur fréquence et leur récurrence dans les traités attestent au moins d'un certain emploi. Mais une fois l'adversaire désarmé que faire ? Le combat devrait être terminé, le désarmé n'ayant aucune chance.
Pourtant il est rare que l'on voit un combat d'escrime artistique se terminer ainsi, le plus souvent après un désarmement on assiste presque invariablement à deux scénarios. Dans le premier celui qui a désarmé l'autre lui rend gentiment son arme (pourquoi le ferait-il ? Cela est-il justifié correctement dans le scénario du combat ?). Dans le second l'autre veut continuer à mains nues le plus souvent et finit en général par récupérer assez vite son arme ou parfois celle de l'autre. Ces scénarios en eux-même ne sont pas du tout mauvais, mais ils sont tellement vus et revus qu'on s'y attend et qu'ils ne surprennent plus personne...
De plus, se battre à mains nues face à un adversaire armé (souvent même de deux épées) est tout de même extrêmement périlleux. L'autre a plus d'allonge et a une arme plus mortelle. Certes des techniques existent et sont efficaces... à condition d'avoir un niveau bien supérieur à son adversaire. Or si l'on s'est fait désarmer c'est qu'on est moins bon non ? On voit là tout le paradoxe de cette action et j'attends impatiemment de voir un combat où celui qui se fait désarmer veut continuer et se fait tuer pour cette action stupide !

Même si il y aurait à redire sur la chorégraphie (mais ils avaient probablement très peu de temps pour la créer et la répéter) ici le fait de réarmer l'adversaire est justifié par le scénario et les personnages (Thierry, noble chevalier - Florent, ignoble imposteur)

Les retournements de situation continuels

En général dans un combat l'un des deux est meilleur. Quand il est meilleur ça se voit dés le début et il prend l'ascendant. Si les deux sont d'égale force on aura peut-être des moments de domination de l'un ou l'autre mais ça restera souvent équilibré. Je vois trop souvent des personnages déjà vaincus, au sol, désarmés, déséquilibrés ou autre, revenir et inverser la tendance pour mettre l'adversaire à son tour dans la même situation, qui va peut-être encore s'inverser...
En soi là encore c'est un ressort dramatique fort, mais là encore on en abuse vraiment, on ne fait pas assez de combats où l'un domine, prend un avantage, l'exploite et gagne ! C'est pourtant ainsi que la plupart des affrontements se déroulent et cela n'en fait pas un combat inintéressant (parce que même en étant dominé on peut être dangereux et faire un peu peur à l'autre qui réussira une brillante parade ou esquive, parce qu'il est bon). J'aimerais que le retournement du situation ne soit plus un élément indispensable du scénario d'un combat mais plutôt une surprise à faire au spectateur. Et pour que ça soit une surprise il faut que ça reste rare.

Pour finir...

L'idée de cet article n'est pas de stigmatiser la plupart des actions que j'ai décrites (sauf peut-être l'enchaînement d'attaques) mais d'abord de sensibiliser au fait qu'à les voir trop souvent elles perdent de leur efficacité dramatique voire de leur crédibilité. Cet article est un appel à parfois une simplicité scénaristique salutaire, crédible et qui finira par surprendre le spectateur blasé des rebondissements et autres... Surtout cessons de les voir comme des éléments presque obligatoires, cherchons d'autres actions, d'autres ressorts dramatiques. Cherchons d'autres coups dans les traités, ou innovons scénaristiquement, dramatiquement. Ne nous contentons pas de copier ce qui se fait depuis cinquante ans !

dimanche 9 septembre 2018

Les débuts de l'escrime de spectacle dans la première moitié du XXème siècle et ses modèles sportifs et martiaux


L'escrime de spectacle est très ancienne, au moins dans la Rome antique on présentait des scènes de combat reconstituant les grandes batailles de la République et de l'Empire et les combats d'exhibition plus ou moins chorégraphiés sont prisés depuis longtemps. De même, le théâtre met en scène des combats depuis ses débuts ou presque. Cependant le XXème siècle a l'avantage de nous avoir laissé des traces filmées de ces combats ce qui n'est pas le cas avant. Nous n'avons en vérité aucune idée de la façon dont était réglé le duel d'Hamlet par Shakespeare ou le celui du Cid par Corneille [Edit : on me précise en commentaire qu'il n'y a pas de duel sur scène dans Le Cid, cela étant interdit au théâtre à l'époque. Au temps pour moi]... En revanche nous avons des films et même un peu de théâtre filmé pour les débuts du XXème siècle. Nous allons donc nous efforcer ici de comprendre comment s'est constituée l'escrime de spectacle, d'où elle vient, et ce qui explique donc sa forme actuelle.
Cet article vient compléter deux articles assez récents sur des sujets proches. Celui de Michaël Müller-Hewer sur les origines de l'escrime de taille dans l'escrime artistique et de spectacle et celui d'Adrien Garcia sur l'escrime au cinéma qui s'attache beaucoup au rapport avec la technique cinématographique.
En contraste avec mes autres articles, celui-ci fera une utilisation abusive des vidéos qui ne seront pas là pour illustrer mais serviront de base à mon propos.

 
Le Signe de Zorro - 1920

Le sabre comme base

Une bonne partie de l'escrime de spectacle des débuts est très clairement inspirée de l'escrime au sabre. Attention, il s'agit de la façon dont on pratiquait le sabre à l'époque, une technique encore très inspirée du sabre militaire, assez statique avec force parades, ripostes et contre-ripostes. Vous pouvez en juger avec ces vidéos d’époque (qui pourtant évoquent même une évolution !)
  
