lundi 30 juillet 2018

Idées de rôles féminins tirés de l'Histoire et des légendes d'époque (4ème partie : l'époque contemporaine)

Il s'agit de la dernière partie de ma série d'articles sur les rôles historiques à proposer aux escrimeuses de spectacle. Nous finiront la série en parlant des rôles de l'époque contemporaine, de la Révolution Française à la Belle Époque. Nous nous arrêterons à 1914 car, après cette époque, l'utilisation des armes blanches selon des techniques qu'on peut qualifier d'escrime a pratiquement disparue en dehors des salles d'armes.

Révolutionnaire

Marie-Thérèse Figueur dite "Mme Sans-gêne" qui servit les armées de la Révolution et de l'Empire
 La Révolution française était une période troublée et l'on a vu que les périodes troublées étaient des périodes où les interdits culturels concernant les femmes étaient plus facilement bouleversés. C'était également une période de revendications égalitaristes et qui a vu la naissance de revendications que l'on pourrait qualifier de féministes. Des femmes y ont ainsi voulu former des "compagnies d'amazones", ont suivi les armées d'engagés volontaires où servaient leurs maris, leurs amants et quelques-unes se sont battues sous l'uniforme souvent sans cacher leur sexe à leurs compagnons d'armes. Quand bien même le décret du 30 avril 1793 prévoyait que « les femmes qui servent actuellement dans les armées seront exclues du service militaire ; il leur sera donné un passeport et 5 sous par lieue pour rejoindre leur domicile » il ne fut la plupart du temps pas suivi d'effet. On peut ainsi citer les noms de la femme Communeau qui se fit remarquer sur le théâtre vendéen, la jeune Anne Quatresous (15 ans) qui eut deux chevaux tués sous elle et même des femmes officiers comme la femmes Favre (capitaine en second) une lieutenant, trois sous-lieutenant et deux sergents. Certaines continuèrent leurs activités sous le Directoire et l'Empire comme Marie-Thérèse Figueur dite "Madame sans-gêne" et qui relata son histoire dans ses Mémoires.
Statue érigée en l'honneur de Solitude aux Abymes (Guadeloupe)
 À la même époque, de l'autre côté de l'Atlantique on peut citer la mûlatresse Solitude qui se battit dans l'armée de l'officier Guadeloupéen Delgrès qui refusa le rétablissement de l'esclavage dans les colonies française en 1802, capturée, elle fut condamnée à mort mais, enceinte, son exécution fut retardée pour lui permettre d'accoucher. Elle périt sous les coups du bourreau le lendemain...

Mère de toutes les Révolutions du XIXème siècle la Révolution et d'autres révolutions virent des femmes prendre les armes. La plus impressionnante est Moscho Tzavela, révolutionnaire grecque qui mena un groupe de 400 femmes souliotes (communauté orthodoxe d'origine albanaise) dans les montagnes d'Épire de 1792 à 1803. Mais on peut également citer Pelaghia Roșu qui participa à la Révolution roumaine de 1848 et commanda un bataillon de femmes défendant leur village.

Armement : pas différent des soldats de l'époque : fusil à baïonnette pour les fantassins avec parfois un sabre briquet pour les troupes d'élite, la Révolution tenta de réhabiliter la pique également (sans grand succès sur les champs de bataille). Les cavaliers portaient des sabres et des pistolets, quant aux officiers ils portaient des épées de cour. Les révolutionnaires plus "rustiques" peuvent être armés d'armes de fortune. Dans les Balkans on portait le mousquet et le yatagan, une lame à la courbure inversée.
Style de combat : simple et rustique pour les soldates de base avec toujours des techniques de baïonnette ou de lance, de sabre militaire. Pour les officières on n'hésitera pas à puiser dans les techniques d'épée de cour.

Duelliste

Émile-Antoine Bayard - Le duel (1884)
Au XIXème siècle le duel se raréfie et se "civilise" tout au long du siècle, on passe du duel à mort au début du siècle au duel au premier sang à la fin de celui-ci. Durant la seconde moitié du XIXème les duels étaient essentiellement des affaires mondaines dont la presse se faisait l'écho et qui impliquaient surtout le monde de la presse, du théâtre et les milieux politiques. Nous avons, tout au long du XIXème siècle des exemples de femmes se battant en duel. En France ainsi, en 1884, la féministe, doctoresse en médecine Asté de Valsayre fut impliquée dans un duel avec l'américaine Miss Shelby, elle aussi doctoresse et avec laquelle elle se querella sur les mérites des doctoresses françaises et américaines.
Il se pourrait que nombre de ses duels se déroulaient seins nus avec des femmes pour seules témoins, il se pourrait également que cela ne soit qu'un fantasme masculin.
Un film des studio Lubin An affair of honor fut même tourné en 1897 mettant en scène un duel féminin. Il bénéficia d'un "remake" dés 1901.
Duel entre Olga Zavarov et Yekaterina Polesov
En Russie également les femmes se battaient en duel, parfois en intérieur dans des salons. Par exemple, dans son salon de Saint-Pétersbourg, une certaine Madame Vostrouhova aurait tenu pas moins de 17 duels féminins en 1823. Un des plus notables de ces duel fut celui qui opposa Olga Zaravov et Yekaterina Polesov en 1829 en présence de leurs filles de 14 ans. Olga reçu un coup de sabre sur le crâne mais parvint, avant de mourir, à enfoncer son sabre dans l'estomac de Yekaterina laquelle décéda le lendemain. Cinq ans après, dans le même bois de bouleaux, leurs filles, Alexandra Zaravova et Anna Polesova, s'affrontèrent à leur tour. Alexandra tua Anne et vengea ainsi sa mère.

Armement : si les françaises se battent à l'épée de duel (très proche des épées d'escrime actuelles) les Russes se battent au sabre.
Style de combat : ces femmes, issues de milieux bourgeois ou aristocratiques ont probablement été formées à l'escrime. Nous sommes, pour l'épée, sur une forme d'escrime extrêmement proche de la nôtre, ou du moins de l'escrime dite "classique". Pour ce qui est du sabre d'innombrables traités de sabre militaire existent, y compris avec des techniques d'Europe de l'Est.

Fleurettiste

Escrimeuses à la Salle Bertrand par Frederick Townsend (1899)
Comme je l'écrivais dans un précédent article, représenter un combat "sportif" peut également être intéressant en spectacle. Si l'on entraînait depuis longtemps certaines jeunes filles de la noblesse à l'escrime c'est une pratique qui s'est développée dans les écoles au XIXème siècle. Dans le développement du sport dans la seconde moitié de ce siècle, le sport féminin se fit une petite place, à la fois comme loisir et comme outil de bonne santé et de développement du corps. Sur ces points l'escrime avait excellente réputation. On trouve donc des exercices de fleuret dans des salles d'armes entre jeunes filles et la première maîtresse d'armes française, Aline Guillemot, fut diplômée en 1908.
À l'époque il n'y avait pas encore de tournois comme nous le connaissons, au fleuret c'est débord la beauté des touches qui comptait avant leur nombre et un tireur honnête, un gentilhomme, ou ici, une femme du monde, ne pouvait que déclarer les touches qu'il ou elle avait reçues.
On a donc un spectacle, véritable concours d'élégance martiale avec d'élégantes tenues d'escrimeuses. On voit donc le potentiel de représentation en escrime de spectacle !

Armement : des fleurets ! Souvent avec une garde en 8 ajourée, ou une coquille ronde classique voire une garde italienne classique avec ricasso... En effet, les femmes ne s'entraînaient qu'au fleuret, l'épée étant l'arme du duel (auxquels elles n'étaient pas censées être confrontées) et le sabre l'arme des militaires (qu'elles n'étaient pas censées devenir). Si le fleuret féminin est entré au Jeux Olympiques en 1924 n'oublions pas que c'est 1996 pour l'épée et 2004 pour le sabre ! On complètera l'équipement par un masque d'époque, un plastron ancien et une ample jupe au genou.
Style de combat : l'escrime française au fleuret dans toute sa splendeur ! On peut aussi pratiquer l'escrime italienne avec des fleurets italiens. On pratiquera l'escrime classique la plus belle et la plus orthodoxe en oubliant les vilains coups lancés. Notons qu'en France à l'époque il n'y avait pas de règles de priorités au fleuret.

