dimanche 1 juillet 2018

Idées de rôles féminins tirés de l'Histoire et des légendes d'époques (2ème partie : le Moyen-âge)

Il s'agit de la suite de mon premier article proposant des rôles féminins historiques ou tirés de légendes ou de fantasmes d'époque
Après l'Antiquité et le Haut Moyen-âge, viennent le tour du Moyen-âge classique et tardif, périodes hautes en fantasmes. Des périodes souvent troublées aussi, et c'est lors de ces périodes troublées que les femmes ont le plus souvent trouvée leur place. Je me suis beaucoup appuyé pour cet article de l'excellent livre de Sophie Cassagnes-Brouquet : Chevaleresses - Une chevalerie au féminin.

Croisée

"[...] Il y a parmi les Francs des chevalières qui portent la cuirasse et le casque ; sous ce vêtement masculin, elles se jettent dans la mêlée, et ces maîtresses du gynécée se comportent comme le sexe fort. Tout cela est à leurs yeux un acte de dévotion, grâce auquel elles croient assurer leur salut et c'est pourquoi elles s'adonnent à cette vie. Béni soit celui qui les a égarée et repoussées de la vraie direction ! Les jours de bataille, on voit plusieurs de ces femmes s'avancer avec les chevaliers qu'elles prennent pour exemple, aussi impitoyables que ceux-ci malgré la faiblesse de leur sexe. Elles n'ont pas d'autre costume qu'une cotte de mailles et on ne le reconnaît que lorsqu'elles sont dévêtues et mises à nu ; plusieurs d'antre elles ont été prises et vendues comme esclaves. [...]"
Imad al Din (1125-1208)
 Les femmes chez les Croisés nous sont connues d'abord par les chroniqueurs arabes. Ceux-ci mentionnent également des archères. Il semblerait que ces situations anormales au regard des mentalité de l'époque aient été permises par la particularité du monde des Croisades, lui aussi anormal, fruit de passions et de démonstrations de foi. En tout cas il y a avait des femmes chez les Croisés et l'on peut ainsi imaginer tous les scénarios possibles en relation avec ceci : des combats en terre sainte avec des musulmans ou d'autres Croisés, mais également des guerrières revenant de Croisade et tout ce qu'on peut inventer à partir de là...
Armement : on est sur l'armement de guerre typique des XIIème-XIIIème siècles : cotte de mailles plus ou moins longue (en fonction de l'époque et de la richesse), casque à nasal voir proto-heaume avec les grands écus et les lances et épées de l'époque.
Style de combat : Le bouclier a encore beaucoup d'importance et est en combinaison avec les autres armes. Si on est en armure il faudra en tenir compte pour la crédibilité des coups !

Civile en armes

Image du MS I:33 montrant une femme s'entraînant aux armes
Le MS I:33, également appelé "tower manuscript" est le plus ancien traité d'escrime européen connu, daté de la fin du XIIIème siècle. Il présente une escrime à l'épée-bocle, le ou la bocle étant un petit bouclier qu'on peut porter à la ceinture avec l'épée dans un contexte civil (le bocle peut également armer des archers ou des arbalétriers). Le manuscrit est particulier dans le sens qu'il est écrit en latin par un moine et qu'il présente un prêtre (sacerdos), donnant des leçons à un élève lui aussi clec. Il se trouve que dans l'une de ces image l'étudiant est une femme nommée Walpurgis. On a beaucoup glosé sur là-dessus car c'est le seul manuscrit présentant ce contexte d'étude de l'escrime. On peut à tout le moins supposer que l'étude d'une escrime civile n'était pas réservée uniquement aux hommes nobles. Une escrimeuse de spectacle pourra ainsi très légitimement présenter un combat à l'épée-bocle.
Armement : une épée et un bocle évidemment ! Dans des manuscrits d'escrime plus tardifs on trouve également le fauchon associé au bocle, il y a donc une certaine liberté sur le type d'épée qu'on peut utiliser.
Style de combat : le style I:33 est très particulier, impliquant d'avoir le plus souvent les deux mains liées, épée et bocle solidaires. Il est réputé bien se compléter avec l'épée-bocle d'Andre Liegniczer. D'autres tradition d'épée-bocle existent qui ne lient pas aussi systématiquement épée et bocle comme les techniques compilées par Paulus Hector Mair et qui seront peut-être plus naturelles pour qui ne pratique pas le I:33.

Quelques techniques du I:33 présentées par l'Ost du Griffon noir (Toulouse)

Défenseuse de murailles

Illustration du XXème siècle représentant Jeanne Hachette
La plus célèbre est Jeanne hachette, qui défendit en 1472 les murailles de Beauvais contre les armées de Charles le Téméraire, inspirant les autres femmes pour aider les défenseurs et redonnant espoir à la ville ce qui permit de repousser l'assaut des Bourguignons. De nombreux exemples de femmes se portant aux remparts pour aider les combattants sont mentionnés dont certaines combattirent. D'une manière générale les pillages n'étaient pas rares en temps de guerre et l'on peut imaginer bien des femmes défendre leurs biens en compagnie des hommes ou en leur absence. On trouvera dans ces héroïnes bourgeoises (au sens d'habitants des villes) ou paysannes nombre de rôles possibles.
Armement : vêtements civils d'époque, outils ou armes prises à l'ennemi. La hache est évidente mais pourquoi pas des bâtons, faucilles, faux, gourdins ?
Style de combat : le style de quelqu'un qui n'a probablement pas appris à ce battre, ou alors quelques techniques paysannes. Peu de technique, beaucoup d'engagement !

Cheffe de guerre en armure

Représentation de Jeanne la flamme (auteur inconnu)
On trouve, pendant la guerre de Cent ans notamment, plusieurs femmes qui, en l'absence de leur maris prisonniers, ont mené résisté à des sièges et même mené des armées. On citera notamment Jeanne de Montfort (1295-1374) surnommée Jeanne la flamme qui combattit d'ailleurs une autre femme, Jeanne de Penthièvre pour la succession du duché de Bretagne, toutes deux portèrent armes et armure à la bataille. Jeanne de Montfort leva le siège de Hennebont en 1342 après une sortie où elle avait incendié le camp ennemi et après être repartie suite à celle-ci chercher des renforts. On trouve des femmes avec des histoires proches en Écosse ou en Italie.
"Jeanne la flamme est la plus intrépide qu'il y ait sur terre, vraiment !
"Jeanne la flamme avait mis le feu aux quatre coins du camp !"
Ballade bretonne contemporaine
Évidemment il faudra ajouter Jeanne d'Arc à cette liste... Même si la Pucelle d'Orléans n'a jamais utilisé son épée que pour botter les fesses d'une femme de mauvaise vie, n'a jamais versé le sang en bataille et n'a jamais commandé en titre une armée. On trouvera dans les modèles de l'inspiration pour des rôles en spectacle, que l'on reconstitue un moment de la vie de ces femmes ou qu'on s'en inspire.
Armement : des armures de plates plus ou moins complètes des XIVème et XVème siècle avec l'armement chevaleresque de l'époque : épée bâtarde, épée à une main, petit écu, épieu de guerre, hache noble et dague.
Style de combat : contre les ennemis peu armurés des techniques d'escrime commune avec, pourquoi pas quelques coups de maître issus des traités, contre les ennemis en armure on serait sur une sorte de lutte en armure (mais une femme de ce rang serait probablement vite secourue).

Héroïne de manuscrit

Les Preuses, enluminure tirée du Le Chevalier errant de Thomas de Saluces.
Le Moyen-âge, au moins à partir de la seconde moitié du XIVème siècle, se délecte de récits d'exploits d'Amazones, d'héroïnes bibliques comme Judith, Déborah ou Jaël, de Silence, une jeune fille qui se déguise en homme à la cour du roi Arthur et bientôt des Neuf Preuses.
Jacques de Longuyon avait composé en 1312-1313 un roman en vers intitulé Les vœux du Paon. Inspiré de l’Antiquité, c'est dans ce roman qu'apparaissent pour la première fois les Neuf Preux, choisis parmi les héros du passé ils sont classés en trois triades, païenne, juive et chrétienne : Josué, David et Judas Macchabée, Hector, Alexandre et César, Arthur, Charlemagne et Godefroy de Bouillon. Quelques décennies plus tard, c'est très probablement Jehan Le Fèvre qui invente dans le Livre de Lëesce, entre 1373 et 1387, le concept des Neuf Preuses elles aussi tirées du passée mais dont la liste varie selon les auteurs qui l'ont reprise pendant plus d'un demi siècle. Celles-ci sont louées pour leur courage et représentées à la fois en robe et armées. Les Neuf preuses eurent un succès immense à l'époque au point que Jeanne d'Arc se vit, de son vivant, qualifiée de dixième preuse.
Pour qui voudrait monter un spectacle exploitant la symbolique du Moyen-Âge il y a là de l'inspiration à trouver, y compris dans l'esthétique de la belle en robe et armes.
Armement : armes de la fin du XIVème siècle comme les épées à une main, épées bâtardes, petits écus, haches nobles, lances. À voir si l'on choisit l'armure ou la robe civile pour l'imagerie.
Style de combat : les neuf preuses font des exploits et il serait dommage de ne pas exploiter les manuels d'escrime d'époque !

Quelques liens utiles :

Voilà pour le Moyen-Âge, le prochain article traitera de l'époque Moderne (du XVIème au XVIIIème siècle).

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