jeudi 13 mars 2025

La prise "marteau" et pourquoi vous devriez l'éviter

Nous allons parler ici de la prise "marteau" en escrime artistique. Il s'agit d'une façon de prendre les armes à une main (voire à deux mains) en les serrant comme on tiendrait un marteau avec lequel on veut frapper très fort. Cette prise est naturelle, dans le sens où c'est en général la façon qu'on les non escrimeurs de tenir une épée (ou toute autre arme) quand on la leur met dans la main. Quand il s'agit de rapière ou d'épée de cour en général on leur explique juste après comment tenir correctement ces armes mais l'idée de tenir ainsi toutes les épées médiévales ou les sabres ne semble pas déranger les gens, même des maîtres d'armes reconnus qui posent pour des photos (gageons que ce n'était que pour faire un effet sur la photo).

Or c'est probablement une mauvaise idée en escrime artistique et cet article est là pour vous expliquer pourquoi et ce bien que cette prise soit historiquement sourcée. On va donc voir, dans un premier temps, les différentes façons de tenir une épée et leur intérêt martial avant de voir les soucis que ça pose en escrime de spectacle.

Vous avez même droit à une vidéo d'illustration !

La prise marteau : intérêt martial et artistique

La prise marteau ne s'appelle pas ainsi pour rien. Comme je l'ai dit plus haut, c'est celle qu'on prend avec un marteau quand on veut taper très fort et pas forcément en précision. C'est donc la même chose avec une arme :  l'idée est de porter un coup de taille très puissant. Même avec une arme tranchante on coupera moins les tissus et les chairs qu'on ne choquera le corps. Imaginez un gros hachoir, vous allez peut-être trancher un peu mais vous avez surtout plus de chances de briser un os, de fendre une boîte crânienne, ou, à tout le moins de provoquer une commotion cérébrale. C'est un coup intéressant à porter face à quelqu'un qui porte une armure, surtout une armure de mailles où, à défaut de pénétrer les chairs vous avez vos chances de briser un os. Notons que ça reste moins grave pour le porteur de l'armure car on sait réduire des fractures depuis le Paléolithique alors qu'en cas de coupure le risque d'infection est important.

Ajoutons qu'en revanche, pour porter un coup d'estoc, la prise marteau est très gênante. D'une manière générale cette façon de tenir l'arme vous offre peu de précision dans vos coups. Vous utilisez beaucoup moins bien votre poignet, pas du tout votre main ou vos doigts et, d'une manière générale, vous maîtrisez beaucoup moins votre arme.

Or, cette moindre maîtrise de l'arme n'est pas une bonne idée en escrime de spectacle où l'on est face à un ou une partenaire et non un ou une adversaire. La maîtrise de son arme fait une bonne part, sinon la majeure partie de la sécurité en escrime de spectacle et choisir une prise de son arme qui offre une sécurité moindre ne semble pas une bonne idée. On doit pouvoir être précis, on doit pouvoir arrêter son coup. Bien sûr ça reste possible avec une prise marteau mais c'est moins facile et on augmente donc la difficulté et on diminue la sécurité. Outre la sécurité, la fluidité des mouvements et donc leur vitesse d'enchaînement fait une bonne part du spectacle, alors pourquoi utiliser une garde qui ne vous avantage pas sur ces points ?

De plus, si il y a un intérêt martial à utiliser une prise marteau il n'y a aucun intérêt à frapper fort en escrime de spectacle. On simulera une forte frappe mais on ne la portera jamais à pleine puissance, au pire on s'assurera que cela face bien un gros "bing" si on frappe une armure ou un bouclier mais pour ça pas besoin de frapper de toutes ses forces. Donc le seul intérêt qui restait à cette prise n'existe pas en escrime de spectacle.

Demeure encore une idée : incarner un personnage novice comme le bandit ou le suicidaire voire l'autodidacte ou la brute, des personnages à qui on n'a jamais appris comment tenir correctement une épée. Cela peut être intéressant si vous êtes filmé de près mais autrement les chances que le spectateur voit en détail votre prise sont très faibles. Au besoin vous pouvez la prendre au début, "pour la pause", pour un éventuel plan assez serré au début, puis ensuite reprendre l'arme en main avec une prise vous donnant une meilleure maîtrise de votre arme. N'oubliez pas que si, avec certains personnages (brute et suicidaire) vous porterez en effet de grands coups vous devez néanmoins rester en sécurité et être capable de les arrêter pour préserver un partenaire qui aurait oublié de parer.

La prise marteau est illustrée ici dans l'édition d'Egenolff (vers 1530) du traité d'Andre Paurenfeindt

Les prises alternatives

D'autres façons de tenir une arme existent, plus ou moins faciles en fonction de la forme de la fusée. Avec un sabre vous pouvez en effet poser le pouce sur le côté opposé au tranchant, c'est d'ailleurs encore comme cela que l'on tient les sabres d'escrime sportive. Cette prise est bonne pour à peu près toutes les actions : coups de taille, coups d'estoc, parades, prise de fer... sauf les moulinets où il faudra temporairement mettre le pouce sur le côté et adopter une prise moins ferme. Le poignet bouge mieux, on peut même faire certains mouvements uniquement avec les doigts. On a ici plus de précision qu'avec la prise marteau, l'arme est mieux maîtrisée, on peut, comme avec une épée de cour, jouer entre les prises plus relâchées (pour les mouvements de lame) et les prises plus fermes (pour les parades ou les coups). Notons que cette garde n'est pas possible avec toutes les fusées : il faut celle-ci soit "arrondie" ou "carrée", en général les fusées "aplaties" des épées médiévales ne permettent pas de tenir l'arme de cette manière.

Avec les épées médiévales vous pouvez utiliser une prise pas si éloignée de celle que l'on utilise au actuellement encore en escrime. Bien sûr votre pouce et votre index ne seront pas opposés mais relâchez la main, allongez un peu les doigts et le pouce sur la poignée pour avoir une prise souple. Vous pouvez d'ailleurs varier cette position selon ce que vous voulez faire. Ainsi pour les moulinets vous pouvez laisser aller votre arme et votre main plus près du pommeau tandis que pour les parades voire les prises de fer vous pouvez opposer le pouce sur la lame. Pour les prises de fer vous pouvez également crocheter la garde avec votre index. Cette dernière manœuvre n'est pas recommandée si vous n'avez pas une très bonne maîtrise ou si vous n'êtes pas à l'aise. En effet, il faut savoir très vite revenir à une position plus sécurisée dans les situations où, du fait de l'un ou l'autre des escrimeurs, la lame de votre partenaire se retrouve à glisser vers la vôtre en direction de votre garde. Personnellement je n'aime pas crocheter mais le Baron, lui, maîtrise ça.

Toutes ces positions libèrent votre poignet et vous permettent même de jouer avec vos doigts. Vous maîtrisez donc mieux votre arme, vous êtes plus rapides, plus précis, moins grossiers. Vous pouvez également facilement faire des coups d'estoc et de taille et mieux doser votre puissance.