Passante agressée

Image tirée d'un article du journal "The Idler" décrivant des techniques de combat au parapluie (1908)
Le tournant du XXème siècle a vu, en Europe et aux États-Unis l'arrivée de la self défense avec le ju-jitsu japonais notamment couplé aux techniques plus "traditionnelles" de la canne de combat ou de la boxe (française ou anglaise). La ville était perçue comme devenue un endroit violent ou les Apaches de Paris ou les hooligans anglo-saxons rôdaient, prêt à détrousser le bourgeois... ou son épouse !
Si les hommes avaient la canne, les femmes avaient le parapluie, et des techniques de combat se sont crées pour se défendre à l'aide de cet outil. On en trouve la description dans plusieurs journaux d'époque comme The Call of San Francisco, The Idler ou Le journal des voyages et même dans quelques manuels d'escrime comme celui de R. G. ALLANSON-WINN et C. PHILLIPPS-WOLLEY (un chapitre à la fin). Toutes ces méthodes expliquent comment se défendre des voyous, non armés ou armés de couteaux, en utilisant un outil que les femmes portent souvent : le parapluie. On y mêle également des techniques de clés et de soumission avec des coups de la main.
Pour changer des éternelles épées et porter ces beaux costumes de la Belle Époque ou de l'âge victorien on pourra monter un combat de la sorte. Si l'on veut un peu de réalisme cela sera forcément court. Cela peut se coupler avec de la canne : un couple agressé par des voyous, ou avec d'autres techniques. En tout cas il y a quelquechose à faire ! En revanche les techniques sont dangereuses : utilisent la pointe ou supposent des prises avec la crosse de l'arme et sont donc à réserver à des gens expérimentés, qui sont en contrôle.

Armement : un parapluie ! Et en face des poings, un couteau voire une canne ou une canne irlandaise ou tout autre arme de voyou. Si un homme accompagne la femme il aura une canne voire une canne-épée.
Techniques de combat : il faut se référer à ce qui est décrit. Le parapluie utilise la pointe comme un fleuret, profitant de l'allonge. Tenu à deux mains, à courte distance, ou frappe de la crosse et celle-ci peut également être utilisée pour crocheter les membres ou le cou de l'adversaire. Les coups du plat en revanche sont surtout là pour déstabiliser plus que pour réellement mettre hors de combat.


Voici donc qui clôt cette série. En espérant avoir proposé des choses utiles...

Quelques liens utiles :





lundi 23 juillet 2018

Idées de rôles féminins tirés de l'Histoire et des légendes d'époque (3ème partie - 2 : l'époque moderne)

Il s'agit de la seconde partie de mon 3ème article sur les rôles de femmes armées tirés de l'époque moderne. Cette seconde partie se penchera un peu plus sur les exemples historiques de femmes un peu plus en marge de la société.

Duelliste et aventurière

Mademoiselle de Maupin, la plus célèbre des aventurières de l'époque (gravure anonyme vers 1700)
Il est impossible de parler des femmes portant l'épée à l'époque moderne sans évoquer l'histoire de Mademoiselle de Maupin. Célèbre grâce au roman que lui a consacré Théophile Gauthier en 1835 elle a, dés son époque défrayé la chronique. Escrimeuse mais aussi chanteuse d'Opéra, en costume d'homme ou de femme son histoire (peut-être parfois romancée) est rocambolesque avec cavale, duels et amants, hommes et femmes parfois aussi prestigieux que l'Électeur de Bavière ou la Marquise de Florensac, "la plus belle femme qui fut peut-être à son époque" ! Trop peu de films ou de spectacles lui ont été consacrés et c'est bien dommage.
Le destin de nombreuses femmes déguisées en soldat qu'on a évoquée dans la première partie de cet article est souvent assez rocambolesque. De même, d'autres femmes nobles se sont battues en duel, avec des femmes le plus souvent. N'oublions pas que, comme on l'a vu, à l'époque beaucoup de jeunes filles de la noblesses étaient éduquées à monter à cheval et instruite de l'escrime.
Catherine la Grande, future tzarine de Russie, quand elle avait quatorze ans et s'appelait encore Sophie Frédérique Augusta d'Anhalt-Zerbst est réputée s'être battue en duel avec l'une de ses cousines. Par la suite Catherine est réputée avoir été seconde dans huit duels féminins différents tout en insistant pour qu'ils se déroulent au premier sang.
Armement :  On est aux début de l'épée de cour qui supplante rapidement la rapière en France. C'est clairement l'arme du duel (même si Besnard en 1653 fustige le duel à la courte épée et au pistolet). Dans d'autres contexte on opposera l'épée de cour à d'autres armes de soldats ou bientôt de gendarmes comme le sabre, le fusil à baïonnette ou la pique... Notons que l'épée de cour peut avoir une lame triangulaire (conseillée pour le duel) mais aussi une lame plate (conseillée pour la guerre).
Techniques de combat : C'est là l'occasion de sortir la plus belle escrime de l'école française ! Celle de la fin du XVIIème siècle et du début du XVIIIème siècle utilise encore la main gauche, notamment en complément de la parade, ou les désarmements. Pierre Girard montre également des techniques contre le sabre ou la lance (voir aussi mon article sur les coups intéressant chez cet auteur) et Philibert de Latouche rappelle que l'on peut donner des coups de taille (appelés estramaçons) avec une épée de cour car, si ils ne sont pas très efficace, ils surprennent.

Pirate, Flibustière des Caraïbes

 Mary Read et Ann Bony, les deux plus célèbres femmes pirates

Les flibustiers pillaient les navires et les villes espagnoles durant la plus large part du XVIIème siècle. Si les Espagnols les pendaient haut et court comme pirates, la différence est que leur activité avait un semblant de légalité leur permettant de revendre leurs marchandises à la Tortue ou à la Jamaïque. Je vous invite pour plus de renseignements à consulter l'excellent site de Raynald Laprise sur la flibuste. Les pirates avaient une existence plus précaire, moins légale même si Nassau a pu faire office à un moment de république pirate. L'âge d'or de la piraterie se situe juste après la guerre de succession d'Espagne, de 1716 à 1726.
Occasionnellement des femmes ont été pirates ou flibustières et les écrivains, chroniquers e l'époque ou des siècles suivant ont beaucoup fantasmé sur la chose. Ainsi Jacquotte Delahaye a probablement été inventée vers 1940 par Léon Treich. Néanmoins de vraies flibustière ou pirates au féminin ont existé, accompagnant leurs époux en mer, combattant, s'habillant parfois en hommes...
Ainsi Marie-Anne Dieu-le-veult épousa le capitaine hollandais Laurens De Graff après l'avoir supposément menacé de ses pistolets, celui-ci ayant alors trouvé une femme au caractère digne de lui. Ce qui est sûr c'est qu'elle l'accompagna en mer, eut trois enfants avec lui et sa fille, Marie-Catherine est également réputée avoir provoqué un homme en duel.
Mais les plus célèbres restent Ann Bony et Mary Read, elles faisaient partie de l'équipage de Jack Rackham dont Ann Bony fut probablement la maîtresse (ainsi que celle de Mary Read qui s'habillait en homme au début de sa carrière). Elles furent capturées en 1720 après une heure de combat alors que leur équipage et leur chef, Rackham, était trop ivre pour se battre. Condamnées à mort, elles échappèrent à la pendaison en invoquant une grossesse. Mary Read mourut en prise de la fièvre jaune mais Ann Bony fut graciée par le gouverneur (son père était un planteur de Caroline du Sud) et on ne sait ce qu'il advint d'elle par la suite.
« Je regrette de vous voir dans un tel état, mais si vous vous étiez battu comme un homme, vous n’auriez pas à mourir comme un chien »
Ann Bony à Jack Rackham
Armement : les flibustiers et les pirates, outre des pistolets et des mousquets (peu utiles pour l'escrime) utilisaient des sabres d'abordage dont les formes ont varié du tessack suisse du XVIIème au sabre cuillère à pot du XIXème, mais aussi des haches, des piques d'abordage, des poignards et, parfois, des rapières (on les imaginera plutôt espagnoles) et des épées de cour.
Armes servant à la marine dans les Mémoires d'Artillerie de Pierre Surirey de Saint Remy (1696)
Style de combat : les flibustiers étaient parfois d'anciens soldats (surtout pour les Anglais de la Jamaïque), les pirates étaient des marins à l'origine. Il y avait peu de nobles et de bourgeois ayant appris l'escrime. On optera donc pour un style avec peu de technique. On peut néanmoins s'inspirer des techniques allemandes de dussack, des techniques anglaises de backsword (le sabre d'abordage étant similaire aux armes secondaires des fantassins), ainsi que les techniques plus tardives de cutlass ou de sabre du XIXème siècle. Si on veut simuler un combat d'abordage il faudra apprendre à combattre en groupe sur de petits espaces, autrement on pourra s'amuser à faire forces acrobaties.
Notons qu'un groupe d'études d'AMHE, les flibustiers de Lémurie, étudie le sabre d'abordage français. Par ailleurs M.J.J. de Saint Martin a, pour une époque très légèrement plus tardive, consacré un chapitre de son traité au combat d'abordage, et vient de paraître en ligne le manuscrit du lieutenant William Pringle Green traitant du combat au sabre, au pistolet et des tactiques d'abordage et qui décrit même quelques technique de combat avec le pistolet en arme de main gauche ! Une transcription serait en court...

