dimanche 8 février 2026

Les différentes pratiques de combat d'opposition (utiles pour l'escrime de spectacle)

Cet article fait suite au précédent qui se penchait sur les avantages de pratiquer le combat d'opposition pour améliorer notre pratique d'escrime de spectacle. Je me propose ici de lister la majorité des pratiques combattantes auxquelles ont peut avoir accès en France ou en Europe (voire dans le monde occidental en général). Je vais néanmoins me concentrer sur les plus intéressantes et les plus courantes et généraliser pour le reste. Évidemment cette analyse est forcément dépendante de mes connaissances et de mon expérience et il est tout à fait possible que je me trompe sur des pratiques que je connais mal, n'hésitez pas ainsi à me corriger en commentaire.

Je mettrai une note de 1 (*) à 5 étoiles (*****) pour chaque pratique en résumant les avantages et les inconvénients. Là aussi ça reste très subjectif ET c'est complètement lié à l'intérêt pour l'escrime de spectacle. Ce n'est pas un jugement de valeur, juste un jugement en rapport avec la complémentarité de cette discipline avec l'escrime de spectacle.

Miniature d'une vidéo de Skallagrim

 Les Arts Martiaux Historiques Européens (AMHE)*****

Avantages : une grande diversité d'armes et de situations, une volonté de simulation historique, des règles qui ont pour but de se rapprocher de situations historiques réelles

Inconvénients : une qualité d'enseignement variable, pas présent partout, du matériel assez coûteux 

Disons-le franchement, à mon avis la pratique des AMHE est probablement le meilleur complément à l'escrime de spectacle. Vous pouvez pratiquer de nombreuses armes et traditions et découvrir des dizaines de techniques. L'objectif des AMHE est de redécouvrir les techniques anciennes et de les pratiquer, idéalement on essaie de se rapprocher de situations historiques réelles. C'est à dire qu'on essaie de simuler soit ce que serait un combat réel, soit l'escrime de "loisir" telle qu'elle était pratiquée à l'époque, dans un cadre proto-sportif (notamment les Fechtschulen). Évidemment, les impératifs de sécurité limitent toujours un peu le réalisme mais l'idée est, très grossièrement, de s'en rapprocher.

En pratiquant les AMHE vous apprendrez donc des escrimes réalistes, martiales et historiques qui veulent simuler directement un affrontement souvent mortel. Ce qui est le scénario le plus courant en escrime de spectacle. Vous pouvez littéralement pratiquer toutes les armes et toutes les époques même si, et c'est là qu'on entre dans les inconvénients, vous serez dépendant de ce qui est pratiqué à votre club local ou des efforts que vous pourrez fournir (et les gens que vous pourrez convaincre de vous suivre) pour d'autres disciplines. Dans les faits l'immense majorité des clubs pratique l'épée longue, pour le reste c'est plus aléatoire mais vous avez de bonnes chances de pouvoir faire de la rapière, du coutelas, des armes d'hast ou du combat viking.

Sparring de combat viking au Club d'Escrime Stéoruellan
Photo : Noé Davenas pour ActuOrléans

Il n'y a néanmoins pas que des avantages. Comme c'est une pratique assez récente et presque exclusivement d'amateurs, la qualité des enseignants est très variable. Je ne parle pas évidemment de leur implication, simplement de leur formation pédagogique. Là où un Maître d'Armes possède un diplôme d'État et peut se prévaloir de plusieurs années de formation à son métier, l'instructeur d'AMHE a en général reçu une formation de quelques jours au mieux. Il a par lui-même étudié des traités, et généralement il les connait bien, mais il a une formation assez rudimentaire sur la pédagogie ou sur l'entraînement. Il peut se renseigner, s'améliorer et cela dépend donc beaucoup des individus mais gardez à l'esprit qu'un instructeur c'est très souvent quelqu'un qui a déménagé et a ouvert un club pour continuer à pratiquer. Notons d'ailleurs que cela ne veut pas dire qu'ils sont mauvais, juste qu'ils n'ont pas forcément toutes les méthodes pour bien enseigner.

Un autre frein à la pratique des AMHE, surtout avec du sparring, c'est le coût. Certes il existe des épées en mousse qu'on peut utiliser juste avec un masque d'escrime, mais pour avoir la meilleure sensation, le mieux reste de pratiquer à l'acier et cela demande beaucoup de protections : comptez entre 500 et 1000€ de matériel pour avoir un bon équipement. Si vous vous débrouillez bien vous pourrez réutiliser les armes pour l'escrime de spectacle (voir mon article sur les armes) mais pour le reste c'est généralement du matériel très spécifique. En revanche les inscriptions aux clubs sont souvent peu onéreuses mais les locaux peuvent être d'un confort très variable et certains clubs pratiquent même dans des parcs en extérieur.

Le dernier problème est le maillage des clubs. Si la discipline se développe bien, on en trouve pas de clubs partout et, comme je l'ai dit plus haut, vous serez limité dans les offres de discipline.

Notons que ce que je viens de dire pour les AMHE est à peu de choses près transposable pour les clubs se revendiquant des Arts Martiaux Français. La démarche est légèrement différente mais dans notre cas les apports et les inconvénients sont similaires.

 Analyse de sparring par French Hema Boy (Raphaël Tardio)

L'escrime sportive****(pour l'épée et le fleuret classique) ***(pour le fleuret et le sabre)

Avantages : des enseignants très formés, votre club FFE propose probablement la pratique et sans payer plus ou avec un surcoût très faible

Inconvénients : moins de diversité de pratiques, le fleuret et le sabre ont des règles assez artificielles

Si vous pratiquez en France vous avez de bonnes chances de pratiquer au sein d'un club membre de la Fédération Français d'Escrime (FFE) et qu'à côté de votre petit cours d'escrime de spectacle il y ait de nombreux créneaux consacrés à l'escrime sportive à l'épée, au fleuret ou au sabre. Certains club distinguent des pratiques de loisir et de compétition, d'autres nom, on y propose souvent une seule arme mais parfois deux (voire trois mais c'est rare). Les cours sont encadrés par un maître d'armes ayant ou un prévôt qui a un diplôme d'État et plusieurs années d'études.Cela peut d'ailleurs être celui même qui s'occupe déjà de votre cours d'escrime artistique, alors pourquoi ne pas vous y mettre aussi ? D'autant qu'en général vous n'aurez pas grand-chose à payer en plus voire rien du tout. Les clubs louent les tenues, prêtent les armes, vous n'avez pas besoin d'acheter grand-chose pour commencer et c'est là tout l'intérêt de l'escrime sportive par rapport à tout ce que je vous présente ici.

L'intérêt de l'escrime sportive c'est que vous pourrez bénéficier des raffinements d'un ou deux siècles de pratique, même au niveau amateur vous pourrez apprendre des subtilités de jeu déjà assez poussées, des tactiques, des réflexes de jeu etc. Personne d'autre qu'un maître d'armes ne vous enseignera aussi bien les subtilités du combat armé et de votre discipline en particulier. Autant d'informations précieuses et de ressenti emmagasinés pour mieux comprendre ce qu'est un combat. Vous côtoierez aussi des combattants différents, des compétiteurs qui ont soif de victoire et sont prêts à donner beaucoup pour l'obtenir, des profils qu'on rencontre beaucoup plus rarement en escrime de spectacle.

En revanche il faut quand même distinguer entre les armes. L'épée est faite à la base pour simuler un duel de la fin du XIXe siècle où l'on touche aux avancées. C'est l'arme qui a le plus gardé son aspect martial : il n'y a pas de règle de priorité, vous devez absolument écarter la pointe adverse et vous débrouiller pour toucher sans être touché si vous voulez marquer seul le point. On ne peut donc normalement pas se jeter sur la lame adverse et on doit trouver des solutions. Néanmoins le fait que le match est en 5 ou 15 points et que les doubles touches sont acceptées fausse un peu la donne : si on a de l'avance on va chercher les doubles touches et cela devient une tactique logique de tout faire pour toucher, peu importe si l'on est ou non touché tant qu'on touche. Néanmoins cela oblige aussi absolument le tireur mené aux points à apprendre à toucher sans être touché, ce qui est ce qu'on recherche. On perd quand même un peu en martialité, mais en dehors de cela l'épée reste une arme très martiale. Alors oui, évidemment, on n'a ici que de la pointe, toucher au bras est tout aussi valable qu'au corps ou à la tête alors que, dans la réalité, c'est évidemment très différent. Néanmoins vous prendrez tout de même de bons réflexes et comprendrez bien le combat en pratiquant l'épée.

Images du circuit national épée vétéran de 2016 (je mets volontairement des vétérans pour ne pas avoir des athlètes internationaux au physique extraordinaire) 

Le cas du fleuret est un peu différent. Arbitré "à l'ancienne", avec une "priorité de bras" et non une "priorité de jambes" il est très martial. Celui qui attaque en allongeant son bras a la priorité et même si les deux touchent, seul celui qui a la priorité marque le point. Pour la lui prendre il faut que son attaque échoue ou que l'on reprenne la priorité avec un battement. C'est ce que je vais appeler ici le fleuret "classique". Il apprend très bien à se défendre, mieux que l'épée donc, et à riposter, on y fait des dégagements, des coupés, des prises de fer etc. C'est en fait tout aussi bien que l'épée pour apprendre ce qu'est le combat et cela donne de beaux gestes avec beaucoup de parades,-ripostes-contre-ripostes... d'autant qu'on n'attaque qu'au tronc, ce qui est le plus souvent le cas en escrime de spectacle. Le problème est qu'on est progressivement passé à une priorité de jambes pour déterminer celui qui attaque. Ainsi, tant qu'on avance on a la priorité, même en avançant avec le fleuret écarté (pour éviter un battement et se faire reprendre la priorité). Ainsi on peut voir le scénario suivant : le fleurettiste A avance, fleuret baissé, si B se fend et que A relève sa pointe et le touche (le temps pour une double touche est très lent en fleuret), eh bien A a le point. On a tout perdu de la martialité originelle ! Cela tend un peu à se corriger m'a-t-on dit mais ça reste quand même beaucoup moins intéressant pour nous.

Quant au sabre il s'agit aussi d'une arme de priorité mais un peu mieux définie. Le problème réside dans son évolution technologique. Le sabre réel est une arme d'un certain poids, plus ou moins bien équilibrée (très mal pour les sabres de cavalerie, mieux pour ceux de l'infanterie) et qui a donc une certaine inertie. Il frappe de taille et il faut donc un peu d'ampleur pour faire une entaille significative. Or l'emploi de sabres très légers combiné à l'électrification font que les gestes du sabre sportif actuel n'ont presque plus rien à voir avec le maniement de sabres aptes à blesser ou tuer quelqu'un. Vous comprendrez donc bien le combat mais cela vous apportera beaucoup moins en terme de gestes.