O notera cependant que, martialement, les coups de tailles portés avec toutes les prises que j'ai citées seront plus "glissants", permettant à une plus grande proportion de la lame de toucher la cible et, donc, de trancher. C'est le même principe que quand vous voulez couper quelque chose avec un couteau : vous faites glisser la lame pour mieux trancher. L'effet est encore accentué si vous avez une lame courbe. En contrepartie l'effet de choc est moins puissant, vous avez moins de chances de briser un membre et c'est donc un meilleur coup à employer contre un adversaire qui ne porte pas d'armure. Ça c'est évidemment pour la martialité parce qu'en escrime de spectacle on verra rarement la différence, sauf si vous faites bien glisser votre arme pour la mise à mort. Mais en fait, pour des raisons de sécurité, il y a peu de chances que vous fassiez une mise à mort avec un coup brutal, on peut donc s'accorder sur le fait que cette subtilité martiale ne s'applique pas pour notre discipline.

On voit bien que Paulus Kal n'utilise déjà pas de prise "marteau" dans son traité (vers 1470)
 

***

Ainsi nous pouvons conclure que si, martialement, la prise "marteau" a une certaine utilité elle n'en a pratiquement aucune scéniquement. Il existe de bien meilleures prises qui vous procurent une plus grande maîtrise de votre arme et, sauf de près, le public ne verra pas la différence. Néanmoins vous pouvez toujours la prendre de temps, en temps, pour jouer certains personnages, mais uniquement "pour la pause", je vous conseille fortement de revenir à une meilleure prise quand vous passerez à l'escrime, même avec des personnages patauds et mal formés (oui c'est aussi l'effet que ça fait quand vous escrimez avec une prise marteau, mais vous pouvez tout aussi bien le simuler et rester en sécurité).

lundi 10 février 2025

Les Milices urbaines au Moyen-Âge et à l'époque Moderne

Il y a maintenant quelques années j'avais consacré un article à la milice des nobles : l'arrière-ban. Aujourd'hui je vous propose d'explorer encore le domaine des personnages susceptibles de porter des armes dans l'Histoire avec des milices bien plus anciennes : les milices urbaines.

On désigne par ce mot les corps de combattants issus du monde des villes (et de leurs faubourgs) en charge de la défense de celles-ci (du moins en premier lieu). Nous verrons que c'est en fait l'essentiel des habitants masculins (et même certaines femmes) qui était appelé à y participer, à monter la garde pour défendre sa ville. C'est un phénomène qui débute au milieu du Moyen-âge et ne s'éteint vraiment que lors de la Révolution française. Il touche l'essentiel de l'Europe occidentale même si, ici, nous allons surtout parler de la France et des anciens Pays-Bas (Nord-Pas-de-Calais, Belgique et Pays-Bas actuels).

Cet article est synthèse de nombreux articles de recherche mais je ne saurai tendre à l'exhaustivité car le sujet est vaste et il n'existe pas, à ma connaissance, de monographies générales sur le sujet, même sur une époque spécifique. J'ai donc fait avec la documentation disponible essentiellement en ligne, et avec celle que j'ai pu trouver (voir bibliographie). C'est un travail qui se veut sérieux mais a ses limites.

Je vous propose donc de plonger dans le monde des villes du Moyen-Âge et de l'époque moderne en commençant par une rapide histoire des milices urbaines avant de se pencher sur les miliciens eux-mêmes pour finir sur l'utilisation de ces milices. Évidemment je poserai, dans une partie finale, quelques réflexions, quelques pistes pour exploiter tous ces renseignements en escrime de spectacle.

Bon ce n'est pas très original mais je pouvais difficilement ne pas mettre La ronde de nuit de Rembrandt (1642) en ouverture. Il s'agit en fait d'une représentation de la compagnie de milice du 2e district d'Amsterdam commandée par le capitaine Frans Banninck Cocq. (exposée au Rijksmuseum d'Amsterdam)

Une rapide histoire des milices urbaines

Les milices urbaines apparaissent pour la plupart entre les XIIe et XIIIe siècles, avec le développement des villes. Dés le XIIe siècle le nord de l'Europe et notamment les terres des comtes de Flandres ainsi que l'Italie du Nord et le sud de la France connaissent un essor urbain. Ce phénomène se poursuit et se répand ensuite au reste de la France au XIIIe siècle. Ceci est valable pour la France, chaque espace de l'occident médiéval a sa propre logique, ainsi l'Est du Saint-Empire s'urbanise peu à peu à partir de fondation princières puis de colonies militaires tandis que les vieilles villes du Sud d'origine romaine se développent, sans parler de l'influence de la ligue hanséatique pour les villes de la Baltique.

Ainsi les villes grossissent, essentiellement grâce au commerce et à l'industrie : c'est là que l'on fabrique et que l'on échange des biens manufacturés ou d'importation. C'est parfois aussi le lieu de pouvoir d'un prince puissant qui y réside de façon plus ou moins permanente : roi de France, duc de Normandie, Comte de Flandres, princes allemands etc.

Mais elles s'autonomisent également avec la création d'institutions municipales aux noms très divers (même si les mots d'"échevins" ou de "capitouls" reviennent souvent). Certaines obtiennent des chartes de liberté de la part des seigneurs, leur donnant une certaine certaine autonomie sur la levée de certains impôts, le contrôle des poids et mesures mais aussi, ce qui nous intéresse ici, sur la police interne et son auto-défense. Notons que même les villes qui n'obtiennent pas de charte de liberté jouissent quand même d'une certaine auto-organisation avec des magistrats internes et des devoirs de police et de défense (c'est par exemple le cas de Chinon ou de Pau).

Pour se protéger les villes se dotent de murailles qui sont elles aussi, avec la cloche municipale, un symbole de leur liberté. Pour garnir ses murailles certaines font appel à des compagnies de combattants professionnels qu'on nomme en général "archers" (même au XVIIIe siècle alors qu'ils ont troqué depuis bien longtemps l'arc pour l'arquebuse, le mousquet puis le fusil), les archers du Guet, commandés en général par un chevalier du Guet. À partir du XVIIe siècle on trouve aussi, sur des villes frontières, des garnisons de soldats professionnels chargés spécifiquement de la défense. Néanmoins ces troupes sont rarement suffisantes et c'est également un coût financier très important pour une ville. Aussi presque toutes font appel, à la place ou en complément des archers du guet, à une milice constituée de ses habitants en charge de garder les portes et les murailles et même de patrouiller dans la ville.

Les milices urbaines ont été d'une importance diverses et plutôt décroissante. Ainsi les milices des villes de Flandres des XIIIe et XIVe siècle ont-elles constitué de véritables armées pesant dans la politique régionale et remportant des batailles contre de puissants princes dont le roi de France lui-même. On a coutume de dire qu'elles sont en déclin à partir du XVIIe siècle mais les milices perdurent néanmoins jusqu'à la Révolution française. Si leur rôle militaire décroit avec, notamment, l'augmentation de la technicité de la guerre, leur rôle de police et leur rôle de sociabilité urbaine demeurent.