Gladiatrice des îles britanniques

En Écosse et Irlande, au début du XVIIIème siècle des gladiateurs modernes s'affrontaient dans des combats non létaux (en principe) pour le plaisir du public. Donald McBane, l'auteur de The Expert Swordsman's Companion fut l'un d'entre eux et combattit notamment à Londres dans le Beargarden (sorte d'arène urbaine où on combattait également des animaux). Les paris allaient bon train et les armes n'étaient pas émoussées, faisant couler le sang ! Parmis ces gladiateurs Ben Miller, auteur de l'ouvrage Irish Swordsmanship: Fencing and Dueling in Eighteenth Century Ireland cite de nombreux noms de gladiatrices irlandaises des années 1720-1730 : Mary Welch, the "Invincible Irish championess," Bonduca O’Brian, “the bold Female Hibernian Heroine,” Mary Waller, the “Hibernian”, et Lætitia Mac-Guire, “well-known by the name of the bold Quaker.”. Il cite également un témoignage d'époque décrivant la réalité sanglante de ces combats :
"Their weapons were a sort of two-handed sword, three or three and a half feet in length; the guard was covered, and the blade was about three inches wide and not sharp—only about half a foot of it was, but then that part cut like a razor. The spectators made numerous bets, and some peers who were there some very large wagers. On either side of the two amazons a man stood by, holding a long staff, ready to separate them should blood flow. After a time the combat became very animated, and was conducted with force and vigour with the broad side of the weapons, for points there were none. The Irishwoman presently received a great cut across her forehead, and that put a stop to the first part of the combat. The...third combat was fought for some time without result, but the poor Irishwoman was destined to be the loser, for she received a long and deep wound all across her neck and throat. The surgeon sewed it up, but she was too badly hurt to fight any more, and it was time, for the combatants were dripping with perspiration, and the Irishwoman also with blood. A few coins were thrown to her to console her, but the victor made a good day’s work out of the combat."
"Leurs armes ressemblaient à des épées à deux mains de trois pieds ou trois pieds et demi ; la garde couvrait la main et la lame mesurait environ trois pouces de largeur et n'était pas affûtée - seulement un pied de celle-ci et cette partie était coupante comme un rasoir. Les spectateurs lançaient de nombreux paris dont certains étaient très élevés. Des deux côtés des deux amazones se tenait un homme qui, un long bâton à la main, était près à les séparer si le sang venait à couler. Après un certain temps le combat devint très animé et fut conduit avec force et vigueur avec le tranchant de leurs épées car on n'utilisait pas de coups d'estoc. L'Irlandaise reçu ainsi une grande coupure d'un côté à l'autre du visage ce qui mit fin au premier combat. Le troisième combat se déroula pendant quelque temps sans résultat, mais la pauvre Irlandaise était destinée à perdre, car elle reçut une longue et profonde blessure tout autour de sa nuque et de sa gorge. Le chirurgien la recousit, mais elle était trop gravement blessée pour combattre encore, et il était temps, car les combattantes dégoulinaient de sueur, et l'Irlandaise de sang également. Quelques pièces lui furent lancées pour la consoler, mais le cette journée fut une bonne journée de travail pour celle qui gagna ce combat." (traduction personnelle très perfectible)
On imagine très bien reproduire cela en escrime artistique (avec des épées non affûtées et de fausses blessures), sur un scénario de combat ou même tout autre scénario impliquant une agression réglées à l'épée, l'Irlande étant de l'avis de Ben Miller l'Ouest sauvage de l'époque, contrée très dangereuse grouillant de bandits.

Armement : les Irlandais maniaient des épées à panier (basket-hilt sword) similaires aux broadswords écossaises, c'est donc cette arme qui devra équiper les escrimeuses. Les escrimeuses étaient probablement en tenues civile, les témoignages ne parlant pas de tenues d'hommes il faut supposer qu'elles portaient des vêtements féminins de l'époque typique des basses classes auxquelles elles appartenaient.
Épée à panier anglo-irlandaise d'un régiment de cavalerie stationné en Irlande (vers 1740)


Style de combat : nous ne possédons pas de manuel de broadsword irlandais mais les Écossais nous en ont laissé plusieurs. La broadsword a même très largement influencé les techniques de sabre britannique plus tardives. Il s'agit d'une arme lourde frappant surtout de taille même si l'estoc est possible. Cependant, comme indiqué dans le témoignage, en cas de combat d'exhibition l'estoc était exclu. De même probablement que les coups mortels tandis que les coups spectaculaires privilégiés, le style de combat doit être très expansif car il s'agit d'un spectacle (cela tombe bien, notre représentation aussi) !

Quelques liens utiles :

Liste de femmes dans la guerre au XVIIIème siècle
Article sur Mademoiselle de Maupin
Un autre article sur la Maupin
Article sur les duels féminins évoquant l'histoire de Catherine de Russie

Livre de Bernesson Little sur les mythes de la piraterie (Extrait en ligne sur les femmes pirates)
Article Facebook de la page Irishswordsmanship sur les femmes gladiatrices

Voilà pour l'époque Moderne, le prochain et dernier article de cette série traitera du XIXème siècle (de la Révolution française à 1914).

dimanche 8 juillet 2018

Idées de rôles féminins tirés de l'Histoire et des légendes d'époque (3ème partie - 1 : l'époque moderne)

Le troisième article de cette série consacrée aux rôles féminins historiques. L'époque moderne s'étale sur trois siècles, du XVIème au XVIIIème siècle. La Renaissance qui la commence entame une mise en ordre de la société occidentale où les rôles des sexes et des classes sociales se figent peu à peu. Les femmes en pâtissent forcément, de plus en plus reléguées au foyer, à l'intérieur, loin des armes... Pourtant il y eut malgré tout nombre d'exceptions !
Ayant trouvé beaucoup plus d'informations que prévu cet article a été divisé en deux parties qui seront diffusées de façon très proche. Encore une fois, je ne traite ici que du monde occidental.

Défenseuse de ses terres


Alberte-Barbe d'Ernecourt Saint-Baslemont qui défendit ses terres au début du XVIIème siècle contre la soldatesque de tout bord, utilisant las science militaire que lui avait transmise son père.
Au XVIème siècle comme au Moyen-Âge, les femmes se substituent encore à leur mari absent pour défendre le foyer. Les penseurs de l'époque ne semblent pas choqués de cet état de fait mais y posent cependant des limites. Gaspard de Saulx, seigneur de Tavannes, écrit ainsi : 
« Que les femmes facent les femmes, non les capitaines : si la maladie de leurs maris, la minorité de leurs enfants, les contraignentse présenter au combat, cela est tolérable pour une fois ou deux en la nécessité ; il leur est plus séant se mesler des affaires en une bonne ville proche des armées, que d'entrée en icelle, où elles sont injuriées des ennemis et mocquées des amis. »
L'historienne Nicole Dufournaud indique deux pistes pour "penser l'impensable" à l'époque : l'éducation des jeunes filles, beaucoup plus physique qu'on le croit pour les préparer à prendre la suite d'une maison si aucun héritier mâle ne survit et le principe de substitution élaboré par l'historienne Sylvie Steinberg. "La substitution d'une fille à son frère non-né ou mort, d'une épouse à son mari absent, d'une veuve à son mari défunt fut un des moyens privilégiés par lequel les familles, les états et les corps ont cherché à se perpétuer à l'identique. La substitution était tolérée jusqu'à accepter que les femmes placées à la tête d'un fief exercent des prérogatives militaires et participent elles-mêmes aux combats. Car il était « compréhensible qu'une femme noble s'élève, précisément par sa noblesse, au-dessus de son sexe », d'où l'accession à l'office viril. C’est leur sang noble qui leur permet de dépasser la faiblesse de leur sexe et leur donne les mêmes qualités viriles qu’aux Amazones."
Il est donc toujours possible dans un contexte de la Renaissance qu'une escrimeuse de spectacle incarne la Capitaine courageuse prenant la tête des défenseurs de sa ville.
Les exemples se raréfient au début du XVIIème siècle et disparaissent complètement au milieu de ce siècle.
Armement : a priori une capitaine porte l'armure de plates complète de la Renaissance, ou au moins une cuirasse et un casque de cavalier (la plupart du temps une bourguignotte). Elle manie probablement une épée de guerre ou une épée de coté et, peut-être une rondache de métal. Une allemande pourrait encore avoir une épée longue
Style de combat : pour être crédible on utilisera avec avantage les techniques d'escrime de l'époque, italiennes ou allemandes.