Sabre en 1906 et 1926


 Sabre aux Jeux Olympiques de 1936


 Pour information le sabre actuellement ça ressemble plus à ça :


Lorsqu'on regarde les vidéos des combats de Zorro de 1920 et 1940 la parenté est frappante. On a affaire ni plus ni moins à un combat de sabre de l'époque avec un peu de chorégraphie, quelques gammes regrettables pour meubler mais de belles attaques et ripostes martiales.

Le signe de Zorro (The Mark of Zorro) de Fred Niblo avec Douglas Fairbanks (1920), premier film à engager un maître d'armes pour régler les combats :


Le remake de 1940 du signe de Zorro (The Mark of Zorro) de Rouben Mamoulian avec Tyrone Power, un superbe combat malgré quelques gammes dispensables.


Je pourrais montrer d'autres combats au sabre (moins beaux) mais dans tous ceux-ci il est clair qu'à l'époque on fait plus que s'inspirer de ce qui se fait dans les salles d'armes.

 

L'épée comme base

Mais le sabre n'est pas la seule base, au moins des débuts de l'escrime de spectacle, l'épée en est une autre. Rappelons qu'avant 1914 on se bat encore en duel en France et en Italie. Certes ces duels concernent surtout les milieux de la politique et du journalisme mais aussi du théâtre ! Il ne s'agit plus de duels à mort mais au premier sang, généralement une estafilade sur le bras en prenant bien soin d'avoir une lame désinfectée... Mais il s'agit néanmoins d'une expérience éprouvante où l'on se met en danger ! L'escrime à l'épée prépare à ce type de duel et d'ailleurs à l'époque les compétitions à l'épée se faisaient en une seule touche (c'est encore le cas au pentathlon moderne). Pour les duels à la rapière les régleurs de combat de l'époque se sont abondamment servit de leur technique d'épée, d'où toutes les petites touches que l'on voit préparant la fente.

 L'un des duels de Léon Blum (l'homme au chapeau) contre Pierre Weber en 1912 :




Duel de Charles Maurras (le petit) contre Paul de Cassagnac en 1912 :




Escrime aux Jeux olympiques de 1912 :


Sarah Bernhard dans le duel d'Hamlet en 1899 :


Le Comte de Monte Cristo (The Count of Monte Cristo) réalisé par Rowland V. Lee en 1934
 

Les trois mousquetaires (The Three Musketeers) de Rowland V. Lee et Otto Brower en 1935

 

Mélanger épée et sabre

Pour les armes plus anciennes pouvant frapper d'estoc et de taille les maîtres d'armes ont improvisé et mélangé des techniques de sabre et d'épée pour tenter de simuler la rapière. Notons qu'à l'époque l'accès aux traités d'escrime était infiniment plus compliqué qu'aujourd'hui (où grâce à la numérisation et internet, n'importe qui peut les lire et les étudier). Alfred Hutton avait bien fait déjà tout un travail de recherche et d'édition à la fin du XIXème siècle mais, après sa mort, celui-ci avait en grande partie été oublié. Cela donne donc des choses un peu bizarres...

Captain Blood de Michael Curtiz, avec Errol Flynn en 1935



The Black Pirate d'Albert Parker avec Douglas Fairbanks en 1926



Notons également à l'époque le travail de Pierre [d'Albert] Lacaze sur l'épée-dague dont il voulait faire la quatrième arme de l'escrime.

 

 

Et l'escrime médiévale dans tout ça ?

La dernière école d'escrime enseignant l'épée longue ayant fermé au début du XVIIIème siècle en terre germanique, les techniques d'épée longue étaient à l'époque complètement inconnues des maîtres d'armes. 
Là aussi ils ont improvisé et on a donc un mélange de sabre, d'épée... et de n'importe quoi.

Invahoe (1913) par Herbert Brenon : on fait du sabre sportif sans se soucier des armures ni même des boucliers..


Les aventures de Robin des bois (Robin Hood) par Michael Curtiz en 1938, avec encore Errol Flynn.


 

Et après ?

L'escrime de spectacle a évolué à partir de ces bases, utilisant de plus en plus les coups de taille au détriment de l'estoc mais, surtout en se détachant de plus en plus de ses bases sportives... et martiales.
Et c'est bien là le reproche que je pourrais lui faire. Elle a en grande partie perdu son lien avec une escrime véritable, efficace....
À l'heure où l'on redécouvre depuis dix ou vingt ans les traités anciens, où des groupes se développent pour les étudier un peu partout dans le Monde, peut-on encore continuer à en être totalement détachés ? Le combat à mains nues s'inspire presque toujours de techniques existantes, pourquoi le combat à l'épée devrait-il en être détaché ?
Les anciens faisaient de l'escrime, avec leurs connaissances de l'époque, mais ils tâchaient de présenter quelque-chose de crédible martialement. Pourquoi vouloir détacher l'escrime artistique ou de spectacle de la réalité d'un combat armé alors que nous avons tous les moyens de l'y rattacher ?

mardi 28 août 2018

Idées de rôles féminins tirés de l'Histoire et de légendes d'époque : récapitulatif

Après cette longue série d'articles sur le même thème il me semblait utile d'écrire une conclusion et de récapituler.

La légende de Kena Hasselaer rapporte qu'elle aurait mené un bataillon de 300 femmes pour défendre sa cité d'Haarlem assiégée par les espagnols en 1573 (tableau de Barend Wijnveld et J.H. Egenberger - 1854)
Écrire ces articles m'a beaucoup appris, je savais déjà que les femmes avaient régulièrement porté les armes dans l'histoire mais j'ai été amené à découvrir de nombreuses niches insoupçonnées, des histoires de femmes formidables et trop peu mises en avant dans la fiction et dans les récits.