 

Nick Itkin (à gauche) touche Enzo Lefort lors de la petite finale des Jeux Olympiques de Paris en 2024
(Daniel Derajinski/Icon Sport pour le journal L'Équipe)

Le jeu de rôle Grandeur Nature (GN) et le Trollball*** (pour les GNs "Baston" et le Trollball)** (pour les GNs "Aventure")

Avantages : une grande diversité de situations et notamment du combat de groupe, une certaine expérimentation de la peur.

Inconvénients : une activité souvent ponctuelle, un panel de cibles limitées, pas vraiment d'enseignants

Le Grandeur Nature (GN) désigne en général un jeu de rôle où les joueurs incarnent des personnages physiquement plutôt que virtuellement autour d'une table. Les actions sont donc résolues en grande partie physiquement par les joueurs : vous parlez, vous courez, vous essayez d'être discrets ou vous donnez des coups d'épée physiquement, même si tout un panel de règles encadrent et se rajoutent au truc. Il y a des organisateurs qui gèrent le scénario mais aussi les aspects logistiques et aussi des personnages non-joueurs (PNJs) qui jouent tous les rôles ponctuels, de l'orque qui vous attaque et est destiné à mourir au mendiant qui met de l'animation dans la ville. Cela se déroule très souvent dans des univers de fantasy mais tout est possible.

Pour ce qui nous intéresse ici, le combat, cela se résout le plus souvent avec des armes en mousse à tige de carbone qui permettent se se toucher sans se faire mal tant qu'on ne tape pas comme une brute. Les personnages ont un certain nombre de points de vie et les armes en enlèvent elles aussi un certain nombre (de base 1pv par coup en général) à zéro PV on est généralement agonisant et on frôle la mort. Pour des raisons de sécurité on interdit les coups d'estocs mais aussi les coups à la tête et aux parties intimes, parfois aux mains mais cela dépend des règles. On a donc des armes plutôt légères mais capables de faire des parades correctes (il y a aussi des boucliers) mais un panel de coups limités. C'est suffisant pour avoir une vraie impression de combat mais on est très loin d'une simulation réaliste. C'est même souvent assez moche à regarder mais ce qui est intéressant c'est de le vivre. Notons qu'on combat rarement tout un GN (cela dépend beaucoup du type de jeu, on combattra beaucoup plus sur un GN "aventure" que sur un GN "intrigues", et pas du tout sur un GN "romanesque"). Ajoutons qu'un GN se déroule sur quelques jours (souvent un week-end) et de façon ponctuelle. Même en en faisant beaucoup ça ne sera pas aussi régulier qu'un entraînement hebdomadaire. Par ailleurs, il n'y a pas vraiment d'enseignement de l'escrime GN, il y a eu des tentatives, il y a quelques associations qui ont des entraînements réguliers mais cela reste très rare.

En revanche il y a plusieurs choses intéressantes à noter : tout d'abord on incarne son personnage, on le vit, donc on n'a pas envie de le perdre, qu'il meurt, on a donc un certaine expérience de la peur, mais aussi parfois des obligations morales. Lors d'un de mes premiers GN je jouais un maître des runes nain, nous nous retrouvons confrontés à des orques assez impressionnant et plus nombreux que nous, mon premier réflexe était de m'enfuir, me mettre en sécurité mais là je me dis aussi que, entourés d'humains, je ne peux pas fuir devant des orques sans faire honte à mon peuple, et me voilà donc, allant par devoir, dans un combat peut-être perdu. Une autre chose c'est qu'on peut y expérimenter le combat de groupe, aussi bien en "escarmouches", c'est à dire souvent moins de 10 combattants en tout, qu'en "batailles" avec plusieurs dizaines de combattants de chaque côté. Cela vous apprend à rester groupé, à faire attention à vos arrières, à ne pas vous faire encercler etc. C'est une expérience que peu de pratiques du combat de loisir ou de compétition proposent.

Début de combat pendant le GN Les principautés frontalières de l'Asso Aquilon en 2018 au fort de Monbré
Photo par Efel/PhotoGNik

Finissons sur deux pratiques de GN plus axées sur le combat : les GNs "baston" et le trollball. Les GNs "baston" sont plus des wargames grandeur-nature, il y a en très peu organisés chaque année (généralement  et les meilleurs vous proposent des règles un peu différentes : on peut frapper à la tête et on peut se repousser (en faisant attention évidemment de ne pas faire tomber l'autre dans un ravin ou des ronces), on y modère aussi moins ses coups même si le but ici n'est pas la violence. Pour cela les casques sont obligatoires et les protections (au moins un gambison et de gants) fortement recommandées. Cela supprime des problèmes récurrents de ceux qui se cachent derrière des boucliers énormes et qu'on ne peut atteindre parce qu'on ne peut pas les toucher à la tête et cela permet plus de physicalité avec des masses de combattants en armure qui se rentrent dedans. On y vit plusieurs scénarios aussi bien de batailles rangée que d'escarmouche.

Le Trollball est une simulation de football américain, en général à 5 contre 5, dans un monde fantastique où, au lieu de plaquer ses adversaires, il faut les toucher avec une épée pour les mettre hors de combat. On a donc le choix entre jouer la balle pour marquer un touchdown ou éliminer les adversaires (souvent on fait un peu les deux). Pour le fun il existe des tonnes de règles optionnelles avec des magiciens, des armes différentes etc. On a donc la possibilité de combattre en groupe, avec des stratégies. C'est cardio, c'est rapide et ça vous apprend à bien vous déplacer en combat.

Le GN est donc une activité sympathique, qui vous permettra même souvent de réutiliser vos costumes et peut vous apprendre des trucs sur le combat, et notamment le combat de groupe.

 
Reportage sur le trollball à Argentan sur ma chaîne YT Tendance Ouest

Le combat de reconstitution médiévale***

Avantages : des armes utilisées en escrime de spectacle, port de l'armure, combat de masse

Inconvénients : des coups limités aux coups de taille, une escrime sans armure pratiquée en armure, un encadrement très faible et des enseignants aux niveaux très divers

Lors des camps et événements de reconstitution médiévale il est fréquent de voir des combats à l'épée (et autres armes). Il peut s'agir d'escrime plus ou moins chorégraphiée (souvent assez mal) mais aussi d'opposition. On en a ici en général de deux sortes : les mêlées médiévales et les "joutes courtoises".

La joute courtoise est le terme le plus fréquemment utilisé pour désigner des compétitions de combat à pied, le plus souvent à l'épée longue et en armure. Les épées sont des épées de reconstitution médiévale, évidemment non tranchantes et à la pointe arrondie. Le but est généralement de porter un certain nombre de touches à l'adversaire. Pour des raisons de sécurité les combattants ne portent que des coups de taille et ils sont normalement protégés ; en armure de plates ou avec au moins suffisamment de protections pour ne pas se blesser. On a donc un combat qui vous force à utiliser correctement une épée longue (ou épée-bouclier etc.) donc à comprendre son poids, le principe de levier etc. Même si on n'y apprendra pas forcément les subtilités de l'escrime lichtenauerienne ou autre on en vient forcément à des gestes assez correct. En revanche, ce qui est moins historique, c'est qu'on ne porterait pas ce genre de coups sur un adversaire en armure où on jouerait plutôt de la demi-épée. On a donc un style de combat sans armure pratiqué en armure, c'est là le paradoxe.

Les mêlées ont autant de règles que d'événements de reconstitution. On agit en groupe en combattant à la touche mais en ne frappant que les zones protégées. Cela fait beaucoup confiance au fair-play de l'adversaire, c'est parfois à la limite de la sécurité et donc très imparfait mais cela reste du combat de groupe et même de la bataille ce qu'on a rarement l'occasion de pratiquer et en soi cela garde un intérêt.

L'un des principaux problèmes reste que cette activité se pratique au sein de troupes et que le niveau de ceux qui vont vous enseigner les techniques est très variable. Il n'y a aucun encadrement institutionnel, pas de formation, tout ce fait par transmission orale. Certains comme les amis avec qui j'ai tourné le combat de Donjons et Dragon ont une pratique très sécurisée mettant l'accent sur le contrôle de son arme, d'autres peuvent être carrément dangereux.

Par ailleurs c'est une pratique qui demande en elle-même de faire partie d'une troupe de reconstitution médiévale et donc d'y consacrer un certain nombre de week-ends, mais aussi de temps à acquérir ou fabriquer son matériel et, évidemment, d'argent, d'autant que vous devrez acheter une armure ou des pièces d'armure. Notons cependant que presque tout votre matériel de reconstitution (costumes, armes, armures, meubles, campement) pourra être réutilisé en escrime de spectacle. Si vous faites déjà de la reconstitution médiévale ou avez envie d'y consacrer le temps et l'argent nécessaires considérez donc ces pratiques pour vous améliorer, sinon regardez ce qui existe d'autre près de chez vous.

Tournois des soldats lors de la fête médiéval du château de Tiffauge en 2023
photos du reportage sur le site Moyen-Âge Passion

La canne de combat***

Avantages : un encadrement au sein de la FFSBF, une arme intéressante, des déplacements variés et identiques

Inconvénients : des coups trop codifiés, une "escrime" trop irréaliste

On parle ici de la "canne de combat", c'est à dire de la discipline enseignée au sein de la Fédération Française de Savate Boxe Française et Disciplines Associées (FFSBF). Ce sport a été codifié par Maurice Sarry qui l'a ressuscité mais lui a aussi donné un caractère très particulier. Ainsi les zones de touches sont limitées à la tête et aux tibias ainsi qu'aux flancs pour les hommes uniquement. Il n'y a pas de coups diagonaux seulement verticaux et horizontaux et la canne doit absolument être armée derrière la ligne des épaules pour que le point compte. Voilà pour les principales règles dont vous voyez qu'elles sont très contraignantes.

L'ensemble donne des mouvements assez esthétiques avec des esquives sautées et des grands moulinets ce qui peut être intéressant si l'on veut montrer beaucoup d'ampleur mais ne l'est pas dans un style plus "rude", plus réaliste, comme un combat de rue de la Belle Époque par exemple (voir mon article sur le sujet). Il n'y a en effet pas de coups d'estoc, pourtant très efficaces à la canne, ni de coups de pommeaux. On ne cherche pas à casser le bras alors que c'est une technique très efficace dans la rue et, avec une canne plus réaliste (et un peu plus lourde) on n'a normalement pas besoin d'armer autant son coup pour faire mal. On n'apprend donc ici un seul style de combat : canne contre canne avec un style très ample, impressionnant mais sans grand réalisme. Si on se cantonne à ça on risque vite de tourner en rond dans ses scénarios et il faudra aller chercher d'autres coups historiques pour varier les plaisirs et les chorégraphies.