Mais voyons donc d'abord qui sont ces miliciens.

Les miliciens

Organisation et composition des milices urbaines

En théorie tous les habitants mâles et adultes de la ville sont redevables du service du guet. Les villes revendiquent en général des effectifs extrêmement important de miliciens allant souvent jusqu'à 20% voire 25% de la population totale ! Étant donné qu'une bonne partie de cette population est constituée d'enfants et de femmes on comprend l'ampleur du phénomène, mais aussi qu'il ait souvent été difficile de recruter. Les miliciens doivent la garde aux portes et aux murailles de la ville par rotation et ils sont, évidemment, mobilisés en cas de siège de la ville voire, plus rarement, pour des campagnes militaires.

Les milices sont presque toutes organisées sous la forme de compagnies souvent d'une centaine d'hommes dirigées par des capitaines avec des officiers subalternes (lieutenants, enseignes...) et des sous-officiers (dénommés dizeniers et, à l'époque moderne, "sergents"), comme n'importe quelle organisation militaire en fait. Selon les villes l'organisation peut se faire par métier ou par quartier. L'organisation par corporations de métiers (nous appelons plus souvent cela "guildes" dans la pop culture mais le terme n'était pas le plus employé) est notamment le cas des villes des Flandres où les différentes corporations étaient chargées de fournir un certain nombre de compagnies. La plupart des autres milices étaient organisées par quartier, chaque capitaine ayant en charge un quartier.

Dans cette organisation chaque "feu" ou chaque maison (selon les lieux et les époques) devait fournir au moins un milicien et notamment répondre à l'appel pour la garde des portes et des murailles, service le plus fréquent et le plus lourd pour les miliciens. Dans certains lieux et à certaines époques il était possible de se faire remplacer, en payant en général un habitant plus pauvre pour effectuer ce service à votre place. On reporte tout au long de l'existence des milices d'innombrables cas de miliciens désertant leur service, se plaignant de la lourdeur de celui-ci ou tâchant de se faire exempter pour des raisons d'âge ou d'infirmité physique notamment.

Mais au vu des immenses besoins les capitaines essayaient de recruter le plus largement possible et il n'était pas exceptionnel de voir des miliciens de 70 ans garder une muraille. C'est ainsi que l'on a également pu retrouver des femmes dans la milice, on en a au moins l'attestation dans la milice de Nantes au XVIe siècle (sur une soixantaine de noms de miliciens, huit sont des femmes soit environs 13%) et a priori dans la milice parisienne. C'est le principe de substitution que décrit Nicole Dufournaud : dans un foyer, lorsqu'il n'y a pas d'homme adulte pour répondre à une obligation il est admis qu'une femme prenne cette place. Ainsi il faut imaginer ces femmes miliciennes comme étant essentiellement des veuves ou des héritières pas encore mariées. Évidemment la situation a probablement varié en fonction des époques et des lieux mais au vu de la pression qui pesait sur les capitaines du guet on peut facilement penser que les femmes miliciennes étaient bien plus nombreuses que ce que l'on imagine au premier abord.


Officiers et miliciens du Ve district d'Amsterdam sous le commandement du capitaine Cornelis de Graeff et du Lieutenant Hendrick Lauwrensz par Jacob Adriaensz Backer (1642)
collections du Rijksmuseum d'Amsterdam

Armement, entraînement et compagnies spéciales

Si toutes les compagnies disposaient a priori de leur étendard il semble aussi que la plupart d'entre elles aient possédé un uniforme spécifique. C'est, là encore, à modérer en fonction des époques et des lieux. En revanche l'armement a souvent été assez disparate car à la charge des miliciens eux-mêmes. Il a, évidemment, varié en fonction de l'époque allant jusqu'à s'uniformiser vers le tout fusil au XVIIIe siècle comme pour les troupes d'infanterie.

Les miliciens sont principalement des fantassins. On a pu voir des cavaliers dans la milice mais ceux-ci étaient rares et il semblent disparaître dés le début du XVIe siècle. Les villes possédant des canons on avait également des artilleurs, mais l'armement principal des miliciens était d'abord celui de fantassins.

Aux XIVe et XVe siècle l'armement est fonction de la richesse. Les miliciens les plus pauvres n'ont qu'une lance et pas d'armure de tête ou de corps. Néanmoins les casques et les armures de corps sont plutôt répandues : cottes d'acier puis brigandines ou, à Montbéliard, une armure métallique nommée "gravise" ou "écrevisse" que je n'ai pas bien pu identifier. À Montbéliard au XVe siècle, entre 70 et 80% des miliciens recensés possèdent une armure métallique. Les armes d'hast sont très répandues avec une épée en seconde arme. Notons, au XIVe siècle, pour les milices flamandes la présence du fameux Goedendag, un grand gourdin pourvu d'un fer et d'une pointe dont j'avais déjà parlé ici. En revanche les armes à distance (arbalètes puis haquebuses) sont assez rares (environ 10%).

Fresque d'une chapelle de Bruges représentant la milice des bouchers (début XVe siècle), ils portent des bascinets et des cottes de mailles, on voit au premier plan des goedendags

À partir du XVIe siècle les armes d'hast et les lances laissent la place aux longues piques à l'imitation de l'infanterie avec, évidemment, le développement des armes à feu (arquebuses et mousquets). Ainsi l'équipement s'adapte peu à peu à l'époque avec la mutation vers le fusil à baïonnette au XVIIIe siècle (mais la hallebarde encore pour les sous-officiers). Notons qu'au XVIIe siècle on trouve beaucoup de buffletins sur les illustrations, chez les officiers mais parfois pas seulement, et ces derniers portent encore souvent des cuirasses d'acier par-dessus.

De l'entraînement des miliciens on ne sait pas grand-chose, je n'ai pas lu de sources parlant de leur formation, néanmoins c'est un aspect qui ne semble pas avoir beaucoup intéresser les auteurs que j'ai lu.

On en sait néanmoins plus pour certaines villes possédant des "compagnies de serment", des compagnies spéciales d'arbalétriers, d'arquebusiers ou, ce qui nous intéresse au plus haut point ici, de joueurs d'épées (armés d'épées longues). Il s'agit de compagnies d'élites où les membres se retrouvent très régulièrement le dimanche pour s'entraîner, mais aussi organiser des concours suivis de banquets. Notons que si, aux XIVe, XVe, voire XVIe siècle s'entraîner à ces armes a un sens et devait en faire des compagnies d'élites, celui-ci est à relativiser à partir du moment où l'on utilise principalement des mousquets et d'autres armes à feu. Ainsi on demande que les joueurs d'épées de villes de Flandres soient pourvus de bonnes armes à feu alors qu'ils s'entraînent principalement à l'escrime, la même réflexion se fait pour les arbalétriers, arme qui disparaît dés le XVIe siècle. Notons qu'en Belgique certaines confréries d'arbalétriers ont survécu jusqu'à nos jours et se réunissent toujours pour tirer à l'arbalète.