Milicienne du Guet

La Ronde de nuit par Rembrandt (1642) représente un groupe de la milice bourgeoise d'Amsterdam
(aucune femme n'est logiquement représentée)
 Chez les bourgeois des villes on assiste à un processus similaire dans le service du Guet. Le service du guet aux murailles était dû par tous les nobles et bourgeois riches des villes, ils peuvent payer une amende ou recruter quelqu'un d'autre pour le faire. À Nantes, en 1503, une quittance prouve que la veuve Godin a monté la garde à diverses portes durant plusieurs années. Toujours à Nantes en 1522, sur une liste de 96 noms de miliciens du Guet, 9 sont des femmes, d'autres preuves existent de leur présence continue dans la milice du Guet.
On peut donc imaginer toute sortes de scénarios impliquant le Guet urbain, pas seulement des sièges mais aussi des incidents nocturnes avec des civils, la pègre etc.
Armement : les miliciens du Guet avaient comme armes de base une pique et une épée (à l'époque une épée d'infanterie ou une épée de côté/rapière primitive). Cependant d'autres avaient des arquebuses, des pièces d'armures, des armes d'hast... En fait tout équipement de l'infanterie du XVIème siècle est acceptable.
Style de combat : dans l'Empire germanique les miliciens de la bourgeoisie fréquentaient les salles d'escrime. Je n'ai pas d'informations sur la situation française. Cependant on pourra toujours regarder du côté des techniques de bâton du XVIème siècle pour les armes d'hast, des techniques de dussack pour les épées courtes et d'épée de côté pour cette arme.

Travestie en soldat

Geneviève Prémoy, officier de l'armée française et chevaleresse de l'Ordre de St Louis
On l'a dit, à partir de la seconde moitié du XVIIème siècle il est de moins en moins accepté qu'une femme prenne les armes, cela n'a cependant pas empêché de très nombreuses femmes de se déguiser en homme pour devenir soldat ou marin et de se battre. On peut par exemple citer Geneviève Prémoy qui s'engagea dans l'armée en 1676 et fut connue sous le nom de Chevalier Baltazar. Blessée au siège de Mons en 1691, c'est là qu'on découvrit son véritable sexe. Elle fut appelée à Versailles où Louis XIV la fit membre de l'Ordre de St Louis mais la licencia de l'armée en lui permettant de garder son rang mais en l'enjoignant de porter des jupes, ce qu'elle fit... en portant des hauts masculins ! Elle publia une autobiographie, Histoire de la Dragonne, racontant ses exploits.
On pourra citer d'autres noms comme ceux de Kit Cavanagh dans les années 1690, Hannah Snell qui obtint la reconnaissance de son service par une pension militaire en 1750 ou encore la révoltée vendéenne Renée Bordereau en 1793...
Armement : il est en fonction de celui de l'époque : mousquet et épée d'infanterie ou sabre court pour les mousquetaires du XVIIème siècle ou arme d'hast pour les piquiers. Au début du XVIIIème siècle le fusil à baïonnette remplace ces deux armes. Les cavaliers portent des fortes épées ou des sabres et parfois des cuirasses, même vers la fin du XVIIème siècle. Quant aux officiers ils portent rapières ou épée de cour en fonction de l'époque, les manuels d'escrime préconisent néanmoins une lame plate, plus adaptée à la guerre que la lame triangulaire plus utile au duel.
Style de combat : les armées de l'époque avaient un minium d'apprentissage du combat et d'instruction au sein du régiment. On optera encore, en ce qui concerne l'infanterie, pour des techniques de dussack ou, pour les britanniques, des techniques de back sword ainsi que des techniques de bâton pour les armes d'hast. Pour la baïonnette nous n'avons pas de sources avant le XIXème siècle. On utilisera de préférence Alexandre Müller qui présente des techniques plus archaïques que ses contemporains mais qui datent des guerres napoléoniennes) Pour les cavalières on prendra la broadsword et le peu de sabre qu'on peut connaître de l'époque (chez Girard et Angelo). En revanche les officières pourront s'amuser avec toutes les techniques des manuels d'escrime d'époque !

Quelques liens utiles :



Voici pour la première partie, la seconde sera très bientôt en ligne.

dimanche 1 juillet 2018

Idées de rôles féminins tirés de l'Histoire et des légendes d'époque (2ème partie : le Moyen-âge)

Il s'agit de la suite de mon premier article proposant des rôles féminins historiques ou tirés de légendes ou de fantasmes d'époque
Après l'Antiquité et le Haut Moyen-âge, viennent le tour du Moyen-âge classique et tardif, périodes hautes en fantasmes. Des périodes souvent troublées aussi, et c'est lors de ces périodes troublées que les femmes ont le plus souvent trouvée leur place. Je me suis beaucoup appuyé pour cet article de l'excellent livre de Sophie Cassagnes-Brouquet : Chevaleresses - Une chevalerie au féminin.

Croisée

"[...] Il y a parmi les Francs des chevalières qui portent la cuirasse et le casque ; sous ce vêtement masculin, elles se jettent dans la mêlée, et ces maîtresses du gynécée se comportent comme le sexe fort. Tout cela est à leurs yeux un acte de dévotion, grâce auquel elles croient assurer leur salut et c'est pourquoi elles s'adonnent à cette vie. Béni soit celui qui les a égarée et repoussées de la vraie direction ! Les jours de bataille, on voit plusieurs de ces femmes s'avancer avec les chevaliers qu'elles prennent pour exemple, aussi impitoyables que ceux-ci malgré la faiblesse de leur sexe. Elles n'ont pas d'autre costume qu'une cotte de mailles et on ne le reconnaît que lorsqu'elles sont dévêtues et mises à nu ; plusieurs d'antre elles ont été prises et vendues comme esclaves. [...]"
Imad al Din (1125-1208)
 Les femmes chez les Croisés nous sont connues d'abord par les chroniqueurs arabes. Ceux-ci mentionnent également des archères. Il semblerait que ces situations anormales au regard des mentalité de l'époque aient été permises par la particularité du monde des Croisades, lui aussi anormal, fruit de passions et de démonstrations de foi. En tout cas il y a avait des femmes chez les Croisés et l'on peut ainsi imaginer tous les scénarios possibles en relation avec ceci : des combats en terre sainte avec des musulmans ou d'autres Croisés, mais également des guerrières revenant de Croisade et tout ce qu'on peut inventer à partir de là...
Armement : on est sur l'armement de guerre typique des XIIème-XIIIème siècles : cotte de mailles plus ou moins longue (en fonction de l'époque et de la richesse), casque à nasal voir proto-heaume avec les grands écus et les lances et épées de l'époque.
Style de combat : Le bouclier a encore beaucoup d'importance et est en combinaison avec les autres armes. Si on est en armure il faudra en tenir compte pour la crédibilité des coups !