Alors évidemment on y apprend quand même à gérer une opposition avec tout le stress que cela comporte, on apprend à parer et à esquiver et même, à esquiver en sautant ce qui n'est pas forcément chose évidente. C'est un sport armé donc on apprend à gérer une arme et pas seulement des poings ou des pieds et toutes les exigences de stabilité dont j'ai parlé auparavant sont là, d'autant que les déplacements sont les même qu'en escrime. Mieux encore, concernant ceux-ci, on y apprend à se déplacer sur les côtés ce que ne vous apprend pas l'escrime sportive par exemple.

La discipline se pratiquant au sein de la FFSBF et on bénéficie donc d'encadrants formés et d'une pratique codifiée ce qui limite les mauvaises surprises. Néanmoins il faut garder à l'esprit que la spécialité de la plupart des enseignants est la Savate-Boxe Française et non la canne de combat qui reste une discipline mineure au sein de la fédération (mais c'est aussi le cas de l'escrime artistique au sein de la FFE). En revanche vous pourrez aussi apprendre le bâton français (sans opposition) voire la savate pour enrichir vos chorégraphies. Si vous voulez préparer des combats de la Belle Époque la canne de combat (et la savate) restent des disciplines intéressantes même si des clubs d'AMHE consacrés à cette époque resteraient un meilleur choix. Mais vous trouverez aussi ce que vous pouvez là où vous êtes.

Petite finale des championnats de France de canne de combat 2024

Le sabre laser sportif** 

Avantages : utile si vous voulez faire du sabre laser artistique

Inconvénients : des coups très codifiés et irréalistes

On peut tout à fait pratiquer le sabre laser en escrime de spectacle. On peut le faire de façon libre, en s'inspirant de diverses traditions martiales (épée longue germanique ou messer germanique par exemple), mais on peut aussi respecter les règles imposées par diverses formes qui ont été crées et qui sont utilisées pour les championnats de la FFE. Personnellement je n'en vois pas trop l'intérêt mais ce n'est pas le sujet ici.

Parallèlement on enseigne aussi le sabre laser sportif au sein de la FFE. Il existe parallèlement d'autres associations qui n'ont pas rejoint la FFE et au sein desquelles vous pouvez pratiquer le sabre laser. Comme les sabres sont faits en plastique dur on utilise normalement des protections même si il semble que certaines associations n'en utilisent pas. Je vous déconseille fortement toute association qui ne protégerait pas au moins la tête de ses participants, je ne crois pas en une maîtrise constante des coups en situation d'opposition et la médecine a revu récemment la gravité des traumatismes crâniens, surtout quand ils sont répétés. Tant qu'à faire mettez également des gants, et si possible protégez aussi le corps, ça vous évitera d'avoir mal. Honnêtement, c'est un loisir, pas la peine de se faire mal parce que, soi-disant, vous auriez plus envie de vous protéger. Vos compétences de sabre laser ne vous serviront à rien d'autre qu'à faire... du sabre laser. Donc franchement pensez à vous.

Toutes ces pratiques du sabre laser ont leurs interprétations et on créé des "formes" auxquelles sont associées des techniques particulières inspirées d'un peu tout mais beaucoup de techniques orientales, probablement parce que c'était le background martial des premiers créateurs. Ainsi, un peu comme à la canne de combat, pour qu'un coup soit valable il doit respecter certains codes dont un certain armé etc. Par exemple les règles de la FFE encouragent des coups armés qui découvrent l'attaquant. De fait cela habitue les corps à une pratique en décalage avec des réalités martiales comme se prémunir des contre offensives. Ces diverses règles limitent donc énormément les techniques et la transposition à d'autres armes. En gros, c'est essentiellement utile si vous voulez faire un combat artistique au sabre laser et c'est tout. Si c’est votre objectif, pourquoi pas, surtout si votre club enseigne aussi le sabre laser, sinon eh bien, faites plutôt de l'épée sportive ! 

Quelques images du championnat de France à Metz en 2023

Les pratiques armées asiatiques (kendo, kali et autres)* à ***

Avantages : pratique avec armes, diversité d'armes selon les disciplines

Inconvénients : pratiques souvent très codifiées, armes différentes des armes occidentales

Je vais ici évacuer toutes les disciplines asiatiques même si, idéalement, chacune mériterait son paragraphe. Néanmoins notons qu'on est déjà sur des armes et même, parfois, sur des philosophies d'affrontement, assez différentes de l'escrime de spectacle occidentale. Les positions de corps sont différentes, les gardes, les frappes, surtout dans les arts martiaux les plus codifiés. C'est cette codification qui est aussi un souci nous concernant (rappelons que je parle ici dans la perspective de compétences transférables à l'escrime de spectacle). Elle vient freiner notre panel de coups et la possibilité de variations. Il en est évidemment de même pour tous les sports avec des zones de touche spécifiques, des façons de porter les coups non valables etc. 

Parmi tous ceux-ci considérez néanmoins deux disciplines : le kali eskrima et le sport chanbara. Le kali est d'origine philippine et on y manie de bâtons mais aussi des machettes et des couteaux en escrimant à une ou deux mains. Toutes les surfaces ne sont pas valables mais on a quand même une simulation honnête de combat armé avec la possibilité de varier les armes dont certaines sont intéressantes dans des scénarios de combat urbain ou même de combat tout court à l'arme blanche. Il y a peu de clubs de kali en France mais c'est une discipline intéressante.

Le sport chanbara est une discipline de la Fédération française de judo, jujitsu, kendo et disciplines associées qui se pratique avec des armes en mousse de tailles variables simulant diverses armes japonaises (couteau, sabre court, sabre long, lance, arme d'hast et même doubles lames). Les coups sont peu codifiés et, ce qui est intéressant, et il y a même des duels avec des armes différentes, ce qui est rare. Les protections sont légères ce qui est toujours avantageux (et peu onéreux). Malheureusement la pratique est très peu répandue en France et vous aurez peu de chances de trouver un club près de chez vous.

Duel de chanbara en armes mixtes
photo : Antoinette Barillet pour le Progrès

Les sports de combat à mains nues * à **

Avantages : intéressant pour rajouter du corps à corps

Inconvénients : très éloigné du combat avec armes

Ajoutons quelques mots sur les sports de combat à mains nues, que cela soit les boxes ou les luttes ils vous permettront évidemment de ressentir l'opposition, le stress, le combat etc. En revanche le principal souci est la différence entre le combat armé ou non armé. Je l'ai déjà dit par le passé mais l'arme change tout. Dans le combat non armé rares sont les coups qui finissent le combat, c'est bien sûr possible mais il fait savoir taper correctement et, surtout, au bon endroit. Vous pouvez ainsi facilement risquer un coup et, surtout, vous devez pouvoir enchaîner les coups. En combat armé la majorité des coups risquent de vous blesser, souvent gravement et vous en voulez absolument pas vous exposer. Et cette limite est donc un problème pour la transposition de sensations.

En revanche le combat non armé peut être intéressant pour rajouter du corps à corps dans vos combats. Je vous conseille plutôt diverses formes de luttes, idéalement debout (malheureusement ce n'est pas le plus fréquent). La lutte est en effet plus répandue dans toute l'histoire (et dans le monde). La boxe anglaise ne nait qu'au XVIIIe siècle, la savate peut-être à la même époque mais on la connait surtout au XIXe siècle. Je vous conseillerais donc plutôt des arts martiaux occidentaux, plus compatibles avec les époques que nous simulons.

Pour résumer, les sports de combat occidentaux (luttes, boxes anglaise et française)sont un peu intéressants en complément. Pour les autres ça sera plus par passion personnelle que pour compléter votre pratique de l'escrime de spectacle.

Finales du Championnat d’Ile-de-France de boxe anglaise amateur 2009.
(Wikimedia Commons)

***

Pour conclure je dirais qu'il vous faut d'abord rechercher une discipline maniant idéalement les mêmes armes, ou le même type d'armes que vous souhaitez manier en spectacle. Les AMHE répondent théoriquement à tout cet éventail mais, si vous pouvez trouver de l'épée longue un peu partout, vous n'aurez pas forcément de la rapière, de l'épée de cour ou du sabre. Ainsi, si vous voulez faire des spectacles à l'épée de cour, l'épée d'escrime sportive vous en apprendra probablement beaucoup plus que si vous faites de l'épée longue ou même de la rapière. Ainsi, vous inscrire au cours d'épée de votre club d'escrime n'est pas à négliger d'autant que vous connaissez probablement déjà les lieux et les personnes. Ajoutons que si jamais vous envisagez de faire de l'escrime votre profession vous ne pourrez couper à la partie escrime sportive du BPJEPS "Escrime pour tous". Et je ne parle pas de devenir maître d'armes.

Pour le reste c'est clairement moins répandu et moins intéressant et cela dépendra finalement beaucoup de vos goûts, de vos amis etc. Si vous aimez les campements historiques alors rentabilisez vos costumes et pratiquant aussi l'escrime de spectacle. De même si vous aimez le GN, d'autant que le GN est souvent une activité ponctuelle donc qui ne vous prendra pas tous vos week-ends. Pour les autres activités, si elles restent utiles, c'est surtout pour d'autres raisons que vous voudrez les pratiquer.

Comme je l'ai aussi dit, ici on a surtout un idéal, une analyse qui supposerait que tout soit praticable près de chez vous. Or, pour la majorité de ces activités (en dehors des grandes fédérations nationales), vous serez très dépendant de ce qui est proposé dans votre ville ou les villes proches ainsi que des horaires de ces activités. Mais n'hésitez pas à vous ouvrir à d'autres visions et à tester l'opposition, vous ne pourrez que vous améliorer !

vendredi 23 janvier 2026

L'intérêt de pratiquer le combat d'opposition (pour l'escrime de spectacle)

Si j'ai évoqué l'intérêt de pratiquer l'escrime (ou toute autre forme de combat d'opposition) au cours de plusieurs articles précédents je n'y avais jamais consacré un article spécifique. Nous allons donc parler ici de ce que peut vous apporter une pratique complémentaire à l'escrime de spectacle. Se confronter à du combat peut indéniablement être un bon apport à notre pratique même si il s'agit évidemment ici de simulation et/ou de jeu puisque personne n'envisage de se battre avec des épées tranchantes et pointues.