Défilé de la compagnie de serment des Joueurs d'épée de Lille en 1720 par François-Casimir Pourchez (BM de Lille)

L'utilité des milices

Défense des murailles, campagnes militaires et police des rues

La première fonction des miliciens est la garde des murailles et des portes de la ville. Comptez environ 10 à 15 gardes pour une porte, jour et nuit. Chaque compagnie se voyait confier un secteur en particulier à surveiller. Évidemment, en cas de siège, tout le monde était mobilisé. C'est une fonction qui est restée longtemps mais dont l'importance a diminué avec le temps et l'évolution des techniques.

Les milices ont pu également mener des campagnes militaires en dehors du territoire de la ville. C'est surtout le cas aux XIIIe, XIVe et XVe siècle pour les milices des immenses villes flamandes que l'on trouve dans quelques batailles célèbres comme celle de Bouvines (1214) ou de Courtrai (1304). Plus tard les milices sortent beaucoup plus rarement de la ville mais le roi ou le prince leur demande parfois de fournir un contingent restreint pour une guerre et notamment de l'artillerie. 

Les miliciens ont aussi eu une grande importance dans toutes les révoltes et guerres civiles, permettant de prendre le contrôle d'une ville ou d'empêcher un adversaire politique de le faire. On retiendra le rôle de la milice parisienne, toute acquise aux Guise et à la Ligue catholique, dans le tristement célèbre massacre de la Saint-Barthélémy à Paris (24 août 1572). Les villes ont été aussi très utilisées dans les luttes entre le roi de France et les ducs de Bourgogne ainsi que dans les révoltes des Pays-Bas ou la Guerre de trente ans.

Enfin les miliciens pouvaient aussi patrouiller dans les rues des ville et effectuer des tâches de police. On pense évidemment à la lutte contre la criminalité dans des villes aux rues souvent étroites et mal éclairées. Mais il ne faut pas négliger la lutte contre les incendies et tout ce qui relèverait de nos jours de la "sécurité civile". De même, lorsqu'un trouble survient dans un quartier on va rapidement chercher des miliciens, ainsi Guy Saupin nous cite un incident survenu à Nantes en 1712 où l'on tire du lit les sergents du quartier qui viennent en chemise de nuit mais avec leurs hallebardes (symboles d'autorité) ! C'est d'ailleurs le rôle qui est de plus en plus dévolu aux milices urbaines au XVIIIe siècle.

Une porte de Hambourg (?) vue de l'extérieur. Dessin de Anthonie Waterloo (1609-1690) dans les collections du Rijksmuseum d'Amsterdam

L'efficacité militaire des milices dans le temps

Il convient maintenant de se pencher sur l'efficacité militaire de ces milices et la principale idée à retenir c'est qu'elle ne cesse de diminuer avec le temps tout en gardant une certaine utilité.

Tout au long du Moyen-âge et de l'époque Moderne les villes sont d'abord défendues par les milices, parfois aidées de troupes plus professionnelles mais il faut garder à l'esprit que c'était les miliciens qui garnissaient la plupart des murailles et ont donc pu parfois se montrer héroïques. Néanmoins leur efficacité diminue avec le temps comme on l'a dit et à partir de la fin du XVIIe siècle les villes bien défendues possèdent une citadelle à laquelle est associée une garnison qui est la principale défense de la ville, la milice n'intervient alors que comme appoint. Néanmoins dans les villes qui n'avaient pas de garnison la présence d'une milice fournissait une défense minimale à celle-ci, évitant ainsi au roi ou au prince de payer des soldats forcément coûteux.

L'efficacité des milices en rase campagne est plus discutable. Les milices des Flandres ont obtenus quelques succès notables comme en 1302 à Courtrai contre les chevaliers du roi de France (la fameuse bataille "des éperons d'or" où les goedendags ont étrillés la noblesse française). Mais elles ont été aussi très souvent battues comme déjà à Bouvines en 1214 où elles constituent toute une aile de l'armée coalisée. Avec l'arrivée des régiments professionnels et notamment des compagnies de piquiers demandant une bonne capacité de manœuvre et de coordination entre piquiers et arquebusiers et/ou mousquetaires elles ont vite été  dépassées dés la fin du XVe siècle. Par la suite leur contribution aux batailles rangées ou aux guerres lointaines est négligeable. On l'a dit, comme en fait les autres milices (nous avions déjà étudié l'arrière-ban) leur principale intérêt stratégique reste de décharger les troupes régulières d'une bonne partie de la défense contre les raids et les pillages.

Soldats flamands contre chevaliers français  à la bataille de Courtrai sur le coffre d'Oxford
 

Un rôle social et politique non négligeable

Enfin, il faut citer une autre fonction importante des milices urbaines : souder la population. Si elles était éprouvante, la participation à la milice permettait également de renforcer le sentiment d'appartenance à une ville, à un quartier ou une confrérie de métier. Les gens d'une même compagnie se côtoyaient ainsi régulièrement, gardant les murailles pendant de longues heures parfois de nuit et dans le froid. Lors des cérémonies publiques, ou, dans les Pays-Bas bourguignons puis espagnols, lors des Joyeuses entrées des Princes, les compagnies défilaient les unes après les autres sous leurs étendards respectifs.

Dans le même ordre d'idée un certain prestige était lié aux grades dans la milice, les capitaines des compagnies de la milices avaient une importance dans la politique locale, même en temps de paix. C'était un gage de notabilité que d'être officier dans la milice, ou même sous-officier. Ainsi la milice a joué elle aussi cette fonction. Au point qu'au fur et à mesure elle a été de plus en plus été employée comme relais du pouvoir local. Ainsi à Toulouse au XVIIIe siècle c'était les dizeniers qui étaient en charge de relayer les décisions de la municipalité qui les leur envoyait sous formes d'instructions écrites. C'était finalement là encore le meilleur moyen de réellement toucher la population.

 

Petit reportage sur les arbalétriers de Visé qui existent encore de nos jours.

Mettre en scène des miliciens pour l'escrime de spectacle

Alors voilà mais maintenant que faire tous ces renseignements pour construire nos spectacles d'escrime ?

Tout d'abord il faut retenir que tout le monde ou presque faisait partie de la milice et possédait donc des armes à la maison : piques, hallebardes, épées de fantassin, sabres courts, arquebuses et même casques et armures de corps selon les époques. Les urbains sont armés et vous justifiez ainsi facilement les armes dans le cadre d'un scénario de vengeance personnelle par exemple. De même voir arriver un sergent en chemise de nuit, hallebarde à la main pendant qu'une querelle a lieu peut être amusant à mettre en scène.