Civile en armes

Image du MS I:33 montrant une femme s'entraînant aux armes
Le MS I:33, également appelé "tower manuscript" est le plus ancien traité d'escrime européen connu, daté de la fin du XIIIème siècle. Il présente une escrime à l'épée-bocle, le ou la bocle étant un petit bouclier qu'on peut porter à la ceinture avec l'épée dans un contexte civil (le bocle peut également armer des archers ou des arbalétriers). Le manuscrit est particulier dans le sens qu'il est écrit en latin par un moine et qu'il présente un prêtre (sacerdos), donnant des leçons à un élève lui aussi clec. Il se trouve que dans l'une de ces image l'étudiant est une femme nommée Walpurgis. On a beaucoup glosé sur là-dessus car c'est le seul manuscrit présentant ce contexte d'étude de l'escrime. On peut à tout le moins supposer que l'étude d'une escrime civile n'était pas réservée uniquement aux hommes nobles. Une escrimeuse de spectacle pourra ainsi très légitimement présenter un combat à l'épée-bocle.
Armement : une épée et un bocle évidemment ! Dans des manuscrits d'escrime plus tardifs on trouve également le fauchon associé au bocle, il y a donc une certaine liberté sur le type d'épée qu'on peut utiliser.
Style de combat : le style I:33 est très particulier, impliquant d'avoir le plus souvent les deux mains liées, épée et bocle solidaires. Il est réputé bien se compléter avec l'épée-bocle d'Andre Liegniczer. D'autres tradition d'épée-bocle existent qui ne lient pas aussi systématiquement épée et bocle comme les techniques compilées par Paulus Hector Mair et qui seront peut-être plus naturelles pour qui ne pratique pas le I:33.

Quelques techniques du I:33 présentées par l'Ost du Griffon noir (Toulouse)

Défenseuse de murailles

Illustration du XXème siècle représentant Jeanne Hachette
La plus célèbre est Jeanne hachette, qui défendit en 1472 les murailles de Beauvais contre les armées de Charles le Téméraire, inspirant les autres femmes pour aider les défenseurs et redonnant espoir à la ville ce qui permit de repousser l'assaut des Bourguignons. De nombreux exemples de femmes se portant aux remparts pour aider les combattants sont mentionnés dont certaines combattirent. D'une manière générale les pillages n'étaient pas rares en temps de guerre et l'on peut imaginer bien des femmes défendre leurs biens en compagnie des hommes ou en leur absence. On trouvera dans ces héroïnes bourgeoises (au sens d'habitants des villes) ou paysannes nombre de rôles possibles.
Armement : vêtements civils d'époque, outils ou armes prises à l'ennemi. La hache est évidente mais pourquoi pas des bâtons, faucilles, faux, gourdins ?
Style de combat : le style de quelqu'un qui n'a probablement pas appris à ce battre, ou alors quelques techniques paysannes. Peu de technique, beaucoup d'engagement !

Cheffe de guerre en armure

Représentation de Jeanne la flamme (auteur inconnu)
On trouve, pendant la guerre de Cent ans notamment, plusieurs femmes qui, en l'absence de leur maris prisonniers, ont mené résisté à des sièges et même mené des armées. On citera notamment Jeanne de Montfort (1295-1374) surnommée Jeanne la flamme qui combattit d'ailleurs une autre femme, Jeanne de Penthièvre pour la succession du duché de Bretagne, toutes deux portèrent armes et armure à la bataille. Jeanne de Montfort leva le siège de Hennebont en 1342 après une sortie où elle avait incendié le camp ennemi et après être repartie suite à celle-ci chercher des renforts. On trouve des femmes avec des histoires proches en Écosse ou en Italie.
"Jeanne la flamme est la plus intrépide qu'il y ait sur terre, vraiment !
"Jeanne la flamme avait mis le feu aux quatre coins du camp !"
Ballade bretonne contemporaine
Évidemment il faudra ajouter Jeanne d'Arc à cette liste... Même si la Pucelle d'Orléans a affirmé lors de son procès n'avoir jamais tué personne (bien qu'elle ait souvent été en première ligne) et qu'elle n'a jamais été officiellement la commandante en chef d'une armée (même si elle a visiblement donné des ordres sur le champ de bataille). On trouvera dans les modèles de l'inspiration pour des rôles en spectacle, que l'on reconstitue un moment de la vie de ces femmes ou qu'on s'en inspire.
Armement : des armures de plates plus ou moins complètes des XIVème et XVème siècle avec l'armement chevaleresque de l'époque : épée bâtarde, épée à une main, petit écu, épieu de guerre, hache noble et dague.
Style de combat : contre les ennemis peu armurés des techniques d'escrime commune avec, pourquoi pas quelques coups de maître issus des traités, contre les ennemis en armure on serait sur une sorte de lutte en armure (mais une femme de ce rang serait probablement vite secourue).

Héroïne de manuscrit

Les Preuses, enluminure tirée du Le Chevalier errant de Thomas de Saluces.
Le Moyen-âge, au moins à partir de la seconde moitié du XIVème siècle, se délecte de récits d'exploits d'Amazones, d'héroïnes bibliques comme Judith, Déborah ou Jaël, de Silence, une jeune fille qui se déguise en homme à la cour du roi Arthur et bientôt des Neuf Preuses.
Jacques de Longuyon avait composé en 1312-1313 un roman en vers intitulé Les vœux du Paon. Inspiré de l’Antiquité, c'est dans ce roman qu'apparaissent pour la première fois les Neuf Preux, choisis parmi les héros du passé ils sont classés en trois triades, païenne, juive et chrétienne : Josué, David et Judas Macchabée, Hector, Alexandre et César, Arthur, Charlemagne et Godefroy de Bouillon. Quelques décennies plus tard, c'est très probablement Jehan Le Fèvre qui invente dans le Livre de Lëesce, entre 1373 et 1387, le concept des Neuf Preuses elles aussi tirées du passée mais dont la liste varie selon les auteurs qui l'ont reprise pendant plus d'un demi siècle. Celles-ci sont louées pour leur courage et représentées à la fois en robe et armées. Les Neuf preuses eurent un succès immense à l'époque au point que Jeanne d'Arc se vit, de son vivant, qualifiée de dixième preuse.
Pour qui voudrait monter un spectacle exploitant la symbolique du Moyen-Âge il y a là de l'inspiration à trouver, y compris dans l'esthétique de la belle en robe et armes.
Armement : armes de la fin du XIVème siècle comme les épées à une main, épées bâtardes, petits écus, haches nobles, lances. À voir si l'on choisit l'armure ou la robe civile pour l'imagerie.
Style de combat : les neuf preuses font des exploits et il serait dommage de ne pas exploiter les manuels d'escrime d'époque !

Quelques liens utiles :

Voilà pour le Moyen-Âge, le prochain article traitera de l'époque Moderne (du XVIème au XVIIIème siècle).

mardi 26 juin 2018

Idées de rôles féminins tirés de l'Histoire et des légendes d'époque (1ère partie : l'Antiquité et le Haut Moyen-âge)

Une bonne partie des personnes pratiquant l'escrime de spectacle sont des escrimeuses. J'ai pu remarqué que, tout le monde n'étant pas toujours bien versé en Histoire, elles se posaient souvent la question des types de rôles qu'elles pouvaient jouer.  Je propose donc ici une série d'articles d'idées de rôles féminins historiques ou du moins tirés des mythes de l'époque. J'ai essayé de me documenter du mieux possible néanmoins, même si je suis historien de formation, j'ai conscience que mes recherches ont été rapides et qu'il y a probablement nombre d'imperfections, d'approximations et d'erreurs dans mes synthèses. 
Évidemment tout ceci ne vaut que si l'on souhaite un peu plus coller à l'Histoire, sinon les femmes font évidemment ce qu'elles veulent sur scène !

J'adopterai logiquement un ordre chronologique et ce premier article sera donc d'abord consacré à l'Antiquité et le Haut Moyen-Âge. L'Antiquité grecque et romaine est une mauvaise période pour les femmes, néanmoins on trouvera dans la réalité et la mythologie quelques rôles intéressants. Le Haut Moyen-âge fut une période de troubles et de guerres où l'influence germanique fut plus forte.

Guerrière celte

La reine Boudicca (auteur de l'illustration inconnu)
Si les Grecs et le Romains étaient particulièrement mysogines, les Celtes l'étaient un peu moins et il semblerait bien que des femmes aient combattu dans leurs rangs. La reine Boudicca est la plus célèbre d'entre elles et quelques témoignages d'auteurs latins nous laissent penser que des femmes celtes sont allées au combat. Elles étaient évidemment loin d'être la majorité mais il est très probable qu'elles aient existé. Une femme trouvera donc une rôle historique à sa mesure en interprétant une redoutable guerrière de Gaule ou de Bretagne !
Armement : le grand bouclier gaulois à manipule est la base, ajoutons lance, grande épée celte et éventuellement cotte de mailles et casque pour les reines.
Style de combat : il faudra regarder du côté des AMHE gaulois avec une utilisation du bouclier et des coups de taille pour l'épée. Les archers étant nombreux et les protections faibles on lâche rarement son bouclier qui est presque l'arme principale de la guerrière celte.