Par combat ou escrime d'opposition j'entends ici le fait de s'affronter, à deux ou à plusieurs, de préférence avec des armes ou des simulateurs d'armes. Cela inclue les compétitions bien sûr, mais aussi (et surtout) les "assauts" ou les "sparrings" voire toute pratique qui vous mettra dans cette situation avec normalement un vainqueur et un vaincu. Les éventuels entraînements à ces situations d'affrontement en font donc également partie.

En revanche j'exclurai les arts martiaux sans opposition mais aussi les pratiques de self défense sans réelles simulations de mise en pratique.

Notons que l'on part ici du postulat d'une pratique amateur que l'on ferait en complément de l'escrime de spectacle. On ne parle pas ici de s'y impliquer à fond mais de pratiquer à côté pour devenir un meilleur escrimeur ou escrimeuse de spectacle. Bien sûr que l'on peut se prendre au jeu et on espère bien prendre du plaisir à cette autre pratique, mais l'idée ici n'est pas forcément de pratiquer intensément et à haut niveau (on peut toujours, mais on n'a pas forcément besoin de ça pour que cela nous apporte des compétences).

Il reste à voir ce que cela va nous apporter réellement et pour cela je vais détailler deux parties : sur la meilleure compréhension du combat mais aussi de meilleurs automatismes.

L'analyse des différentes pratiques fera l'objet d'un autre article (consultable ici)

Sparring d'exhibition de l'AMHE Arras lors d'un festival en 2025
(photo : la Voix du Nord)

Une meilleure compréhension du combat et de ses enjeux 

Le premier intérêt de pratiquer du combat en opposition c'est une meilleure compréhension de ce qu'est le combat. Là, quelle que soit l'opposition, on comprendra le besoin de feinter ou de provoquer la faute, de tromper l'ennemi pour le toucher, c'est ici valable quelle que soit la discipline. On verra ainsi le combat de façon différente, moins "chorégraphique" mais comme un nécessaire enchaînement d'actions et de réactions. Avec le temps ou un bon formateur on comprendra l'importance de ne pas se jeter sans plan ou attendre passivement sans stratégie. Un escrimeur ou une escrimeuse saura, à force, distinguer ce qui est plus ou moins martial dans les gestes et la chorégraphie qu'il construira ensuite avec son ou ses partenaires. Il pourra faire le choix de ne pas opter pour des gestes martiaux (ou du moins pas à 100%) mais il ou elle aura expérimenté.

En poussant plus avant on pourra également mieux comprendre les profils de combattants, si on est plus offensif ou défensif, conquérant, blindeur, presseur ou contreur par exemple. Notons que cela peut néanmoins être très impacté par les règles de la pratique qui peuvent favoriser tel ou tel profil (le plus souvent les profils offensifs avec des règles de non-combativité). Néanmoins on peut en apprendre pas mal, sur soi d'abord, sur les autres ensuite. On a en effet tout un panel de combattants à observer et à interroger, comprendre comment ils fonctionnent. N'hésitez pas à le faire, je n'ai moi-même vraiment compris le blindeur qu'en en discutant longuement avec le Baron (qui est naturellement un contreur-blindeur), ce n'était pas du tout naturel pour quelqu'un porté naturellement à l’initiative comme moi (je suis clairement un conquérant-presseur).

Enfin, pratiquer permet également de mieux comprendre la philosophie d'un combat et les phases de celui-ci : la phase d'observation du début, le risque de surconfiance quand on domine ou les questionnements quand on est dominé ou même la fatigue qui s'accumule avec les pertes de lucidité. On a l'occasion de le ressentir et de mieux construire le récit de son combat en se basant sur quelquechose de moins artificiel. La compétition (ou, dans le cas d'un GN, le fait d'incarner un rôle et un personnage qui ne veut pas mourir) peut permettre de ressentir un peu de la pression qui pèse sur le combattant, de sa peur de la mort. Bien sûr, nous sommes d'accord, cela n'est qu'un ersatz de la véritable peur ressentie en situation réelle. Néanmoins on notera que les armées stressent leurs combattants à l'entraînement pour mieux les aguerrir, on n'est donc pas dans le faux en agissant ainsi.

Combat d'escarmouche lors du GN "bagarre" Faide de l'association Time Freeze en 2025
(photo : Damien Charpentier)

De meilleurs automatismes

Un autre avantage à pratiquer le combat en opposition c'est que vous progresserez plus vite, du moins dans certains domaines, ceux qui sont utiles au combat. Vous acquerrez de cette façon des automatismes que vous pourrez réactiver en escrime de spectacle.

Vous apprendrez ainsi plus vite à faire des fentes efficaces, à ne pas vous effondrer en les faisant sous peine de vous voir sanctionner d'une touche. De même, vos parades, vos actions au fer devront être efficaces et non cosmétiques. Vous apprendrez également à reculer pour vous défendre, ou du moins que si vous en reculez pas vous prenez plus de risques et vous arrivez vite à une distance de corps à corps. Vos déplacements devront être bons sous peine de vous pénaliser, de même que votre structure. Comprenons que tous ces défaut vous gêneront également pour faire une bonne chorégraphie d'escrime de spectacle mais on le fera toujours puisqu'on est en collaboration. Ici vous n'avez pas le choix sous peine de vous faire toucher et vous n'avez normalement jamais envie de perdre (ce qui n'empêchera pas d'accepter la défaite, mais on joue pour gagner, ou du moins faire du mieux qu'on peut).

Avec cette petite pression vous apprendrez normalement plus vite la gestion des distances et du tempo. Celle-ci est aussi essentielle, il existe bien des exercices pour la prendre en compte, des explications théoriques mais c'est aussi par la mise en pratique, par l'expérimentation, qu'on assimile cette notion. De plus, vous aurez peut-être un enseignant pour vous aider à la comprendre et à la percevoir, c'est notamment le cas à l'épée sportive où vous devrez assimiler la distance où vous pouvez toucher au bras ou au corps (mais aussi celles où votre bras ou votre corps sont en danger). Avec la pratique vous assimilerez également mieux le tempo, le rythme du combat et ce que signifie le fait de "voler un temps" à votre adversaire (ou vous le faire voler, ce qui risque plus souvent de vous arriver au début).

Enfin, dans mon dernier article je parlais d'anticiper les ripostes et les enchaînements, c'est aussi quelquechose qu'une pratique en opposition vous forcera à faire avec bien plus de pression que pour un combat chorégraphié. Vous serez forcés de mieux placer votre arme sur vos parades, d'apprendre plus d'enchaînements pour avoir une meilleure liberté de mouvement, gestes que vous pourrez facilement replacer dans le cadre de l'escrime de spectacle. Vous simplifierez également vos gestes, vous réduirez vos coupés ou vos dégagements, apprendrez à gérer les gestes parasites. Et même si vous me dites que vous préférez les exagérer en représentation cela ne sera pas forcément un problème car qui peut le plus peut le moins.

Un dernier avantage de pratiquer le combat d'opposition se traduit par une meilleure sécurité en général. Tout d'abord vous allez apprendre à parer par réflexe, donc à arrêter des attaques qui n'étaient pas prévues à cet endroit là. C'est évidemment toujours utile si votre partenaire se trompe dans son attaque ou maîtrise mal celle-ci. Je vous le conseille tout particulièrement face à un jeune gars de 18-20 ans qui débute et est un peu trop enthousiaste d'avoir une épée entre les mains et a tendance à s'emballer. Soyons clairs, il faudra qu'il apprenne très vite à se réfréner mais en attendant ce n'est pas plus mal de lui mettre en face quelqu'un qui sait arrêter une attaque. La sécurité va aussi se jouer à une meilleure compréhension du combat, de meilleurs "instincts". Vous comprendrez mieux ce qui se passe, les situations, et vous serez plus à même d'identifier les dangers, notamment liés à la distance mais pas seulement. Cela est valable pour ce que font votre ou vos partenaires mais également pour vous-même et à quel point votre prochaine action est potentiellement dangereuse ou, au contraire, sera sans risques quoiqu'impressionnante.

Challenge International d'Escrime à l'Ecole polytechnique
© Ecole polytechnique / Institut Polytechnique de Paris / J.Barande
 

 ***

Je ne peux donc que vous inviter à pratiquer en parallèle le combat d'opposition, que ça soit des AMHE, de l'escrime sportive ou autre chose, vous en tirerez beaucoup de bénéfices pour votre pratique d'escrime de spectacle. Évidemment il faut que ça vous plaise, que vous en ayez envie, que vous y preniez du plaisir ou que vous soyez tellement investi dans l'escrime de spectacle que vous êtes prêt ou prête à faire cet effort. On peut tout à fait acquérir un bon ou un très bon niveau en escrime de spectacle mais le combat d'opposition vous aidera à progresser plus vite et à mieux comprendre certaines choses. Ajoutons que c'est en général une pratique un peu plus physique que l'escrime de scène et que le cardio que vous ferez en plus vous sera lui aussi bénéfique. N'hésitez donc pas à franchir le pas, il y a peut-être un club près de chez vous et si vous êtes en France il y a de fortes chances que vous pratiquiez déjà au sein d'un club FFE où vous pourrez vous essayer, parfois sans plus de frais, à l'épée au fleuret ou au sabre.

jeudi 8 janvier 2026

Anticipez vos ripostes et vos enchaînements !

Bon alors il faut qu'on parle d'un truc que la plupart des gens expérimentés font plus ou moins mais qu'on vous apprend rarement à faire : anticiper sa riposte. En fait on demande même aux débutants de faire le contraire : revenir en garde après une attaque ou une parade. Or, si c'est bien pour les débutants parce que... euh au fait, pourquoi ? Bon, je vais demander au Baron de Sigognac, il est Maître d'Armes, il devrait savoir. Donc si c'est bien pour les débutants c'est une habitude à perdre assez vite. Et pourtant personne ne vous le dit jamais, même si on ne vous embête pas avec ça au bout d'un moment. Je vais donc énoncer des choses qui vont probablement (j'espère) vous sembler évidentes mais comme je n'entends jamais personne les énoncer je pense que c'est bien de le faire. On va d'abord se pencher sur le retour en garde avant de voir la nécessité d'anticiper.

Enchaînements dans Infantery sword exercice par Henry Angelo (the younger) 1817

Pourquoi revenir en garde c'est bien pour un débutant

Par le Baron de Sigognac

On fait ça nous ? Heu... Alors... Certes, mais... c'est compliqué. Bonjour à tous, ici le Baron de Sigognac pour vous desservir. 

