jeudi 26 septembre 2024

Blindeur contre conquérant. Quelques exemples pour en sortir (vidéo)

Bonjour à toutes et tous, ici le Baron de Sigognac pour vous desservir. 

Comme vous le savez si vous avez vu notre dernière vidéo, le capitaine et moi nous étions retrouvé en mes terres l'an dernier. Ce pour filmer quelques passes lors d'une après midi (3 à 4h). Or si une partie tournait bien autour du thème du "premier coup" nous avions aussi préparé quelques illustrations basiques de ce que peut donner ce sujet avec l'utilisation de profils élémentaires, autres que le classique blindeur contre conquérant pour nos personnages. 
Il s'agit d'une notion que j'avais moi même abordé dans cet article : Profils et archétypes, l'art d'associer vite à ses personnages une escrime adaptée à leur personnalité.

Nous désirions vous en proposer une seconde vidéo et puis, la saison a commencé... continué... s'est terminé... Bref, on a raté le coche, procrastiné, choppé la flemme... glissez la légitime insulte que vous désirez.  
Qu'à cela ne tienne, la vidéo était là, prête, montée et nous n'allions pas ad aeternam la délaisser. Donc, nous sommes heureux avec presque un an de retard, nous étions si jeunes à l'image, de vous la proposer avec son article dédié. Article que vous lisez actuellement et qui servira une nouvelle fois à expliciter et développer notre propos. Ce pour que vous puissiez être à même de vous interroger, tester, améliorer, mais aussi critiquer au plus juste du sujet.

"Que serions nous, si nous ne pouvions pas bitcher ?"
Baron de Sigognac, 23 septembre 2024. 

Une petite mise en garde avant d'aller plus en avant : comme nous sortons du couple classique blindeur / conquérant, des contre-offensives, contretemps  etc... sont parfois utilisés. Donc, ce n'est pas tout de suite pour tout le monde. Merci de ne pas vous surestimer ou de faire les cons. Je m'en sors très bien tout seul. Bisous. 


Contreur Vs Conquérant.

Ce n'est pas le plus simple. 

Dans la première illustration avec les dussacks le conquérant se fait surprendre par le contreur qui profite d'au moins une erreur de main de sa part. Naturellement c'est le contreur qui se voit aussitôt mis en avant. Non seulement, il a réussi avec le même geste à faire échouer l'offensive adverse, mais aussi à blesser scéniquement. Le Capitaine va bien je vous l'assure. De fait, nous pourrions voir un artiste ou un vieux briscard qui sanctionne un escrimeur moins performant ou qui après avoir poussé à bout son adversaire parvint à provoquer son erreur.
Imaginons une brute qui dès le départ se découvre de trop pour exploiter sa puissance ; un athlète qui frustré de se faire contrer depuis trop longtemps décide d'aller toujours plus vite et plus fort.

Cette technique est tirée du traité d'André Paurenfeindt Ergrundung Ritterlicher Kunst der Fechterey (1516), ici une illustration de la version éditée par Christian Egenolff en 1531


Avec la rapière, nous voulions vous proposer une phrase d'armes plus équilibrée. Cette fois-ci le conquérant arrive à user d'un contretemps pour continuer son offensive. Cependant, le jeu de pointe lui interdit d'espérer de rentrer de trop dans la distance, tout comme le contreur, ce qui ramène rapidement l'échange à quelque chose de plus classique. Ce tout en profitant du gain de rythme du premier coup, davantage percutant qu'une simple offensive-riposte. 

Avec les épées longues, plus permissives sur le combat rapproché, la lutte est davantage possible. Après tout, nous avons deux profils qui prennent l'initiative de l'attaque. Cela nous offre plus de possibilités pour casser la distance d'escrime au profit d'autres plus courtes. Ce que nous avons voulu illustrer. 

Naturellement, il ne s'agit là que d'exemples parmi d'autres. Et chacune des propositions faites peut s'adapter à n'importe laquelle des armes présentées. La difficulté repose surtout sur la maitrise des distances et de la sécurité que le profil du contreur impose. Par exemple, inutile de vous lancer si vous ou votre partenaire frappez (trop) fort. Surtout en taille. Encore plus si votre partenaire avance.

Soyez patients, mesurés, et répétez lentement, même si vous estimez en avoir les capacités. Croyez moi on se surestime bien trop souvent. Le résultat vaut ces efforts.


Contreur Vs Presseur


Si avec les rapières, le conquérant avait réussi par son habilité à exécuter un contretemps cela peut  devenir une vrai intention. Soit parce qu'il s'agit du profil principal de votre personnage, salut mon  briscard, soit parce que le conquérant, prend l'information que son adversaire joue le contre et s'adapte.

Ce duo fonctionne bien lorsqu'on montre un personnage soucieux d'engager le combat, mais prudent face un adversaire le mettant au défi de s'approcher de lui. Il est d'ailleurs plus facile à mettre en œuvre que le presseur contre conquérant. De quoi nous encourager à moins s'en priver. Restez tout de même vigilant.

Les styles identiques

Que ce passerait-il si un contreur rencontrait un autre contreur, un presseur un autre presseur etc...
Hé bien ! Pas grand chose. Le blindeur contre blindeur le montre. Au delà de l'aspect comique, nous remarquons bien qu'aucun des deux combattants n'arrivera à engager une quelconque action sans changer son approche. Cela vient de la nature du profil : fermeur, mais aussi défenseur. Il ne peut y avoir de jeu si les deux ferment. Tout comme il ne peut y avoir d'action si les deux ne font que décider de leur défense. Ainsi, blindeur contre blindeur, mais aussi presseur contre presseur et contreur contre contreur sont sur le papier injouables : étant tout les trois soit fermeur et/ou défenseur.
Certes un blindeur peut exécuter une offensive pour provoquer celle adverse, mais nous sommes déjà dans des adaptations.