À vrai dire le sujet de recherche est très récent, la plupart de mes références universitaires ont moins de vingt ans et je regrette énormément de ne pas avoir pu consulter certaines autrices faute d'accès à une bibliothèque universitaire. J'ai essayé de mener mes recherches avec la meilleure rigueur possible mais j'ai été limité par l'accès aux références en ligne et par le temps. Il y aurait sur le sujet de nombreuses thèses à mener et ce n'est pas en une trentaine d'heures de recherches qu'on peut être exhaustif et parfaitement rigoureux.

Par ailleurs, même si travail historique il y a eu, l'objectif était d'abord de donner des idées aux escrimeuses de spectacles parfois arrêtées par l'idée que "les femmes ne portaient pas les armes à l'époque". On a vu que c'était faux même si les femmes que nous avons rencontrées ont toujours été des exceptions qui allaient contre les normes de la société. On remarquera d'ailleurs que c'est souvent lorsque la société est bouleversée, ou dans ses marges, là où elle est moins bien en place, que les femmes s'émancipent...
Catalina de Erauso (1592 - 1650) aventurière espagnole aux Amériques (portrait anonyme)
Pour en revenir à l'escrime de spectacle, si je puis donner un conseil c'est de ne pas trop broder sur la vie de ces femmes. Leurs histoires sont souvent déjà incroyables en elles-mêmes sans qu'il y ait besoin d'en rajouter et le fait de présenter au public une histoire authentique est toujours un plus. Ne faites pas comme au cinéma quoi, la vie de la Maupin est déjà suffisamment rocambolesque sans qu'on ait besoin de lui inventer une histoire avec une société satanique et un complot ridicule par exemple ! L'histoire du duel d'Olga Zaravov et Yekaterina Polesov et de leurs filles est suffisamment forte sans qu'il soit nécessaire d'en rajouter, les exploits de Jeanne la flamme n'ont besoin d'aucune exagération pour impressionner, pas plus que ceux de Boudicca !

Vous trouverez donc ci-dessous le récapitulatif des articles de cette série (cliquez sur le titre pour aller à l'article) :


L'Antiquité et le Haut Moyen-Âge

- Guerrière celte
- Gladiatrice
- Amazone
- Guerrière germanique/viking

Le Moyen-Âge central et tardif

- Croisée
- Civile en armes
- Défenseuse de murailles
- Cheffe de guerre en armure
- Héroïne de manuscrit

L'époque Moderne en deux parties : 1ère partie et 2nde partie

- Défenseuse de ses terres
- Milicienne
- Travestie en soldat
- Duelliste et aventurière
- Pirate
- Gladiatrice des îles britanniques
- Révolutionnaire
- Duelliste
- Fleurettiste
- Passante agressée (défense au parapluie)


J'espère que ces articles vous auront été utiles et vous donneront des idées de combat. N'hésitez pas non plus à fouiller tous les liens que j'ai donné. Il y a des dizaines de femmes à découvrir, dont je n'ai pas parlé faute de place et de temps, il y a même probablement des rôles à découvrir que je n'ai même pas rencontré au cours de mes recherches, le travail à faire est immense !

Les Amazones passionnent encore de nos jours (image de promotion du film Wonder Woman de Patty Jenkins - 2017)

lundi 30 juillet 2018

Idées de rôles féminins tirés de l'Histoire et des légendes d'époque : l'époque contemporaine

Il s'agit du dernier de ma série d'articles sur les rôles historiques à proposer aux escrimeuses de spectacle. Nous finiront la série en parlant des rôles de l'époque contemporaine, de la Révolution Française à la Belle Époque. Nous nous arrêterons à 1914 car, après cette époque, l'utilisation des armes blanches selon des techniques qu'on peut qualifier d'escrime a pratiquement disparue en dehors des salles d'armes.

Révolutionnaire

Marie-Thérèse Figueur dite "Mme Sans-gêne" qui servit les armées de la Révolution et de l'Empire
 La Révolution française était une période troublée et l'on a vu que les périodes troublées étaient des périodes où les interdits culturels concernant les femmes étaient plus facilement bouleversés. C'était également une période de revendications égalitaristes et qui a vu la naissance de revendications que l'on pourrait qualifier de féministes. Des femmes y ont ainsi voulu former des "compagnies d'amazones", ont suivi les armées d'engagés volontaires où servaient leurs maris, leurs amants et quelques-unes se sont battues sous l'uniforme souvent sans cacher leur sexe à leurs compagnons d'armes. Quand bien même le décret du 30 avril 1793 prévoyait que « les femmes qui servent actuellement dans les armées seront exclues du service militaire ; il leur sera donné un passeport et 5 sous par lieue pour rejoindre leur domicile » il ne fut la plupart du temps pas suivi d'effet. On peut ainsi citer les noms de la femme Communeau qui se fit remarquer sur le théâtre vendéen, la jeune Anne Quatresous (15 ans) qui eut deux chevaux tués sous elle et même des femmes officiers comme la femmes Favre (capitaine en second) une lieutenant, trois sous-lieutenant et deux sergents. Certaines continuèrent leurs activités sous le Directoire et l'Empire comme Marie-Thérèse Figueur dite "Madame sans-gêne" et qui relata son histoire dans ses Mémoires.
Statue érigée en l'honneur de Solitude aux Abymes (Guadeloupe)
 À la même époque, de l'autre côté de l'Atlantique on peut citer la mûlatresse Solitude qui se battit dans l'armée de l'officier Guadeloupéen Delgrès qui refusa le rétablissement de l'esclavage dans les colonies française en 1802, capturée, elle fut condamnée à mort mais, enceinte, son exécution fut retardée pour lui permettre d'accoucher. Elle périt sous les coups du bourreau le lendemain...