Vous l'aurez compris, le capitaine nomme par retour en garde, une étape artificielle ou nous nous forcerions à revenir à notre position initiale de jambe, mais surtout de main. Je passe les différences de conception d'une garde en escrime médiévale de celle moderne. 

Chez un débutant, elle peut s'observer aussi bien dans une pratique sportive qu'artistique. Les objectifs tactiques sont là encore différents, mais reposent sur la nécessité commune d'apprendre une décontraction du bras armé qui suivrait grossièrement ce schéma : le développement de l'offensive ou défensive, le relâchement des épaules puis du reste du bras jusqu'à revenir en garde au bout d'un certain temps. Et c'est grâce à ce relâchement que l'escrimeur peut habilement enchainer ses actions de mains défensives ou offensives que nous pouvons là encore résumer ainsi : action 1 / relâchement pouvant aller jusqu'à un retour en garde complet, mais pouvant s'interrompre avant / action 2 /...

Or, un débutant à tendance à se raidir sur ses actions. De fait, le forcer à revenir en garde l'aide à se corriger et se prémunir de cet état. Le tout en travaillant le besoin par défaut, faute de mieux, dans l'attente, de se mettre en garde pour fermer des cibles, favoriser des actions, incarner une certaine posture... Sans cela autant leur demander de juste faire tomber leur bras. C'est d'ailleurs une étape pédagogique parfois. Mais gardons à l'esprit qu'il s'agit, surtout en escrime de scène, d'un moment visant l'apprentissage du relâchement nécessaire pour pouvoir enchainer diverses actions de mains.

Gardes dans Hungarian & Highland Broad Sword par Henry Angelo (1799)

 Le problème du retour en garde

Après ces explications pédagogiques, passons maintenant aux non-débutants : 

Revenir en garde après une attaque cela peut être martialement intéressant dans le sens où, si on n'a pas d'idée après, autant se protéger. Donc, si vous prévoyez une attaque où le défenseur ne riposte pas et où l'attaquant n'enchaîne pas avec une autre attaque, l'attaquant devrait logiquement revenir en garde après ça. Cela signifie donc qu'il ne veut dont pas enchaîner avec une autre attaque qui pourrait potentiellement l'exposer, mais aussi que le défenseur n'est pas en mesure de riposter immédiatement parce que la parade ou l'esquive qu'il a utilisé ne le lui permet pas ou simplement qu'il ne le veut pas parce qu'il est par exemple sur la défensive, en phase d'observation. Cela peut permettre de jouer un début de combat prudent, où les adversaires se testent. Mais ça ne fera pas un enchaînement comme on aime en voir.

Or, si on veut un enchaînement il faut que la riposte soit assez rapide et l'attaquant initial n'a donc probablement pas eu le temps de revenir en garde, il est donc ouvert et vulnérable, d'où la riposte. Cela suppose aussi que le défenseur ne se remette pas en garde non plus avant de riposter, qu'il riposte depuis sa position de parade (ou d'esquive). Si les deux se remettent en garde on aura quand même un truc très bizarre pour le spectateur et une coupure dans l'enchaînement. En gros ça sera lent et un peu pataud. Donc clairement il faut éluder cette phase de retour en garde dés que l'on monte un peu en niveau. Mais il y a un peu plus que ça.

Parade de quarte dans L'Art de l'Escrime dans toute son étendue de Baltazar Fischer (1796)

Anticiper avec la défense adéquate 

Oui parce qu'il ne suffit pas de le dire pour le faire bien. Vous remarquerez que l'on ne peut pas correctement effectuer toutes les ripostes depuis certaines parades. Ainsi il est relativement difficile d'envoyer une attaque de taille après une parade de quarte, surtout si la pointe est bien vers le ciel façon antenne. Vous pouvez éventuellement riposter dans la même ligne si vous êtes bien bras court (ce qui veut dire que vous n'avez pas eu à bloquer une attaque trop brutale) mais c'est à peu près tout. La logique ici serait plutôt que l'attaquant enchaîne une nouvelle attaque. On a donc ici une parade très enseignée qui serait plutôt une parade de panique. En revanche si, en parant, vous avez déjà la pointe vers l'adversaire vous pouvez immédiatement riposter en estoc. C'est donc la bonne parade pour renvoyer un estoc, et si vous vouliez renvoyer une taille considérez plutôt la parade de prime haute qui vous permet de renvoyer direct en vertical, en diagonale voire en horizontal de l'autre côté.

Je ne vais pas multiplier les exemples mais vous voyez ainsi, avec une parade commune, comment le choix de celle-ci et la forme que vous lui donner influencera grandement le geste suivant : enchaînement d'attaques (parade, de quarte pointe en l'air), riposte en estoc (parade de quarte, pointe vers l'adversaire) ou riposte en taille (parade de prime). Évidemment ça va dans l'autre sens : si vous attaquez par exemple en taille vers votre côté armé vous aurez du mal à faire une parade de quinte sur une riposte à la tête. La quinte inversée voire une interception de la lame pour la frapper en quarte (avec ou non un liement) seront mieux indiquées. Bref, l'idée c'est de suivre la biomécanique ou de réfléchir à ce que vous faites avant si vous voulez arriver à un coup précis (parce que vous l'aimez bien, que vous avez prévu de finir comme ça ou pour toute autre raison scénaristique).

Je dois avouer que je construis plutôt mes combats avec la première méthode : je pare et je vois ce que martialement je pourrais faire après pour mettre en danger l'autre, ou quel coup sympa je pourrais placer, si il n'y a rien de bien ou qu'on l'a déjà fait 2 ou 3 fois, alors j'essaie avec une autre parade. Bon, avec l'expérience et la lecture de traités on a plein d'idées et ça va vite mais au début on teste et voilà. Malgré tout la seconde méthode est tout aussi valable et je l'utilise au moins quand je veux placer une enchaînement précis (souvent un truc cool vu dans un traité). Notons que, prévoir les cibles à l'avance est une méthode intéressante si vous n'avez pas un énorme bagage de techniques, donc si vous être débutant ou n'avez que quelques années d'escrime et n'avez pas vu des dizaines de techniques. Cela vous oblige à réfléchir comment amener un coup depuis une position de parade ou comment faire pour justifier un enchaînement d'attaques. C'est donc très formateur.

Manuel théorique et pratique d’escrime (Fleuret, Épée, Sabre) par Émile André (1908)
 

***

Voilà donc pour ce court article. Je me répète, j'ai vraiment l'impression d'énoncer des évidences et c'est probablement ce que font, au moins instinctivement, la plupart des escrimeurs et des escrimeuses artistiques. Pourtant, comme cela n'est jamais dit, je pense que cela n'est pas forcément clair dans la tête de tout le monde. Beaucoup de gens, même quelques années d'expérience, ne semblent pas bien connaître ce qu'on peut enchaîner après telle ou telle parade ou après tel ou tel coup. Donc pensez-y, testez, soyez fluides, ça sera plus joli.

jeudi 27 novembre 2025

L'intérêt du hors-distance dans un combat d'escrime artistique

Je regarde beaucoup de combats d'escrime artistique et je suis très souvent surpris de voir aussi peu utilisé le fait d'être hors de la distance de combat, hors de l'espace où les deux protagonistes peuvent s'attaquer d'une fente (ou demi-fente selon la période) ou, éventuellement, d'une marche-fente. Dans cette situation les deux protagonistes sont toujours en train de s'affronter mais ne sont pas immédiatement en danger. Il s'agit donc d'une pause dans le combat et pourtant c'est une situation qu'on ne voit pas toujours. Beaucoup de combats commencent même directement à distance d'affrontement et, y compris lors des pauses, les combattants ne se séparent pas réellement. Et c'est bien dommage car on verra qu'ils se privent ainsi d'un outil de récit du combat, mais aussi de dynamisation de celui-ci. Tout d'abord il faut commencer par rappeler la réalité martiale du hors-distance puis les prérequis techniques avant d'aborder précisément l'aspect scénique.

Moment hors distance lors du duel final de Rob Roy (1995) de Michael Caton-Jones

Quelques aspects du hors-distance 

L'aspect martial du hors-distance

Si vous avez fait de l'escrime sportive, particulièrement de l'épée ou si vous faites même tout autre sport de combat ou art martial avec de l'opposition (les AMHE, mais en fait ça marche même avec la boxe), vous devez comprendre assez vite à quoi rime le hors distance : c'est la distance à laquelle vous êtes en sécurité. Vous n'êtes pas encore entré dans la distance et n'avez pas laissé votre adversaire y rentrer. Vous pouvez donc encore réfléchir à ce que vous allez faire, à la stratégie que vous allez adopter face à lui ou face à elle. Si le combat a déjà débuté et que vous vous êtes séparés hors distance, c'est le moment où vous reprenez vos esprits, essayez de comprendre ce qui s'est passé et élaborez de nouveau une stratégie. Mes maîtres d'armes n'ont cessé de me répéter que lorsqu'on est à distance de combat, on doit savoir ce que l'on veut faire. Sinon il ne faut pas y aller ni laisser l'autre y rentrer.

Un combat qui se prolonge, où personne n'arrive à se blesser, du moins sérieusement, arrivera forcément à un moment hors distance. Parce que la vitesse d'analyse de nos cerveaux a une limite et qu'il faut un moment reprendre ses esprits. C'est particulièrement vrai si on a été en difficulté voire blessé et que l'on veut se préserver.

Dans le cas de figure où l'un des combattants à une arme bien plus longue ou une allonge clairement supérieure il a tout intérêt à maîtriser sa distance pour être lui à distance de combat quand son adversaire ne l'est pas encore. Et celui qui a la plus faible allonge restera encore plus facilement hors distance et ne s'approchera qu'avec un plan clair (par exemple prendre le fer pour briser la distance ou provoquer l'attaque de l'adversaire pour mieux s'approcher grâce à sa parade). Le hors distance sera encore plus important dans ce type de combat.

On pourrait raffiner la chose avec plusieurs types de distances : à l'épée d'escrime la distance où l'on peut être touché aux avancées, cible plus difficile que le corps, et donc une distance où l'on se met en danger mais de façon mesurée. Idem à l'épée longue entre la distance où l'on peut attaquer d'estoc, plus lointaine et celle où l'on est à la merci d'un coup de taille et où donc le danger est plus grand (on pourrait même ajouter la distance de corps à corps où l'on acceptera d'aller ou non plus ou moins facilement en fonction de sa maîtrise du jeu court et de son gabarit).  Vous avez compris le principe mais, pour plus de simplicité restons sur l'opposition "hors-distance"/"distance de combat".