 


En réalité seuls deux ouvreur-attaquant peuvent créer du jeu sans avoir besoin de s'adapter. Ce que nous avons voulu présenter. La complexité de la manœuvre repose sur la distance : elle doit prendre en compte que les deux partenaires vont gagner sur l'autre. Donc partir de plus loin.
Les attaques diagonales descendantes, Oberhau, brisés... se prêtent bien à ce jeu en s'annulant mutuellement. Souvent dans une position proche d'un engagement, l'impact en plus, les bras davantage allongés sans être tendus. 
Un exercice à l'épée longue pour appréhender cette situation serait justement de prendre sa distance à travers un engagement avant que chaque partenaire n'exécute un grand changement de garde arrière, puis, lentement, un brisé. Sans être parfait, cela reste plus complexe et technique que cela en a l'air, vous devriez avoir déjà une idée de son potentiel : celui de proposer deux corps qui s'élancent l'un vers l'autre.

En terme de rythme et pour un premier coup c'est intense et aide à accentuer des moments forts émotionnellement. Comme la rage.

 
 

Pour finir...

L'ensemble de ces propositions demeure bien sûr optionnel. D'une part parce que nos exemples n'en montrent que la surface et que d'autres part, je me répète, cela n'est pas à mettre dans toutes les mains. Enfin si, toutes les mains, mais uniquement quand elles sont prêtes. L'entrainement, les experts toussa toussa. Toutefois, nous sommes convaincus que cela peut vous éclairer sur les raisons qui rendent parfois un début de combat ou de phrases d'armes poussifs. D'excellentes factures ou non. Nous espérons même que vous aurez envie de jouer avec ces profils pour varier vos visuels et vos rythmes, ce afin de coller le plus possible avec vos personnages et histoires.

C'est en tout cas le sens que nous avons voulu donner à cette vidéo. Naturellement, ne vous sentez pas obligés de faire ce que nous vous proposons. Ni même d'être d'accord. Néanmoins si cela peut vous inspirer ou vous interroger c'est que nos objectifs se sont bien passés. 

C'était le Baron de Sigognac pour vous desservir

A bientôt.  

lundi 22 juillet 2024

Les potentialités insoupçonnées du bouclier

Chose très inhabituelle ici, je vais vous parler d'un de mes projets. Il y a un an de cela nous avons tourné un court-métrage dont j'étais le réalisateur : les 7000 Marches. Toute une série de circonstances ont fait que le projet est finalement sorti en Avril 2024 sur Youtube. Ce court-métrage compte deux combats (on ne se refait pas) et l'un des personnages principaux, Lydia, combat à l'épée-bouclier (enfin fauchon-bouclier plus exactement mais le principe est le même). Or, en revoyant les combats j'ai été agréablement surpris du rendu du bouclier, du récit visuel qu'il racontait, de l'effet qu'il faisait. Je ne m'y attendais pas forcément et je pense que cela mérite d'être souligné car c'est une arme trop peu utilisée en escrime de spectacle, et souvent assez mal. Notons d'ailleurs que j'avais déjà écrit un article sur le sujet il y a bien longtemps. Après une mise en contexte nécessaire, analysons l'effet que rend le bouclier.

Mise en contexte

Le contexte du film

Ce paragraphe résume une partie du film et dévoile des éléments importants de l'intrigue. Si vous avez envie de voir ce film et d'en garder la surprise je vous invite d'abord à le visionner. Soit en cliquant sur ce lien, soit sur la vidéo à la fin de l'article.

Les 7000 Marches se déroule donc dans un monde fantastique plus ou moins inspiré du Moyen-Âge et surtout de deux univers : celui de Skyrim et du Seigneur des Anneaux. Il y emprunte même des personnages : ainsi Lydia est généralement le premier compagnon que vous obtenez dans Skyrim, le personnage de notre film a également quelques traits communs avec Sam Gamegie. Philippe est une sorte de Gollum humain et le Gardien du souterrain évoque une version d'Arachne sous une forme humaine. Lydia sert fidèlement l'héroïne et se méfie de Philippe. C'est elle qui porte le bouclier, d'abord parce que, dans le jeu, son équipement de base comprend une armure et un bouclier. Le ton du film se veut à la fois épique mais aussi assez léger avec de très nombreuses références.

Les deux femmes se retrouvent confrontés à deux combats dans le film. Le premier est un combat contre des brigands rencontrés en chemin. L'héroïne se retrouve à une contre deux tandis que Lydia affronte une brigande imposante armée d'un puissant gourdin manié à deux mains. Ce combat est d'abord là pour mettre en avant les qualités martiales des deux femmes. Montrer qu'il s'agit d'héroïnes sachant se battre et se sortant de cette situation toutes deux sans égratignure. Lydia doit gérer un personnage ayant plus d'allonge et de puissance qu'elle, incarnant presque exactement l'archétype de la Brute dans mes modèles de personnage. Elle doit donc réussir à approcher sans prendre de coup ce qu'elle parvient finalement à faire en gardant son sang-froid après plusieurs tentatives.

Le second combat n'est pas à l'avantage des héroïnes, pourtant à deux contre un face à un personnage surpuissant et aux relents de surnaturel : le Gardien du souterrain. Celui-ci contre toutes leurs tentatives, envoie Lydia contre un poteau, désarme l'héroïne et les deux femmes parviennent à le passer en fuyant au prix de la perte de l'essentiel de leur équipement. C'est finalement le bouclier de Lydia qui permettra de les protéger à la fin. Notons qu'en dehors de la fin c'est encore elle qui attaque le Gardien, qui entre dans sa distance. Selon L'esprit de l'épée elle serait une "ouvreuse", elle a l’initiative de l'action et ne l'attend pas. Il n'y a qu'à la fin qu'elle est "fermeuse" où elle se défend. Voilà pour ces deux combats.