Mère de toutes les Révolutions du XIXème siècle la Révolution et d'autres révolutions virent des femmes prendre les armes. La plus impressionnante est Moscho Tzavela, révolutionnaire grecque qui mena un groupe de 400 femmes souliotes (communauté orthodoxe d'origine albanaise) dans les montagnes d'Épire de 1792 à 1803. Mais on peut également citer Pelaghia Roșu qui participa à la Révolution roumaine de 1848 et commanda un bataillon de femmes défendant leur village.

Armement : pas différent des soldats de l'époque : fusil à baïonnette pour les fantassins avec parfois un sabre briquet pour les troupes d'élite, la Révolution tenta de réhabiliter la pique également (sans grand succès sur les champs de bataille). Les cavaliers portaient des sabres et des pistolets, quant aux officiers ils portaient des épées de cour. Les révolutionnaires plus "rustiques" peuvent être armés d'armes de fortune. Dans les Balkans on portait le mousquet et le yatagan, une lame à la courbure inversée.
Style de combat : simple et rustique pour les soldates de base avec toujours des techniques de baïonnette ou de lance, de sabre militaire. Pour les officières on n'hésitera pas à puiser dans les techniques d'épée de cour.

Duelliste

Émile-Antoine Bayard - Le duel (1884)
Au XIXème siècle le duel se raréfie et se "civilise" tout au long du siècle, on passe du duel à mort au début du siècle au duel au premier sang à la fin de celui-ci. Durant la seconde moitié du XIXème les duels étaient essentiellement des affaires mondaines dont la presse se faisait l'écho et qui impliquaient surtout le monde de la presse, du théâtre et les milieux politiques. Nous avons, tout au long du XIXème siècle des exemples de femmes se battant en duel. En France ainsi, en 1884, la féministe, doctoresse en médecine Asté de Valsayre fut impliquée dans un duel avec l'américaine Miss Shelby, elle aussi doctoresse et avec laquelle elle se querella sur les mérites des doctoresses françaises et américaines.
Il se pourrait que nombre de ses duels se déroulaient seins nus avec des femmes pour seules témoins, il se pourrait également que cela ne soit qu'un fantasme masculin.
Un film des studio Lubin An affair of honor fut même tourné en 1897 mettant en scène un duel féminin. Il bénéficia d'un "remake" dés 1901.
Duel entre Olga Zavarov et Yekaterina Polesov
En Russie également les femmes se battaient en duel, parfois en intérieur dans des salons. Par exemple, dans son salon de Saint-Pétersbourg, une certaine Madame Vostrouhova aurait tenu pas moins de 17 duels féminins en 1823. Un des plus notables de ces duel fut celui qui opposa Olga Zaravov et Yekaterina Polesov en 1829 en présence de leurs filles de 14 ans. Olga reçu un coup de sabre sur le crâne mais parvint, avant de mourir, à enfoncer son sabre dans l'estomac de Yekaterina laquelle décéda le lendemain. Cinq ans après, dans le même bois de bouleaux, leurs filles, Alexandra Zaravova et Anna Polesova, s'affrontèrent à leur tour. Alexandra tua Anne et vengea ainsi sa mère.

Armement : si les françaises se battent à l'épée de duel (très proche des épées d'escrime actuelles) les Russes se battent au sabre.
Style de combat : ces femmes, issues de milieux bourgeois ou aristocratiques ont probablement été formées à l'escrime. Nous sommes, pour l'épée, sur une forme d'escrime extrêmement proche de la nôtre, ou du moins de l'escrime dite "classique". Pour ce qui est du sabre d'innombrables traités de sabre militaire existent, y compris avec des techniques d'Europe de l'Est.

Fleurettiste

Escrimeuses à la Salle Bertrand par Frederick Townsend (1899)
Comme je l'écrivais dans un précédent article, représenter un combat "sportif" peut également être intéressant en spectacle. Si l'on entraînait depuis longtemps certaines jeunes filles de la noblesse à l'escrime c'est une pratique qui s'est développée dans les écoles au XIXème siècle. Dans le développement du sport dans la seconde moitié de ce siècle, le sport féminin se fit une petite place, à la fois comme loisir et comme outil de bonne santé et de développement du corps. Sur ces points l'escrime avait excellente réputation. On trouve donc des exercices de fleuret dans des salles d'armes entre jeunes filles et la première maîtresse d'armes française, Aline Guillemot, fut diplômée en 1908.
À l'époque il n'y avait pas encore de tournois comme nous le connaissons, au fleuret c'est d'abord la beauté des touches qui comptait avant leur nombre et un tireur honnête, un gentilhomme, ou ici, une femme du monde, ne pouvait que déclarer les touches qu'il ou elle avait reçues.
On a donc un spectacle, véritable concours d'élégance martiale avec d'élégantes tenues d'escrimeuses. On voit donc le potentiel de représentation en escrime de spectacle !

Armement : des fleurets ! Souvent avec une garde en 8 ajourée, ou une coquille ronde classique voire une garde italienne classique avec ricasso... En effet, les femmes ne s'entraînaient qu'au fleuret, l'épée étant l'arme du duel (auxquels elles n'étaient pas censées être confrontées) et le sabre l'arme des militaires (qu'elles n'étaient pas censées devenir). Si le fleuret féminin est entré au Jeux Olympiques en 1924 n'oublions pas que c'est 1996 pour l'épée et 2004 pour le sabre ! On complètera l'équipement par un masque d'époque, un plastron ancien et une ample jupe au genou.
Style de combat : l'escrime française au fleuret dans toute sa splendeur ! On peut aussi pratiquer l'escrime italienne avec des fleurets italiens. On pratiquera l'escrime classique la plus belle et la plus orthodoxe en oubliant les vilains coups lancés. Notons qu'en France à l'époque il n'y avait pas de règles de priorités au fleuret.