 Nous avions mis en scène cela lors de l'un de mes courts-métrage où Lydia, armée d'un court fauchon mais protégée par son bouclier, fait plusieurs tentatives pour rentrer dans la distance d'une puissante brigande et de son formidable gourdin.

Prérequis : maîtriser les distances d'attaque

En revanche il y a tout même une chose à savoir sur le hors distance : ce n'est pas pour les débutants. En effet, avancer, reculer, contourner, rentrer dans la distance suppose de connaître cette distance. Ainsi l'escrimeur doit pouvoir savoir à quelle distance il peut toucher avec quelle arme mais, surtout, être capable d'évaluer la distance de l'adversaire. C'est crucial pour les armes de pointe (et donc en premier lieu l'épée de cour et la rapière) puisque, trop loin vous ne toucherez pas et trop court vous ne pourrez pas vraiment attaquer. Les attaques de taille permettent plus de marge mais malgré tout on voudrait idéalement frapper avec les 2/3 ou les 3/4 du tranchant. C'est mieux martialement pour être plus en sécurité et artistiquement c'est en général plus joli et plus lisible.

C'est une compétence qui se forge au fil des années, surtout en escrime artistique où, contrairement aux pratiques en opposition, c'est moins crucial (et on a aussi la fâcheuse habitude de ne pas beaucoup travailler ce point). Notons néanmoins qu'il existe des exercices qui peuvent permettre d'apprendre ça plus vite mais il faut en principe compter quelques années de pratique avant de bien maîtriser cela. Mais après l'aisance d'évaluer d'un coup d’œil les distances est un vrai plaisir et ouvre toute une gamme de possibilité de jeu, et surtout de mouvement. On peut ainsi constamment bouger, votre partenaire/adversaire aussi, et pourtant toujours être à la bonne distance quand il s'agit d'attaquer.

Néanmoins remarquons qu'en escrime artistique on peut se débrouiller assez bien tant qu'au moins un des deux partenaires a cette compétence et gèrera la distance pour les deux. Il ou elle pourra ainsi se replacer opportunément pour attaquer à la bonne distance, reculer pour permettre à l'autre de développer une bonne attaque etc. L'escrime de spectacle est une discipline d'équipe et l'on doit tout faire pour compenser les faiblesses de son ou sa partenaire.

 Ici un petit tutoriel de l'US Bouscat Escrime sur la distance de touche.

Le hors-distance en scène 

Jouer hors distance

Mais que peut-on faire exactement hors distance ? On l'a dit c'est un moment où le personnage est dans une relative sécurité, du moins pas dans un danger immédiat. C'est un moment qui marque une pause dans le combat, où la tension retombe légèrement, les personnages et le public reprennent leur souffle, assimilent ce qui vient de se passer et préparent la suite. La respiration que le hors distance propose est donc sa première raison d'être.

Ensuite c'est un moment où l'on peut doit jouer son personnage. C'est le moment où l'on place des dialogues, où l'on insiste sur le caractère de son personnage ou, au contraire, on le fait évoluer. Un personnage très assuré commence à douter après avoir été mis en difficulté, un autre prend la confiance (généralement un peu trop), des caractères se dévoilent etc. C'est aussi un bon moment pour montrer la fatigue des personnages, jouer les éventuelles blessures, le courage de continuer malgré elle ou la cruauté du méchant qui veut achever sa victime. Ce ne sont ici que quelques exemples, je laisse les autres à votre imagination (oui c'est aussi le moment où on peut rendre son arme à un adversaire désarmé mais, pitié, arrêtez avec ça, sinon vous finirez dans mon bingo !)

Je parle de dialogues mais n'en mettez pas si ce n'est pas nécessaire, si la gestuelle seule permet de raconter l'histoire ce n'est pas la peine de souligner par des dialogues (sauf dans un registre comique où le ridicule vient aussi de ce qu'on dit ce qui est déjà évident). Parfois de simple gestes suffisent, notamment avec les gardes. Un personne confiant aura tendance à baisser sa garde quand il est hors de danger immédiat. Le fait de la reprendre montrera au public qu'il retourne au combat ou que le danger revient sur lui. Au contraire un personnage en difficulté ou peu sûr de lui pourra rester dans une garde crispée voire la pointe de son arme tendue vers l'adversaire pour le dissuader d'approcher, même hors de distance. Le personnage craintif surestime le danger, celui qui est sûr de lui sait qu'il n'est pas immédiatement en danger.

Dynamiser le combat

Parlons enfin du dernier intérêt de mettre du hors-distance : dynamiser le combat. Cela peut paraître paradoxal puisque le hors distance est un moment où il n'y a pas directement de combat à proprement parler, mais c'est pourtant un gros levier de dynamisation. Tout d'abord par le changement de rythme : une pause avant de reprendre, s'élancer de nouveau à moins que, cette fois-ci, on ne s'approche prudemment. Mais j'ai déjà parlé de cette respiration plus haut.

Le principal intérêt c'est finalement le mouvement. Cela peut permettre de tourner, et aussi, très pragmatiquement, de se replacer par rapport au public (certains mouvements comme les coups de poings ou les mises à morts en fonctionnent que sous des angles de vue précis). Le hors distance est ainsi une astuce pratique pour justifier un replacement qui sera utile pour la suite de la chorégraphie. Mais il va surtout permettre d'attaquer en mouvement. Nous avions fait un article sur le premier coup avec le baron, et surtout une vidéo qui montrait clairement la différence de dynamisme entre attaquer en commençant à distance de fente (ou de demi-fente) et attaquer en devant aller vers l'adversaire (je vous jure qu'on a essayé de mettre toute notre intention à chaque fois). Le résultat était sans appel : attaquez en mouvement !

Notez que l'adversaire/partenaire peut lui/elle aussi être en mouvement (c'est la magie de connaître ses distances). Ainsi un personnage peu sûr de lui aura tendance à reculer et c'est son adversaire qui s'élancera vers lui. Si les deux avancent l'un vers l'autre c'est clairement qu'ils sont tous deux confiants (typiquement au début d'un combat) ou bien qu'ils veulent s'entretuer (pour en finir après un combat long, épuisant et indécis, ou tous deux ont été blessés ?). On peut entrer prudemment dans la distance, couvert par une bonne garde, ou au contraire la garde basse, provocateur, ostensiblement exposé et invitant l'autre à vous attaquer. On peut y entrer rapidement en se ruant sur son adversaire. On peut même jouer avec lui, le tester en rentrant et ressortant de la distance, indiquant un personnage maîtrisant bien l'escrime. Cela peut être un méchant qui joue avec son adversaire ou un gentil qui sait que celui-ci est dangereux et qui fait preuve de prudence et de maîtrise. 

Notre vidéo sur le premier coup (mais qui en fait est le premier coup de chaque phrase d'armes après un moment de hors distance)

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Voilà pour le hors-distance, un technique martiale et scénique trop peu utilisée par nos escrimeurs ou, du moins, probablement pas assez conscientisée même quand on l'utilise. N'hésitez pas à vous séparer pour mieux vous réaffronter. Vous pourrez poser votre jeu, vos personnages et faire monter l'intensité du combat ou sa dramaturgie. N'en ayez pas peur car ces pauses vont dynamiser vos combats. Et, en plus, quand au moins l'un des escrimeurs maîtrise la distance de combat, c'est finalement assez facile. On peut ainsi raconter beaucoup de choses avec le hors distance sans même qu'on exécute une seule passe d'armes. Ne vous en privez pas !

vendredi 17 octobre 2025

"Mettre hors de la lice", réflexions sur une tactique et ses applications en spectacle

"[...] et sil veult tourner daultre coste poussez sur lautre sans bougier vostre demy hache de dessus son dos. Et en ce faisant le pouez mettre de dehors la lisse.."

 Le Noble jeu de la Hache, pièce n°41, anonyme vers 1400 - transcription ARDAMHE

Dans ce court article je veux me pencher sur la possibilité, dans beaucoup de tournois et de sparrings d'arts martiaux, d'éliminer un adversaire en le poussant en dehors de l'espace de combat (la "lice" pour les tournois du Moyen-Âge et de la Renaissance). Notons qu'on trouve cette règle dans de nombreux arts martiaux de part le monde.

Or cela paraît un peu bizarre de prime abord de gagner en combat simplement en poussant quelqu'un hors de l'espace de combat. On comprend évidemment que, dans un tournois, il faut bien délimiter un espace de combat, mais de là à considérer qu'on est éliminé si on en sort ? Cela m'a longtemps semblé un peu facile, une victoire un peu faible. Mais j'ai récemment réalisé que c'était pas aussi éloigné d'une réalité martiale que cela.

Nous commencerons donc par nous intéresser à la martialité de cette technique, ce que cela peut simuler comme contexte. Ensuite nous verrons évidemment ce qu'on peut en faire dans nos scénarios d'escrime de spectacle. 

Jeu de hache dans le premier manuscrit de Hans Talhoffer (1448)

L'intérêt martial de la technique

Pousser un adversaire pour le faire reculer peut ainsi sembler un peu faible pour gagner un combat. L'ennemi n'est pas vraiment maîtrisé comme avec une clef, il n'est pas sonné ou en position d'infériorité évidente comme avec une projection et encore moins blessé comme après avoir reçu un coup avec une arme blanche. Il est encore debout et indemne... quoique.

En effet, il risque de ne pas rester longtemps debout où qu'il soit. Sur un champ de bataille il trébuchera très probablement sur un cadavre ou autre obstacle (casque, imperfection du terrain...) et même dans un environnement plus normal il finira probablement là aussi par buter sur un obstacle et tomber à la renverse, être projeté contre un mur... et si il y a un fossé ou un ravin ça sera pire. Si la différence de puissance physique entre celui qui pousse et celui qui est poussé est importante, ou si la poussée est soudaine et brutale, il peut même ne pas réussir à suivre la violence de la poussée et se retrouver à terre en étant déséquilibré en tentant de résister.

Notons qu'il est évidemment plus facile de pousser un adversaire si on est plus imposant que lui mais c'est également une affaire de technique. le plus lourd est avantagé mais peut également se retrouver dans la situation de celui qui est mis "hors de la lice" si l'autre sait s'y prendre, avec une meilleure position de poussée (et surtout un adversaire mal placé pour pousser) ou avec un peu de ruse. Il y a évidemment une limite à cette réalité et il sera difficile de pousser quelqu'un de 130 kg si vous ne faites même pas la moité de ce poids !