La bande-annonce du film

Le contexte de tournage

Il est important d'évoquer le contexte de tournage pour voir un peu les limites et la distance entre l'idéal recherché et ce que l'on a concrètement réussi à faire. Tout d'abord ce tournage est presque entièrement amateur, seul le chef opérateur est vidéaste professionnel, tous les autres participants, acteurs ou "techniciens" sont amateurs et personne n'est rémunéré. Il n'y a d'ailleurs presque aucun budget et les caméras, costumes et décors sont ceux des acteurs, du chef opérateur, du réalisateur ou de l'association Les Bretteurs de Saint-Jean.

Ce contexte amateur fait que l'on a du composer avec les emplois du temps des uns et des autres pour trouver des dates de tournage ou répéter. Beaucoup de combattants étaient également pris en parallèle par d'autres projets et les combats n'ont pas forcément pu être répétés avec autant de soin qu'un idéal l'aurait exigé. De plus les niveaux des combattants sont assez variables : deux des brigands n'avaient qu'une ou deux années d'escrime, tandis que d'autres (le chef de brigands et le Gardien du Souterrain) dépassent largement les 10 ans d'expérience.

Montage isolé du combat de Lydia et de la Brigande, sans accélération.

Les combats ont principalement été créés par les participants eux-mêmes d'après une sorte de cahier des charges que je leur avait donné. Cependant je me suis tout de même beaucoup impliqué dans le combat de Lydia contre la brigande au gourdin. Pour le combat de l'héroïne à 2 vs 1 je voulais un combat très dynamique et qu'elle gère cette situation sans être véritablement en danger. Dans le combat de Lydia contre la brigande je voulais un combat basé sur la gestion de l'entrée dans la distance de l'autre, sur la gestion d'une adversaire puissante mais plus lente et moins expérimentée. Concernant le combat contre le Gardien des Souterrains je voulais qu'il semble invincible, qu'au moins une des deux soit projetée dans le décor et j'avais envie que le contre du désarmement dans l'épée longue de Fiore soit montré.

Le combat contre le Gardien des Souterrains (sans musique)

Pour le maniement du bouclier, je voulais que Samantha, l'actrice qui joue Lydia, ait un maniement très historique de son arme, en le gardant au maximum devant elle, prêt à la protéger. J'aurais également souhaité qu'elle puisse ne jamais sortir sa main droite de sous son bouclier mais elle n'avait jamais manié cette arme autrement et n'a pas eu le temps d'acquérir ce réflexe.

Les combats ont à chaque fois été tournés d'une traite (ou divisé en deux parties pour le dernier) avec plusieurs prises sous 2 ou 3 angles différents, presque dans les mêmes conditions que pour un spectacle devant du public. Cela permet de garder le dynamisme et de ne pas commencer à un premier coup à chaque fois. Et avec des escrimeurs de spectacle ils sont de toutes façons entraînés à cela.

Malgré toutes ces contraintes je ne suis pas mécontent du résultat de ces combats même si, évidemment, on aurait pu faire mieux. Je me suis d'ailleurs résolu à accélérer légèrement (de 10%), la vitesse des combats contre les brigands pour rajouter plus de dynamisme à l'ensemble. Mais ma grande surprise a été l'effet produit par le bouclier.

Une photo du tournage (oui, tout bon réalisateur se doit de porter une casquette)

Les surprises du bouclier

Première surprise : le son !

Ma première surprise fut le son produit par les coups sur le bouclier. Certes, je savais que cela pouvait être bruyant, pour travailler régulièrement à côté de personnes pratiquant du combat viking je l'avais pourtant expérimenté. Mais je ne m'étais jamais rendu compte à quel point un gourdin ou une épée longue frappant un écu légèrement courbe résonnait. Le son est très fort, au point que, si j'ai pu rajouté quelques sons au montage, je n'en ai jamais eu besoin pour le bouclier. Le son que vous entendez lors des combats est celui de la prise de son, il n'a pas été amplifié. Ce son donne tout de suite une impression de brutalité, d'affrontement, on imagine la violence des coups même si les coups restaient en fait maîtrisés par les combattants et combattantes.

Outre la vidéo où l'on peut évidemment travailler le son comme on veut, c'est surtout pour le combat sur scène ou en extérieur que c'est intéressant. Cela impressionnera très vite le public qui s'inquiétera pour la personne qui porte le bouclier.

Notons que même le son du coup de bouclier est original. Il n'a évidemment pas été obtenu en frappant la tête de l'actrice mais elle met simplement sa main au dernier moment pour produire ce son.

Bong !!!

Le récit du bouclier

Comme dit plus haut, dans les deux combats Lydia utilise essentiellement le bouclier de façon active, en "ouvrant", c'est à dire que c'est elle qui va vers l'adversaire et elle reçoit très rarement ses attaques. À chaque fois elle y va sous la protection de son bouclier qui forme une barrière mobile prête à contrer l'attaque qui ne manquera pas de venir. Une fois qu'un ou deux coups bruyants ont été parés cela souligne l'impression de d'entrer dans une zone de danger encore mieux que si elle n'avait pas de bouclier (alors que le danger serait encore plus grand face à une arme avec plus d'allonge). Chaque fois qu'elle entre dans la distance de danger de son adversaire on le ressent, on attend les coups qui vont pleuvoir. Le bouclier a vraiment cet intérêt de renforcer cette impression.