 

Gladiatrice

 
 Probable statue de gladiatrice au Museum für Kunst und Gewerbein d'Hambourg

Si les Romains n'auraient absolument jamais accepté d'envoyer une femme à la guerre ils avaient encore plus que nous cette absence de limites lorsqu'il s'agissait d'inventer des idées de divertissement. Dans ce contexte il était assez logique de faire combattre des femmes dans l'arène. Aussi bien en tant que Venatores (les gladiateurs combattant les animaux) que dans des combats classiques. On trouvera donc là un prétexte de combat tout trouvé. Normalement les femmes se combattaient entre elles mais qui dit des organisateurs pervers, avides de sensations fortes et de nouveautés n'ont jamais opposé hommes et femmes dans l'arène ?
Armement : il semblerait que les femmes gladiatrices combattaient sans casques pour qu'on voit mieux leurs visages et en principe seins nus (ce qu'on changera probablement pour la pudeur du public et de l'escrimeuse). Il n'y avait probablement pas d'armement aussi codifié que pour les hommes mais on piochera allègrement chez les gladiateurs à petits ou grand boucliers ou chez les rétiaires... 
Style de combat : l'idée est de faire durer le combat, donc de ne pas causer de blessures mortelles. On se bat avec de courtes lames, avec des coups d'entaille principalement, et quelques coups de taille jusqu'à vaincre l'adversaire et proposer sa vie à l'organisateur des jeux. 
  L'idée a déjà été filmée, avec ce remake de 2001 d'un premier film de 1973. Le résultat est, comment dire... discutable. Mais vous pouvez faire mieux !

Amazone

Dans l'Iliade Achille tue Penthésilée mais tombe amoureux d'elle au moment de sa mort.


Présentes dans de nombreuses légendes grecques et romaines, y compris dans l'Iliade avec la reine Penthésilée les Amazones sont bien connues de la mythologie antique... et même moderne !
La légende les dépeignant avec un sein coupé ou brûlé est très tardive et elles sont toujours représentées avec deux seins et le plus souvent en armure. Il y a de multiples histoires avec diverses reines des Amazones : Hercule et Hippolyte, Thésée en Antiope, Achille et Penthésilée, mais vous pouvez inventer la vôtre. Elles affrontent généralement des héros grecs (et perdent, les héros remettant de l'ordre dans le Monde selon la conception de l'époque) mais tout est possible !
Armement : la lance et le grand bouclier rond concave à énarme sont les principales armes des Grecs, on y ajoutera l'épée courte qui peut être un khopis ainsi que les casques de bronze et les armures de bronze ou de tissu et écailles de bronze de l'époque classique grecque.
Style de combat : là encore lance et bouclier, on s'inspirera utilement de l'excellent combat entre Achille et Hector dans le film Troie.

Guerrière germanique/viking

Même si sa tenue n'est pas vraiment historique je n'aurais pu citer les guerrières vikings sans mettre une photo de Catherine Winnick incarnant avec brio la guerrière Lagertha ! C'est d'ailleurs la seule de cette série à vraiment utiliser son bouclier au combat... La seule parmi les acteurs à combattre de manière crédible aussi.
Tout comme les Celtes, les femmes germaniques étaient plus libres que les Grecques ou les Romaines. On trouve des indices sur des guerrières germaniques et encore plus sur ce peuple germain tardif qu'étaient les Vikings. On s'est, par exemple, récemment aperçu que la tombe bien connue d'un guerrier viking était en fait celle d'une guerrière ! Il y a donc toute légitimité à proposer des rôles de femmes guerrières chez les Vikings. Qu'elles malmènent des moines, combattent des soldats écossais, saxons, carolingiens ou d'autres vikings elles ont toute leur place.
Armement : là encore la principale arme des vikings est leur bouclier, un assez grand bouclier rond, plat, à manipule centrale avec lequel on peut donner des coups. Il est complété par la lance, la hache, le scramasaxe et, plus rarement, l'épée. À noter que les vikings ne portent en principe pas d'armure ni même de casque (c'est très rare) et que ces derniers, les rares fois où on en trouve, ne portent surtout pas de cornes !!!
Style de combat : comme toutes les techniques de combat plutôt destinées au champ de bataille et où on a peu d'armure on compte surtout sur son bouclier pour se protéger. Toute une branche des AMHE étudie le combat viking, cela serait d'ailleurs l'occasion de faire des combats en formation (un défi en escrime de spectacle) !

Quelques sites ou articles intéressants :

Liste de femmes guerrières dans l'Antiquité
Article (un peu ancien) sur les Amazones
Article sur les gladiatrices
Article sur la statuette de gladiatrice du musée d'Hambourg

Le prochain article de cette série sera consacrée aux rôles féminins durant le Moyen-âge classique et tardif.

mardi 19 juin 2018

Le public

Le public est au cœur de l'escrime de spectacle puisque sans public il n'y a pas de spectacle. Il serait la raison pour laquelle nous combattons et le contenter serait notre but et nous contraindrait à faire en sorte qu'il voit et comprenne ce que nous faisons. Analysons donc tout cela...
Public au Puy du Fou

Nous faisons d'abord de l'escrime pour nous-même !

Cette affirmation peut paraître provocatrice mais si nous avons choisi de présenter un spectacle d'escrime c'est d'abord parce que nous aimons cela : le spectacle ET l'escrime. C'est évident pour les amateurs qui trouvent là un objectif pour présenter quelquechose de propre et convenable, se mettre un défi, mais ça l'est aussi pour les professionnels. Parce que certes ils sont payés et doivent manger, mais si ils n'aimaient pas d'abord ça ils auraient fait un autre métier plus lucratif. Je n'ai pas entendu parler que cela soit un métier très lucratif (bien moins qu'un trader, un cadre supérieur et même probablement un professeur du secondaire) et la plupart semblent plutôt vivre difficilement de leur art, tout comme les Maîtres d'Armes dont la condition est de plus en plus difficile.
Donc nous faisons d'abord cela parce que nous voulons nous faire plaisir, parce que nous aimons les belles passes d'armes, l'escrime historique, évoluer avec grâce, être sur scène et j'en passe...
Le public est donc d'abord un prétexte pour exercer notre art même si le plaisir de le voir applaudir et apprécier notre prestation est immense et grisant !

Le public est inculte et toujours heureux de voir des lames tinter.

Pour ce qui est des applaudissement avouons tout de même que, la plupart du temps il est facile de les obtenir. Soyez honnête : combien de fois, à des fêtes à la saucisse pseudo-médiévales avez-vous assisté à de piteuses démonstrations de tâcherons tâchant de mimer un combat "médiéval", et combien de fois, malgré votre désespoir profond devant cette prestation, combien de fois le public a-t-il applaudit sincèrement ? Hélas (?), il suffit pour les enfants et leurs parents de voir deux "chevaliers" vaguement costumés faire tinter leurs épées l'une contre l'autre pour être heureux. J'ai également parlé dans un précédent billet de l'escrime de paysans présentée dans la plupart des films médiévaux et qui ne semblait pas poser de problèmes. Et en croyez pas que l'escrime à la rapière soit traitée différemment, faites tinter des lames avec de grandes plumes et le public sera content !
Il aurait de quoi désespérer, cesser de s'entraîner, de répéter inlassablement ses combats pour y mettre de la vitesse, du jeu, de l'intention... J'en tirerais surtout la conclusion que l'on a finalement peu de pression et que surtout, on a ainsi la liberté de tout tenter. Tentons, de toutes façons ils seront quand même contents, et peut-être le seront-ils encore plus ?


En principe j'essaie de ne pas stigmatiser des troupes mais quand on se présente aux championnats du Monde avec ce... truc, On s'expose aux critiques légitimes !

Le public peut progresser et il sait malgré tout faire la différence.

Malgré tout, présentez à vos amis non escrimeurs deux combats : un truc de tâcherons mal fini et un combat léché et travaillé, réaliste, engagé et crédible : vous verrez qu'ils sauront faire la différence ! Il y a très longtemps on m'a comparé cela au canigou et au foie gras : des gens qui n'on jamais mangé que du canigou trouverons cela plutôt pas mal, mais faites-leur goûter au foie gras et ils en voudront plus jamais manger de canigou ! (si vous trouvez une version végane plus consensuelle je prends).
 
