lundi 30 juillet 2018

Idées de rôles féminins tirés de l'Histoire et des légendes d'époque (4ème partie : l'époque contemporaine)

Il s'agit de la dernière partie de ma série d'articles sur les rôles historiques à proposer aux escrimeuses de spectacle. Nous finiront la série en parlant des rôles de l'époque contemporaine, de la Révolution Française à la Belle Époque. Nous nous arrêterons à 1914 car, après cette époque, l'utilisation des armes blanches selon des techniques qu'on peut qualifier d'escrime a pratiquement disparue en dehors des salles d'armes.

Révolutionnaire

Marie-Thérèse Figueur dite "Mme Sans-gêne" qui servit les armées de la Révolution et de l'Empire
 La Révolution française était une période troublée et l'on a vu que les périodes troublées étaient des périodes où les interdits culturels concernant les femmes étaient plus facilement bouleversés. C'était également une période de revendications égalitaristes et qui a vu la naissance de revendications que l'on pourrait qualifier de féministes. Des femmes y ont ainsi voulu former des "compagnies d'amazones", ont suivi les armées d'engagés volontaires où servaient leurs maris, leurs amants et quelques-unes se sont battues sous l'uniforme souvent sans cacher leur sexe à leurs compagnons d'armes. Quand bien même le décret du 30 avril 1793 prévoyait que « les femmes qui servent actuellement dans les armées seront exclues du service militaire ; il leur sera donné un passeport et 5 sous par lieue pour rejoindre leur domicile » il ne fut la plupart du temps pas suivi d'effet. On peut ainsi citer les noms de la femme Communeau qui se fit remarquer sur le théâtre vendéen, la jeune Anne Quatresous (15 ans) qui eut deux chevaux tués sous elle et même des femmes officiers comme la femmes Favre (capitaine en second) une lieutenant, trois sous-lieutenant et deux sergents. Certaines continuèrent leurs activités sous le Directoire et l'Empire comme Marie-Thérèse Figueur dite "Madame sans-gêne" et qui relata son histoire dans ses Mémoires.
Statue érigée en l'honneur de Solitude aux Abymes (Guadeloupe)
 À la même époque, de l'autre côté de l'Atlantique on peut citer la mûlatresse Solitude qui se battit dans l'armée de l'officier Guadeloupéen Delgrès qui refusa le rétablissement de l'esclavage dans les colonies française en 1802, capturée, elle fut condamnée à mort mais, enceinte, son exécution fut retardée pour lui permettre d'accoucher. Elle périt sous les coups du bourreau le lendemain...

Mère de toutes les Révolutions du XIXème siècle la Révolution et d'autres révolutions virent des femmes prendre les armes. La plus impressionnante est Moscho Tzavela, révolutionnaire grecque qui mena un groupe de 400 femmes souliotes (communauté orthodoxe d'origine albanaise) dans les montagnes d'Épire de 1792 à 1803. Mais on peut également citer Pelaghia Roșu qui participa à la Révolution roumaine de 1848 et commanda un bataillon de femmes défendant leur village.

Armement : pas différent des soldats de l'époque : fusil à baïonnette pour les fantassins avec parfois un sabre briquet pour les troupes d'élite, la Révolution tenta de réhabiliter la pique également (sans grand succès sur les champs de bataille). Les cavaliers portaient des sabres et des pistolets, quant aux officiers ils portaient des épées de cour. Les révolutionnaires plus "rustiques" peuvent être armés d'armes de fortune. Dans les Balkans on portait le mousquet et le yatagan, une lame à la courbure inversée.
Style de combat : simple et rustique pour les soldates de base avec toujours des techniques de baïonnette ou de lance, de sabre militaire. Pour les officières on n'hésitera pas à puiser dans les techniques d'épée de cour.

Duelliste

Émile-Antoine Bayard - Le duel (1884)
Au XIXème siècle le duel se raréfie et se "civilise" tout au long du siècle, on passe du duel à mort au début du siècle au duel au premier sang à la fin de celui-ci. Durant la seconde moitié du XIXème les duels étaient essentiellement des affaires mondaines dont la presse se faisait l'écho et qui impliquaient surtout le monde de la presse, du théâtre et les milieux politiques. Nous avons, tout au long du XIXème siècle des exemples de femmes se battant en duel. En France ainsi, en 1884, la féministe, doctoresse en médecine Asté de Valsayre fut impliquée dans un duel avec l'américaine Miss Shelby, elle aussi doctoresse et avec laquelle elle se querella sur les mérites des doctoresses françaises et américaines.
Il se pourrait que nombre de ses duels se déroulaient seins nus avec des femmes pour seules témoins, il se pourrait également que cela ne soit qu'un fantasme masculin.
Un film des studio Lubin An affair of honor fut même tourné en 1897 mettant en scène un duel féminin. Il bénéficia d'un "remake" dés 1901.
Duel entre Olga Zavarov et Yekaterina Polesov
En Russie également les femmes se battaient en duel, parfois en intérieur dans des salons. Par exemple, dans son salon de Saint-Pétersbourg, une certaine Madame Vostrouhova aurait tenu pas moins de 17 duels féminins en 1823. Un des plus notables de ces duel fut celui qui opposa Olga Zaravov et Yekaterina Polesov en 1829 en présence de leurs filles de 14 ans. Olga reçu un coup de sabre sur le crâne mais parvint, avant de mourir, à enfoncer son sabre dans l'estomac de Yekaterina laquelle décéda le lendemain. Cinq ans après, dans le même bois de bouleaux, leurs filles, Alexandra Zaravova et Anna Polesova, s'affrontèrent à leur tour. Alexandra tua Anne et vengea ainsi sa mère.