En défensif le bouclier justifie aussi très bien qu'on pare plusieurs coups facilement. Visuellement on comprend bien que la porteuse de bouclier peut se défendre contre de nombreux coups. Plus qu'avec d'autres armes cela justifie la longueur du combat. D'ailleurs notons que les romans de chevalerie décrivent souvent des combats interminables entre deux chevaliers revêtus de mailles, de heaumes et armés de bouclier. Ainsi, même si on a une impression de danger on sait que la faille ne sera pas si facile à trouver et on guette l'instant où elle pourrait l'être.

Enfin le bouclier permet de faire facilement des charges comme Lydia en fait une dans le combat avec la brigande, profitant d'un contretemps et coinçant ainsi le gourdin de celle-ci pour arriver au contact et utiliser les capacités de son arme plus courte. Le bouclier accentue cette impression de masse lancée en avant et on en imagine bien l'impact. Avec le recul il aurait peut-être été intéressant aussi d’avoir une charge au bouclier contre le Gardien des Souterrains lorsque Lydia vient sauver l'héroïne en difficulté. Cela aurait peut-être rajouté un peu plus encore de dramaturgie mais voilà, on ne pense pas forcément à tout au bon moment.

D'une manière générale le bouclier souligne le souci d'avancer vers un adversaire ayant une plus longue allonge et une arme dangereuse mais il justifie aussi le fait de se défendre. On a une certaine impression d'assaut contre une forteresse qui sert ici totalement le récit des deux combats même si dans un cas il réussit et pas dans l'autre.

Le bouclier, une barrière protectrice

D'autres combats

Pour aller un peu plus loin essayons d'élargir nitre réflexion à d'autre combats impliquant des boucliers.

Les mauvaises tenues du bouclier

Une première chose qui saute au yeux quand on a des notions de comment manier correctement un bouclier c'est que, très souvent, le bouclier est mal tenu. Par mal tenu j'entends le fait qu'il ne protège pas. Martialement un bouclier, qu'il soit à manipule ou à énarme, doit TOUJOURS être devant son porteur (à moins de couvrir sa tête) pour lui offrir au minimum une protection passive. Or, cette notion que la plupart des pratiquants de GN apprennent assez vite, ne semble pas connue de la plupart des cascadeurs ou escrimeurs de scènes qui laissent souvent pendre leur bouclier. Il faut aussi compter ces grands coups qui emportent tout le corps et le bouclier avec et que même Adorea semble pratiquer (je les critique rarement mais là, je le constate) et auxquels mon film n'a pas échappé. Il faut pas mal d'entraînement pour garder en permanence le bouclier devant soi.

Tenu trop bas, l'aspect visuel de protection est moins efficace. Les effets que j'ai annoncé ne fonctionnent pas ainsi car le bouclier ne semble plus se dresser comme une barrière prête à encaisser les coups, à protéger le porteur lors d'un mouvement audacieux d'avancée vers l'espace de danger.

Dans cette vidéo de combats en opposition d'ACTA on voit bien l'importance accordée au fait de garder son boulier bien devant soi quels que soient les gestes adoptés.

 Le bouclier tournoyant, une erreur ?

Une variante très répandue de ce bouclier mal tenu c'est ce que je surnommerait le bouclier tournoyant. Les combattants passent ainsi leur temps à tournoyer après leurs parades au bouclier. Il semble que cela soit quelquechose d'assez répandu dans l'enseignement anglo-saxon. Les boucliers ont alors à peine un aspect défensif. Certes ils servent à parer mais pas forcément plus que si le combattant possédait une autre arme dans sa main gauche. On peut en faire des variantes plus ou moins "dansantes", plus ou moins virevoltantes mais en tout cas cela n'a aucune martialité. Personnellement je ne suis pas très amateur, même en fait dans un contexte non martial, je ne trouve pas l'effet très réussi mais, surtout, je trouve que c'est une sorte de trahison de l'esprit du bouclier. Après on peut aimer et il y a des combats assez réussis avec cette technique malgré tout.

En revanche on perd là encore l'aspect retranchement, l'aspect assaut de forteresse du bouclier lorsqu'il est tenu toujours face à l'adversaire, toujours en protection. Le bouclier virevoltant ou tournoyant ne rend plus du tout cet aspect là et on est totalement dans une autre philosophie que je trouve, du coup, moins intéressante, moins exotique.

Voilà, ça virevolte, ça en met plein la vue, mais ça ne raconte pas la même histoire...

Une proposition : l'invincibilité défensive

On l'a vu, dans mon court-métrage Lydia était essentiellement en position d'ouvreuse, c'est elle qui allait vers l'adversaire pour attaquer ou provoquer une attaque. Il n'y a qu'à la fin du dernier combat qu'elle utilise son bouclier de manière totalement défensive et en réaction aux assauts de l'adversaire.

On ne peut donc que s'interroger de ce que serait un combat avec un personnage maniant un bouclier et qui en ferait quelqu'un donnant l'impression d'être impossible à toucher. Il est fort probable que le bouclier renforcerait cet aspect d'invincibilité, d'invulnérabilité. Je l'imagine plus pour un personnage d'antagoniste mais cela peut aussi fonctionner sur un héros posé d'emblée comme un combattant accompli. En ce cas on peut même l'imaginer affronter plusieurs adversaires en même temps (ce qui, martialement, est une réalité, un bouclier est très utile dans ces situations).

C'est ce qui a été tenté, du moins sur la première moitié de ce combat de Lagerta dans la saison 6 de la série Vikings. Vous noterez qu'elle ne se protège pas assez de son bouclier ce qui, je trouve, amoindrit un peu l'effet, malgré tout elle semble très longtemps invincible avec son bouclier. Invincibilité qui diminue peu à peu lors du combat et que la détérioration progressive de son bouclier symbolise bien. Si ce combat n'est pas parfait il reste très intéressant et original.