Passante agressée

Image tirée d'un article du journal "The Idler" décrivant des techniques de combat au parapluie (1908)
Le tournant du XXème siècle a vu, en Europe et aux États-Unis l'arrivée de la self défense avec le ju-jitsu japonais notamment couplé aux techniques plus "traditionnelles" de la canne de combat ou de la boxe (française ou anglaise). La ville était perçue comme devenue un endroit violent ou les Apaches de Paris ou les hooligans anglo-saxons rôdaient, prêt à détrousser le bourgeois... ou son épouse !
Si les hommes avaient la canne, les femmes avaient le parapluie, et des techniques de combat se sont crées pour se défendre à l'aide de cet outil. On en trouve la description dans plusieurs journaux d'époque comme The Call of San Francisco, The Idler ou Le journal des voyages et même dans quelques manuels d'escrime comme celui de R. G. ALLANSON-WINN et C. PHILLIPPS-WOLLEY (un chapitre à la fin). Toutes ces méthodes expliquent comment se défendre des voyous, non armés ou armés de couteaux, en utilisant un outil que les femmes portent souvent : le parapluie. On y mêle également des techniques de clés et de soumission avec des coups de la main.
Pour changer des éternelles épées et porter ces beaux costumes de la Belle Époque ou de l'âge victorien on pourra monter un combat de la sorte. Si l'on veut un peu de réalisme cela sera forcément court. Cela peut se coupler avec de la canne : un couple agressé par des voyous, ou avec d'autres techniques. En tout cas il y a quelquechose à faire ! En revanche les techniques sont dangereuses : utilisent la pointe ou supposent des prises avec la crosse de l'arme et sont donc à réserver à des gens expérimentés, qui sont en contrôle.

Armement : un parapluie ! Et en face des poings, un couteau voire une canne ou une canne irlandaise ou tout autre arme de voyou. Si un homme accompagne la femme il aura une canne voire une canne-épée.
Techniques de combat : il faut se référer à ce qui est décrit. Le parapluie utilise la pointe comme un fleuret, profitant de l'allonge. Tenu à deux mains, à courte distance, ou frappe de la crosse et celle-ci peut également être utilisée pour crocheter les membres ou le cou de l'adversaire. Les coups du plat en revanche sont surtout là pour déstabiliser plus que pour réellement mettre hors de combat.


Voici donc qui clôt cette série. En espérant avoir proposé des choses utiles...

Quelques liens utiles :





lundi 23 juillet 2018

Idées de rôles féminins tirés de l'Histoire et des légendes d'époque : l'époque moderne - 2nde partie

Il s'agit de la seconde partie de mon 3ème article sur les rôles de femmes armées tirés de l'époque moderne. Cette seconde partie se penchera un peu plus sur les exemples historiques de femmes un peu plus en marge de la société.

Duelliste et aventurière

Mademoiselle de Maupin, la plus célèbre des aventurières de l'époque (gravure anonyme vers 1700)
Il est impossible de parler des femmes portant l'épée à l'époque moderne sans évoquer l'histoire de Mademoiselle de Maupin. Célèbre grâce au roman que lui a consacré Théophile Gauthier en 1835 elle a, dés son époque défrayé la chronique. Escrimeuse mais aussi chanteuse d'Opéra, en costume d'homme ou de femme son histoire (peut-être parfois romancée) est rocambolesque avec cavale, duels et amants, hommes et femmes parfois aussi prestigieux que l'Électeur de Bavière ou la Marquise de Florensac, "la plus belle femme qui fut peut-être à son époque" ! Trop peu de films ou de spectacles lui ont été consacrés et c'est bien dommage.
Le destin de nombreuses femmes déguisées en soldat qu'on a évoquée dans la première partie de cet article est souvent assez rocambolesque. De même, d'autres femmes nobles se sont battues en duel, avec des femmes le plus souvent. N'oublions pas que, comme on l'a vu, à l'époque beaucoup de jeunes filles de la noblesses étaient éduquées à monter à cheval et instruite de l'escrime.
Catherine la Grande, future tzarine de Russie, quand elle avait quatorze ans et s'appelait encore Sophie Frédérique Augusta d'Anhalt-Zerbst est réputée s'être battue en duel avec l'une de ses cousines. Par la suite Catherine est réputée avoir été seconde dans huit duels féminins différents tout en insistant pour qu'ils se déroulent au premier sang.
Armement :  On est aux début de l'épée de cour qui supplante rapidement la rapière en France. C'est clairement l'arme du duel (même si Besnard en 1653 fustige le duel à la courte épée et au pistolet). Dans d'autres contexte on opposera l'épée de cour à d'autres armes de soldats ou bientôt de gendarmes comme le sabre, le fusil à baïonnette ou la pique... Notons que l'épée de cour peut avoir une lame triangulaire (conseillée pour le duel) mais aussi une lame plate (conseillée pour la guerre).
Techniques de combat : C'est là l'occasion de sortir la plus belle escrime de l'école française ! Celle de la fin du XVIIème siècle et du début du XVIIIème siècle utilise encore la main gauche, notamment en complément de la parade, ou les désarmements. Pierre Girard montre également des techniques contre le sabre ou la lance (voir aussi mon article sur les coups intéressant chez cet auteur) et Philibert de Latouche rappelle que l'on peut donner des coups de taille (appelés estramaçons) avec une épée de cour car, si ils ne sont pas très efficace, ils surprennent.

