dimanche 8 juillet 2018

Idées de rôles féminins tirés de l'Histoire et des légendes d'époques (3ème partie - 1 : l'époque moderne)

Le troisième article de cette série consacrée aux rôles féminins historiques. L'époque moderne s'étale sur trois siècles, du XVIème au XVIIIème siècle. La Renaissance qui la commence entame une mise en ordre de la société occidentale où les rôles des sexes et des classes sociales se figent peu à peu. Les femmes en pâtissent forcément, de plus en plus reléguées au foyer, à l'intérieur, loin des armes... Pourtant il y eut malgré tout nombre d'exceptions !
Ayant trouvé beaucoup plus d'informations que prévu cet article a été divisé en deux parties qui seront diffusées de façon très proche. Encore une fois, je ne traite ici que du monde occidental.

Défenseuse de ses terres


Alberte-Barbe d'Ernecourt Saint-Baslemont qui défendit ses terres au début du XVIIème siècle contre la soldatesque de tout bord, utilisant las science militaire que lui avait transmise son père.
Au XVIème siècle comme au Moyen-Âge, les femmes se substituent encore à leur mari absent pour défendre le foyer. Les penseurs de l'époque ne semblent pas choqués de cet état de fait mais y posent cependant des limites. Gaspard de Saulx, seigneur de Tavannes, écrit ainsi : 
« Que les femmes facent les femmes, non les capitaines : si la maladie de leurs maris, la minorité de leurs enfants, les contraignentse présenter au combat, cela est tolérable pour une fois ou deux en la nécessité ; il leur est plus séant se mesler des affaires en une bonne ville proche des armées, que d'entrée en icelle, où elles sont injuriées des ennemis et mocquées des amis. »
L'historienne Nicole Dufournaud indique deux pistes pour "penser l'impensable" à l'époque : l'éducation des jeunes filles, beaucoup plus physique qu'on le croit pour les préparer à prendre la suite d'une maison si aucun héritier mâle ne survit et le principe de substitution élaboré par l'historienne Sylvie Steinberg. "La substitution d'une fille à son frère non-né ou mort, d'une épouse à son mari absent, d'une veuve à son mari défunt fut un des moyens privilégiés par lequel les familles, les états et les corps ont cherché à se perpétuer à l'identique. La substitution était tolérée jusqu'à accepter que les femmes placées à la tête d'un fief exercent des prérogatives militaires et participent elles-mêmes aux combats. Car il était « compréhensible qu'une femme noble s'élève, précisément par sa noblesse, au-dessus de son sexe », d'où l'accession à l'office viril. C’est leur sang noble qui leur permet de dépasser la faiblesse de leur sexe et leur donne les mêmes qualités viriles qu’aux Amazones."
Il est donc toujours possible dans un contexte de la Renaissance qu'une escrimeuse de spectacle incarne la Capitaine courageuse prenant la tête des défenseurs de sa ville.
Les exemples se raréfient au début du XVIIème siècle et disparaissent complètement au milieu de ce siècle.
Armement : a priori une capitaine porte l'armure de plates complète de la Renaissance, ou au moins une cuirasse et un casque de cavalier (la plupart du temps une bourguignotte). Elle manie probablement une épée de guerre ou une épée de coté et, peut-être une rondache de métal. Une allemande pourrait encore avoir une épée longue
Style de combat : pour être crédible on utilisera avec avantage les techniques d'escrime de l'époque, italiennes ou allemandes.

Milicienne du Guet

La Ronde de nuit par Rembrandt (1642) représente un groupe de la milice bourgeoise d'Amsterdam
(aucune femme n'est logiquement représentée)
 Chez les bourgeois des villes on assiste à un processus similaire dans le service du Guet. Le service du guet aux murailles était dû par tous les nobles et bourgeois riches des villes, ils peuvent payer une amende ou recruter quelqu'un d'autre pour le faire. À Nantes, en 1503, une quittance prouve que la veuve Godin a monté la garde à diverses portes durant plusieurs années. Toujours à Nantes en 1522, sur une liste de 96 noms de miliciens du Guet, 9 sont des femmes, d'autres preuves existent de leur présence continue dans la milice du Guet.
On peut donc imaginer toute sortes de scénarios impliquant le Guet urbain, pas seulement des sièges mais aussi des incidents nocturnes avec des civils, la pègre etc.
Armement : les miliciens du Guet avaient comme armes de base une pique et une épée (à l'époque une épée d'infanterie ou une épée de côté/rapière primitive). Cependant d'autres avaient des arquebuses, des pièces d'armures, des armes d'hast... En fait tout équipement de l'infanterie du XVIème siècle est acceptable.
Style de combat : dans l'Empire germanique les miliciens de la bourgeoisie fréquentaient les salles d'escrime. Je n'ai pas d'informations sur la situation française. Cependant on pourra toujours regarder du côté des techniques de bâton du XVIème siècle pour les armes d'hast, des techniques de dussack pour les épées courtes et d'épée de côté pour cette arme.

Travestie en soldat

Geneviève Prémoy, officier de l'armée française et chevaleresse de l'Ordre de St Louis
On l'a dit, à partir de la seconde moitié du XVIIème siècle il est de moins en moins accepté qu'une femme prenne les armes, cela n'a cependant pas empêché de très nombreuses femmes de se déguiser en homme pour devenir soldat ou marin et de se battre. On peut par exemple citer Geneviève Prémoy qui s'engagea dans l'armée en 1676 et fut connue sous le nom de Chevalier Baltazar. Blessée au siège de Mons en 1691, c'est là qu'on découvrit son véritable sexe. Elle fut appelée à Versailles où Louis XIV la fit membre de l'Ordre de St Louis mais la licencia de l'armée en lui permettant de garder son rang mais en l'enjoignant de porter des jupes, ce qu'elle fit... en portant des hauts masculins ! Elle publia une autobiographie, Histoire de la Dragonne, racontant ses exploits.
On pourra citer d'autres noms comme ceux de Kit Cavanagh dans les années 1690, Hannah Snell qui obtint la reconnaissance de son service par une pension militaire en 1750 ou encore la révoltée vendéenne Renée Bordereau en 1793...
Armement : il est en fonction de celui de l'époque : mousquet et épée d'infanterie ou sabre court pour les mousquetaires du XVIIème siècle ou arme d'hast pour les piquiers. Au début du XVIIIème siècle le fusil à baïonnette remplace ces deux armes. Les cavaliers portent des fortes épées ou des sabres et parfois des cuirasses, même vers la fin du XVIIème siècle. Quant aux officiers ils portent rapières ou épée de cour en fonction de l'époque, les manuels d'escrime préconisent néanmoins une lame plate, plus adaptée à la guerre que la lame triangulaire plus utile au duel.
Style de combat : les armées de l'époque avaient un minium d'apprentissage du combat et d'instruction au sein du régiment. On optera encore, en ce qui concerne l'infanterie, pour des techniques de dussack ou, pour les britanniques, des techniques de back sword ainsi que des techniques de bâton pour les armes d'hast. Pour la baïonnette nous n'avons pas de sources avant le XIXème siècle. On utilisera de préférence Alexandre Müller qui présente des techniques plus archaïques que ses contemporains mais qui datent des guerres napoléoniennes) Pour les cavalières on prendra la broadsword et le peu de sabre qu'on peut connaître de l'époque (chez Girard et Angelo). En revanche les officières pourront s'amuser avec toutes les techniques des manuels d'escrime d'époque !

Quelques liens utiles :



Voici pour la première partie, la seconde sera très bientôt en ligne.

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