 

 ***

Voici donc pour ces quelques réflexions issues d'une agréable surprise et d'une expérience de tournage. Je trouve encore que les boucliers sont sous-exploités dans nos combats ou au cinéma. Dans les cinémas et les séries on voit même trop souvent les personnages s'en séparer pour continuer avec une arme seule, une totale aberration !!!
Il y aurait encore beaucoup d'autre choses à explorer, notamment avec les boucliers à manipule qui permettent d'attaquer avec la tranche du bouclier ce qu'il est presque impossible de faire avec un bouclier à énarme.

En tout cas je pense qu'il faut continuer à creuser l'aspect retranché du bouclier, le sentiment de danger d'une attaque qu'il concrétise bien mieux que toute autre arme. Je ne peux que vous inciter à vous procurer ou à fabriquer un bouclier et à tester par vous-mêmes.

lundi 22 avril 2024

Choisir son épée pour l'escrime de spectacle

Récemment on m'a demandé des conseils en MP sur l'achat d'armes pour le combat de spectacle. Le lecteur m'avait fait remarquer que cela pourrait faire un article intéressant et je sors donc un peu ce blog de sa torpeur pour écrire celui-ci. Rassurez-vous ce n'est certainement pas le dernier article du blog même si les publications sont un peu aléatoires depuis un peu plus d'un an.

Après avoir acheté presque une dizaine d'épées et sabres (et peut-être quinze à vingt armes utilisables pour le spectacle), en avoir manié bien plus et vu des dizaines je pense avoir quelques idées sur ce quoi acheter et où. L'idée est de voir quelles qualités il faut rechercher mais aussi, ne nous le cachons pas, de savoir où trouver de bons rapports qualité/prix. En effet, notre loisir est coûteux mais si l'on peut en diminuer le coût acheter plus d'épées c'est tant mieux.

Je mettrai ici de côté les armes en duraluminium, n'en ayant aucune expérience et en ayant très rarement vu je ne me sens pas en mesure de prodiguer des conseils sur celles-ci.

Nous procéderons en deux étapes. Tout d'abord il faut définir, épée par épée, les qualités que l'on attend d'une arme, ce qui est plus ou moins important pour celle-ci. Et ensuite, fort de cette connaissance, nous regarderons les différentes catégories d'armes disponibles sur le marché pour voir où l'on peut s'orienter pour telle ou telle épée. Ainsi on n'achètera pas forcément sa rapière là où l'on peut acheter un sabre d'abordage.

Nota Bene : vous trouverez en illustration des armes de certains fabricants ou revendeurs. Comme j'utilise leurs images je les cite et j'essaie que cette citation soit pertinente par rapport à mon propos. Cependant je préfère préciser que je n'en tire absolument aucun avantage pécuniaire ou matériel.

Fourbisseur dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert
"fourbisseur" dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert

Qu'est-ce qu'une bonne épée de spectacle ?

La première question à se poser est de se demander quelles qualités on attend d'une épée de spectacle, de l'usage que l'on va faire de celle-ci.

Attentes générales

Il y a d'abord quelques éléments communs à toutes les armes de spectacle. Une bonne arme de spectacle doit permettre la pratique en toute sécurité. Le minimum est donc qu'elle ne soit pas tranchante (c'est très rare) mais surtout, qu'elle ne soit pas pointue. Ne sous-estimez pas le pouvoir de pénétration d'une épée pointue, il n'y a besoin de presque aucune force pour vous transpercer. N'utilisez JAMAIS une épée pointue en vous disant "je vais faire attention, je n'ai pas eu le temps de la meuler, je maîtrise". C'est une très mauvaise idée.

Toujours pour la sécurité, vous devez pouvoir maîtriser votre arme, donc pouvoir l'arrêter. Cela suppose que l'on va privilégier un équilibre vers la garde alors que dans certaines pratiques non spectacle on cherchera parfois l'inverse. De même, une arme plus légère sera plus facile à arrêter et donc on privilégiera les modèles les moins lourds.

Autre chose, une épée de spectacle doit pouvoir parer. Entre les mains de mauvais escrimeurs qui parent avec leurs tranchants et non en 3/4 pour minimiser le choc, les lames devront encaisser des chocs encore plus puissants. Il faut donc une lame solide, en acier, qui ne cassera pas au moindre choc.

Un mot sur la flexibilité pour dire que c'est en général un facteur négligeable. L'escrime de spectacle s'accommode d'armes très rigides comme d'armes plus souples. Une arme trop rigide peut être cassante et une trop souple gêner certaines techniques mais vous trouverez rarement des armes trop rigides ou trop souples, à quelques exceptions près. Donc ce critère est d'abord une affaire de goût personnel ou d'envie d'avoir une arme polyvalente (pour les AMHE en parallèle par exemple). Sinon une arme capable d'encaisser les chocs suffit.

Les rapières à lame triangulaire

Passons désormais aux catégories d'épées spécifiques et, en premier, l'arme qui est encore (à mon grand désespoir ?), la plus pratiquée, la rapière à lame triangulaire. Il y a assez peu à dire. Il y a les chocs que doit pouvoir encaisser une lame qui n'est pas faite en principe pour une pratique de coups de taille. En dehors de cela on peut essayer d'avoir des lames ou des gardes plus ou moins lourdes mais, au vu du faible poids de base de ces armes, cela ne change pas énormément. Au final c'est surtout l'esthétique et/ou le prix qui jouera parce qu'une lame ou une autre changera assez peu à votre pratique. Tout au plus si vous faites de l'épée de cour (donc de la pointe) privilégier les armes de ce types et évitez les grands quillons qui vont gêner les manœuvres fines (comme les dégagés) de votre partenaire qui risque de se prendre dedans.