Mais évidemment l'utilisation la plus évidente reste encore de mettre les miliciens dans leurs tenues de service. Cela peut éventuellement se faire dans une guerre au Moyen-Âge, de façon plus logique dans un siège mais surtout dans des scénarios urbains. La milice ne se contente pas en effet de garder les portes mais elle patrouille aussi dans les rues. Elle prévient les rixes, court après les voleurs, régule les problèmes sur les marchés etc. Contrairement aux gardes les miliciens sont aussi des travailleurs : ils sont artisans, ouvriers, commis voire maraîchers pour les habitants des faubourgs. Leurs officiers sont des maîtres de métiers, des marchands, des notaires etc. Cela peut donner lieu à des dialogues différents de ce à quoi on est habitué pour des gardes et permettre facilement des retournements de situations.

Enfin de façon plus pragmatiques les miliciens ont en général un armement disparate, ce qui est souvent le cas chez les escrimeurs de spectacle qui n'ont en général pas le même équipement que leurs camarades (en général on n'aime pas trop). En plus on peut tout à fait trouver un milicien en demi-harnois côtoyant un autre à peine protégé, ce n'est pas un problème ! De plus, on l'a dit, il est fort probable que des femmes en aient fait partie au vu des pénuries et du principe de substitution (il a court au moins jusqu'à la moitié du XVIIe siècle), cela facilite les choses si vous voulez rester dans une certaine crédibilité historique.

Ainsi la milice a un certain intérêt en spectacle, elle permet en outre de proposer des armes différentes de la rapière, notamment les armes d'hast qui sont des armes spectaculaires et assez riches en termes d'escrime.

Un clerc dépouillé par un voleur, gravure de Jacob Folkema (1702-1767)

Pour conclure...

J'espère ainsi avoir réussi à vous immerger un peu dans ce monde des villes du Moyen-Âge et de l'époque Moderne et des sociabilités combattantes qui y avaient court. J'aurai aimé pouvoir vous en dire plus sur l'armement et, surtout, sur l'entraînement de ces milices mais, hélas, je suis contraint par les études que j'ai pu trouver sur le sujet. J'ai néanmoins l'espoir que cela va vous inspirer pour de futurs scénarios pour changer des Mousquetaires contre les Gardes du Cardinal par exemple. À vous maintenant d'exploiter cet article !

Bibliographie

Monographies généralistes

Contamine, Philippe La guerre au Moyen-Âge. Nouvelle Clio. PUF. Paris 1994

Corvisier, André Armées et sociétés en Europe de 1494 à 1789, Paris, PUF, 1976.

Toureille, Valérie (dir.) Guerre et société, 1270-1480. Clef concours. éd Atlande, Paris 2015

Articles

« 𝐁𝐮𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐫𝐞𝐜𝐡𝐞𝐫𝐜𝐡𝐞 𝐧°2 : Périgueux : La dynamisation des sources textuelles : la restitution graphique ». Consulté le 10 février 2025. https://fr.linkedin.com/pulse/2-la-dynamisation-des-sources-textuelles-restitution-veyssiere.

Carpi, Olivia. « La milice bourgeoise comme instrument de reconstruction identitaire de la communauté citadine à Amiens, dans le premier tiers du XVIIe siècle ». In Les milices dans la première modernité, édité par José Javier Ruiz Ibáñez et Serge Brunet, 21 34. Histoire. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2015. https://doi.org/10.4000/books.pur.94048.

De Smet, Joseph. « Les effectifs brugeois à la bataille de Courtrai en l302 ». Revue belge de Philologie et d’Histoire 8, no 3 (1929): 863 70. https://doi.org/10.3406/rbph.1929.6632.

Dermineur, Cyril. « Escrime et confréries de joueurs d’épées dans les anciens pays-bas, à travers les exemples de Lille, Douai et Valenciennes (XVIe - XVIIIe siècles). » La Renaissance dans les anciens Pays-Bas XVIe - XVIIe siècles, 1 janvier 2022. https://www.academia.edu/122456679/Escrime_et_confr%C3%A9ries_de_joueurs_d_%C3%A9p%C3%A9es_dans_les_anciens_pays_bas_%C3%A0_travers_les_exemples_de_Lille_Douai_et_Valenciennes_XVIe_XVIIIe_si%C3%A8cles_.

Descimon, Robert. « Les capitaines de la milice bourgeoise à Paris (1589-1651) : pour une prosopographie de l’espace social parisien ». In L’état moderne et les élites. xiiie - xviiie : Apports et limites de la méthode prosopographique, édité par Jean-Philippe Genet et Günther Lottes, 189 211. Histoire moderne. Paris: Éditions de la Sorbonne, 1996. https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.65547.

Dufournaud, Nicole. « Femmes En Armes Au XVIe Siècle », 1 janvier 2010. https://www.academia.edu/70654302/Femmes_en_armes_au_XVIe_si%C3%A8cle.

———. « Femmes en armes au XVIe siècle », s. d.

Junot, Yves. « Les milices bourgeoises au temps des guerres civiles. Force de déstabilisation ou instrument de pacification de la société urbaine ? (Valenciennes, anciens Pays-Bas espagnols, 1560-1600) ». In Les milices dans la première modernité, édité par José Javier Ruiz Ibáñez et Serge Brunet, 35 46. Histoire. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2015. https://doi.org/10.4000/books.pur.94051.

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lundi 27 janvier 2025

Les excuses : récapitulatif

Nous en avons fini avec la série d'article sur les excuses qu'on nous invoque régulièrement pour refuser de faire une escrime plus historique et plus martiale. Et puisqu'il s'agit d'une longue série d'article nous pensons qu'un article récapitulatif peut vous être utile, pour pouvoir plus facilement retrouver vos liens par exemple. Voici donc les différentes excuses que nous avons traitées dans l'ordre chronologique. Si jamais nous écrivons, par la suite, d'autres articles, ceux-ci seront ajoutés à cette liste.

L'excuse, carte du jeu de tarot

Les mauvaises excuses

Parce que nous sommes d'infâmes connards des gens qui aiment provoquer un peu, bousculer les certitudes, nous avons commencé par toutes les mauvais excuses que nous avons entendues au cours de nos "carrières" d'escrimeurs de spectacle.

"Ce n'est pas important que ça soit historique de toutes façons"

Ici nous expliquons l'intérêt de l'escrime historique et le respect que nous estimons devoir à nos spectateurs et à d'éventuels commanditaires, mais aussi l'intérêt pratique de respecter la logique de l'arme qu'on utilise.

"On ne peut pas savoir comment ils faisaient exactement à l'époque"

 L'excuse pour faire n'importe quoi c'est que nos sources ne seraient pas parfaites et qu'on pourrait donc tout inventer. On va voir qu'on dispose tout de même de bon nombre d'informations facilement accessibles pour avoir une bonne idée de l'escrime du passé.

"C'est trop technique"

L'escrime historique serait trop compliquée ? C'est surtout une excuse pour ne pas se remettre en question et ne pas vouloir l'apprendre.

"Utiliser une escrime plus historique c'est dangereux." 

Cette excuse est quelquefois sortie alors que l'un des principaux aspect de notre activité est de sécuriser les techniques.