Vous pensez vraiment qu'ils pourront revoir de la merde après avoir vu ça ?

C'est quelquepart déjà notre cas : nous nous gâchons le plaisir en voyant de nombreux combat parce que nous sommes devenus exigeants. Cette exigence, le public peut l'acquérir lui aussi. Quelquepart il l'a déjà acquise dans les films d'action de combat à mains nues. Avec l'arrivée des films de Hong Kong et des arts martiaux dans le cinéma américain il est désormais inconcevable de filmer de la baguarre à l'ancienne comme on en voyait encore dans les années 80. Faisons ça pour l'escrime aussi, c'est possible : il faut être exigeants.

En guise de conclusion : ne plus se cacher derrière le public pour justifier des choix boiteux.

Au final je crois que je me lasse d'entendre les gens justifier qu'ils amplifient le mouvement "pour que le public comprenne" ou que si on va trop vite "le public ne suivra pas". Je crois que le public verra d'abord l'intention et le réalisme et si une passe d'arme est trop complexe pour son niveau d'escrime il y aura un effet "mais comment il/elle a fait ça ?", la même stupéfaction que devant les tours d'un magicien avec le bonus "wouahh il/elle est trop fort.e !"
Dans la vidéo d'Adorea montrée plus haut les coups sont historiques, c'est rapide, engagé et je ne pense pas que le public lambda comprenne absolument tout. Pourtant ça envoie, ça impressionne et ça a plu à tous ceux à qui j'ai montré ce combat !
Donc, même si on est conscient que le public sera très probablement bienveillant et content de voir des gens agiter des épées on se doit de le respecter en lui présentant ce que l'on sait faire de meilleur et en ne se cachant pas derrière lui pour justifier de ne pas respecter la logique de l'arme, du combat ou des personnages.

mercredi 18 avril 2018

Je n'aime pas le bâton français (en spectacle)

L'idée de cet article n'est pas ici de fustiger toute une discipline mais de râler contre son utilisation systématique dans les chorégraphies d'escrime artistique en France. Parce que, avouons-le, dés qu'un escrimeur de spectacle saisit un bâton, dans n'importe quel contexte, historique ou non, il fait du bâton français. Et ça me fait râler parce que je pense qu'il existe d'autres techniques plus intéressantes.
 

Un bâton un peu court

Betsy Winslow, spécialiste reconnue du bâton dans les AMHE a établi une typologie des bâtons dans la tradition occidentale. Elle distingue quatre catégories (la traducion française étant compliquée pour distinguer "stick" et "staff" je laisse les termes en anglais) :
_ Small Sticks (single-handed): 4’(1m20) or less in length.
_ Great Sticks (two-handed): 4- 6’(1m20 à 1m80) in length.
_ Short Staves (two-handed): approximately 6’ to 9’ (1m80 à 2m75) in length.
_ Long Staves (two-handed): 10’ (3m)or greater in length
Le bâton français entre dans la deuxième catégorie, au même niveau que le bourdon de pèlerin ou d'autres traditions survivantes anciennes comme le jogo do pao portugais ou le bâton sicilien. Il s'agit d'un bâton plutôt court (réglementairement d'1m40) qui est typiquement un bâton de marche.
Or, une bonne partie des techniques de bâton du moyen-âge ou de la Renaissance avaient pour objectif d'entraîner les paysans au maniement des armes d'hast (tout comme les concours d'archerie en faisaient des archers déjà formés et facilement recrutables). Elles s'effectuent donc plutôt avec un bâton un peu plus long entrant plutôt dans la 3ème catégorie.
Il s'agit donc d'une arme légèrement différente du quaterstaff anglais ou du bâton allemand qui sont plus longs.

 Des techniques du XIXème siècle

Si les techniques du bâton français ont probablement été pensées pour l'autodéfense elles ont été "sportivisées" au moins au XIXème siècle et peut-être avant pour être pratiquées sous forme de jeu entre villages. Certaines techniques jugées trop dangereuses comme les estocs ont donc pu disparaître. Enfin, il n'est même plus pratiqué en tant que sport d'opposition mais seulement en démonstration au sein de la fédération de boxe française. Nous n'avons pas vraiment de sources sur le bâton français avant le XIXème siècle et ne savons donc pas quelles techniques pouvaient pratiquer les paysans, ne demeure que le résultat de son évolution.
Il en résulte un système où l'on tourne énormément, on bouge beaucoup le corps pour donner de grands coups de taille, souvent près du corps. À noter que pour que ce genre de coup soit efficace il faut en effet que le bâton aie de l'inertie car, contrairement à une épée, il n'est pas tranchant.

Ci-dessous une démonstration de bâton français au festival des Arts Martiaux Nord-Europe à Orchies en 2015 :

Une sorte de variante du bâton français est la méthode de Joinville pratiquée au bataillon de Joinville. Il s'agit d'une méthode d'entraînement à vocation martiale, notamment pour une transposition à la baïonnette. On y trouve donc des estocs, une prise de main non directrice différente et une meilleure utilisation de l'allonge que donne le bâton. Malgré tout cela tourne tout de même beaucoup.

Ci-dessous une démonstration de techniques de l'école de Joinville :

De ces deux variantes il résulte je trouve des chorégraphies assez lentes. Je ne parlerai pas de ces combats où des combattants mal assurés voltent maladroitement pour enchaîner deux coups de bâtons avec les bouts opposés.... Même si, en traînant sur le net on le voit trop souvent... Mais, même lorsque les combattants-acteurs maîtrisent leurs techniques et leurs gestes, se déplacent rapidement, le combat semble malgré tout aller assez lentement, les coups ne s'enchaînent pas très vite en raison de l'ampleur des gestes qu'il faut pour les accomplir et, parfois, j'ai plus l'impression d'assister à un ballet qu'à un combat où les deux adversaires veulent se faire du mal !

Il existe d'autres techniques de bâton (et elles sont bien !)

Pourtant, lorsqu'on regarde dans les traités d'escrime au bâton on trouve d'autres techniques, plus complexes et, à mon sens, plus spectaculaires. Elles ont toute en commun d'utiliser massivement les coups d'estoc au bâton, les coups de taille étant marginaux. Il en résulte un plus grande rapidité des coups et de leurs enchaînement ainsi qu'une véritable utilisation de l'allonge du bâton. Le bâton reprend ici sa caractéristique d'arme d'hast qu'on ne voit pas bien avec le bâton français. Les contres sont rapides et parfois inattendus. On ajoute également à tout cela des entrées en lutte, des désarmements et autres joyeusetées de l'escrime médiévale !
Il s'agit essentiellement des techniques des auteurs allemands de la fin du Moyen-âge et de la Renaissance ainsi que des techniques de quaterstaff anglais. Je vous laisse juger sur les vidéos.

Techniques tirées du manuel d'Andre Paurenfeindt (sans la dernière "technique" ;-)) :

Techniques tirées des  traités de Joachim Meyer et Paulus Hector Mair :

Techniques tirées du manuel de Joseph Swetnam :


La plupart de ces techniques sont rapides et vicieuses, elles promettent des combats plus rythmés, avec des combattants peut-être un peu moins virevoltants mais plus techniques, surprenant l'adversaire et attaquant directement à l'essentiel, pour tuer et non pour jouer !
Un auteur comme Paulus Hector Mair est particulièrement intéressant car il présente des enchaînements de techniques avec les coups et leurs contre et souvent même le contre du contre. Idéal pour nos pratiques !
Enfin, niveau historicité, ces techniques sont plus proches du Moyen-âge que les techniques de bâton français qui ont pu évolué et dont il nous reste le résultat après des siècles de pratique. Elles reflètent également mieux l'entraînement à l'arme d'hast et la plupart de ces techniques sont probablement directement transposables à la lance, à la coutille, la vouge, la guisarme, la pertuisane et autres armes d'hast. Ce qui donne un intérêt supplémentaire à leur connaissance.
Ces techniques existent dans les manuels, certains clubs d'AMHE les travaillent et je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas les apprendre comme on apprend le bâton français. Je suis persuadé de leur potentiel supérieur en combat scénique. Ajoutons que le public, qui n'a pas l'habitude de ce type de techniques risque d'être lui aussi surpris et impressionné par la rapidité du combat au bâton.
 