Rapière "Cyrano II" de chez Armes Garcia

Les rapières à lame plate

Si l'on veut une rapière qui se rapproche plus d'une véritable arme historique il faut donc passer à la rapière à lame plate. Et là l'équilibre est primordial : votre arme de doit pas être trop vers l'avant sous peine de vous handicaper voire de vous valoir des tendinites. Essayez aussi qu'elle soit relativement légère (ne rêvez pas, vous n'aurez pas l'absence de poids d'une lame triangulaire). Pour ce qui est de la longueur de la lame, à vous de voir mais souvent c'était plutôt des lames d'1m de long, voire plus. Enfin, une chose assez peu connue : la longueur de la fusée. Celle-ci se doit d'être très courte sinon vous aurez du mal avec les mouvements de poignets. Si vous observez les armes historiques vous remarquerez que les fusées sont très courtes. Évidemment ça nuit un peu à l'équilibre mais vous aurez de bien meilleurs mouvements avec une fusée courte (cela va me conduire à aller chercher un jour la scie à métaux pour la mienne d'ailleurs). 

Rapière du début du XVIIe siècle sur le site Royal Armouries (musée de Leeds)

Les épées longues

L'équilibre d'une épée longue joue, là encore, sur sa maniabilité. Mais finalement, plus encore que l'équilibre vers la garde, c'est la longueur de la fusée qui compte le plus. Si vous tenez correctement votre épée (voir notre vidéo) vous avez donc la main gauche (ou droite pour les gauchers) qui se promène sur le pommeau et joue sur l'effet levier. Or, comme le disait déjà ce bon vieil Archimède, plus le levier est long, plus la démultiplication de force est importante. Donc, plus votre fusée est longue, plus vous aurez de levier, donc de force pour faire changer l'épée de direction rapidement, donc de maniabilité. Alors, oui, vous objecterez que les longues fusées c'est surtout le XVe siècle (et le début du XVIe), et même plutôt sa fin et vous aurez parfaitement raison. Donc si vous faite du XIVe, vous devrez accepter d'avoir des armes moins maniables.

Le poids d'une épée longue est aussi important. Évitez de dépasser les 1,5kg, il y a des tas d'excellentes épées en dessous de ce poids et une épée trop lourde vous handicapera, même si on peut toujours compenser avec un bon levier et un bon équilibre mais il y a des limites.

Interprétation d'une épée longue du XVe siècle par Fabrice Cognot

Les épées et sabres à une main

L'équilibre des armes à une main sera d'autant plus important que l'arme est longue. On pourrait presque faire deux catégories : les armes courtes (lame de moins de 70 cm) et les plus longues. Plus l'arme est longue, plus il est indispensable qu'elle soit équilibrée car, contrairement aux épées longues, vous n'aurez pas d'effet levier pour compenser. C'est moins important avec les sabres courts (type sabre d'abordage) ou les coutelas qui sont aussi plus léger. Car là aussi le poids compte vraiment car vous n'avez toujours que votre bras pour l'arrêter ou pour infléchir la direction pour exécuter une technique. Je dirais arbitrairement d'éviter les armes au-delà d'1,2 kg et de privilégier les plus légères.

Sabre d'abordage de la fin du XVIIIe siècle sur le site Royal Armouries

Les types d'armes disponibles sur le marché

Maintenant que nous avons vu ce qu'on attend des armes, voyons ce que l'on peut trouver, et aussi au regard d'un dernier facteur : le prix !

Les lames triangulaires

J'évacue assez vite le sujet des lames triangulaires. Vous en avez de deux sortes : les lames d'escrime sportive et, plus chères (et un peu plus lourdes), les lames "à la mousquetaire". Ces dernières ont, me suis-je laisser dire, été créées pour ne pas casser lors des coups de taille pour lesquels les lames triangulaires ne sont normalement pas prévues. J'avoue que j'ai surtout vu des gens utiliser des lames sportives et que je n'en ai jamais vu casser en plus de 12 ans de pratique. Mais on me l'a rapporté. Donc si vous donnez vraiment de puissants coups de taille avec votre lame triangulaire (pitiez, j'ai l'image en tête, enlevez-moi ça !) achetez une lame mousquetaire (enfin à votre partenaire du coup).

Les armes à lame triangulaires se trouvent chez vos revendeurs préférés et en fait un peu partout.

Épées de cour fabriquées par Feather smallwords

Les armes d'AMHE

Les armes conçues pour les Arts Martiaux Historiques Européens sont probablement les meilleures que l'on va pouvoir trouver en terme d'équilibre, de maniabilité et de solidité. Je vais parler ici d'armes simulant des armes ancienne et non des simulateurs d'armes sportives d'époque : les "feder" qui ont une forme spécifique et qui donneront mal le change en spectacle... sauf pour simuler un entraînement ou une Fechtschule. 

Ces épées ont malgré tout plusieurs défauts dont le premier est la façon dont elles sont encore largement neutralisées. Le plus souvent le bout de la lame est replié sur lui-même en une sorte d'arrondi. C'est très sécurisant mais aussi très moche et ça nuit à la crédibilité de l'arme. Heureusement arrive désormais la pointe "spatulée", beaucoup plus discrète et a priori plus sécuritaire pour la touche, elle devrait donc, à terme, remplacer la pointe repliée. La pointe spatulée de mon épée de côté se voit assez peu. Notons que certains fabricants proposent des options de pointe arrondie ce qui est évidemment l'idéal pour nous (mais si vous voulez aussi faire de l'opposition avec il faudra ajouter un blunt).