"À l'époque les combats ne duraient que quelques secondes"

Un grand classique ici, qu'on nous invoque très souvent pour délégitimer les techniques historiques et martiales. Il est à relativiser et il faut bien se rendre compte que ces techniques n'empêchent pas de "faire durer" un combat.

"L'escrime historique ce n'est pas assez spectaculaire"

Oui notre activité consiste à faire du spectacle, et donc à mettre en scène, à jouer et à choisir nos techniques en fonction de l'effet qu'elles font et du scénario du combat. Proposer une escrime de spectacle d'inspiration historique ce n'est pas faire le gala des Arts Martiaux, c'est faire du spectacle avec des techniques historiques et martiales.

"C'est ce que le public veut"

On examine ici les attentes hypothétiques d'un public imaginé. Mais aussi l'idée qu'un artiste fait une proposition à un public, ce n'est pas un directeur marketing qui doit répondre aux attentes d'une cible.

"Nous on fait de l'Art, pas de l'Histoire"

Dans cette excuse il est souvent supposé que l'Art et l'historicité seraient incompatibles. Cette excuse nous semble vraiment étrange, d'autant qu'il faut se demander à quel point l'escrime de la majorité des pratiquants est réfléchie en termes de proposition artistique.

"Je fais comme untel a dit"

Ahhh.. les arguments d'autorité. Donc même si on vous a appris de telle ou telle façon il y a un moment où vous pouvez aussi, de vous-même, vous interroger sur votre pratique. C'est ce que nous vous encourageons à faire avec de blog d'ailleurs.

"Le fol" ou "Le mat", ancêtre de l'excuse au tarot. Ici celui du tarot dit de Charles VI (XVe S.)

Les bonnes excuses

Mais comme nous sommes quand même sympathiques nous avons gardé quelques bonnes excuses pour la fin, des raisons que nous estimons légitimes de ne pas nous montrer une escrime plus historique et/ou martiale.

"J'ai des débutants et j'ai peu de temps"

Lorsqu'on a même pas 20h pour apprendre une chorégraphie à des comédiens, des acteurs ou d'autres personnes il faut ruser et l'historicité n'est généralement pas le premier souci.

"Les bonnes armes historiques coûtent cher"

C'est essentiellement vrai pour la rapière et l'épée de côté. Il y a beaucoup d'autres armes sympathiques et abordable mais il faut reconnaître qu'on peut avoir vraiment envie de manier des rapières.

Les armes allégées par rapport à celles plus historiques sont parfaites pour ma chorégraphie fantastique.

Parfois il y a des projets artistiques qui demandent d'autres armes. Excuse acceptée !

 

Le Mat, tarot de Tarot Rider-Waite

***

Voilà donc pour cette série. Nous espérons vous avoir convaincu mais, surtout, nous espérons avoir donné des arguments à toutes celles et ceux qui se voient opposer ces excuses. J'ai moi-même cru à certains d'entre elles avant de me pencher sur la question plus en détail. Nous ne voyons absolument rien d'incompatible entre le fait de faire de l'escrime de spectacle et le fait de le faire avec des armes et des techniques historiques et martiales.

Personnellement j'ai toujours eu envie de manier des épées, et de les manier de la même façon qu'on pouvait le faire à l'époque. Il m'a fallu plusieurs années pour le faire accepter et me rendre compte que rien ne s'y opposait en escrime artistique. Ne vous laissez pas brider par ces excuses, vous verrez c'est beau, spectaculaire, poignant et diversifié !

mardi 21 janvier 2025

Les bonnes excuses : les armes allégées par rapport à celles plus historiques sont parfaites pour ma chorégraphie fantastique.

Bonjour à tous, ici le Baron de Sigognac pour vous desservir. 

Si vous nous suivez depuis quelque temps, vous avez déjà dû lire nos réserves quant à l’usage d’armes « allégées » dans nos prestations. Nous parlions généralement de matière ou du type d’arme : usage du duraluminium ou de lames triangulaires ou sportives à la place de plates pour nos rapières… 

De notre part cela s’inscrit dans une promotion d’une escrime de scène de plus en plus respectueuse de son patrimoine historique. Et à ce jeu, nous constatons assez vite que certaines techniques historiques sont difficilement utilisables si l’arme s’avère plus légère que prévu, tandis que d’autres, pourtant peu concevables, le deviennent. Ce n’est pas l’idéal si on veut présenter une escrime plus respectueuse de celle historique. Une escrime que nous encourageons.

Prenez le comme une injonction si vous le voulez, offusquez vous-en si vous le désirez, mais de vous à moi, cela en dit davantage de vous que de nous. 

Néanmoins est ce que l’escrime de scène se résume à notre propre orientation ? Celle du Capitaine et moi-même ? Non, bien entendu. Est-ce que nous pensons que cela le devrait ? Je suis sincèrement désolé pour vous si vous le croyez. 

Il est vrai que, dans cette hypothèse, il serait inutile d’espérer entendre de notre part du bien de ces armes. Et pourtant c’est ce que nous souhaitons faire. Ce sera d’ailleurs l’occasion parfaite, dans un premier temps, de parler un peu de comment nous nous situons vis de vis de notre discipline.

Au centre et bien entouré. Crédit photo : Adrien Chazal 

Défendre une approche plus respectueuse de l'escrime historique tout en  reconnaissant et appréciant d'autres visions.


Déjà, j’insiste, nous avons bien conscience, pour ne pas dire approuvons l’idée que l’escrime de scène est un art et que, par conséquent, tous les courants, les styles, plus ou moins identifiés à ce jour, peuvent être pertinents. Aussi surprenant que certains pourraient le découvrir, nous ne boudons pas notre plaisir lorsque nous voyons une chorégraphie bien maitrisée. Qu’importe si ses positions scéniques ne sont pas les nôtres.

Exemple personnel, ça vaut ce que ça vaut, mais je suis très friand de cinéma et séries coréennes. Bon, en fait, je ne regarde que ça depuis un bon moment, avec quelques écarts vers des productions anglaises et plus particulièrement les séries dites « historiques ». 
Un bien grand mot, puisque je vais par commodité mettre dans le même panier aussi bien celles peu romancées que celles où la magie est clairement de la partie, avec malgré tout une toile de fond historique. Maudit Yuan. Pauvre Goryeo. Vive Joseon ! La particularité de ces histoires est de nous proposer leurs lots de combats épiques. Ce dans un style spectaculaire qui ne laisse nul doute quant à leur irréalisme : voltes à gogo, projection d’une escouade entière par un simple couronnée, courir sur les murs à la façon tigre et dragon… Vous pensez bien que si j’étais sectaire, cela ne pourrait pas passer. Pourtant J’.A.DO.RE ! 
Bon, je grossis le trait, en fonction des moyens de production, des choix de mis en scène, ils sont souvent plus sobres. Cependant, cela reste très inspiré et exécuté autour de l’idée que les héros et leur némésis sont des surhommes combattants des hommes et des femmes qui savent se battre conformément à leur statut. C’est juste que pour ces derniers, c’est difficile de l’emporter.