"Mettre hors de la lice" n'est donc pas simplement un élément de règle d'un assaut d'arts martiaux historiques mais bien une réalité martiale qui peut vous permettre de gagner un combat. Il nous reste à voir comment, en tant qu'escrimeurs de spectacle, nous pouvons nous emparer de cette manœuvre. Et c’est l'objet de la seconde partie de cet article.

Au Sumo, l'une des manière de gagner est de repousser son adversaire hors du cercle de combat, une ritualisation d'une situation pourtant bien martiale.

Quelques idées pour utiliser ces techniques sur scène

Le premier problème qui va se poser est celui d'avoir un décor sur lequel buter. La situation la plus confortable est probablement si vous tournez une vidéo comme un court (ou un long) métrage. En effet, vous maîtrisez ici beaucoup plus le décor que dans tout autre cas de figure. Vous pouvez décider de tourner contre un fossé dans lequel tombera la victime, ou un mur contre lequel il sera plaqué. Vous pouvez aussi placer des décors comme des objets au sol, trouver des rochers contre lesquels trébucher ou même placer une table ou un banc. De plus vous n'êtes pas obligé de jouer en une fois le fait de tomber : grâce à la magie du montage, vous pouvez découper la scène en plusieurs plans pour faire une belle cascade sécurisée. C'est donc la configuration la plus évidente pour ce type de technique.

Dans du spectacle vivant, "de rue" ou dans un bâtiment historique comme un château, vos options seront probablement plus limitées. Vous aurez moins de choix pour votre espace scénique car vous aurez les contraintes du placement du public en sécurité, de l'emplacement qui vous sera permis par l'organisateur ou de la logistique que vous pourrez déployer. Les murs, obstacles et fossés seront à trouver sur place, si possible. Il vous reste évidemment la possibilité d'apporter des décors mais c'est aussi de la logistique en plus. Enfin il va falloir être meilleur en cascade que dans le cas d'une vidéo car vous ne pourrez pas tricher avec du montage, il va falloir vraiment jouer les chutes et les gérer en sécurité. Cela demande de s'y entraîner un peu mais c'est tout à fait gérable.

Le cas de figure le plus compliqué reste la scène de théâtre où vous devrez amener tous les décors et où vous serez forcément plus limité en terme de possibilité. Néanmoins ce reste tout à fait faisable et les remarques du paragraphe précédent, liées au spectacle vivant, s'appliquent tout autant.

Reste à faire des choix artistiques et scénaristiques et notamment de savoir si la technique permet ou non de gagner le combat ou si la victime s'en sort par chance ou par son agilité. On aurait ainsi un bon contraste classique entre un gentil agile et un méchant brutal et plus puissant.

C'est donc ici l'occasion de dire un mot des personnages. Nous avons ici clairement affaire à une technique qui va concerner les personnages dont l'approche est basée sur le physique et, éventuellement, sur la ruse. L'archétype de l'utilisateur de cette technique est la brute, mais elle convient aussi très bien à un athlète ou même à un suicidaire (qui peut d'ailleurs tout aussi bien finir dans le fossé avec sa victime). En revanche elle est à proscrire pour les personnages dont l'approche est basée sur la technique, la seule exception pouvant être dans le cas d'un duel en armure complète, et encore, cela ne serait pas la première technique employée mais plutôt une technique de fin de combat, quand on est fatigué et qu'on ne sait plus quoi faire.

Une des poussées les plus célèbres du cinéma, dans le film 300 de Zack Snyder (2007)

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On a donc une tactique d'où découlent plusieurs techniques de corps à corps qui a une réalité martiale qu'on ne soupçonnait pas forcément au premier abord. Et de part cette réalité martiale, elle peut nous permettre de nous amuser en escrime de spectacle, particulièrement si on a un décor qui s'y prête et moyennant un minimum de base de cascades (basiquement des chutes). Ne vous en privez donc pas !

jeudi 16 octobre 2025

Faire des stages, oui mais pourquoi, et lesquels ?

Faites des stages ! Tout au long de l'année, des stages vous sont proposés par divers organismes, au sein de la FFE ou non. Il y en a de toutes sortes, avec des gens connus, d'autres moins, avec des thématiques très diverses, parfois sans (du moins pas annoncées). Certains ne durent qu'une demi-journée, la plupart sont sur un week-end quand certains s'étalent sur une semaine entière (comme les stages d'été de Michel Palvadeau).

Mais au fait, pourquoi fait-on des stages ? Pour s'améliorer, pour rencontrer d'autres escrimeurs et escrimeuses ? Et si on veut s'améliorer, de quelle façon ? Avec quels leviers ? Cet article est là pour faire le point sur ces questions, sur pourquoi on fait des stages, ce qu'ils peuvent apporter. Je vous propose de commencer par faire un point sur tous les types de stages que vous pouvez faire, avant de nous pencher sur ce qu'ils peuvent vous apporter. Je conclurai par quelques conseils.

Notons que dans le terme "stages" je vais ici inclure les stages proprement dits, mais aussi tous les rassemblements qui ne sont ni des galas ni des compétitions et où l'on travaille les armes à la main, guidés par des enseignants.

Oui, 80% des stages ont au moins une photo de ce genre. Ici à côté de Bruxelles, stage organisé par la Tour du Soleil sur les bottes secrètes le 9 mars 2025

Les types de stages

Nous allons essayer ici de dresser un inventaire, le plus exhaustif possible, de tous les types de stages que l'on peut rencontrer et pratiquer. Notons qu'ici je me limite volontairement aux stages à destination des pratiquants, les stages pour les enseignants sont une autre question.

Les stages "généralistes" 

Par le nom de stages "généralistes", j'entends des stages dont la thématique n'est pas forcément annoncée à l'avance. C'est de plus en plus rare avec l'offre qui augmente (les gens doivent choisir et veulent donc savoir où ils mettent les pieds) mais cela existe encore. Beaucoup sont d'abord centrés autour d'un maître d'armes ou d'une troupe et c'est le nom qui fera venir les escrimeurs. On vient donc suivre le stage de maître untel ou de la troupe untelle en faisant confiance à leur compétence pour y apprendre des choses intéressantes. Dit comme ça cela semble un peu rude, mais bon rassurez-vous, ils ont normalement prévu un programme, c'est juste qu'il n'est pas annoncé à l'avance. Et apprendre auprès de maîtres d'armes qui ont formé des champions est en général intéressant et instructif.

Un  autre type de stage du même genre est constitué des rassemblements régionaux. Il y a là aussi un programme établi par les différents enseignants de la région, même s'il n'est pas forcément annoncé. Mais l'objectif principal n'est pas là : il est, avant tout, de rassembler les escrimeurs artistiques d'une même région et de leur permettre de se rencontrer l'épée à la main. Si la région est active, il y en a au moins un par an, sur une ou deux journées (cela dépend aussi de la taille de la région, on se déplacera difficilement loin pour une seule journée de stage). On pourrait également ranger dans la même catégorie les rencontres inter-clubs.

 
Fabrice Linqué, champion du Monde catégorie solo en 2016, mais aussi entraîneur de la Garde des Lys qui a eu la médaille d'argent en bataille intemporelle lors des mêmes championnats ainsi que de nombreuses autres distinctions. Les champions ont forcément des choses à vous apprendre !

Les stages thématiques 

Les stages thématiques ont un programme et un ou plusieurs thèmes clairement énoncés. On sait ce que l'on va travailler et l'on s'y inscrit souvent dans ce but. Les thématiques, en revanche, peuvent être diverses.
La plus évidente est le maniement d'une arme ou d'une tradition martiale : découvrir le combat au coutelas, à l'épée longue de Joachim Meyer, à la cape, etc. On est là pour découvrir le maniement de nouvelles armes ou pour se perfectionner dans celles-ci. Ces armes seront donc approchées durant toute la durée du stage et normalement on en repartira avec quelques bonnes bases, ou de meilleures habilités.

Sur d'autres stages, plutôt que de découvrir une nouvelle arme on travaillera sur les techniques d'escrime scénique. On peut ainsi travailler spécifiquement la contre-attaque, les mises à mort, le combat de groupe, etc. L'objectif ici est donc de travailler certains points, certains aspects de notre pratique, le plus souvent avec une seule arme (en général la rapière) même si on pourrait tout à fait envisager une déclinaison à plusieurs armes.

Enfin, une autre thématique, souvent négligée, est de travailler le jeu de scène et l'approche scénique.  Travailler sur ses personnages, sur l'entrée en scène, l'incarnation, mais aussi l'occupation de l'espace scénique, le scénario du combat, les spécificités d'un combat filmé (Michael Dassas et Alexandre Mir avaient proposé un tel stage deux années de suite), etc. Ces stages sont plus (trop ?) rares mais permettent d'améliorer tous les autres aspects du spectacle.

Stage thématique (cape et rapière) organisé par ACTES en 2023 à Meung-sur-Loire avec Michel Palvadeau et Manuel Diaz

Les stages en dehors de l'escrime artistique

En dehors des stages spécifiquement pensés pour des escrimeurs de scène, il est intéressant de suivre d'autres types de stages qui apporteront eux aussi leur lot d'améliorations. Notez toutefois qu'un escrimeur artistique ne sera pas en terrain connu et pourrait même se faire chambrer gentillement si l'ambiance est un peu taquine. Il faudra faire preuve de modestie et supporter la réputation de "danseurs" des escrimeurs artistiques auprès des autres disciplines martiales.

En premier lieu, citons les stages d'Arts Martiaux Historiques Européens (AMHE) et, dans le même esprit, tout comme ceux organisés par d'autres traditions martiales. Certains stages sont axés sur la compétition et seront donc de peu d'utilité (même si cela peut être intéressant pour comprendre comment réagit un combattant). Ce sont les autres qui nous intéressent, ceux basés sur la découverte ou le travail technique d'une arme ou d'une tradition martiale. Vous y découvrirez ainsi des techniques dans leur version martiale, présentées en général par quelqu'un qui étudie le sujet depuis une décennie au moins. Vous y glanerez en général des informations précieuses sur le contexte d'utilisation de l'arme, ses grands principes et vous expérimenterez. Notez que certains stages prennent la forme d'une succession d'ateliers de 1h30 à 2h avec souvent un choix possible.

Il faut également évoquer ici les stages de cascade organisés par des cascadeurs eux-mêmes. Évidemment tout n'est pas forcément intéressant pour notre pratique, ainsi vous aurez peu d'occasions de pratiquer les torches humaines ou les chutes de hauteur. En revanche, le combat à mains nues pour la scène, la base des chutes, roulades et autres acrobaties ainsi que des bases de franchissement et d'équilibre trouveront facilement à s'insérer dans vos scénarios de combat. Tout cela peut être appris auprès des cascadeurs, même s'ils partagent assez peu leurs stages. Notez qu'il arrive de temps en temps qu'un cascadeur soit invité par une structure d'escrime de spectacle pour y donner un stage.