Pirate, Flibustière des Caraïbes

 Mary Read et Ann Bony, les deux plus célèbres femmes pirates

Les flibustiers pillaient les navires et les villes espagnoles durant la plus large part du XVIIème siècle. Si les Espagnols les pendaient haut et court comme pirates, la différence est que leur activité avait un semblant de légalité leur permettant de revendre leurs marchandises à la Tortue ou à la Jamaïque. Je vous invite pour plus de renseignements à consulter l'excellent site de Raynald Laprise sur la flibuste. Les pirates avaient une existence plus précaire, moins légale même si Nassau a pu faire office à un moment de république pirate. L'âge d'or de la piraterie se situe juste après la guerre de succession d'Espagne, de 1716 à 1726.
Occasionnellement des femmes ont été pirates ou flibustières et les écrivains et chroniqueurs de l'époque ou des siècles suivants ont beaucoup fantasmé sur la chose. Ainsi Jacquotte Delahaye a probablement été inventée vers 1940 par Léon Treich. Néanmoins de vraies flibustières ou pirates au féminin ont existé, accompagnant leurs époux en mer, combattant, s'habillant parfois en hommes...
Ainsi Marie-Anne Dieu-le-veult épousa le capitaine hollandais Laurens De Graff après l'avoir supposément menacé de ses pistolets, celui-ci ayant alors trouvé une femme au caractère digne de lui. Ce qui est sûr c'est qu'elle l'accompagna en mer et eut trois enfants avec lui. Sa fille, Marie-Catherine est également réputée avoir provoqué un homme en duel.
Mais les plus célèbres restent Ann Bony et Mary Read, elles faisaient partie de l'équipage de Jack Rackham dont Ann Bony fut probablement la maîtresse (ainsi que celle de Mary Read qui s'habillait en homme au début de sa carrière). Elles furent capturées en 1720 après une heure de combat alors que leur équipage et leur chef, Rackham, était trops ivres pour se battre. Condamnées à mort, elles échappèrent à la pendaison en invoquant une grossesse. Mary Read mourut en prison de la fièvre jaune mais Ann Bony fut graciée par le gouverneur (son père était un planteur de Caroline du Sud) et on ne sait ce qu'il advint d'elle par la suite.
« Je regrette de vous voir dans un tel état, mais si vous vous étiez battu comme un homme, vous n’auriez pas à mourir comme un chien »
Ann Bony à Jack Rackham
Armement : les flibustiers et les pirates, outre des pistolets et des mousquets (peu utiles pour l'escrime) utilisaient des sabres d'abordage dont les formes ont varié du tessack suisse du XVIIème au sabre cuillère à pot du XIXème, mais aussi des haches, des piques d'abordage, des poignards et, parfois, des rapières (on les imaginera plutôt espagnoles) et des épées de cour.
 
Armes servant à la marine dans les Mémoires d'Artillerie de Pierre Surirey de Saint Remy (1696)  
 
Style de combat : les flibustiers étaient parfois d'anciens soldats (surtout pour les Anglais de la Jamaïque), les pirates étaient des marins à l'origine. Il y avait peu de nobles et de bourgeois ayant appris l'escrime. On optera donc pour un style avec peu de technique. On peut néanmoins s'inspirer des techniques allemandes de dussack, des techniques anglaises de backsword (le sabre d'abordage étant similaire aux armes secondaires des fantassins), ainsi que les techniques plus tardives de cutlass ou de sabre du XIXème siècle. Si on veut simuler un combat d'abordage il faudra apprendre à combattre en groupe sur de petits espaces, autrement on pourra s'amuser à faire forces acrobaties.
Notons qu'un groupe d'études d'AMHE, les flibustiers de Lémurie, étudie le sabre d'abordage français. Par ailleurs M.J. de Saint Martin a, pour une époque très légèrement plus tardive, consacré un chapitre de son traité au combat d'abordage, et vient de paraître en ligne le manuscrit du lieutenant William Pringle Green traitant du combat au sabre, au pistolet et des tactiques d'abordage et qui décrit même quelques technique de combat avec le pistolet en arme de main gauche ! Une transcription serait en court...