Alors pourquoi en France, le Capitaine et moi défendons principalement un style réaliste ?

Nous avons bien des courants qui misent sur le spectaculaire pour contrebalancer leur part assumée d’irréalisme. Cependant, ce n’est pas parce qu’un chorégraphe vous dit que sa création est spectaculaire qu’elle l’est. Le meilleur discours ne peut changer un héros qui confond son épée ou sa rapière avec un gourdin ou le constat que sa manière de combattre tient plus du paysan aviné que du chevalier correctement formé, encore moins la désagréable impression que ce que je viens de vous décrire s’observe beaucoup trop dans des productions professionnelles occidentales. Au point de se demander si ce n’est pas la norme, structurelle.  
Bref nous partons déjà d’un contexte différent. Ce qui a des conséquences sur la pratique amateur.

Ensuite, pour continuer de raconter un peu notre vie, avant d’être un « amateur éclairé » pour l’un, Maitre d’Armes pour l’autre, nous sommes des gestionnaires de patrimoines culturels de formation. Nous disposons donc déjà de deux trois bases en histoire et sommes sensibles au respect du patrimoine matériel ou immatériel dont nous faisons la promotion. Directement ou non. Or, l’escrime historique à travers ses traditions, ses traités, etc... constitue à nos yeux, et pas que les nôtres, un patrimoine. Patrimoine dont l’escrime de scène peut être un vecteur et qui, en plus, est assez spectaculaire comme telle. Il faut choisir les techniques, vérifier qu’elles correspondent bien aux personnages incarnés, c’est toujours un peu de boulot, mais c’est là. 
Et vu que le soi-disant spectaculaire à l’hollywoodienne, surtout en escrime médiévale, nous semble à minima bancal, que c’est ce sujet qui nous a intrigués lorsque nous étions de jeunes escrimeurs… vous devriez mieux nous cerner désormais. 

Toutefois, retenez que non, nous ne sommes pas fermés par définition à des créations qui misent davantage sur une escrime irréaliste. Nous serons méfiants si cela se produit lors des journées du patrimoine et que vous êtes censés incarner des mousquetaires, mais dans le cadre d’un gala, d’un festival, d’une animation… YOLO. Vous avez juste à savoir ce que vous faites. 

Et c’est, dans ce cadre non « réaliste », « fantaisiste » que l’usage d’armes allégées peut devenir intéressant. 


Ou alors, je suis juste raide dingue de leurs costumes... c'est important aussi ça... le costume.기황후 (Impératrice Ki) 2013-2014

L'usage d'armes allégées : une idée intéressante dès que nous ne créons autour d'un univers non historique. 


Pratiquer une escrime scénique qui s’affranchirait des contraintes réalistes ne veut pas dire faire n’importe quoi. Votre univers scénique, bien que fantaisiste, répondra à des règles. Vous aurez certes la liberté de les fixer, mais il vous faudra les respecter. Dans une vision plus réaliste : le choix des techniques dépendra plus du niveau des combattants, de leur origine, moins de ce qu’il représente pour l’histoire. Ce que le jeu d’acteur aura la charge. En revanche, dans une approche plus irréaliste, les gestes sélectionnés peuvent davantage appuyer les figures qu’incarnent nos personnages. Un héros pourrait se voir choisir une gamme technique plus aérienne avec des voltes, énormément de déplacements latéraux, des esquives. Au contraire, sa Némésis disposerait de techniques certes avancées, mais davantage axées sur la puissance, le déplacement linéaire, etc... Les possibilités sont nombreuses. 

Toutefois cela donne souvent la part belle à un profil de personnage : l’athlète. Le côté surhomme que je présentais tout à l’heure pour le cinéma coréen en est une parfaite illustration. Si votre héros est capable de l’emporter en exécutant des techniques qui aurait envoyé n’importe lequel de ses utilisateurs au cimetière c’est bien qu’il a un truc en plus. Le scénario ? chhhhhhhuuuut. 

Or, ce surhomme ou femme est joué pourtant par une simple personne. Il va falloir tricher un peu et rien de tel que de disposer d’une arme plus légère. 

Un univers qui s’inspire de la renaissance, mais qui a des rapières lames triangulaires ? Très bien. Avec ça mes escrimeurs vont pouvoir être plus rapide, plus agile que s’ils devaient composer avec les contraintes d’une lame plate. Ne faites pas les fous et restez en sécurité, hein. 

Un monde davantage médiéval fantastique ? Le duraluminium peut s’avérer un excellent alliage pour s’affranchir de certaines contraintes. Notamment pour souligner des personnages extraordinairement agiles. Ou puissant. 

Prenez une arme fantaisiste telle que certaines gargantuesques issues des Final Fantasy. Ces proportions irréalistes montrent certes la puissance surhumaine du personnage. Sauf que pour son interprète nous ne pouvons pas l'imaginer  manier son arme avec la précision et rigueur nécessaire d'une chorégraphie si c'était de l'acier. De même pour le duraluminium à partir d'un certains stade. 

Quant à incarner un personnage agile au delà de ce qu'un humain est censé pouvoir réaliser, coucou les elfes, disposer d'armes allégées ne peut qu'aider l'escrimeur dans ses actions. Même si ses armes sont de dimensions normales. Même si cela nécessite toujours un entrainement et une condition physique sérieuse. Cela reste un bon coup de pouce. 



Hé v'là la taille du pouce. 

Bref, vouloir exploiter l’avantage d’une arme plus légère dans une chorégraphie non réaliste et les techniques qu’elle favorise de fait est une bonne excuse. Et soyez certains que si c’est assumé et bien pensé, ce n’est pas nous qui irons vous critiquer. 

C’était le Baron de Sigognac pour vous desservir

À la prochaine. 

lundi 13 janvier 2025

Les bonnes excuses : les armes historiques coûtent cher

Il peut y avoir une autre raison de ne pas pratiquer une escrime plus martiale et plus historique qui tient aux moyens financiers : de bonnes armes correspondant à des armes historiques sont onéreuses et beaucoup de gens n'ont pas forcément les moyens de se les payer, en plus de tous les frais qu'ils auront aussi à débourser pour monter avec un costume décent sur scène. On va ici développer un peu cette excuse que nous jugeons plutôt bonne en voyant les prix, les conséquences de choix moins coûteux mais aussi les alternatives possibles.

Photo d'Alexander Grey sur le site Unsplash

Les rapières, c'est cher

Comme je l'ai dit en introduction cette affirmation vaut essentiellement pour les rapières. Une rapière historique a une lame plate plutôt longue et il est difficile d'en trouver de bonne qualité. J'en parlais d'ailleurs dans mon "guide d'achat" des épées, pour être à peu près sûr d'avoir une bonne rapière à lame plate il faut cibler les armes conçues pour la pratique des Arts Martiaux Historiques Européens (AMHE). Or ces armes se trouvent rarement en-dessous de 250€ et on atteint facilement les 300€ voire bien plus (les 500€ ne sont pas exceptionnels) en fonction des fabricants ou des modèles.