Un autre défaut éventuel, plutôt rare cependant, peut être une trop grande flexibilité de la lame. Il est rare que cela soit handicapant, mais cela peut vous gêner pour certaines technique comme le Morhau où l'on prend son épée par la lame pour frapper avec la garde, "telle une hache". Éventuellement des lames d'épée conçues pour les combats de la SCA ("Society for Creative Anachronism") pourraient être trop souples au point de gêner leur maniabilité. Les normes de flexibilité des armes SCA imposent des armes plutôt souples mais ce sont surtout des armes américaines qui sont concernées. Notons que, chez de nombreux fabricants, on peut souvent choisir la flexibilité et donc, pour l'escrime de spectacle, choisissez toujours l'épée la plus rigide.

Un autre défaut des armes d'AMHE est qu'elle ne sont pas toujours très jolies. Même si les escrimeurs aiment avoir de belles épées il privilégient d'abord d'autres points et les armes les moins chères font rarement l'objet d'un effort de décoration. Cela peut être dommage.

Et c'est là qu'on arrive au principal défaut des armes d'AMHE : le prix. Une épée d'AMHE coûte souvent de 1,5 à 3 fois le prix d'une épée de reconstitution historique. On a donc un excellent outil mais il faut y mettre le prix. Cela n'est pas forcément intéressant pour les épées longues parce qu'on en trouve d'excellentes pour moins cher ailleurs mais si vous cherchez une bonne rapière à lame plate ou une bonne épée de côté voire une bonne épée de chevalier à une main (dans les 1 mètre) c'est surtout là qu'il faudra vous tourner. Vous y mettrez le prix mais au moins vous pourrez manier votre arme correctement.

À privilégier pour : rapières à lames plates, épées de côté, épées à une main longues

À éviter pour : rien (mais c'est cher)

Épée de côté "steel generation" de chez Black Fencer

Les armes de reconstitution historique

Il y a en Europe de nombreuses troupes de reconstitution historique et donc un marché pour les équiper en armes. Cela concerne beaucoup le Moyen-Âge (surtout le Bas Moyen-Âge) mais pas seulement. Ces épées sont souvent jolies et présentent souvent un belle diversité de formes dans les gardes, les quillons, les pommeaux voire les lames. Comme les troupes pratiquent le combat les armes sont capables de résister aux chocs et sont neutralisées (pointe arrondies, pas de tranchants). L'équilibre et le poids sont variables, la qualité aussi même si les fabricants d'Europe de l'Est ont en général bonne réputation (je me méfierai plus des Asiatiques ou des Indiens ou Pakistanais même si on peut avoir de bonnes choses chez eux).

En essayant les armes vous trouverez en général votre bonheur : une arme pas trop lourde et plutôt équilibrée. Je vous conseille vraiment d'acheter les armes à un marché d'Histoire, au fabricant, et de ne pas hésiter à en essayer des dizaines (je crois qu'un ami a essayé presque toutes les épées du marché de Compiègne avant de trouver la sienne). Enfin, ceci est surtout valable pour les épée longues, les épées médiévales et beaucoup moins pour les rapières et épées de côté. Je ne crois pas avoir jamais trouvé de rapière ou d'épée de côté vraiment bonne chez ces revendeurs et la différence avec les armes d'AMHE est flagrante tandis que mon épée longue de reconstitution est plus maniable que la plupart des épées longues d'AMHE.

À privilégier pour : épées longues, épées médiévales, sabres, coutelas...

À éviter pour : rapières à lames plates, épées de côté

 
Épée longue en vente chez Armory Marek

Les armes "battle ready"

Dans cette catégorie je range des armes indiquées comme telles sur les sites des revendeurs. Il s'agit d'armes dont je n'ai toujours pas trouvé la finalité mais qui sont présentes en nombre sur ces sites. Contrairement aux armes de décoration elles sont capables d'encaisser des chocs sans casser même si elles sont souvent assez rigides et que leurs lames peuvent marquer. Leur fusée a notamment une âme alors que sur certaines armes de décoration c'est une simple accroche. En revanche elles sont le plus souvent vendues pointues et parfois avec un tranchant un peu plus marqué qu'une arme de reconstitution historique. Néanmoins avec un bon coup de meuleuse ou de lime ce problème est rapidement réglé.

Leur équilibre est souvent assez aléatoire mais il peut tout de même être très correct, notamment pour les sabres courts ou toutes les gammes d'épées assez courtes où, on l'a dit, c'est moins grave. De plus, on trouve certaines armes spécifiques uniquement dans cette catégorie car la gamme d'épées et de sabres est vraiment plus grande que pour les autres types d'armes.

Mais bon, ne nous cachons pas, leur principal avantage est souvent le prix. Parfois en promotion vous trouverez des sabres d'abordage utilisables sous les 100€ et qui "font le travail" la plupart du temps. Pourquoi s'en priver ? Je le privilégierai surtout pour les sabres courts, les coutelas ou les épées "exotiques". J'ai moi-même un petit sabre d'un fabricant indien qui me suit fidèlement depuis des années et dont je suis très content. En revanche évitez absolument tout ce qui se rapproche d'une rapière et j'ai aussi des doutes pour les épées longues.

À privilégier pour : sabres, coutelas, épées exotiques

À éviter pour : rapières à lames plates, épées de côté, épées longues

Kopis grec disponible sur le site Kult of Athena, typiquement une arme difficile à trouver.