Gladiatrice des îles britanniques

En Écosse et Irlande, au début du XVIIIème siècle des gladiateurs modernes s'affrontaient dans des combats non létaux (en principe) pour le plaisir du public. Donald McBane, l'auteur de The Expert Swordsman's Companion fut l'un d'entre eux et combattit notamment à Londres dans le Beargarden (sorte d'arène urbaine où on combattait également des animaux). Les paris allaient bon train et les armes n'étaient pas émoussées, faisant couler le sang ! Parmi ces gladiateurs Ben Miller, auteur de l'ouvrage Irish Swordsmanship: Fencing and Dueling in Eighteenth Century Ireland cite de nombreux noms de gladiatrices irlandaises des années 1720-1730 : Mary Welch, the "Invincible Irish championess," Bonduca O’Brian, “the bold Female Hibernian Heroine,” Mary Waller, the “Hibernian”, et Lætitia Mac-Guire, “well-known by the name of the bold Quaker.”. Il cite également un témoignage d'époque décrivant la réalité sanglante de ces combats :
"Their weapons were a sort of two-handed sword, three or three and a half feet in length; the guard was covered, and the blade was about three inches wide and not sharp—only about half a foot of it was, but then that part cut like a razor. The spectators made numerous bets, and some peers who were there some very large wagers. On either side of the two amazons a man stood by, holding a long staff, ready to separate them should blood flow. After a time the combat became very animated, and was conducted with force and vigour with the broad side of the weapons, for points there were none. The Irishwoman presently received a great cut across her forehead, and that put a stop to the first part of the combat. The...third combat was fought for some time without result, but the poor Irishwoman was destined to be the loser, for she received a long and deep wound all across her neck and throat. The surgeon sewed it up, but she was too badly hurt to fight any more, and it was time, for the combatants were dripping with perspiration, and the Irishwoman also with blood. A few coins were thrown to her to console her, but the victor made a good day’s work out of the combat."
"Leurs armes ressemblaient à des épées à deux mains de trois pieds ou trois pieds et demi ; la garde couvrait la main et la lame mesurait environ trois pouces de largeur et n'était pas affûtée - seulement un pied de celle-ci et cette partie était coupante comme un rasoir. Les spectateurs lançaient de nombreux paris dont certains étaient très élevés. Des deux côtés des deux amazones se tenait un homme qui, un long bâton à la main, était près à les séparer si le sang venait à couler. Après un certain temps le combat devint très animé et fut conduit avec force et vigueur avec le tranchant de leurs épées car on n'utilisait pas de coups d'estoc. L'Irlandaise reçu ainsi une grande coupure d'un côté à l'autre du visage ce qui mit fin au premier combat. Le troisième combat se déroula pendant quelque temps sans résultat, mais la pauvre Irlandaise était destinée à perdre, car elle reçut une longue et profonde blessure tout autour de sa nuque et de sa gorge. Le chirurgien la recousit, mais elle était trop gravement blessée pour combattre encore, et il était temps, car les combattantes dégoulinaient de sueur, et l'Irlandaise de sang également. Quelques pièces lui furent lancées pour la consoler, mais cette journée fut une bonne journée de travail pour celle qui gagna ce combat." (traduction personnelle très perfectible)
On imagine très bien reproduire cela en escrime artistique (avec des épées non affûtées et de fausses blessures), sur un scénario de combat ou même tout autre scénario impliquant une agression réglées à l'épée, l'Irlande étant de l'avis de Ben Miller, l'Ouest sauvage de l'époque, contrée très dangereuse grouillant de bandits.

Armement : les Irlandais maniaient des épées à panier (basket-hilt sword) similaires aux broadswords écossaises, c'est donc cette arme qui devra équiper les escrimeuses. Les escrimeuses étaient probablement en tenues civile, les témoignages ne parlant pas de tenues d'hommes il faut supposer qu'elles portaient des vêtements féminins de l'époque typique des basses classes auxquelles elles appartenaient.

Épée à panier anglo-irlandaise d'un régiment de cavalerie stationné en Irlande (vers 1740)


Style de combat : nous ne possédons pas de manuel de broadsword irlandais mais les Écossais nous en ont laissé plusieurs. La broadsword a même très largement influencé les techniques de sabre britannique plus tardives. Il s'agit d'une arme lourde frappant surtout de taille même si l'estoc est possible. Cependant, comme indiqué dans le témoignage, en cas de combat d'exhibition l'estoc était exclu. De même probablement que les coups mortels tandis que les coups spectaculaires privilégiés, le style de combat doit être très expansif car il s'agit d'un spectacle (cela tombe bien, notre représentation aussi) !

Quelques liens utiles :

Liste de femmes dans la guerre au XVIIIème siècle
Article sur Mademoiselle de Maupin
Un autre article sur la Maupin
Article sur les duels féminins évoquant l'histoire de Catherine de Russie

Livre de Bernesson Little sur les mythes de la piraterie (Extrait en ligne sur les femmes pirates)
Article Facebook de la page Irishswordsmanship sur les femmes gladiatrices

Voilà pour l'époque Moderne, le prochain et dernier article de cette série traitera du XIXème siècle (de la Révolution française à 1914).

dimanche 8 juillet 2018

Idées de rôles féminins tirés de l'Histoire et des légendes d'époque : l'époque moderne (1ère partie)

Le troisième article de cette série consacrée aux rôles féminins historiques. L'époque moderne s'étale sur trois siècles, du XVIème au XVIIIème siècle. La Renaissance qui la commence entame une mise en ordre de la société occidentale où les rôles des sexes et des classes sociales se figent peu à peu. Les femmes en pâtissent forcément, de plus en plus reléguées au foyer, à l'intérieur, loin des armes... Pourtant il y eut malgré tout nombre d'exceptions !
Ayant trouvé beaucoup plus d'informations que prévu cet article a été divisé en deux parties qui seront diffusées de façon très proche. Encore une fois, je ne traite ici que du monde occidental.