Armement : si les françaises se battent à l'épée de duel (très proche des épées d'escrime actuelles) les Russes se battent au sabre.
Style de combat : ces femmes, issues de milieux bourgeois ou aristocratiques ont probablement été formées à l'escrime. Nous sommes, pour l'épée, sur une forme d'escrime extrêmement proche de la nôtre, ou du moins de l'escrime dite "classique". Pour ce qui est du sabre d'innombrables traités de sabre militaire existent, y compris avec des techniques d'Europe de l'Est.

Fleurettiste

Escrimeuses à la Salle Bertrand par Frederick Townsend (1899)
Comme je l'écrivais dans un précédent article, représenter un combat "sportif" peut également être intéressant en spectacle. Si l'on entraînait depuis longtemps certaines jeunes filles de la noblesse à l'escrime c'est une pratique qui s'est développée dans les écoles au XIXème siècle. Dans le développement du sport dans la seconde moitié de ce siècle, le sport féminin se fit une petite place, à la fois comme loisir et comme outil de bonne santé et de développement du corps. Sur ces points l'escrime avait excellente réputation. On trouve donc des exercices de fleuret dans des salles d'armes entre jeunes filles et la première maîtresse d'armes française, Aline Guillemot, fut diplômée en 1908.
À l'époque il n'y avait pas encore de tournois comme nous le connaissons, au fleuret c'est d'abord la beauté des touches qui comptait avant leur nombre et un tireur honnête, un gentilhomme, ou ici, une femme du monde, ne pouvait que déclarer les touches qu'il ou elle avait reçues.
On a donc un spectacle, véritable concours d'élégance martiale avec d'élégantes tenues d'escrimeuses. On voit donc le potentiel de représentation en escrime de spectacle !

Armement : des fleurets ! Souvent avec une garde en 8 ajourée, ou une coquille ronde classique voire une garde italienne classique avec ricasso... En effet, les femmes ne s'entraînaient qu'au fleuret, l'épée étant l'arme du duel (auxquels elles n'étaient pas censées être confrontées) et le sabre l'arme des militaires (qu'elles n'étaient pas censées devenir). Si le fleuret féminin est entré au Jeux Olympiques en 1924 n'oublions pas que c'est 1996 pour l'épée et 2004 pour le sabre ! On complètera l'équipement par un masque d'époque, un plastron ancien et une ample jupe au genou.
Style de combat : l'escrime française au fleuret dans toute sa splendeur ! On peut aussi pratiquer l'escrime italienne avec des fleurets italiens. On pratiquera l'escrime classique la plus belle et la plus orthodoxe en oubliant les vilains coups lancés. Notons qu'en France à l'époque il n'y avait pas de règles de priorités au fleuret.

Passante agressée

Image tirée d'un article du journal "The Idler" décrivant des techniques de combat au parapluie (1908)
Le tournant du XXème siècle a vu, en Europe et aux États-Unis l'arrivée de la self défense avec le ju-jitsu japonais notamment couplé aux techniques plus "traditionnelles" de la canne de combat ou de la boxe (française ou anglaise). La ville était perçue comme devenue un endroit violent ou les Apaches de Paris ou les hooligans anglo-saxons rôdaient, prêt à détrousser le bourgeois... ou son épouse !
Si les hommes avaient la canne, les femmes avaient le parapluie, et des techniques de combat se sont crées pour se défendre à l'aide de cet outil. On en trouve la description dans plusieurs journaux d'époque comme The Call of San Francisco, The Idler ou Le journal des voyages et même dans quelques manuels d'escrime comme celui de R. G. ALLANSON-WINN et C. PHILLIPPS-WOLLEY (un chapitre à la fin). Toutes ces méthodes expliquent comment se défendre des voyous, non armés ou armés de couteaux, en utilisant un outil que les femmes portent souvent : le parapluie. On y mêle également des techniques de clés et de soumission avec des coups de la main.
Pour changer des éternelles épées et porter ces beaux costumes de la Belle Époque ou de l'âge victorien on pourra monter un combat de la sorte. Si l'on veut un peu de réalisme cela sera forcément court. Cela peut se coupler avec de la canne : un couple agressé par des voyous, ou avec d'autres techniques. En tout cas il y a quelquechose à faire ! En revanche les techniques sont dangereuses : utilisent la pointe ou supposent des prises avec la crosse de l'arme et sont donc à réserver à des gens expérimentés, qui sont en contrôle.

Armement : un parapluie ! Et en face des poings, un couteau voire une canne ou une canne irlandaise ou tout autre arme de voyou. Si un homme accompagne la femme il aura une canne voire une canne-épée.
Techniques de combat : il faut se référer à ce qui est décrit. Le parapluie utilise la pointe comme un fleuret, profitant de l'allonge. Tenu à deux mains, à courte distance, ou frappe de la crosse et celle-ci peut également être utilisée pour crocheter les membres ou le cou de l'adversaire. Les coups du plat en revanche sont surtout là pour déstabiliser plus que pour réellement mettre hors de combat.


Voici donc qui clôt cette série. En espérant avoir proposé des choses utiles...

Quelques liens utiles :





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