En-dessous de ces prix on trouve majgré tout des rapières à lame plate moins chères. ce sont soit des armes "battle ready" dont la simple photo vous dit qu'elle vous causera à coup sûr une tendinite, soit d'autres armes à l'équilibre incertain. Toutes celles que j'ai pu avoir en main qui n'étaient pas des armes d'AMHE étaient trop lourdes et donc moins maniables. Certes des rapières d'1,5 kg ont existé, et même plus lourdes encore, mais ce n'est pas forcément l'outil que l'on va rechercher pour préserver son bras et la qualité de son escrime. Je ne dis pas non plus qu'il est impossible de trouver de bonnes rapières en dehors des fabricants de matériel pour les AMHE, je dis juste que, d'expérience, dans leur immense majorité ce sont des armes de mauvaise qualité. Mais si vous avez un bon filon n'hésitez pas à partager !

En conséquence les pratiquants qui veulent faire de la rapière, parce que c'est une arme portée par un imaginaire riche et fort, vont facilement se tourner sur des rapières à lames triangulaires de 25 à 50% moins chères en général. Parce que n'oublions pas qu'il faut aussi acheter un costume avec des chaussures, un chapeau etc. Beaucoup de dépenses pour les pratiquants.

Notons que cette problématique est spécifique à la rapière et n'existe pas avec l'épée longue. En épée longue on va en général pratiquer avec des armes achetées chez des revendeurs d'équipement de reconstitution qui sont moins chers que le matériel pour les AMHE. Pour l'épée de cour vous trouverez des modèles aux mêmes tarifs que les rapières à lame triangulaire et le prix dépendra surtout du niveau de finesse et de décoration que vous souhaitez.

Je me suis amusé à créer la rapière la plus chère sur le site de Castille Armory, avec une garde anglaise et une lame en flamberge d'1m05, et voilà la résultat ! (sans TVA ni frais de douane). Bon ils font de jolies épées et tout est loin de valoir ce prix là, en général vous vous en tirez pour 450 à 500$ chez eux.

Armes pas historiques, gestes moins historiques

La conséquence de l'achat d'armes n'ayant pas le même équilibre ni le même poids que les originales qu'elles sont censé simuler est que l'on a vite tendance à produire une escrime moins martiale et moins historique. Si vous avez fait l'expérience d'une rapière à lame plate vous avez dû vous rendre compte à quel point cette arme était faite pour l'estoc et à quel point elle était mal adaptée aux coups de taille. Bien sûr, ceux-ci existent à la marge, dans plusieurs traités, en Verdadera Destreza par exemple c'est un coup qui peut venir dans certaines circonstances, notamment quand on a dépassé la distance d'estoc. Joseph Swetnam conseille quant à lui de ne les faire qu'avec le poignet et, d'expérience, c'est à peu près la seule manière convenable de les porter. Donnés ainsi, avec une lame fine, ces coups vont d'abord érafler et ils ne seront réellement efficaces qu'au visage ou portés sur des zones vitales comme des artères. Porter des coups de taille plus ample est très difficile et on sent presque l'arme y résister. Bref les rapières sont des armes faites pour l'estoc et les coups de taille ne sont que très secondaires dans cette escrime.

Or cette sensation est beaucoup moins présente avec une lame triangulaire, on ressent moins le besoin de gérer sa lame et de garder sa pointe vers l'adversaire. On peut plus facilement faire des coups de taille et on peut aussi beaucoup plus facilement faire de grands mouvements de bras. On en revient toujours à cette idée d'armes ayant du poids ou non. Ajoutons aussi un autre facteur : sur un scène ou un écran une lame plate est beaucoup plus visible qu'une lame triangulaire. Elle est plus large et prend mieux la lumière, on a donc moins besoin des gestes du corps pour lire la lame. ceci étant énoncé on peut quand même essayer de reproduire des gestes et des postures historiques mais sans expérience de lame plate cela risque d'être plus compliqué, d'autant que, dans l'idéal, il faudrait même ralentir certains mouvements. On assumera donc de ne pas faire une escrime historique et peut-être d'exagérer certains gestes avec le corps pour qu'on les voit mieux. Néanmoins cela ne veut pas nécessairement dire qu'on va pratiquer une escrime majoritairement à base de coups de taille. On peut garder une majorité de coups d'estoc et les agrémenter de quelques coups de taille selon les circonstances, rien ne l'interdit.

S'ouvrir à d'autres armes ?

Évidemment, je ne saurais finir cette article sans vous inviter à vous ouvrir à d'autres armes moins onéreuses et qui pourront vous procurer beaucoup de plaisir elles aussi. Tout d'abord l'épée de cour. Vous restez sur l'idée des films de cape et d'épées mais vous changez juste de siècle et le XVIIIe siècle (ainsi que le XIXe dans une moindre mesure) s'ouvre à vous. D'autant que la redingote est tout de même un costume magnifique, bien plus que ce que l'on portait sous Louis XIII et encore plus sous Louis XIV (il faut aimer les demi-manches et les rubans). L'épée de cour est l'ancêtre de nos épées d'escrime actuelles, la coquille en moins et, sauf pour les épées italiennes, avec une lame plus courte (plutôt une lame n°3 en fait). Si vous maîtrisez un peu d'escrime moderne et, notamment, de fleuret classique, vous ne devriez pas être perdus, bien sûr il y a des subtilités qui diffèrent selon les maîtres d'armes, mais la base est assez similaire. En revanche c'est une escrime de pointe à 100%.

Pour des prix parfois moins chers que les rapières de spectacle vous pourrez également vous procurer des sabres d'abordages. D'autres sabres peuvent se trouver à des prix corrects mais le sabre d'abordage est souvent peu onéreux, petit et relativement léger même si il fait partie des armes dont il faut gérer l'inertie et le poids. Si vous aimez les coups de taille et que vous avez un petit budget c'est probablement l'arme idéale. C'est facile à prendre en main et on fait rapidement des chorégraphies sympathiques avec de grands coups de sabres qui impressionnent bien le public. Et si l'univers des pirates vous parle, c'est une vraie alternative et une arme beaucoup trop sous-estimée.

Enfin je ne saurais vous inviter à tester d'autres armes et à aller voir mon article sur les différentes armes bon marché pour changer de la rapière. Les lances, les bâtons ou les cannes pourraient vous plaire par exemple. Notons que, récemment, les élèves du Baron ont monté un combat de Noël en se battant avec des cannes fédérales maquillées en sucres d'orge !

 Le père Noël et le vilain lutin par Les Voix des lames.

***

Donc voilà, on veut bien vous excuser si vous n'avez pas de sous et que vous aimez le XVIIe siècle. Les costumes, les épées sont chers, notre loisir n'est pas gratuit et les clubs bien équipés sont rares ! Donc faites au mieux avec les moyens du bord même si ça va manquer d'historicité ou de martialité. Mais envisagez aussi d'autres opportunités !