Enfin, il ne faudrait pas oublier tous les stages ayant un rapport avec le théâtre et l'art de jouer la comédie. Je dois avouer que je n'en vois pratiquement jamais passer, mais je dois aussi avouer que je ne les ai pas spécialement cherchés. Dans tous les cas améliorer votre jeu de scène et votre compréhension du jeu et de la scène en général ne peut que faire progresser vos compétences d'escrimeur de spectacle.
 

Un exemple d'un atelier au sein du stage multi-armes du Cercles des Escrimeurs Libres Nantais en 2025
 

Les raisons de faire des stages

Il existe donc beaucoup de types de stages, pour tous les goûts ? Encore faudrait-il définir son "goût", c'est à dire pourquoi on fait des stages, qu'est-ce que ceux-ci peuvent apporter à un escrimeur de scène ? Tentons ici d'y répondre.

Rencontrer d'autres escrimeurs

Cela paraît un peu simpliste comme ça, mais l'une des premières raisons de faire des stages est tout simplement de rencontrer d'autres escrimeurs de spectacle. C'est toujours sympathique de rencontrer des personnes animées par la même passion que vous et de croiser le fer avec eux. Vous pouvez ainsi varier les partenaires, construire avec des gens qui bougent différemment de vos camarades de club, ont des niveaux différents et même une approche différente de l'escrime. Vous pourrez ainsi confronter vos approches, vos techniques, apprendre des choses de pair-à-pair en toute convivialité.

Et au-delà de la variation de partenaires, au-delà de la découverte d'autres façons d'escrimer, il y a la rencontre humaine (j'ai l'impression d'être dans de la comm' de RH de bas étage en écrivant cela). Il y a le fait de faire partie d'une communauté de passionnés. C'est là, par exemple, l'intérêt des rassemblements régionaux. On fait vivre l'escrime artistique par les gens, on sympathise, on suit ce que font les autres et c'est aussi là tout le plaisir de la pratique qui est, pour la majorité d'entre nous, une pratique d'amateurs.

 

Les participants des rencontres régionales d'Occitanie qui ont eu lieu les 31 mai et 1er juin 2025 à l'abbaye fortifiée de Loc-Dieu (12). Photo : Comité régional d'Escrime d'Occitanie

Améliorer sa pratique actuelle

Mais bon, si on fait parfois des centaines de kilomètres, que l'on paye un certain prix, parfois une chambre d'hôtel, ce n'est en général pas seulement pour rencontrer d'autres escrimeurs, mais aussi pour devenir meilleur. Il y a donc ici l'idée d'améliorer déjà les armes que l'on pratique déjà.

La première chose, quel que soit votre niveau, est que vous allez pratiquer intensément l'escrime de spectacle pendant toute la durée du stage. Comme me l'avait dit le Baron il y a plus d'une dizaine d'années "une journée de stage c'est déjà 6h d'escrime". En sachant que la majorité des escrimeurs et escrimeuses ont une, parfois deux séances par semaine d'1 à 2 heures, je vous laisse compter combien de séances vous gagnez en allant à un stage (bon l'apprentissage ne marche pas exactement comme ça, mais vous voyez l'idée). Et comme toute activité motrice, il faut apprendre au corps à bouger en fonction de celle-ci et c'est en grande partie avec le nombre d'heures de pratique que vous acquerrez de l'aisance et la fluidité dans vos gestes d'escrime.

Outre les heures d'entraînement, il y a la possibilité de travailler certains mouvements spécifiques, certaines approches. Vous apprendrez à faire des choses que vous ne saviez pas faire, ou pas bien faire, car vous les aviez à peine vues. Vous travaillerez de nouveaux automatismes ou vous aurez l'occasion de les perfectionner, au pire de les réviser, ce qui ne fait jamais de mal. Vous aurez aussi plus de temps pour travailler les points sur lesquels vous avez des difficultés et vous en sortirez ainsi pas sur un échec comme ça peut arriver dans un temps plus contraint. Les stages sont l'occasion d'apprendre à faire de nouvelles choses, car on a souvent plus de temps que dans un cours. On a aussi un autre enseignant qui insistera plus sur certaines points ou vous montrera de nouvelles techniques qui sont dans sa spécialité et sont peut-être moins celle du vôtre.Pour cela, les stages basés sur les techniques d'escrime scénique sont évidemment les plus intéressants.

Enfin, outre la technique pure les stages donnent parfois l'opportunité de aborder les autres aspects scéniques pour améliorer son jeu, sa présence sur scène, ses scénarios, ses personnages. En stage on peut tester, expérimenter grandeur nature avec des conseils. Ces stages sont malheureusement trop rares et sont difficiles à trouver quand ils existent. Certains maîtres d'armes et enseignants ont beaucoup travaillé l'aspect du personnage dans le combat (comme Florence Leguy) ou l'occupation de l'espace scénique (Magalie Ressiot a récemment proposé plusieurs courts stages sur ce thème), n'hésitez pas à les faire venir ! Vous pouvez néanmoins gagner à regarder du côté du théâtre pour acquérir des éléments à adapter à la spécificité de notre pratique. 

Si vous êtes du côté de la Belgique et que vous lisez cet article au moment de sa publication, profitez-en ! La Tour du Soleil met en place un stage pour mettre en scène la violence bientôt.

Explorer d'autres horizons

Une autre façon de s'améliorer est de diversifier ses compétences : faire des choses que l'on ne faisait pas avant, avoir plus d'un type d'escrime, plus d'une arme, etc. C'est pour moi cela être un escrimeur complet, même si certains préfèrent se spécialiser et se concentrer sur un style, une arme, etc.

Apprendre à manier d'autres armes permet de varier les combats, soit au sein de scénario mêlant des armes différentes à la même période, soit en apprenant à manier des armes d'une époque différente de celle avec laquelle on a commencé. Si vous faites de la rapière, vous pourriez ainsi apprendre à manier d'autres épées en usage à la même époque ou des armes d'hast (voir mes articles ici et ), vous pouvez aussi vouloir faire des thématiques médiévales ou pirate pour ne citer que les plus courantes (et, par pitié, je ne veux PLUS voir des pirates armés de rapières ! Allez lire mon article sur leurs armes). Pour cela je vous conseille très vivement d'aller jeter un œil sur les stages d'AMHE et notamment les stages multi-armes avec des ateliers. Ceux-ci vous permettront de découvrir des armes ou traditions nouvelles, vous verrez ainsi si vous avez envie de poursuivre dans cette arme. Comme je l'ai dit plus haut, vous aurez normalement un ou une spécialiste de cette arme qui l'étudie depuis souvent très longtemps et est en relation avec celles et ceux qui l'étudient dans le monde. Même si ces stages ne sont pas directement axés sur une pratique d'escrime chorégraphiée, vous apprendrez le contexte, la dernière interprétation des techniques et de l'approche de l'arme.

En plus de diversifier les armes, vous pouvez diversifier vos compétences en acquérant quelques techniques de cascade. Avoir des bases de combat au corps à corps, notamment sur comment donner des coups de façon sécurisée est intéressant, de même que des bases en lutte debout pour pouvoir faire des projections. Et, comme il faudra également les subir, je vous invite fortement à apprendre à chuter de votre propre hauteur. Et si vous le sentez, pourquoi ne pas apprendre quelques acrobaties ou quelques bases de parkour ? Vous pourrez acquérir toutes ces compétences dans des stages de cascades. Ceux ouverts au public ne sont pas fréquents, mais il arrive tout aussi régulièrement que des clubs d'escrime ou des compagnies organisent un stage avec un cascadeur qui vous apprendra les bases de son métier.

Enfin, on a dit que vous pouviez diversifier les techniques, mais les stages sont aussi l'occasion de diversifier les approches de l'escrime de spectacle.  Les maîtres d'armes et les enseignants et enseignantes n'ont pas toutes et tous la même approche de notre discipline. Si le Baron, par exemple, met d'avantage l'accent sur la martialité du geste, d'autres vont donner plus d'importance à la rythmique du combat (Julien Pennanech' par exemple), à son côté chorégraphique ou à tout autre chose. Même si vous avez déjà une idée de ce que vous aimez, vous vous enrichirez toujours à découvrir de nouvelles approches. En ce cas, vous chercherez des stages d'enseignants dont l'approche est très différente, ou simplement d'enseignants que vous ne connaissez pas. D'une manière générale, je vous invite à fréquenter, expérimenter le plus d'approches possible pour mieux trouver la vôtre.

Les Guespinades orléanaises sont un stage multi-armes, avec de nombreux ateliers qui se déroule chaque année à la fin du mois d'octobre à Saint-Jean-de-la-Ruelle près d'Orléans. 
 

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Les types de stage et les raisons d'y aller sont donc très divers, mais alors, comment s'y retrouver dans tout ça ? Que prioriser ? Tout le monde ne sait pas forcément facilement déterminer ce qui le ferait progresser. Voici donc quelques conseils.

Tout d'abord, si votre emploi du temps et vos finances le permettent, allez systématiquement aux stages organisés à côté de chez vous. D'abord parce que c'est moins cher (moins de temps de route, en général pas d'hébergement à payer), mais aussi parce que c'est l'occasion de rencontrer vos voisins et de sympathiser avec eux, voire de monter ensemble un gala régional. Que vous soyez débutant ou très expérimenté, cela sera toujours sympathique, et toujours de la pratique en plus.

Le reste dépendra beaucoup de votre niveau. Au début, vous pourriez privilégier les stages permettant de travailler certains aspects précis de la pratique, aussi bien sur la technique d'escrime que sur le jeu de scène. Par la suite, je vous invite à vous diversifier en regardant vers d'autres armes, d'autres disciplines, et enfin, d'autres approches de l'escrime. C'est peut-être finalement le dernier stade qui fait que, lorsque vous avez déjà vu une infinité de techniques, que vous maîtriser bien vos gestes, vous allez encore en stage voir comment font les autres... et passer un bon moment avec eux !

Notez que ces conseils ne sont pas absolus, les stages sont aussi une affaire d'opportunités : est-ce loin ou pas ? suis-je disponible ? ai-je les finances nécessaires ? Ne vous bloquez donc pas si un stage vous fait envie. Si vous voulez découvrir l'épée longue et que vous n'avez même pas un an de rapière, allez-y quand même ! Vous ne perdrez normalement pas votre temps. Bref : faites des stages !