Après, tout est évidemment une question de goût et un bon combat de bâton français peut être très joli à regarder (j'aime quand même bien la vidéo que j'ai postée du festival d'arts martiaux). Mais je trouve un peu dommage son utilisation systématique et multi-époques et le fait qu'on n'envisage jamais ou presque les techniques des autres traditions martiales occidentales.

N.B. : juste au cas où; il ne s'agit aucunement d'une attaque contre notre patrimoine martial national, juste un constat du rendu visuel d'ensembles techniques différents. L'approche est totalement apolitique.

mercredi 28 mars 2018

Escrime artistique contre escrime historique ?

Récemment Adrien Garcia, dans un excellent billet de blog faisait le point sur les différents types d'escrime de spectacle en dégageant trois spécialités : escrime de théâtre, escrime de cinéma et escrime de spectacle vivant. Il évoquait également deux dominantes la dominante "escrime historique" et la dominante "escrime artistique" mais ne les définissait, hélas, pas.
Si vous lisez ce blog depuis quelque temps vous savez que la dimension historique de l'escrime de spectacle me tient particulièrement à cœur, mais du coup qu'est-ce que cette dominante "escrime artistique" évoquée par l'auteur ?
Spectacle "Le dernier Trecio" par la Salas de armas Louis XIV - champions du Monde2016 - catégorie "ensemble".

 Le caractère "artistique"


Tout d'abord intéressons-nous au qualificatif "artistique". Le dictionnaire Larousse en ligne donne deux définitions intéressantes :
    1. Relatif aux arts (peinture, sculpture, architecture, etc.), aux œuvres d'art, aux artistes : Les richesses artistiques d'un pays.
    2. Qui est fait avec art, avec un souci de la beauté : Une reliure artistique.
Pour l'escrime artistique, dans la définition d'Adrien Garcia, c'est très certainement la seconde définition qui est concernée, le souci de la beauté dans l'escrime. Nous nous épargnerons ici les discussions sur la place de l'esthétique ou de la Beauté dans l'Art, nous n'en retiendrons qu'être artistique pourrait aussi ne pas être esthétique mais poursuivre d'autres buts au service de l'Art.

Le souci esthétique s'opposerait-il au souci d'historicité ? Parfois c'est le cas, certains coups historiques sont assez laids, cependant d'autres sont, au contraire, très élégants. L'antagonisme n'est donc peut-être pas là.

En fait construire une escrime d'abord esthétique suppose plutôt de privilégier l'esthétique au réalisme et à la crédibilité du combat, à privilégier des coups visuellement beaux, à privilégier la chorégraphie sur le réalisme et tant pis si dans la vraie vie le bretteur se serait fait planter par une vilaine contre-attaque bien moche au milieu de sa volte ! L'escrime historique est, quant à elle, réaliste, puisque l'on peut supposer que tous les coups enseignés ont été passés au moins en salle d'armes si ce n'est sur le pré ou le champ clos. Quand bien même certains coups, parades ou passes historiques sont d'une efficacité douteuse ils n'ont probablement pas été sélectionnés par hasard et ont pu fonctionner dans certaines conditions particulières.

À l'inverse donc la dimension artistique de l'escrime ne prend pas vraiment en compte le réalisme ou, du moins, accepte de s'en affranchir pour des besoins esthétiques ou de récit artistique. Mais jusqu'où cela reste-t-il de l'escrime et non de la danse avec des épées ou autre variante de ce genre ?


 La bataille d’Ellon dans le Mac Beth de 2015 réalisé par Justin Kurzel : l’esthétisme particulière du combat est au service du récit dramatique et des visées artistiques du réalisateur

Qu'est-ce que l'escrime ?


Pour une définition de l'escrime plus large que le sport moderne il faut se référer à des dictionnaires plus anciens. Le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales nous donne cette définition qui semble convenir :
 Art de combattre à l'arme blanche (épée, fleuret, sabre, etc.); exercice par lequel on apprend à manier ou au cours duquel on manie une telle arme.
 Le mot "art" ici doit s’entendre au sens ancien de talents, d'habileté et non au sens moderne (celui d'où dérive le mot "artistique"). L'escrime est donc un combat armé où chacun des protagonistes s'efforce de gagner en faisant preuve de la meilleure habileté possible. Dans le cas de l'escrime de spectacle il s'agit d'un simulacre de combat, on pourrait donc lui refuser le terme d'escrime mais nous garderons celui-ci par commodité. À tout le moins des techniques d'escrime doivent donc être utilisées dans ce simulacre de combat, du moins si l'on veut encore accepter le terme d'escrime. Mais où puiser ces techniques sinon dans le combat historique ? Dans un domaine proche, le combat au corps à corps, Jonathan Eusebio (chorégraphe de The Avengers, The expandable, 300, John Wick...) explique dans cette interview qu’il « ancre toujours sa chorégraphie dans quelque-chose de réel et d’applicable » et que « la fonction d’une technique est d’être reconnue comme quelque-chose d’efficace et de justifié dans son application ». On peut évidemment aussi inventer, inventer des techniques plus esthétiques, adaptées à son dessein. Cependant jusqu'où cela est-il encore de l'escrime, où cela devient-il autre chose ? Il y a malgré tout une certaine logique du combat à respecter, où fixer celle-ci ? Est-on encore dans le combat lorsqu'un protagoniste effectue sept attaques à la suite sans justification scénaristique (adversaire refusant le combat ou volonté de récit artistique) ? Le souci esthétique seul peut-il justifier cela ?

Une excuse pour faire n'importe quoi ?


Mon impression, celle qui a d’ailleurs présidé à la création de ce blog, est que l’excuse de faire un combat « artistique » est trop souvent utilisée pour justifier n’importe quel coup pas crédible. On dira ainsi que si l’on effectue toutes ces voltes inutiles, si, lors d’un combat à deux armes ou avec un bouclier, on attaque en rejetant en arrière l’arme secondaire, si l’on arme outrageusement ses coups, ou même, si l’on enchaîne ces mêmes coups outrageusement armés sans riposte adverse, c’est pour faire « plus esthétique », parce qu’on ne cherche pas le réalisme mais le côté artistique...
Je reste perplexe sur tout cela. Entendons-nous bien, je peux parfaitement accepter ces fioritures ou ces irréalisme si l’ensemble est cohérent. Si le combat s’inscrit hors du temps, dans une symbolique ou une ambiance particulière le style y participe complètement. Si il fait partie d’un ensemble plus important comme un film ou une pièce de théâtre il faut qu’il soit en cohérence avec : si l’ensemble est sur un ton plus réaliste alors il faudra un combat plus réaliste (donc sans tout ce que je viens de pointer), si il est comique on pourra se permettre certaines exagérations irréalistes et burlesques, si il est onirique, esthétisant, veut créer une certaine impression, alors le combat devra y être adapté.



Le spectacle" La Dame de pique" par l’école d’escrime artistique “Espada” (Russie), champions du Monde 2016, ici le côté esthétique et hors du temps est pleinement assumé et l’escrime est au service d’une chorégraphie léchée et d’un récit artistique.

Mais si l’on a des coups, des postures choisies pour leur esthétisme dans un ensemble qui se veut réaliste ou brutalement dramatique cela risque de sonner faux, voire de sembler ridicule à l’œil un minimum initié ou critique. Cela sera encore plus critiquable si l’on est dans un cadre de reconstitution historique sérieuse ou que l’on fait croire que c’est ainsi que les chevaliers/mousquetaires/pirates/courtisans se battaient !

Paradoxalement j’ai l’impression que l’inverse est moins vrai. Des coups réalistes sonneront probablement moins faux dans un ensemble irréaliste, si tant est que le jeu des escrimeurs-acteurs reste dans le ton du reste. On prend donc peut-être moins de risques à rechercher le réalisme... À méditer.

En guise de conclusion ?


L'opposition serait donc plus entre esthétisme et réalisme et lequel a priorité sur l'autre lorsqu'il y a conflit. L’important reste finalement de savoir ce que l’on veut faire, de savoir ce qui y est adapté ou non et de ne privilégier l’esthétisme sur le reste que si cela fait partie du « cahier des charges » du combat ou de l’ensemble dans lequel il s’inscrit. Dans le doute on devrait partir d’une base réaliste qu’on arrange en fonction de l’objectif. Et n'oublions pas que de nombreux coups ou enchaînements historiques ont un énorme potentiel visuel, souvent inexploité !