mardi 13 février 2018

Une tentative de typologie des coups d'épée

Je vais tenter ici une typologie des coups que l'on peut donner avec une épée. On entendra par épée une définition très large comme toute arme relativement équilibrée pourvue d'une lame d’une certaine longueur (arbitrairement on dira plus de 50 cm) aiguisée et plus ou moins pointue, d'une garde et d'une poignée. Cette définition regroupe donc les glaives romains, les épées médiévales de toutes sortes, les fauchons et autres sabres mais aussi les rapières et les épées de cour. Il est bien évident que certains types d'épées sont plus aptes que d'autres à certains types de coups et c'est d'ailleurs là tout l'intérêt !

Globalement on a tendance à distinguer trois types de coups, oui trois et non deux : les coups de taille, les coups d'estoc et les coups d'entaille (que moi et d'autres distinguons des coups de taille). 

Les coups de taille sont portés avec le tranchant de la lame, idéalement avec le "point de percussion", l'endroit où une lame ne vibre pas, en général sur le faible de la lame pas pas à la pointe. Les coups de taille diffèrent beaucoup en force, en amplitude et en rapidité. J’aime bien les classer selon la typologie établie par Joseph Swetnam, escrimeur anglais du XVIIème siècle auteur de The Schoole of the Noble and Worthy Science of Defence (1617). Swetnam distingue trois types de frappes de taille (blows) :
_ The wrist blow : effectué avec le poignet seul, c’est un coup très rapide qu’il conseille de porter au visage ou à la tête et plutôt de façon opportuniste, si l’ennemi laisse une ouverture. C’est aussi le seul coup de taille qu’il ne déconseille pas à la rapière.
_ The half blow : Swetnam ne décrit pas ce coup qui semble être un coup de taille de force et de vitesse moyennes, un coup classique avec une épée à lame large propre à blesser un adversaire. Si la lame est tranchante et l’épée assez large et lourde pour que l’impact se fasse sentir le coup n’a pas forcément besoin d’être très armé.
_ The quarter blow : le nom pourrait être inspiré du quarterstaff, le bâton anglais auquel Swetnam consacre d’ailleurs une partie de son traité. Il s’agit d’un coup puissant mais très lent. Swetnam conseille de lever haut l’épée et de frapper les jambes en feignant de viser la tête ou le cou. Comme ce coup expose beaucoup celui qui le donne il recommande de se protéger la tête avec sa dague en le donnant.
On remarquera ainsi que le plus puissant des coups de taille ne s’envisage que si l’on a une autre arme (une dague ou un bouclier) pour se protéger et que le plus faible, qui est aussi le plus rapide, est le seul conseillé avec des armes à lame fine. Celles-ci en effet ont sacrifié leur puissance de frappe à l’allonge et à la rapidité et les coups de taille sont rarement dangereux avec une rapière ou, pire, une épée de cour.

(ci-dessous une illustration de l’épée-dague tirée du traité de J. Swetnam)

Les coups d’estoc se donnent avec la pointe. Presque toutes les épées sont pointues et capables d’en donner, même les sabres courbes et les épées du Haut Moyen-Âge. Même si on peut le donner avec plus ou moins de puissance, il n’y a, en fait, pas besoin d’énormément de force pour que l’épée rentre dans le corps, les lames pointues et aiguisées sont effroyablement efficaces pour pénétrer les chairs ou les tissus. Les 750g de pression qui allument une épée d’escrime moderne et qui simulent une attaque efficaces sont extrêmement faciles à obtenir, sans avoir besoin d’être particulièrement fort.
Les coups d’estoc n’ont donc pas besoin de force et sont également plus rapides à porter que les coups de taille. Les coups d’estoc se portent également à une plus grande distance puisqu’ils se portent avec l’extrémité de la lame et non son point de percussion. En revanche ils nécessitent une meilleure capacité d’évaluation des distances puisqu’il est difficile de les porter si l’on est trop près (il faut reculer la main) tandis qu’un coup de taille peut être porté à plus de distances différentes. L’escrime d’estoc donne souvent une impression de finesse et de maîtrise, c’est le type de coups pour lequel ont été conçues des armes comme l’épée de cour (arme presque purement d’estoc) et la rapière. En revanche, pour les sabres orientaux ou inspirés de ceux-ci, l’estoc est un cou marginal, opportuniste...

(ci-dessous une vidéo d'un groupe canadien qui vous montre la facilité avec laquelle l'estoc pénètre le cuir)

Les coups d’entaille peuvent être distingués des coups de taille dans le sens où ils ne sont pas donnés par une frappe mais par le fait de faire glisser le tranchant de la lame sur le corps de l’adversaire après l’avoir posée. On peut au choix pousser en avant ou tirer la lame vers soi. Ils n’ont d’autre puissance que le degré d’aiguisement de l’épée et ils doivent donc viser des zones sensibles comme les artères ou les tendons. C’est généralement un coup d’opportunité, souvent donné de près avec n’importe quelle partie de la lame même si l’intérêt est de faire glisser la plus grande longueur de lame possible pour augmenter d’autant la profondeur de l’entaille. Il n’y a pas vraiment de type d’épée à privilégier pour ce coup.

Si l’on pense à une application en escrime artistique on constate qu’évidemment tous ces coups sont possibles. L’entaille est intéressante pour finir un combat de façon sécurisée ou pour donner un coup quand les partenaires sont près l’un de l’autre. Le fait que l’estoc et la taille n’aient pas la même distance d’attaque ne doit pas être oublié et varier les deux c’est aussi savoir gérer ses distances. Enfin, le type d’épée et le fait d’avoir ou non une arme secondaire conditionnent le type de coups porté entre l’estoc et la taille et même le type de coups de taille. Vous avez le droit de lancer des quarterblows avec une épée de cour (enfin peut-être pas en fait), mais vous devez être conscient que, si vous vouliez créer un combat réaliste, c’est un peu raté.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire