dimanche 19 mai 2019

Les armures à l'époque des mousquetaires

Après avoir vu les autres épées à l'époque des Mousquetaires d'Alexandre Dumas je me suis dit que je pourrais faire également un focus sur les armures. Nous imaginons déjà cette époque sans armures, avec uniquement des vêtements chamarrés... ou du cuir viril pour les versions plus récentes (il faudra un jour que l'on m'explique cette obsession actuelle des vêtements de cuir dans les films médiévaux ou de l'époque moderne). Or, si c'est bien ce qui se porte dans le civil (et la majorité des intrigues de la trilogie des mousquetaires se déroule dans un contexte civil, siège de La Rochelle excepté), ce n'est pas le cas dans tout ce qui touche au domaine militaire. Les moins connaisseurs seront donc peut-être étonnés d'apprendre que l'on portait encore des armures de plates à l'époque d'Athos Porthos et Aramis !

N.B. : Si vous avez besoin d'un rappel sur la résistance des armures aux coups d'épées et autres je vous invite à relire cet article que j'ai publié il y a déjà plus d'une année.

Armures de Richelieu (à gauche) et de Louis XIII (à droite) lors d'une exposition au musée de l'Armée de Paris

 

Les meilleures armures de métal de l'Histoire

On associe bien souvent l'armure de plates au Moyen-âge mais c'est aux XVIème et XVIIème siècles qu'elle est la plus aboutie. Elle équipe toujours les hommes d'armes, cavaliers lourds descendants des chevaliers mais pas toujours de noble naissance. Ceux-ci ont des armures complètes (même si les grèves et solerets ne se trouvent plus que sur les armures de prestige des hauts nobles), bien articulées et dont la cuirasse protège contre les balles de mousquet, la dossière contre celles de pistolet, armes à feu qui avaient fait des ravages dans leurs rangs au siècle précédent (dont le plus célèbre héros de son temps, le chevalier Bayard). On parle ainsi de cuirasses "à l'épreuve" car on y tire réellement une balle de mousquet pour valider cette protection avant de la vendre. La conséquence de cette invulnérabilité aux armes à feu est l'augmentation du poids des armures, si les armures de la fin du Moyen-âge pouvaient peser 25 à 30 kg, celles du XVIIème siècle dépassent souvent les 40 kg. Leurs porteurs étant montés ce poids n'était pas insupportable mais nécessitait tout de même une bonne condition physique ! À l'époque le casque presque universellement usage chez les cavaliers est la bourguignotte à laquelle on peut ou non rajouter une protection faciale.

Charge de Cavalerie , huile sur toile par Jan Martszen de Jonge,(1629)

Armure d'homme d'armes vers 1630 au musée de Leeds
Celle-ci aurait été offerte au Shogun du Japon par la Compagnie des Indes Néerlandaise et récupérée au XIXème siècle

Il s'agit ici des armures de la cavalerie lourde mais même la cavalerie dite "légère" de la première moitié du XVIIème porte normalement une demi-armure, c'est à dire la même sans les jambes, et sans gantelets pour pouvoir tirer à la carabine ou au pistolet. Dans les faits, celle-ci était déjà beaucoup plus allégée, en ne laissant le plus souvent que la cuirasse à l'épreuve et un casque ouvert voire moins. Les cavaliers légers pouvaient porter également la bourguignotte, souvent ouverte, mais également d'autres casques. Ainsi anglais portaient à la place le "lobster pot" un casque plus ouvert et articulé avec deux barres pour protéger le visage des coups de taille, les chevau-léger français ont également porté le chapeau d'armes ou chapeau de fer, un casque encore plus léger.

Les mousquetaires, en tant que membres d'un corps de cavalerie dérivé des chevau-légers, étaient d'ailleurs probablement censés porter ce type d'armure à la guerre. Leurs rivaux, les Gardes du Cardinal étaient soit des gens d'armes armés du harnois complet, soit des chevau-légers portant la demi-armure.

Demi-armure (vers 1620) dans les collections du musée de Leeds
[EDIT] Je ne peux résister à l'envie de vous rajouter cette armure de mousquetaire noir de la maison du Roi avec ses dorures
Musée de l'armée - Paris
Le terme "mousquetaire noir" indique l'époque où il y a deux compagnies de mousquetaires, soit à partir de 1663. Les décorations en or pourraient indiquer que l'armure a plus une destination de parade que de guerre où la décoration risquerait de souffrir mais elle est probablement fonctionnelle (on ne fait pas d'armures non fonctionnelles à ces époques).

Notons toutefois que le prix des armures a beaucoup baissé par rapport à celles des chevaliers. Les armures des Princes et des Grands sont encore faites sur mesures, finement adaptées à l'anatomie de leur porteurs et sont souvent décorées jusqu'à devenir de véritables œuvres d'art (mais toujours fonctionnelles). En revanche, les armures de la troupe sont fabriquées en série dans les manufactures royales et le plus souvent distribuées plutôt que vendues aux soldats. Il en résulte une certaine uniformisation même si il n'y a pas d'armure règlementaire à l'époque mais simplement un règlement militaire qui impose un niveau d'équipement minimal (et parfois maximal). C'était la condition pour équiper les immenses effectifs de la Guerre de Trente ans (1618-1648) !


Bouguignotte (vers 1600) au Musée de l'Armée de Paris
Lobster tail pot de dragon (harquebusier) anglais - 1645- musée de Leeds
Chapeau de fer à nasal, compagnie des chevau-légers de la Maison du roi (acier cuivre et laiton) vers 1650
Musée de l'armée - Paris


Des cavaliers qui s'allègent

Malgré tout on observe tout au long du siècle une forte tendance à l'allègement des armures voire à leur abandon de la part des cavaliers (mais aussi des fantassins). Plusieurs ordonnances, lettres, injonctions répétées tout au long du siècle sont prises pour obliger les cavaliers à porter leurs armures. Or en Histoire on sait que si une interdiction déjà existante est répétée c'est qu'elle n'est pas ou peu appliquée. Le roi et les officiers semblent insister pour que les cavaliers portent au moins leurs cuirasses et dossières à l'épreuve qui réduisent considérablement les pertes humaines dans une bataille. Ainsi, en 1638 Louis XIII passe une ordonnance punissant de mort celui qui se présente non armé (cad sans armes offensives et défensives) à la revue des troupes :
"... le Roy ayant reconnu que le soin que la cavalerie françoise avoit, par le passé d'estre toujours armée, luy a causé les grands avantages qu'elle a remportez en beaucoup de rencontres sur celle des ennemis et que le mépris qu'elle fait à présent d'avoir et de porter ses armes aux occasions qui se présentent pourroit estre grandement préjudiciable à ses affaires s'il n'y estoit pourveu. Sa Majesté enjoint très expressément à tous capitaines, officiers et soldats de sa cavalerie d'estre à l'avenir armez en toutes leurs marches, factions, combats et autres actions et occasions de guerre. Et pour leur en donner moyen, elle fera présentement fournir à ses propres cousts et dépens des armes à tous les chevaux légers ausquels il n'en aura pas esté distribué depuis cette campagne... Veut et ordonne sa Majesté qu'aucun soldat non seulement ne puisse estre passé à la monstre sans estre armé au moins d'une cuirasse, d'un pot et de deux pistolets, mais aussi que s'il s'y présente sans armes après qu'il les aura reçues et que la présente aura esté publiée, il soit arresté sur le champ pour estre puny... de mort."
Ordonnance royale du 2 septembre 1638 (citée par Clément Bosson)
Les sources semblent indiquer que cette ordonnance fut suivie d'effet pour une ou deux décennies d'autant que les ennemis Espagnols et Allemands semblaient avoir quant à eux conservé leurs armes défensives. Malgré tout la tendance à l'allègement se poursuit tout au cours du siècle, tendant à ne plus porter que la cuirasse et la dossière (le minimum dans l'ordonnance citée) et un casque. Avec sa création d'un corps de dragons à l'armure allégée Cromwell avalisait ainsi un usage des soldats.

Ce tableau de Peter Meulener (1602-1654) nommé Combat de cavalerie et exposé au musée de Besançon nous montre un affrontement de cavaliers très allégés. On remarquera les buffletins, les simples cuirasses et les chapeaux.
D'autant qu'on voit se répandre chez les cavaliers une armure plus légère : le buffletin. Il s'agit d'un épais vêtement de cuir de bison européen ou de grands cervidés (jusqu'à plus d'1/2 cm d'épaisseur pour un poids de 2 à 3 kg), avec ou sans manches porté sur les autres vêtements et sous une éventuelle cuirasse. Les buffletins apparaissent au début du XVIIème, probablement dans les îles britanniques, mais ils ne sont largement répandus qu'à partir du milieu du siècle. Ils protègent assurément contre les coups d'épée de taille, probablement les pistolets, les flèches des Indiens d'Amérique et peut-être les estocs, voire les balles de mousquet en fin de trajectoire. J'émets personnellement un doute sur l'estoc (car une lame bien pointue pénètre vraiment très bien beaucoup de choses) et le mousquet, d'ailleurs ce sont des balles de mousquet qui ont tué le roi de Suède Gustave Adophe à la bataille de Lützen en 1632.

Voici ce que disait Louis de Gayasur le buffletin :

"Quoique les buffles ne soient proprement que des habillements de cavaliers, nous pouvons aisément les mettre au nombre des armes défensives, plus qu'ils peuvent aisément résister à l'épée, lorsqu'ils sont d'une peau bien choisie"
Louis de Gaya - Traité des armes (1678)
Buffletin porté par Gustave Adoplhe, roi de Suède. On remarque bien le trou causé par la balle.
Photo du musée de livrustkammaren

Cette armure plus légère devint la protection la plus portée par les cavaliers et même les seigneurs anglais du milieu du XVIIème siècle qui nous ont souvent laissé des versions décorées. À vrai dire, au milieu du XVIIème siècle, buffletin signifiait cavalerie légère. Il s'agissait malgré tout d'une armure coûteuse qui était plutôt payée à ses hommes par leur commandant qu'achetée par eux-même. Elle se porte soit seule soit avec une cuirasse ou un simple gorgerin d'acier.

Buffletin, chapeau d'armes et colletin (vers 1630) dans les collections du Musée de l'Armée

Équipement défensif complet de dragon anglais (harquebusier) anglais (1631-1670): bufffletin, cuirasse & dossiere, lobster pot et gantelet.
Sa singularité ici est le long gantelet protégeant le bras gauche avec lequel on peut parer des coups.
Malgré tout les chefs de guerre, notamment les français, continuaient de porter de lourdes armures en campagne pour se prévenir des tirs ou des éclats. Ainsi le tableau représentant Richelieu en armure au siège de la Rochelle n'est pas une fiction (n'oublions pas qu'Armand Jean du Plessis de Richelieu avait eu une éducation militaire, étant à l'origine destiné aux armes et non à la robe). De même, plus tardivement, l'armure de Vauban porte de nombreuses traces d'agressions, fruit de son commandement au plus près lors des sièges (lui-même avait été blessé à six reprises).

Ce célèbre tableau de Paul-Henri Motte n'est pas de l'époque mais de la fin du XIXème siècle (1881). Il montre un Richelieu en armure ce qui est historiquement correct (même si il devait aussi très probablement porter une bourguignotte au lieu de d'un calotte rouge cardinal)
 

Des fantassins parfois bien protégés

Même l'infanterie n'était pas sans armure à l'époque. Comme je l'ai succinctement expliqué dans mon article sur les épées, les fantassins de l'époque se répartissaient entre les corps de piquiers et les arquebusiers et mousquetaires. Les arquebusiers et mousquetaires ne portaient en général pas d'armure quoiqu'ils pussent porter un casque (a priori un morion ou un cabasset) dont l'usage s'est raréfié de plus en plus au cours de la période pour être remplacé par un simple chapeau.  Pour ce qui est des piquiers, si les rangs du milieu ou de l'arrière ne portaient pas plus qu'un simple casque (là encore un morion, un cabasset ou une bourguignotte), ceux de l'avant portaient une armure de fantassin. Cette armure consistait en au moins un casque ouvert, une cuirasse avec dossière et presque toujours des lames de métal protégeant les cuisses et fixées à la cuirasse. Parfois des spalières et des protections de bras ou d'avant-bras complétaient cette armement.


armure de piquier (1630-1670) dans les collections du musée de Leeds

Ces armures étaient également des armures de munitions de produite en séries et distribuées aux soldats. Contrairement à celles des cavaliers elles n'étaient pas à l'épreuve des armes à feu. Le fantassin était en général de plus basse extraction que le cavalier et le poids de la cuirasse à l'épreuve aurait probablement été un problème pour des troupes à pied. Néanmoins on peut estimer que les piquiers en armure allaient probablement à la guerre avec au moins une dizaine de kilogrammes d'acier sur le dos. N'oublions pas non plus que dans les premiers rangs des piquiers on pouvait également trouver des hallebardiers, des joueurs d'espadon ou des fantassins équipés de boucliers.

Enfin, le buffletin semble s'être lui aussi répandu chez les fantassins, surtout les anglais, sans toutefois devenir prépondérant comme dans la cavalerie légère.

Morion hollandais - 17ème siècle- collections du Rijksmuseum d'Amsterdam

Cabasset italien - fin du XVIIème siècle


Comme déjà expliqué le nombre de piquiers a diminué peu à peu au profit des mousquetaires et a définitivement disparu lors de l'adoption de la baïonnette à la fin du XVIIème siècle. À cette époque les fantassins avaient également abandonné leurs armures.


Cette gravure de Salomon Savery est faite d'après une œuvre de Pieter Jansz Quast datée entre 1625 et 1635, on y voit bien le piquier en faction et son armure le protégeant des coups d'estoc au tronc et des coups de taille à la tête.

 

Que faire de cela en escrime de spectacle ?

Voir des combattants en armure est toujours impressionnant pour un public. L'armure rajoute un vrai côté martial, elle fait du bruit et plait toujours. Le public aime toujours les armures même si il a de forte chances de vous appeler "chevalier" dans votre armure de piéton... Malheureusement ce n'est pas si évident d'être crédible dans un combat impliquant des armures tout en étant sécurisé.

Tout d'abord les armures ne sont pratiquement portées que dans un contexte de guerre ce qui limite les scénarios. Il est peu probable qui vous ayez assez de monde pour représenter l'affrontement d'un carré de piquiers avec des cavaliers, sauf si vous tournez un film et que vous avez du budget. Vous pouvez toujours mettre en scène de escarmouches, des embuscades, de la poursuite, du pillage, les scènes de ce genre n'ont, hélas, pas manqué durant la Guerre de Trente ans qui fut aussi l'équivalent de nos guerres de religion pour le Saint Empire germanique. Un autre possibilité, concernant les armures de fantassins, est de les faire porter par des miliciens du guet patrouillant dans les rues, demi-pique ou hallebarde à la main (pour séparer des Mousquetaires et des Gardes du Cardinal ?).

Compagnie de milice du XIème district d'Amsterdam connue comme "La maigre compagnie
Huile sur toile par Frans Hals et Pieter Code (1637) exposée au Rijksmuseum d'Amsterdam

Vous vous trouverez cependant en face d'un second obstacle : où porter les coups ? Si dans certaines fêtes actuelles on s'affronte en se donnant des coups d'épée sur les armures, on le fait justement parce que cela ne fait pas mal ! Même face à un combattant en armure de fantassin on est obligé de modifier beaucoup son escrime pour être efficace. Cela conduit donc avec une arme de pointe à porter des estocs à la partie la plus fragile et la moins protégée : le visage ! La chose est très fortement déconseillée en escrime artistique, interdite par le règlement de la FFE et pratiquée uniquement pas des escrimeurs très expérimenté qui se connaissent bien... ou par des inconscients. Pour les coups de taille il faudra aussi viser le cou, rarement protégé par les armures de fantassin du moins (sauf les bourguignottes portées par tous les cavaliers) ou les membres. On peut aussi donner des coups de dague aux parties non protégées, aux jointures des armures etc. Face à un buffletin on évitera les coups de taille inefficaces et on ne fera que de l'estoc, même si l'on n'a qu'une courte épée de fantassin. Dans tous les cas affronter un adversaire en armure est un défi de construction pour un combat de spectacle.

 Je vous laisse cependant avec cette scène finale tirée du film Capitaine Alatriste (2006) reconstituant de façon réaliste le combat des tercios espagnols à la bataille de Rocroi (1648).



Bibliographie succincte :

- Clément Bosson  "La fin de l'armure"  in Genava (1962)
- Breiding, Dirk H. “Fashion in European Armor, 1600–1700.” In Heilbrunn Timeline of Art History. New York: The Metropolitan Museum of Art, 2000
- Article "Dutch cuirassier armour" sur le site de Royal Armouries (musée de Leeds)
- Keith Dowen : "The seventeth century buff-coat" Journal of the Arms and Armours Society, vol XXI, mars 2015
- Article anonyme sur l'histoire des armures du site de Médiévart.

vendredi 10 mai 2019

Les autres épées à l'époque des mousquetaires

Depuis Alexandre Dumas le mousquetaire est assimilé systématiquement à un noble, membre d'un régiment d'élite combattant à la rapière. Je ne m'étendrais pas dans cet article sur le fait que l'on parle ici d'un corps très particulier, celui des Mousquetaires de la maison militaire du roi de France, un constitué de jeunes nobles qui étaient souvent appelés par la suite à devenir officiers dans d'autres régiments (Cet article assez bien fait résume assez bien l'histoire de ce corps).

L'intrigue des Trois Mousquetaires  est située par Dumas en 1625, même si les personnages historiques qui ont inspiré les siens ont plutôt vécu vingt après. La suite du roman, Vingt ans après, se situe donc en 1645 et le dernier épisode, Le Vicomte de Bragelonne entre 1660 et 1666. Nous sommes à l'époque où, partout en Europe, la rapière s'est imposée comme l'arme du duel et on la trouve également comme arme secondaire sur les champs de bataille. C'est également l'époque qui nous a livré le plus de traités sur cette arme.

Cependant, elle n'était pas, et de loin la seule épée en activité durant cette première moitié du XVIIème siècle et c'est de ces épées un peu oubliées dont je vais vous parler dans cet article. D'abord pour mieux resituer la réalité historique, ensuite parce que ce sont aussi des armes intéressantes et qu'elles peuvent apporter de la variété dans un spectacle de combat du XVIIème siècle. Et parce que j'avais envie de vous montrer plein d'armes et de combattants de l'époque, cet article est très abondamment illustré.

Précision : je ne parlerai pas ici de l'épée de côté que les contemporains nomment à l'époque "épée" ou "rapière" car, du moins au début de la période, nous sommes à une époque où cette arme évolue et la différence entre ce que nous appelons "rapière" et "épée de côté" n'est pas nette, de nombreuses armes présentant des caractéristiques intermédiaires. Je ne veux ici présenter que des épées clairement différentes de la rapière.

Deux pages du Traité des armes par Louis de Gaya, sieur de Tréville (1678) présentant diverses épées.
Notons que la Sica (A) n'est pas une arme de l'époque et que l'épée de rencontre (B) est une épée de cour, arme très réecnte en 1678 et qui n'existait pas encore à l'époque des Mousquetaires d'Alexandre Dumas

 

Les braquemarts, coutelas, dussacks et autres épées de fantassins

L'infanterie, reine des batailles déjà à cette époque se divisait principalement entre les carrés de piquiers, armés de piques (et souvent d'autres armes comme les hallebardes) et les bandes d'arquebusiers et de mousquetaires armés de l'arquebuse ou du lourd mousquet. Ces mousquetaires roturiers et fantassins ne doivent pas être confondus avec notre corps de mousquetaires du Roi, un corps de cavaliers légers mais armés eux aussi du mousquet. Outre leurs armes principales, ces fantassins ont une arme secondaire, au cas où ils se retrouveraient au contact de l'ennemi pour les arquebusiers et mousquetaires ou au cas où la distance serait trop courte pour combattre à la pique.

Si ces armes pouvaient être des rapières pour certains arquebusiers et mousquetaires, cette arme n'aurait aucune efficacité dans une formation dense de piquiers. Ceux-ci portaient donc une courte épée comme arme secondaire qui pouvait être de formes très diverses. Les lames pouvaient être droites ou plus ou moins courbes comme pour les dussacks ou tessaks. Les gardes plus ou moins enveloppante et portectrices. Les termes eux-même sont rarement précis, en français on parle de braquemart, braquet voire coutelas pour désigner ces armes courtes. En anglais on utilise les termes de cutlass, hanger ou backsword (qui désigne toute épée à un seul tranchant).


Coutelas (hanger) dans la collection du musée de Leeds (1600-1625)

Coutelas (hanger) dans la collection du musée de Leeds.
Sur le côté de la poignée sont inscrits une date et le nom de son propriétaire : '1647 GERRARD SKRYMSHER'
Toutes ces armes ont en commun d'être relativement courtes (60 à 80 cm a priori) et de pouvoir se manier d'estoc et surtout de taille. La taille étant en effet plus facile pour un novice mal formé. N'oublions pas que nous sommes à la période de la Guerre de Trente ans qui a vu s'affronter des armées de centaines de milliers d'hommes, mettant l'Europe à feu et à sang et qu'il fallait armer et entraîner en masse des recrues jamais entraînées à l'escrime. Notons qu'il s'agit de la même arme qui a été utilisé sur les navires à la même époque ou un peu après. Je vous renvoie donc à ce que j'ai dit du sabre d'abordage et du dussack au sein de mes précédents articles (cliquez sur les liens).

Ajoutons qu'il existait encore dans la première moitié du XVIIème siècle des corps de fantassins équipés d'épées et de boucliers en acier, même si cette technique tombait de plus en lus en désuétude au XVIIème siècle avec l'augmentation du nombre de tireurs sur les combattants au contact (au XVIème siècle on était à environ un tiers d'arquebusiers pour deux tiers de piquiers, proportion qui est inversée au miniumum au milieu du XVIIème siècle).

Fantassin dans Le maniement d'armes de Nassau avec rondelles, piques, espée et targes; representez par Figures par Adam van Breen (1618) :
"8. Comme il se couvrira bien soy-mesme: par ainsi il luy faudra tenir la Targe devant soy, contre le genoüil gauche, & au dessus contre la mesme espaule, pour la tenir bien ferme de ce costé là, à l’encontre l’Estocq, ou la taille: Et au costé ou flane droict il se soustiendra aussi avec la garde de l’Espée, jusqu’à tant qu’il s en puisse servir."
Cette arme n'était pas qu'une arme militaire, elle était également fréquemment portée dans la rue et l'escrime au dussack que nous ont laissé de nombreux traités allemands est d'abord une escrime de défense personnelle [EDIT : c'était le cas pour le messer 150 à 200 ans avant dont dérivent la plupart des techniques de dussack, cependant l'escrime au dussack des traités du XVIIème siècle est d'abord une escrime destinée à des affrontements "pour le sport"]. Nous sommes à une époque où presque tout le monde (du moins les hommes) se promène armé dans les rues ou sur les routes. Un exemple extrême est celui de la Norvège où le roi Christian IV promulgua en 1604 de nouvelles lois appelées “Den norske Landslov” dont l'une d'elle imposait à chaque fermier un armement en fonction de la taille de sa ferme. Chaque année les fermiers devaient les apporter à une assemblée nommée Våpenting, cette assemblée ne fut abolie qu'à la fin du XVIIIème siècle. Les Norvégiens importèrent massivement de Suisse des tessaks qui devinrent rapidement les armes les plus répandues dans le pays (voir les articles sur les sites Norwegian military small arms et Atlanta Freichechter).

Tessak issu des collections du musée norvégien de Maihaugen (Lillehammer)
Comme je l'ai déjà évoqué pour le sabre d'abordage le maniement de ces armes peuvent se faire selon les principes allemands du dussack dont nous trouvons encore quelques traités au XVIIème siècle ou selon ceux de la backsword britannique. L'école allemande (Jacob Sutor Von Baden, Theodor Verolinus) est très inspirée des traités de Joachim Meyer du siècle précédent et présente une escrime avec peu de prises de travail au fer et une position des jambes très "médiévale", la jambe en avant étant celle inversée avec le côté d'où l'on va frapper [EDIT : ce n'est plus vraiment le cas pour le dussack de Joachim Meyer et ses successeurs] l'on frappe soit soit en avançant la jambe gauche (en demi-passe avant dirait-on en langage moderne) soit en rassemblant ses jambes et en réavançant sa jambe d'arme.

L'école britannique (George Silver, Joseph Swetnam, Pallas Armata) présente, quant à elle, une escrime avec des engagements de fer, la jambe armée toujours en avant, des attaques par demi-fentes et des parades en opposition.

Pour ce qui est de l'épée et du bouclier il faut aller piocher dans les traités espagnols et italiens qui y consacrent souvent un petit chapitre ou dans les manuels d'instruction hollandais. Néanmoins les sources sont assez pauvres sur le sujet car les traités d'escrime étaient d'abord à destination de la noblesse qui s'était massivement convertie à l'escrime à la rapière.

Extrait du New Kůnstliches Fechtbuch de Jakob Sutor Von Baden (1612)
Concernant leur rôle en escrime de spectacle, on imagine facilement ces épées comme celles des ruffians, des brigands, soldats déserteurs et tout un tas de personnages peu recommandables issus du peuple. Cela peut être aussi l'arme d'un fidèle suivant d'un ou d'une noble. C'est évidemment une arme de soldat et elle a sa place dans les mains de ceux-ci, y compris ceux du guet bourgeois, de la milice locale. Dans un contexte plus populaire également des scénarios peuvent se jouer entre petits bourgeois ou paysans s'affrontant avec ces armes courtes et faciles à manier.

Bien que située un peu après notre période cette gravure de Jan Luyken (1685) illustre bien l'utilisation de cette arme par des ruffians.
(collections du Rijksmuseum)


Les fortes épées, schiavone, broadswords et autres épées de cavaliers

Les cavaliers ont toujours eu des armes plus longues que les fantassins pour pouvoir frapper depuis leur cheval. Ainsi l'épée chevaleresque est issue de la spatha, arme des cavaliers romains (elle-même dérivée des épées gauloises). Ses descendantes du XVIIème siècle en ont gardé la longue lame (environ 80 cm) relativement large, capable de faucher un fantassin depuis un cheval, elles y ont ajoutée des gardes plus ou moins couvrantes pour protéger la main qui ne porte plus de gantelets pour pouvoir tirer au pistolet. Pendant la Guerre de Trente ans (1618-1648) les cavaliers en viennent à plutôt utiliser la tactique de la caracole qui consiste à passer en ligne devant l'ennemi pour décharger ses pistolets. Durant les guerres de la Révolution anglaise (1642-1651) Cromwell remet à l'honneur les charges de cavalerie et crée également un corps de dragons ("harquebusiers" en anglais) plus légèrement armurés et combattant aussi bien à cheval qu'à pied.

Trois cavaliers, gravure de l'atelier de Jacob de Gheyn II (1640 probablement d'après une gravure de 1599) dans les collections du Rijksmuseum


Reconstitution d'un harquebusier (dragon) de l'armée de Cromwell (armes et armures issues des collections du musée de Leeds)
La plus ancienne, et l'une des seules à ne pas être spécifiquement une épée de cavalier est la schiavona, arme italienne qui équipait notamment la garde des doges de Venise et en usage du XVIème au XVIIIème siècle. C'est une épée à panier très couvrante et très protectrice. Les Britanniques étaient également très amateurs d'épées à panier. L'épée de l'époque est nommée mortuary sword, même si les traités parlent de broadsword. Aux Pays-Bas apparaît dans les années 1640 un autre type de ces épées qui fut ensuite nommée épée wallone, c'est une épée plus simple quoiqu'elle protège bien la main et qui fut rapidement utilisée dans tout le monde germanique et adoptée probablement bien plus tard par la cavalerie française, dans le dernier quart du 17ème siècle. On a moins de spécificités (ou de connaissances) sur les épées françaises de l'époque et même le terme de "forte épée" est peut-être un peu postérieur à notre période historique.

Schiavona du XVIIème siècle sur le site European swords


Mortuary sword (1630-1670) dans les collections du musée de Leeds


Épée dite "wallonne"1650-1660 dans les collections du Rijksmuseum

Concernant la façon de manier ces armes, les traités d'escrime sont peu bavards. Seuls les britanniques consacrent des chapitres particuliers à ces armes qu'ils différencient de la rapière mais pas des des épées plus courtes. Les autres nations n'en parlent pas et l'on ne sait si les escrimeurs germaniques utilisaient des techniques issues du maniement du dussack avec ces épées, par défaut d'autre source des escrimeurs de spectacles pourront d'en inspirer. Quant à la schiavona on devra probablement s'inspirer des techniques d'épée de côté du XVIème siècle qui utilisent aussi bien la taille que l'estoc.

Le Pallas Armata, traité anonyme publié en 1639 , est l'un des rares à donner des techniques spécifiques à la broadsword
Pour ce qui est de l'utilisation de ces armes en escrime de spectacle elle est un peu plus limitée. En dehors des britanniques qui semblent faire une certaine résistance vis à vis de la rapière (George Silver avait probablement fait des émules), la plupart des nobles et des bourgeois ne s'en servaient qu'à la guerre. On peut cependant toujours en trouver chez les anciens cavaliers (déserteurs ou vétérans). Enfin, dans la série The Musketeers (2014-2016), le choix a été fait d'équiper le personnage de Porthos d'une épée à panier à la lame plus large que les rapières de ses compagnons afin de souligner le côté brutal du personnage. C'est un effet qui peut en effet être intéressant pour souligner un personnage.

Howard Charles dans le rôle de Porthos dans The Musketeers avec son épée à panier

 

Les espadons, Zweihänders, spadoni, montantes et autres très grandes épées

Un processus d'allongement continu des épées était en place depuis au moins le XIVème voire le XIIIème siècle, il aboutit dans la première moitié du XVIème siècle à d'immenses épées mesurant 1,50 à 2m et pesant de 2 à 5kg. Celles-ci sont encore en usage jusqu'à la fin de la Guerre de Trente ans et disparaissent progressivement au cours de la seconde moitié du XVIIème siècle, au point que le terme "espadon" en français en était venu, dés le deuxième tiers du XVIIIème siècle, à désigner les fortes épées dont nous venons de parler plus haut.

Zweihäder au musée de Dresde -fin XVIème, début XVIIème S.

Ces très grandes épées, que l'on nomme en français espadons, Zweihänders en allemand (et en anglais), spadoni en italien et montantes en espagnol et portugais, n'étaient pas des épées destinées aux nobles en armure complète comme c'était le cas des épées longues. C'était d'abord des épées de guerre maniées d'abord par les lansquenets allemands, et par les meilleurs d'entre eux, ceux que l'on appelait "doubles soldes". Il s'agit donc d'abord d'une épée de bataille, on lui évoque souvent un rôle dans le fait de dégager les piques adverses mais c'est douteux, néanmoins elle sert à faire de la place autour de soi par un mouvement continu de moulinets. Louis de Gaya, sieur de Tréville dans son Traité des armes de 1678 évoque son rôle dans la défense des brèches et des murailles :
" L'Espadon est une manière d'épée, dont la lame taillante des deux cotez, est extrêmement longue & large, & dont le manche, que je n'oiserois jamais appeller poignée, à cause qu'il a bien un pied & demy de haut est fait en croix. On ne peut s'en servir qu'avec les deux mains, à une brèche, ou derrière une palissade, Je n'ay jamais tant vu d'Espadons que chez les Hollandois. Les rempars de toutes leurs Villes en estoient garnis de six pas en six pas , avec une pareille quantité de massuës : & à voir ce grand preparatif, on auroit crû qu'ils auroient eu de furieux desseins, & la meilleure envie du monde de se bien défendre. Mais il y a toutes les apparences qu'ils n'avoient mis là ces armes, que pour l'embellissement de leurs parapets."
Louis de Gaya, Traité des armes - 1678

Mais l'espadon, notamment au XVIIème siècle a également un usage civil : c'est une arme de garde du corps qui, outre son aspect impressionnant, est capable de tenir en respect plusieurs adversaires (le temps que le Guet arrive ?). Les quelques traités du XVIIème siècle qui nous donnent des techniques pour cette arme l'évoquent ainsi et expliquent même comment faire des moulinets dans une rue étroite. À noter que cette épée ne se porte pas à la ceinture avec un fourreau mais nue et droite à la main.

Voici comment bien porter une spadone - Francesco Fernando Alfieri L’arte di ben maneggiare la spada (1653)

Pour ce qui est de son maniement justement, les traités qui en parlent spécifiquement sont ceux du portugais Diogo Gomes de Figueyredo (traité de 1651) et de l'italien Francesco Fernando Alfieri (traité de 1653). Ils évoquent des moulinets continus dans un ballet de fer irrégulier très difficile à passer mais qui demande une excellente condition physique pour le maintenir. La forme de nombreuses Zweihänders montre aussi clairement qu'elles étaient faites pour être maniées également en demi-épée, au combat rapproché. Étonnamment nous ne possédons pas de traité allemand spécifique à cette arme alors qu'elle est très probablement née en terre germanique. Cependant j'émettrais ici une hypothèse qui est que le style d'épée longue de la fin du XVIème et du début du XVIIème siècle, mis en place notamment avec Joachim Meyer (n'oublions pas que ses ouvrages ont été imprimés, diffusés et ont eu suffisamment de succès pour lui obtenir une place de Maître d'armes auprès d'un Prince) est un système qui s'adapte assez bien à l'espadon. Il n'y a pas d'estoc et beaucoup de grands mouvements d'épées continus, avec des enchaînements de coups (même si ils peuvent être vus aussi comme des feintes). On suppose souvent que l'entraînement à l'épée longue qui a perduré encore au XVIIème siècle dans les salles d'armes du monde germanique n'était plus qu'un résidu "sportif", mais peut-être préparait-il tout de même ses escrimeurs à manier les grandes épées de leur siècle. N'hésitez pas à en discuter en commentaire.

Sparring à l'épée longue de Joachim Meyer par le groupe d'AMHE Escrime médiévale 17, les amples mouvement pourraient-ils s'adapter à des armes encore plus longues et un peu plus lourdes ?



Enfin, pour ce qui est de l'utilisation de ces armes dans des scénarios d'escrime de spectacle, à moins de vouloir présenter un contexte militaire, c'est la piste du garde du corps qui a le plus important potentiel. Il faudra néanmoins faire cela avec des escrimeurs expérimentés car l'arme, une fois lancée, est très difficile à arrêter. Une dernière possibilité est le solo où, de par ses chorégraphies de moulinets et de mouvements, l'arme s'adapte particulièrement à cet exercice esthétique !


  Démonstrations de techniques et de diverses situations lors d'un festival

 

En guise de conclusion

Mon idée ici était d'abord de vous montrer que le XVIIème siècle ne se résume pas qu'à la rapière et que d'autres armes pouvaient présenter un potentiel intéressant en escrime artistique. Vous le savez, j'aime la variété des armes, des techniques, des époques, des situations. Des armes différentes permettent de présenter d'autres techniques, mais aussi des scénarios impliquant d'autres couches de la population sans compter des défis intéressants. N'oubliez évidemment pas de réfléchir lorsque vous opposez des armes différentes (voir mon article sur le sujet).

En complément je vous invite également à consulter l'article sur les armures à la même époque.

samedi 27 avril 2019

Combattre à la bonne distance (en combat de spectacle)

L'une des premières choses que l'on m'a dites en escrime c'est de faire attention à ma distance. Connaître ses distances est, en combat armé comme à main nues, une des composantes de base d'un combattant bien formé. C'est souvent une chose qui manque aux débutants ou aux autodidactes (allez combattre sur un GN et vous pourrez le constater !). Les escrimeurs artistiques devraient donc, à partir d'un certain niveau, toujours être à bonne distance. Mais force est de constater que c'est loin d'être toujours le cas. Pourtant cela reste extrêmement important pour bien combattre sur scène.

Illustration sur la première posture avec cercles figurant les distances
  L'Académie de l'épée de Girard Thibaut d'Anvers (1630)

 Pourquoi il faut être à bonne distance

Par le Capitaine Fracasse

Le réalisme, oui, encore...

Connaître les distances (les anciens parlent de "mesure") c'est savoir quand, comment et où on est en mesure d'attaquer et, de la même façon, quand, comment et où on peut être attaqué. La distance d'attaque dépend du type de coup, de la longueur de l'arme, de la longueur du bras de celui qui la porte et de la longueur de son pas d'attaque (c'est-à dire de la longueur de ses jambes mais aussi du type de pas : fait-il une fente ou simplement une demi passe avant ? Et à quel point ose-t-il ou peut-il se jeter ?). Ainsi, à l'épée sportive, où l'on n'attaque que de la pointe, on doit savoir quand on est à la merci d'une attaque au bras, ou d'une attaque visant le corps ou la tête. À l'épée longue on rajoute une distance de coups de taille qui est plus courte que la distance d'estoc et une distance de corps à corps à laquelle il est possible de passer dans le jeu court et donc en lutte. Dans les deux cas il faut savoir à quel moment on est danger d'être toucher de la même façon en fonction de son adversaire : le plus souvent de la taille de son bras et de ses jambes. Au fleuret on n'aurait normalement qu'une seule distance, celle à laquelle on peut toucher le tronc de l'adversaire de sa pointe. Cependant on aura une distance où on pourra le toucher en allongeant simplement le bras, en se fendant, avec une flèche, une marche-fente ou (pour les plus furieux et les plus explosifs) une marche-flèche.

La flèche au fleuret expliquée par le champion Brice Guyart

La distance est une chose complexe mais essentielle pour pouvoir profiter d'un avantage de distance ou savoir gérer son désavantage (pour les plus petits). Un combattant ayant une grande allonge voudra probablement conserver cet avantage en tenant à distance son adversaire plus petit. Ce dernier devra réussir à rentrer dans la distance, soit en prenant le fer, soit en provoquant une attaque adverse. Certains combattants préfèrent le jeu court où ils sont plus à l'aise et tenteront de se rapprocher pour entrer en jeu court. Si l'on fait une digression par le combat à mains nues c'est une chose courante en Arts martiaux mixtes (MMA) lorsque s'opposent un spécialiste de la boxe pieds-poings et un lutteur ou un spécialiste du ju-jitsu. Le premier fera tout pour empêcher le second d'entrer en lutte. Lorsque les armes sont différentes, celui qui a l'arme la plus courte peut être pratiquement à l'abri des attaques de l'autre si il est rentré dans sa distance.

Jouer sur les différences de distance est un facteur possible de construction d'un combat. Cela peut être pour jouer sur les différences de taille des combattants ou d'allonge de leurs armes. Si la différence de taille est flagrante ou si la différence d'allonge des armes est évidente vous devrez absolument en tenir compte dans le combat sous peine de faire quelque chose de totalement irréaliste ! (voir mon article sur le fait d'opposer des armes différentes). Vous pouvez aussi vouloir jouer sur les différences d'allonge parce que l'un des combattants veut entrer en corps à corps et que l'autre s'y refuse. Si vous parvenez à bien le faire comprendre au public cela sera un moteur intéressant du combat.

La distance d'attaque de la pique et de la hallebarde ne sont pas les mêmes !
Kriegbuch de Wilhelm Dilich  (1689)

Pas de distance, pas de danse

D'accord, l'expression n'est pas de moi mais du Baron de Sigognac, mais comme elle est vraiment bien je la lui pique. Tout cela pour dire qu'être à bonne distance n'est pas important que pour le réalisme du combat mais simplement pour pouvoir faire correctement de l'escrime. De même qu'il est important que les coups visent la bonne cible, il est tout aussi important qu'ils soient à bonne distance et que l'on se retrouve donc dans la situation idéale d'une parade du fort de sa lame sur le faible de l'adversaire. C'est cette situation qui permet de faire les trois quarts des techniques d'escrime correctement et facilement (et donc rapidement). Froissements, liements, coulés, pressions ou battements sont idéals et optimums à cette distances. C'est la distance à laquelle le défenseur, qui a l'initiative après avoir paré, peut le mieux contrôler la lame adverse. Si vous êtes fort contre fort ou faible contre faible vous ne pourrez rien faire de tout cela correctement et donc vous ne pourrez pas jouer !

Une autre remarque, si il est assez important d'attaquer à la bonne distance avec des armes frappant de taille (il faut pouvoir frapper avec le faible de l'arme qui a plus de vitesse, idéalement au "point de percussion" situé en général vers les deux tiers ou les trois quarts de la lame pour maximiser la coupe et les dégâts), il est vraiment essentiel de l'être pour les armes frappant d'estoc. Si l'on est trop court on devra reculer le bras en arrière pour permettre à la pointe de frapper, c'est compliqué, peu précis et moche. C'est pour cela que les rapières et autres épées de cour étaient des armes destinées aux gens formés à l'escrime et donc à la vision des distances. Notons cependant qu'on peut attaquer en raccourcissant le bras avec certaines armes comme le sabre ou l'épée longue après une feinte ou une parade où l'on se retrouve souvent déjà le bras court et où la remise d'estoc est rapide. Mais il s'agit de contextes particuliers, la plupart du temps vous ne pourrez pas estoquer normalement si vous êtes trop près.

Plus on va vers la garde plus on a de force de pression d'où l'importance d'être sur le fort contre le faible adverse.
La Verdadera Destreza allait jusqu'à diviser la lame en dix degrés de force croissants.
Compendio de los fundamentos de la verdadera destreza de Francisco Antonio de Ettenhard (1675)


Il en va de même pour le passage au corps à corps. On l'a vu, le corps à corps peut être un élément intéressant dans un combat, mais encore faut-il savoir y aller ! Or si l'on est trop loin il sera difficile voire impossible de passer des techniques de corps à corps, d'où l'importance d'avoir conscience de sa distance pour savoir arriver à la bonne distance pour une technique de lutte ou un coup de poing. Certaines techniques de lutte ne sont pas très faciles à exécuter et il convient donc d'être bien placé au départ pour pouvoir déplacer un pied ou un bras au bon endroit. Pensez-y !

La réalité nous rattrape donc souvent, même dans la fiction qu'est l'escrime de spectacle. Un escrimeur qui ne maîtrise pas les distances devra être compensé par son partenaire et sera limité dans les techniques qu'il pourra faire. Certes, cela n'est pas très important si vous vous contentez juste de donner des coups de taille et de les parer, même si faible contre fort c'est tout de même plus élégant. Mais si vous avez un peu plus d'ambitions que de faire tinter des lames ou vibrer des sabres laser (car, ne nous le cachons pas, ce défaut est très répandu chez les pratiquants de cette arme), vous devez apprendre à attaquer et à parer à bonne distance. Cela tombe bien, le Baron de Sigognac est là pour vous donner quelques conseils !

Comment être à bonne distance

Par le Baron de Sigognac

 — Encore ? Mais normalement, c'est acquis ce truc !
— Oui et non. Malheureusement.
— Misère...

Bonjour à tous, ici le Baron de Sigognac. Aujourd'hui nous parlons de l'art et la manière de trouver sa distance.
Certes, mon double maléfique vous a bassiné sur le faible sur le fort et je présume que ce critère de réussite vous a été maintes fois répété, dit, déclamé, hurlé dans vos oreilles fragiles jusqu'à ce que vos tympans fondent, votre cerveau grille et votre âme se...
Pardon.

En revanche, l'art de trouver la bonne distance et la tenir même lorsqu'elle celle ci change demeure une question épineuse Bien sûr, je n'entends pas vous asséner de vérités absolues, mais plutôt vous livrer quelques pistes de réflexions. Enfin je l'espère. Sinon vous savez où se trouve la fin de l'article. Pour les insultes à mon égard, le Capitaine Fracasse se fera une joie de les recevoir.



Ceci étant dit commençons. Et par commençons, bazardons d'entrée la première des nécessités : si l'attaquant avance, le défenseur doit reculer ou se déplacer de côté pour maintenir la dite distance. Je sais on touche le point captain obvious, mais je me devais de le rappeler. Même si ce n'est pas absolue, que des exceptions existent comme le fait de basculer juste son bassin vers l'arrière, que c'est différent pour une mise à mort ou une blessure et que... POURQUOI J'AI SI PEU DE PLACE !
Bref nous profiterons davantage de nos paragraphes pour déclamer sur les détails qui permettent de vérifier la distance avant une phrase d'armes et les transitions entre les distances de combats.

Mais avant notre RIHS ( Remarque Importante Hors Sujets ) :
Faible sur fort ne fonctionne que sur une action offensive contre une défensive, en revanche si les deux protagonistes attaquent en même temps par Zornhau — dans le doute c'est toujours un zornhau — la bonne jonction se retrouvera sur les moyens.
Ce fait est important. Ce fait est hors sujet. Et oui c'est possible de le faire. Et non, pas en gamme descendante ou montante. A moins que vous désirez que je tue le chien.
Reprenons.

Recule t'es trop près ! 

 Le nombre de fois où, auprès d'autres troupes, sections et autres bandes plus ou moins organisées, l'exclamation retentit est assez impressionnant. Ce à toute les sauces.


Bienveillante : "Hé poupin ! C'est bien, mais faudrait que tu recules un peu. T'es trop près. Regarde où est ton faible. Tu vois. Allez on reprend."

Altière : "Que vois-je ! Qu’ouï-je ! Il ne sait pas se mettre à distance. Ne mesure pas qu'il doit reculer ! Non mais allô quoi !"

Agacée : "Sécurité ! Beauté ! Efficacité ! Recule empaffé !"

Excédée : "Nom de... Tu vas reculer oui !"

Totalement excédée : "Putain de bordel à cul ! Tu vas reculer te foutre à distance ou ma lame va aller directement dans ton *censored*"





 Ce genre de totalement excédé.


Vous avez compris.
Remarquons que l'inverse est possible. Cependant, que ce soit sur scène ou sur une piste, il est plus observé que pour éviter d'être trop loin, les escrimeurs surcompensent en se rapprochant de trop. Par manque d'expérience pour les sportifs, plus par manque d'outils de contrôle pour les scéniques.
Comme nous sommes là pour parler scène, oublions nos confrères d'opposition pour le moment. Nous verrons deux outils parmi la gamme existante : un par engagement l'autre par la menace de la pointe. 
Ceux ci se font sur des partenaires immobiles ou maintenant la même distance entre eux dans leur déplacements avant le début de la phrase d'armes. Phrase d’armes que les protagonistes feront en se déplaçant. Les petits malins du fond auront remarqué que les deux situations recoupent une très large majorité des chorégraphies. Tant mieux, même si parfois je le regrette, mais là n'est pas le sujet de l'article.

L'engagement.

Définition : situation de deux lames en contact.

Critères de réussites recherchés pour la distance : Point de jonction sur le moyen des armes. Cela tombe bien c'est souvent ce qui se passe sur un engagement bien exécuté.

Avantages : Facile à mettre en place dans une chorégraphie que ce soit pour du médiéval ou du grand siècle ou du intemporel... Crée facilement une tension entre les protagonistes.

Inconvénient : Fonctionne mal voir pas  du tout si les distances des armes sont trop différentes. Rapière contre dague pour n'en citer qu'une.

La menace de pointe :

Définition : position particulière dans lequel l'escrimeur allonge continuellement le bras pour menacer une cible.

Critères de réussites recherchés pour la distance : si les protagonistes sont environ de même taille et d'armes similaires, les pointes doivent s'engager vers l'espace de jonction entre la main et le poignet du partenaire.
Attention à ne pas confondre l'engagement des pointes et l'engagement définit plus haut. Dans notre cas il s'agit de la position de la pointe vis à vis du partenaire sur un bras allongé ou en cours d'allongement.
En cas de taille différente cet engagement de la pointe, sera plus ou moins prononcé lors de la menace.  Si les armes ne sont pas de même taille, les critères de réussites incombent à l'attaquant seul. Vous me direz, la règle marche aussi pour des armes de même taille : la bonne distance pour réussir une action est celle de l'attaquant. Toutefois, un double contrôle reste préférable quand il est possible.

Avantage : couvre un meilleur spectre de situation.

Inconvénients : Plus difficile à placer sur scène si on veut être réaliste avec le risque que le public trouve l'action trop proche. En effet, les menaces se font souvent hors distance de combat pour gêner la progression de l'adversaire ou provoquer une recherche de fer. A distance de touche à la main, le public risque, sans pouvoir toujours le nommer, de considérer que le défenseur n'est pas que menacé, mais clairement mis à défaut, donc vaincu. Un détail qui peut nuire à la chorégraphie. Sauf si les deux le font et encore. C'est pourquoi nous vous conseillons de l'utiliser en entrainement afin de développer votre compas dans l’œil, puis de le travailler pour la scène. Par exemple en menaçant tout deux à la limite de la hors-distance. Un outil de contrôle indirect en quelque sorte.

 The Duellists. Oui, on aime ce film et non tout n'est pas parfait. Ici les menaces sont une parfaite illustration de notre propos.
Les acteurs peuvent savoir qu'ils sont à distances et les menaces sont à la limite du trop près.


Remarque : Ces outils permettent de vérifier surtout la distance d'estoc. Pour la distance de tailler votre déplacement devra être plus grand ou s’accommoder d'une petite préparation de jambe.
Passons maintenant aux transitions entre les distances de combats.

Si t'es un guerrier, jette toi sous ma lame ! 


Oui, mais non.

Pour simplifier à l’extrême nous distinguerons deux distances. La distance de corps à corps, qui est en réalité composés de plusieurs. Coucou les combattants pieds-poings. La distance d'arme qui peut être aussi des distances.  Ais-je bien entendu pommeau et demi-lame ? 
Lors d'une chorégraphie, il arrive de passer d'une distance à une autre lors de la phrase d'armes, ou de corps à corps, ou les deux... oui bah le glossaire de notre discipline, il n'avait pas prévu ça, ses auteurs sont morts, je frise la dépression et n'ai toujours pas pris mon cognac alors ça restera comme ça.
Donc, ses transitions sont plus ou moins fréquentes, quasi systématique et soyons honnête, donc grossier — Comment ça aucun rapport ? — c'est souvent là que ça merdois un max. Que ce soit pour revenir d'une situation de corps à corps ou d'y rentrer.

Dans le premier cas l'erreur est assez facile à rectifier. Prenez juste votre temps et repositionnez vous.

Situation : 
Vous venez de placer un magnifique coup de genou à votre partenaire. Vous êtes définitivement trop près pour attaquer avec votre arme car ce dernier n'a pas assez reculé sous l'impact, voire pas du tout. Dommage vous me direz car c'est l'une des solutions les plus faciles. Certes, à l'exception que dans un souci de réalisme un adversaire ne reculera pas toujours sous un impact. Donc, il vous faut trouver autre chose.

Une solution que j'utilise souvent est de demander à l'attaquant de s'éloigner de son partenaire avec des déplacements diagonaux arrières et / ou latéraux. C'est plus agréable à regarder, vous met à distance, permet de mieux amener votre attaque et donne l'impression que vous cherchez à contourner votre adversaire pour mieux prendre l'avantage. Rompre simplement est aussi tout à fait possible, mais plus délicat à crédibiliser, à mes yeux. Dieu sait qu'ils sont merdiques.
Attention à bien prendre votre distance, mais à ce stade vous avez le compas dans l’œil non ? ^^

Dans le second cas, des  visions s'affrontent, je vous en partagerai deux antagonistes et non exhaustives.

Situation:
Votre partenaire, ou l'un ou l'une d'entre eux, vous attaque à la tête. Vous savez devoir parer et riposter par un coup de pied d'arrêt.

Un procédé souvent exploité est de rentrer directement dans la distance de corps à corps pendant l'attaque. Cette dernière est souvent très ample et exagérée pour le permettre afin qu'en toute sécurité, relative, le défenseur puisse s'avancer, parer ensuite au corps à corps et non à distance d'arme, puis riposter. Or, très souvent les combattants sont trop près, mal à l'aise, rendant le coup faible, peu démonstratif voire carrément raté. De plus, l'amplitude de l'attaque rend l'action souvent irréaliste. Ce qui peut se justifier, rappelons-le, mais nécessite de bien l'amener.

De mon côté, je lui préfère l'inverse. Parez à la bonne distance d'arme. Puis, en fonction de l'effet voulu, rentrez immédiatement ou prenez un temps de pause avant pour fixer l'action. En d'autre terme, n'exécutez pas votre transition avant la défensive, mais au plus tôt en même temps. Ce à la bonne distance d'arme. 
Par exemple et dans cette vision, la première situation peut simuler un défenseur qui anticipe et sanctionne l'attaque avec un mouvement fulgurant. Certes, ce n'est pas toujours aussi réaliste que de rentrer directement dans l'attaque, mais bien exécuté nous trouvons ici un excellent compromis. Surtout si votre partenaire simule une préparation de remise ou reprise. Le début du mouvement vers l'avant de votre partenaire donnera à votre geste le surplus de crédibilité voulu. En effet, un adversaire qui avance est plus facile à atteindre. Cependant, le tempo en sera d'autant plus exigeant.
Notons que ce même principe fonctionne pour sanctionner la préparation de riposte d'un partenaire qui vient de réaliser sa défensive. Nous reviendrons peut être en détail sur ses éléments et leur exploitation scénique dans un article spécifique
La seconde situation, quant à elle, permettra une action plus posée capable d'accentuer un instant dramatique, un moment clé du combat etc...


Adorea illustre assez bien ici ces transitions entre distance d'arme et de corps à corps. 
En même temps que la défensive et non avant. Ce avec des préparations de ripostes, remises et reprises.


D'ailleurs je vous la conseille pour des débutants. Ce temps de pause est un excellent moyen pour les acteurs de reprendre leur esprit et se concentrer à nouveau en  vu d'un enchainement compliqué, plus rythmé, complexe etc... Choses dont des débutants ont besoin. En revanche, le procédé a aussi toute sa place à haut niveau pour des exigences scéniques.
Quoiqu'il en soit et quelque soit la situation prise, un peu d'entrainement et vos actions devraient devenir plus percutantes ; donner l'impression que vous vous jetez sur l'adversaire. Un impact bienvenu sur scène qui facilite en prime la gestion de la distance. D'où ma préférence, mais je vous laisse tester.
Après tout, l'avantage de notre discipline est d'essayer différentes visions à notre rythme et selon nos envies. Profitons en.

Voilà qui conclut mon intervention. Je vous laisse aux petits soins de notre capitaine. À dans quelques verres peut être.

Une dernière qui montre aussi cette gestion avec deux partenaires qui vont de l'avant.
Nous en parlerons dans un autre articles ou plusieurs car il y a de la matière.
Et de la très très bonne.



En guise de conclusion..

Vous l'aurez vu, la distance n'est pas toujours facile à gérer, surtout lorsqu'on veut varier ses actions et y mettre de la subtilité. Mais il est indispensable de travailler son sens des distances et de TOUJOURS réfléchir à quelle distance on doit faire telle ou telle action (sauf si à force c'est devenu instinctif évidemment). La bonne distance est un des ingrédients majeurs d'un chorégraphie bien exécutée et crédible. Ne pas la prendre en compte dés le début de son apprentissage et tout au long de sa carrière d'escrimeur de spectacle est un erreur majeure et malheureusement trop fréquente.

vendredi 5 avril 2019

Une tentative de typologie des personnages combattants par niveau

Lorsque j'ai évoqué la nécessité d'avoir un personnage dans un combat de spectacle j'ai parlé du fait qu'il état nécessaire de déterminer sa valeur au combat et son style. J'ai donc tenté ici une petite typologie des personnages combattants classés en fonction d'abord de leur niveau de combat puis de leur style général de combat. Comme toute tentative de classification elle est imparfaite et contestable et en général aucun type n'est pur et ne correspond à une réalité. Cette typologie est faite pour aider à penser le réel (et même l'imaginaire qui s'en inspire ici) en le simplifiant. L'idée est de partir de ces types pour bâtir votre personnage (ou de décider qu'il correspond à un type pur, après tout on est dans de la fiction et du spectacle !).

Comme c'est bientôt la dernière saison de la série Game of Thrones j'ai décidé d'illustrer chacun de ces types avec un personnage qui en est tiré. Notons que mes choix reflètent le niveau qui est montré à l'écran et non celui qu'est censé avoir le personnage. Parfois ça correspond, parfois non (hélas)...

La garde royale est censée être une garde d'élite mais la en vérité la valeur de ses membres est très variable.

Les novices

Les novices sont les personnages qui n’ont aucune expérience du combat ou presque. Ils peuvent tenir une arme pour la première fois ou être au début de leur formation. Ils ne possèdent aucune des notions de base du combat et n’ont que leur courage et leur instinct pour se défendre. Ils donneront plus probablement des coups de taille car ceux-ci sont plus naturels que les coups d’estoc et pourront aussi esquiver ou parer comme ils peuvent. Malgré tout un novice peut avoir des attitudes très différentes en combat.

Incarner un mauvais combattant n’est pas forcément évident et, en dehors peut-être du peureux, il vaut mieux confier ces rôles à des escrimeurs confirmés plutôt qu’à de vrais novices.

Le maladroit

Le maladroit est légèrement différent du peureux dans le sens où il n’a pas forcément peur du combat même si il ne s’y sent probablement pas vraiment à l’aise. Il ne sait clairement pas se battre, il attaque de trop près ou de trop loin (ce qui peut être un scène amusante avec une attaque où l’adversaire n’a même pas à bouger car elle n’est pas dangereuse en vérité), ses attaques sont téléphonées voire maladroites. Quant à ses parades elles sont au dernier moment et il subit facilement les coups sans réussir à riposter. À la moindre feinte il devrait succomber ou y échapper une fois ou deux miraculeusement. La maladresse peut également se voir au niveau des déplacements, aux jambes raides, à l’équilibre bancal ou à une démarche sans aucune fluidité et des pas constamment en retard.

Le maladroit peut être tout personnage forcé de se battre ou qui veut se battre mais ne sait pas le faire.  N’importe quel « civil » non formé aux armes incluant les femmes et les enfants, les serviteurs divers, beaucoup de gens du peuple etc.

Ce personnage n’est ainsi pas évident à interpréter car il faut savoir porter de mauvais coups tout en les maîtrisant quand même pour s’assurer d’être en sécurité. Il faut savoir être en retard sur ses pas ou ses parades tout en réagissant quand même à temps. Tout cela fait que n’importe qui ne peut pas incarner ce type de personnage et qu’il est préférable de le confier à une personne ayant déjà une expérience significative de l’escrime de spectacle.

Tyrion, contraint de combattre n'est pas très adroit mais a un peu de chance.

Le peureux

Ce combattant n’a pas choisi d’être là et il ou elle n’aurait qu’un seul souhait : être ailleurs qu’en face d’une brute armée prête à le tuer. Si il peut il tentera de fuir ou de se cacher, si il ne le peut pas il essayera de se défendre comme il peut voire de tenter une timide attaque souvent très simple. Le peureux peut parfois avoir de la chance ou être lâche mais sournois et frapper de dos ou en enfreignant une règle ! Ce personnage peut être un pédant ou un fanfaron qui sera humilié dés qu’on passe aux choses sérieuses.

Il peut être un marchand, une passante à détrousser, une servante qui tient à sa vie, une princesse en détresse. Là le personnage n’est pas obligatoirement lâche mais il n’a clairement pas envie de se battre. Enfin, cela peut également être coupe-jarret sournois et veule qui fuit le combat pour attaquer dans le dos.

C’est un personnage assez facile à interpréter en terme d’escrime (moins de jeu de scène) car ses coups sont simples, il se bat peu mais on n’a pas à en rajouter des tonnes sur une maladresse aux armes.

Samwell Tarly au début de la saison 1, effrayé à l'idée de tenir une épée

Le suicidaire

Les personnages suicidaires ne connaissent rien de plus aux armes que les personnages précédents mais, à l'inverse de ceux-ci, la conséquence est qu'ils n’ont pas conscience du danger et que c’est pour cela qu’ils attaquent furieusement sans penser qu’ils pourraient se faire tuer ! De nombreux traités d’escrime (surtout au XVIIIème siècle) préviennent l’escrimeur expérimenté contre ce type d’adversaire qui ne réagit pas normalement aux attaques et n’a pas peur de l'arme adverse. Avec lui les combats ne durent pas longtemps, il vainct ou, le plus souvent, il périt. Cependant une double mort est également un scénario assez probable si le combattant en face ne réalise pas à quel fou il à affaire !

Le suicidaire peut être mu par la colère, la fougue de la jeunesse, le fanatisme ou la nécessité de protéger les siens quitte à donner sa vie pour eux. Il peut être un jeune membre de la famille voulant venger ses parents, un bleu avide de faire ses preuves mais aussi une mère de famille défendant les siens. Cela correspond également bien aux personnages ivres ou drogués qui ont alors une perception très atténuée du danger.

Ce rôle nécessitera très probablement d’avoir à gérer des contres-offensives de la part des deux partenaires. Cela demande de la part des deux une certaine expérience et donc, non seulement le suicidaire ne pourra pas être un débutant, mais son ou sa partenaire non plus. Tous deux doivent avoir une bonne gestion du tempo pour faire cela en sécurité.

Les fanatiques n'ont jamais peur de la mort, même quand ils ne savent pas se battre.

Les combattants formés aux armes

Dans cette catégorie on classera les personnages qui ont appris à se battre, qu’on le leur ait enseigné ou qu’ils aient appris « à la dure ». Ces personnages maîtrisent des bases du combat, savent attaquer et se défendre correctement mais n’en connaissent pas les subtilités. Si on est logique c’est là que l’on trouvera la majorité des combattants. En effet, que cela soit au Moyen-Âge ou à l’époque moderne peu de gens s’entraînaient régulièrement aux armes. La formation aux armes faisait partie de l’éducation des nobles durant toute la période mais beaucoup d’entre eux, une fois passée la période de formation de l’adolescence, ne les pratiquaient plus au point de souvent reprendre des leçons lorsqu’un duel se profilait ! De même, la plupart des soldats ou des membres des milices urbaines ne bénéficiaient que d’un entraînement basique et sporadique.
En principe tous les escrimeurs de spectacle devraient être capables d’incarner ces personnages.

Le bon élève

Ces combattants et combattantes ont eu une formation régulière avec un maître d'armes ou un instructeur. Ils connaissent toutes les bases du combat, les notions de distance, les pas spécifique à leur école ou tradition et, pourquoi pas, quelques feintes ou contres simples. Comme ils ont peu pratiqué depuis leur apprentissage (ou qu'ils viennent juste de le terminer) leurs gestes sont très classiques et leur escrime assez prévisible. Le bon élève applique ce qu'il a appris, ne tente pas de coups qui n'existent pas "dans le manuel". On pourra aussi jouer sur les positions de gardes qui doivent être les plus orthodoxes possibles avec, éventuellement, cette petite tension de celui qui n'est pas complètement assuré et veut bien faire.

Ce type de personnage combattant est extrêmement vaste, il comprend la plupart des chevaliers, nobles et gentlemen (voire des filles bien nées formées aux armes) qui ne sont pas des combattants aguerris, mais aussi la plupart des soldats, des gardes ou miliciens en dehors des vétérans (qui seront plutôt des vieux briscards).

C'est probablement le rôle le plus facile à donner à un escrimeur de spectacle puisqu'il s'agit d'appliquer des coups relativement simples dans la meilleure orthodoxie possible. Même un escrimeur de peu d'expérience pourra être crédible puisqu'il sera de bonne volonté sans être parfait. Un escrimeur expérimenté avec une belle technique devra, quant à lui, faire un effort pour ne pas être trop parfait dans ses gestes (et passer pour un artiste).


Comme tous les chevaliers Jorah Mormont a été formé au combat. Pourtant ses capacités sont loin d'être extraordinaires

L’autodidacte

À l'inverse du bon élève, l'autodidacte doit la majeure partie de sa connaissance du combat à son expérience. Il peut s'être formé lui-même en survivant ou avoir glané une partie de son savoir-faire auprès d'autres combattants hétérodoxes. Il ne respecte pas les règles d'une école en particulier, pouvant même mélanger plusieurs styles. Ses gardes sont très approximatives voire inexistantes (au sabre ou à l'épée longue on l'imagine facilement la pointe traînante dans des versions perverties des gardes basses médiévales) et ses attaques peuvent n'être pas toujours à distance ou vouloir volontairement briser celle-ci pour entrer en corps à corps. En effet, il faut presque systématiquement adjoindre à son jeu des coups de pieds, poing, pommeau, des techniques de lutte, des crocs-en-jambe et autres clefs qui ajouteront à son côté non orthodoxe. D'ailleurs tout cela n'a pas besoin d'être complètement propre, cela peut même rater, on n'a pas ici affaire à un combattant d'élite, juste à quelqu'un qui a appris à se battre en dehors des écoles.

Les personnages recouverts par ce type sont en premiers lieux les pirates, brigands des forêts et autres voyous des rues, mais aussi des valets, des femmes du peuple ou des paysans qui ont pris les armes.

Bien qu'un peu moins évident à interpréter que le bon élève, ce type de personnage sera tout de même facilement joué par la plupart des escrimeurs de spectacle. C'est assez détendant d'ailleurs puisque ça permet d'être inventifs sans complexifier trop le combat pour autant.

Comme bien de Sauvageons Osha n'a pas appris à combattre dans un château

La brute

La brute est ce combattant qui porte des coups puissants, potentiellement avec une arme difficile à parer pour son adversaire (sabre contre épée de cour, broadsword contre rapière, hache contre sabre etc.). Cet adversaire mène un combat engagé, agressif (mais pas suicidaire) même si ses coups sont très simples et ne s'enchaînent pas forcément bien. Bref, la brute fait peur, il faut du courage pour l'affronter et ne pas reculer ou rester sur la défensive. Si ce personnage sera facilement vaincu par n'importe quel combattant expérimenté il fera peur aux autres catégories qui y regarderont à deux fois avant de l'affronter. La brute utilisera aussi probablement des techniques de corps à corps et surtout de lutte, celles qui font appel à la force et à l'engagement pour briser la distance sont évidemment à privilégier. En fait, même sans technique spécifique la brute peut simplement bousculer son adversaire dans le but de le dégager ou le déstabiliser. Contrairement à l'athlète sa manière de combattre est plus hachée, moins rapide, moins dynamique.

Les personnages de brute sont plutôt à chercher chez les roturiers que chez les nobles et les chevaliers, même si il peut y avoir des exceptions. Les gardes font évidemment de parfaites brutes de même que certains pirates ou paysans.

Idéalement vous choisissez votre escrimeur de spectacle le plus grand et le plus costaud pour interpréter une brute. C'est le choix le plus évident mais il n'est pas obligatoire, c'est aussi l'intention qui compte et l'engagement. Une jeune femme de 50 kg peut tout à fait faire une excellente brute si le jeu et l'intention sont présents mais il est vrai qu'elle sera moins crédible face à un gaillard dépassant les 100 kg (cependant cela peut faire aussi un bel effet comique). Outre cela l'escrimeur devra savoir donner des coups qui paraîtront brutaux en toute sécurité ce qui demande une expérience minimale.

Comme dans les films et les séries présentant du combat médiéval, dans Game of Thrones on n'a que l'embarras du choix pour les personnages brutaux (voir mon article là-dessus). Mais Ser Sandor Clegane dit "La Montagne" est probablement le plus emblématique de ce style... rugueux ?

Les experts du combat

La dernière catégorie que nous aborderons est celle des meilleurs combattants, ceux dont l’affrontement devrait entrer dans les légendes. C’est celle des héros, des héroïnes et des grands méchants. Ces personnages sont exceptionnellement doués, maîtrisent le plus souvent des coups que n’ont pas les autres et/ ou sont physiquement supérieurs.
Ces personnages devraient donner les combats les plus spectaculaires et pour cela ils doivent être incarnés par des escrimeurs de spectacle d’un bon niveau. L’escrimeur doit en effet pouvoir être à la hauteur du rôle et si il est peu expérimenté il ne le sera pas ! Notons également qu’un affrontement entre deux combattants expert doit durer un peu de temps et présentera souvent des situation compliquées qui nécessiteront de très longues heures de répétition. Il ne faudrait normalement pas s’y engager à la légère !

L’artiste

L'artiste est l'essence de l'escrime, son expression la plus pure. Ses gestes sont parfaits, variés, d'une finition irréprochable. L'aisance avec laquelle il exécute ses actions en font l'esthétique. On pense évidemment à l'épée de cour mais l'on peut avoir des artistes dans toutes les disciplines, notamment l'épée longue médiévale, même avec de belles techniques de lutte en finale. Tout doit démontrer que le personnage maîtrise à la perfection son école ou sa tradition d'escrime dans toutes ses subtilités. On doit donc y ajouter toutes les ruses de l'école : feintes, contres, invitations etc., tant que c'est dans la tradition. À l'inverse on se gardera d'y mettre ce qui n'y est pas, on ne fera pas de grandes fentes "à l'italienne" si l'on fait de la rapière espagnole, des zwerhau si l'on fait du Fiore ou des rassemblements de bocle et d'épée dans la même main pour effectuer des saisies si l'on fait du I:33...

Ce type d'escrime convient particulièrement bien aux héros de l'histoire, aux jeunes premiers "dents blanches, haleine fraîche", aux héroïnes élégantes ou encore aux grands méchants hautains et bien nés.

Vous aurez compris que pour y faire honneur il vous faudra y mettre vos meilleurs escrimeurs et que ceux-ci devront placer plusieurs techniques complexes et qu'ils devront exécuter celles-ci à la perfection. C'est donc potentiellement le rôle le plus compliqué à tenir si on le prend dans son expression la plus pure.

Syrio Forel, le superbe "Maître à danser" d'Arya est un pur artiste de l'escrime

L'athlète

Le mot de buffle revient souvent dans les traités d'escrime médiévale germanique (j'envisage d'ailleurs de développer plus avant ce concept dans un article ultérieur). C'est souvent contre ses coups que les traités nous apprennent à nous défendre. On peut l'interpréter comme un novice qui porte des coups violents et assez maladroits ou, comme le fait Keith Farrell dans un article qu'il lui consacre, comme un escrimeur extrêmement agressif et dangereux. C'est de cette dernière interprétation que nous nous inspirerons pour ce type de personnage.

"So a buffalo is the kind of person who will be fast, strong, potentially athletic, who takes the intiative and forces you to defend yourself, and who may win the fight you lingered for too long, played too defensive a game, or otherwise did not do the most intelligent thing (the Schilhaw)."

"Ainsi, un buffle est ce type de personne qui sera rapide, puissant, potentiellement athlétique, qui prendra l'initiative et vous forcera à vous défendre, et qui peut gagner le combat si vous tardez trop à réagir, jouez trop défensif ou ne faites pas la chose la plus intelligente à faire (le Schilhaw)."

Keith Farrell - Reconsidering the Buffalo (traduction : Capitaine Fracasse)
On a donc affaire à un adversaire qui compense une technique moyenne par un engagement physique et athlétique très important. Typiquement l'athlète utilise des coups simples et plutôt puissants qu'il sait enchaîner rapidement mais pas ou peu de feintes ou d'autres types de préparations d'attaque. Les gestes de l'athlète seront peut-être un peu trop amples mais il les compensera pas un meilleur physique, il esquivera facilement au lieu de parer, tentera de rentrer dans son adversaire et retraitera tout aussi vite si le danger est trop pressant. Ce type de personnage bouge beaucoup, est partout, laisse peu de répit à son adversaire. Même dans une phase où il n'a pas l'avantage il tentera de tourner, s'écartera d'une roulade ou en sautant par-dessus un obstacle. On l'imagine assez facilement utilisant le mobilier ou le décor autour de lui. Il s'agit donc d'un style de combat très dynamique et visuel.

Les rôles recouverts par ce type de personnage ont en commun d'être a priori plutôt jeunes et athlétiques. On peut potentiellement imaginer aussi bien un jeune noble qu'un jeune soldat, un pirate violent ou une guerrière farouche. La fureur du combat les habite le plus souvent mais l'on peut aussi imaginer un jeune héros un peu plus calme et enjoué néanmoins on imagine difficilement un personnage impassible. On l'imagine aussi un peu moins pour un grand méchant, mais sans problème pour son premier lieutenant (Dark Maul plutôt que Dark Sidious).

Pour l'interpréter vous aurez besoin de quelqu'un avec une bonne condition physique capable de tenir la cadence infernale qu'impose ce type de personnage. L'escrimeur aura en effet à bouger beaucoup, bien plus que son ou ses partenaires et devra être capable de tenir ce rythme. Il faudra aussi quelqu'un d'expérimenté, capable de sentir le combat, d'aller vite mais de bien se replacer pour être en sécurité. C'est le rôle idéal à donner à un cascadeur qui pourra alors se faire plaisir en roulades, chutes, rétablissements et esquives.

Même si elle pourrait être un peu plus rapide, Brienne est une combattante qui compte sur ses capacité physiques pour gagner un combat.

Le vieux briscard

Le vieux briscard est un vétéran, il a survécu à de nombreux duels, plusieurs batailles ou rixes, il a frôlé la mort mais tout cela lui a permis de perfectionner ses techniques de combat. C'est un combattant assuré et expérimenté qui sait garder son sang-froid et placer la bonne technique au bon moment. Ce qui le différencie de l'artiste est son pragmatisme : il est moins académique mais n'hésite pas à sortir des principes de l'école pour placer un coup gagnant ou vicieux. C'est un combattant rusé et vicieux, une version évoluée de l'autodidacte. Le vieux briscard peut être totalement autodidacte ou avoir évolué à partir de bases enseignées par un maître d'armes. Son style est plus efficace qu'élégant, il n'hésitera pas à profiter du moindre avantage physique, psychologique ou de placement, à placer un coup vicieux, à mélanger les styles tant que c'est efficace et que cela lui permet de vaincre ! Il ne faut donc pas négliger les feintes, invitations ou les contres des traités et les mêler avec tout ce qui peut donner un avantage. Le vieux briscard n'hésitera pas à affaiblir son adversaire, à l'estropier plutôt que de rechercher le coup parfait.

Ce type recouvre nombre de rôles de combattants expérimentés. Il est bon pour un méchant comme pour un héros ou une héroïne, il est tout à fait intéressant dans un contraste avec l'artiste.

Pour l'interpréter vous aurez besoin d'excellents escrimeurs de spectacles capables d'exécuter une gamme variée de coups complexes. En revanche comme il y a moins d'exigences de pureté de style c'est un rôle peut-être un peu plus facile que l'artiste, après cela dépend aussi du caractère et du style des escrimeurs concernés.

Bronn le mercenaire est un guerrier à qui on ne la fait pas...

À vous de jouer maintenant !

Comme je l'ai indiqué en introduction, ces types sont fait pour que vous vous en empariez et puissiez mieux penser vos personnages. Vous pouvez partir d'un type particulier et lui insuffler un peu de l'un ou l'autre, être entre deux types etc. Tout cela n'est pas figé, c'est juste un outil pour vous aider à penser et à créer !