Défenseuse de ses terres


Alberte-Barbe d'Ernecourt Saint-Baslemont qui défendit ses terres au début du XVIIème siècle contre la soldatesque de tout bord, utilisant las science militaire que lui avait transmise son père.
Au XVIème siècle comme au Moyen-Âge, les femmes se substituent encore à leur mari absent pour défendre le foyer. Les penseurs de l'époque ne semblent pas choqués de cet état de fait mais y posent cependant des limites. Gaspard de Saulx, seigneur de Tavannes, écrit ainsi : 
« Que les femmes facent les femmes, non les capitaines : si la maladie de leurs maris, la minorité de leurs enfants, les contraignentse présenter au combat, cela est tolérable pour une fois ou deux en la nécessité ; il leur est plus séant se mesler des affaires en une bonne ville proche des armées, que d'entrée en icelle, où elles sont injuriées des ennemis et mocquées des amis. »
L'historienne Nicole Dufournaud indique deux pistes pour "penser l'impensable" à l'époque : l'éducation des jeunes filles, beaucoup plus physique qu'on le croit pour les préparer à prendre la suite d'une maison si aucun héritier mâle ne survit et le principe de substitution élaboré par l'historienne Sylvie Steinberg. "La substitution d'une fille à son frère non-né ou mort, d'une épouse à son mari absent, d'une veuve à son mari défunt fut un des moyens privilégiés par lequel les familles, les états et les corps ont cherché à se perpétuer à l'identique. La substitution était tolérée jusqu'à accepter que les femmes placées à la tête d'un fief exercent des prérogatives militaires et participent elles-mêmes aux combats. Car il était « compréhensible qu'une femme noble s'élève, précisément par sa noblesse, au-dessus de son sexe », d'où l'accession à l'office viril. C’est leur sang noble qui leur permet de dépasser la faiblesse de leur sexe et leur donne les mêmes qualités viriles qu’aux Amazones."
Il est donc toujours possible dans un contexte de la Renaissance qu'une escrimeuse de spectacle incarne la Capitaine courageuse prenant la tête des défenseurs de sa ville.
Les exemples se raréfient au début du XVIIème siècle et disparaissent complètement au milieu de ce siècle.
Armement : a priori une capitaine porte l'armure de plates complète de la Renaissance, ou au moins une cuirasse et un casque de cavalier (la plupart du temps une bourguignotte). Elle manie probablement une épée de guerre ou une épée de coté et, peut-être une rondache de métal. Une allemande pourrait encore avoir une épée longue
Style de combat : pour être crédible on utilisera avec avantage les techniques d'escrime de l'époque, italiennes ou allemandes.

Milicienne du Guet

La Ronde de nuit par Rembrandt (1642) représente un groupe de la milice bourgeoise d'Amsterdam
(aucune femme n'est logiquement représentée)
 Chez les bourgeois des villes on assiste à un processus similaire dans le service du Guet. Le service du guet aux murailles était dû par tous les nobles et bourgeois riches des villes, ils peuvent payer une amende ou recruter quelqu'un d'autre pour le faire. À Nantes, en 1503, une quittance prouve que la veuve Godin a monté la garde à diverses portes durant plusieurs années. Toujours à Nantes en 1522, sur une liste de 96 noms de miliciens du Guet, 9 sont des femmes, d'autres preuves existent de leur présence continue dans la milice du Guet.
On peut donc imaginer toute sortes de scénarios impliquant le Guet urbain, pas seulement des sièges mais aussi des incidents nocturnes avec des civils, la pègre etc.
Armement : les miliciens du Guet avaient comme armes de base une pique et une épée (à l'époque une épée d'infanterie ou une épée de côté/rapière primitive). Cependant d'autres avaient des arquebuses, des pièces d'armures, des armes d'hast... En fait tout équipement de l'infanterie du XVIème siècle est acceptable.
Style de combat : dans l'Empire germanique les miliciens de la bourgeoisie fréquentaient les salles d'escrime. Je n'ai pas d'informations sur la situation française. Cependant on pourra toujours regarder du côté des techniques de bâton du XVIème siècle pour les armes d'hast, des techniques de dussack pour les épées courtes et d'épée de côté pour cette arme.

Travestie en soldat

Geneviève Prémoy, officier de l'armée française et chevaleresse de l'Ordre de St Louis
On l'a dit, à partir de la seconde moitié du XVIIème siècle il est de moins en moins accepté qu'une femme prenne les armes, cela n'a cependant pas empêché de très nombreuses femmes de se déguiser en homme pour devenir soldat ou marin et de se battre. On peut par exemple citer Geneviève Prémoy qui s'engagea dans l'armée en 1676 et fut connue sous le nom de Chevalier Baltazar. Blessée au siège de Mons en 1691, c'est là qu'on découvrit son véritable sexe. Elle fut appelée à Versailles où Louis XIV la fit membre de l'Ordre de St Louis mais la licencia de l'armée en lui permettant de garder son rang mais en l'enjoignant de porter des jupes, ce qu'elle fit... en portant des hauts masculins ! Elle publia une autobiographie, Histoire de la Dragonne, racontant ses exploits.
On pourra citer d'autres noms comme ceux de Kit Cavanagh dans les années 1690, Hannah Snell qui obtint la reconnaissance de son service par une pension militaire en 1750 ou encore la révoltée vendéenne Renée Bordereau en 1793...
Armement : il est en fonction de celui de l'époque : mousquet et épée d'infanterie ou sabre court pour les mousquetaires du XVIIème siècle ou arme d'hast pour les piquiers. Au début du XVIIIème siècle le fusil à baïonnette remplace ces deux armes. Les cavaliers portent des fortes épées ou des sabres et parfois des cuirasses, même vers la fin du XVIIème siècle. Quant aux officiers ils portent rapières ou épée de cour en fonction de l'époque, les manuels d'escrime préconisent néanmoins une lame plate, plus adaptée à la guerre que la lame triangulaire plus utile au duel.
Style de combat : les armées de l'époque avaient un minium d'apprentissage du combat et d'instruction au sein du régiment. On optera encore, en ce qui concerne l'infanterie, pour des techniques de dussack ou, pour les britanniques, des techniques de back sword ainsi que des techniques de bâton pour les armes d'hast. Pour la baïonnette nous n'avons pas de sources avant le XIXème siècle. On utilisera de préférence Alexandre Müller qui présente des techniques plus archaïques que ses contemporains mais qui datent des guerres napoléoniennes) Pour les cavalières on prendra la broadsword et le peu de sabre qu'on peut connaître de l'époque (chez Girard et Angelo). En revanche les officières pourront s'amuser avec toutes les techniques des manuels d'escrime d'époque !

Quelques liens utiles :



Voici pour la première partie, la seconde sera très bientôt en ligne.