 

Sabre du bord du XVIIe-XVIIIe siècle. Il s'agit ici d'une arme "battle ready" déjà modifiée et adaptée par Antik Costume (du coup vous n'avez pas à bricoler)

Les armes impropres

Quelques mots sur les armes à éviter et, en premier lieu les armes de décoration. On les trouve chez les revendeurs mais aussi à pas cher sur les brocantes et autres dépôts-ventes. Elles sont faites pour être accrochées à un mur ou pour parader avec, pas pour se battre. Leur équilibre est souvent infâme et le risque de casse est grand. Évitez-les absolument !

Une dernière catégorie concerne les armes de béhourd. Elle sont forcément solides, elles sont bien sécurisées mais elles sont presque toujours très mal adaptées à notre pratique. Ces armes sont faites pour frapper fort, le plus fort possible de taille. Elles sont donc lourdes et équilibrées vers l'avant pour plus d'impact mais aussi moins de maniabilité, chose secondaire dans la pratique. La seule exception concerne les armes faites pour la pratique du duel selon le règlement HMB (Historical Medieval Battle). Celui-ci se fait à la touche et donc là les combattants recherchent des armes plus équilibrées, moins lourdes, plus rapides. Mon fauchon est l'une de ces armes mais c'est une exception par rapport au reste des armes de béhourd.

 

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Voilà donc pour ce guide d'achat qui, je l'espère, vous sera utile. Les armes restent coûteuses et on n'est jamais ravi de se tromper sur un achat. J'ai trop vu d'armes mal fichues, trop lourdes, pas maniables, surtout dans les épées longues ou les rapières à lames plates et, du coup, d'escrimeurs frustrés de ne pas pouvoir faire ce qu'ils auraient voulu et qui "jalousent" votre épée légère et maniable. Prenez le temps de choisir votre épée, surtout dans les cas les plus délicats comme les rapières ou les épées longues. Pour le reste faites vous plaisir en achetant plein de petits sabres pas chers !

vendredi 22 septembre 2023

Quelques armes bon marché pour changer de la rapière

Si vous lisez ce blog depuis longtemps vous devez probablement savoir que je suis assez attaché à la variété des armes en escrime de spectacle. J'aime l'idée de ne pas se cantonne à la sacro-sainte rapière pour varier les plaisirs, apporter de la diversité au spectateur mais aussi ne pas se laisser enfermer dans un seul corpus de techniques.

Mais alors voilà, on va me dire que c'est bien beau tout ça mais que les armes c'est cher et il est vrai qu'après avoir payé 150 à 300€ dans une rapière vous êtes moyennement motivés pour mettre la même somme dans une épée longue, un fauchon, un sabre, une hallebarde etc. Et l'on ne vous donnera pas forcément tort.

Cependant toutes les armes de spectacle n'atteignent pas ces prix et, pour moins de 50€, 100€ maximum et parfois 0€ il est tout à fait possible de se trouver des armes pour varier ses spectacles de combat. Mon but est donc ici de vous proposer une petite sélection.

Nota Bene : J'ai parfois utilisé des images de produits en vente ça et là pour illustrer mon propos. Si, a priori,  je trouve ces produits intéressants je précise que je n'ai reçu aucune rémunération ou don en nature ou quoi que ce soit de la part des vendeurs ou des fabricants.

Photo of money, glass, coins and vintage par Josh Appel (@joshappel)
 

 La famille des bâtons

Les bâtons sont rarement des armes onéreuses puisqu'elles sont faites en bois et demandent peu d'usinage. Cependant il convient de les distinguer selon leur longueur et leur épaisseur. Notez en revanche qu'au niveau de la sécurité il faudra redoubler d'attention car ce n'est pas un simulateur ou une arme neutralisée que vous utilisez mais l'arme elle-même.

Le grand bâton

Prix : entre 5 et 20€

Périodes historiques : toutes

On regroupera ici tous les bâtons qui dépassent 1m50 et peuvent légèrement dépasser les 2m. Il s'agit traditionnellement de bâtons de marche mais cela peut également être un simulateur de lance pour l'entraînement. Pour qu'ils soient un peu crédible c'est mieux qu'ils soient un peu longs et un peu épais, sinon ils ressemblent trop à des accessoires sportifs ce qui limitera les personnages. À titre personnel je déconseille donc le bâton fédéral trop court et trop fin. Allez plutôt regarder vers les magasins d'art martiaux ou, tout simplement, les manches à balais !

On trouve énormément de techniques de bâton, tant dans l'escrime médiévale que dans le quarterstaff anglais, le bâton à deux bouts ou le bâton français et tout un panel de styles régionaux. Bref, vous avez le choix, prenez celui qui vous plait, que vous avez l'occasion d'apprendre ou qui convient le mieux à vos personnages !

Et allez voir mon article sur les personnages !

Bâton "traditionnel" en vente sur le site dragonsport

Le grand gourdin

Prix : 0€ (mais de la motivation)

Époques : toutes mais les techniques connues sont du XVIe siècle

Le grand gourdin est juste une grosse branche ou un petit tronc assez long (1m10 à 1m60 disons) qu'on manie à deux mains avec des techniques pas si grossières ayant beaucoup de parenté avec l'épée longue et un peu avec la hache de pas. C'est une arme qui impressionne même si elle demande un peu de force physique pour la personne qui la manie. Elle est idéale pour jour un combattant de style "brute".

Allez voir mon article détaillé sur le grand gourdin.

Le gourdin de paysan selon Paulus Hector Mair (années 1540)

La canne de défense

Prix : 5 à 100€

Époques : Essentiellement le 19e siècle en mordant avant et après

La canne devient très portée à partir du début du 19ème siècle, probablement en compensation de l'interdiction de porter l'épée. Si ce sont les hommes de la bourgeoisie et de la noblesse qui la porte de plus, elle l'est aussi par les gens du peuple, les paysans et les femmes. On trouve énormément de techniques de canne de défense dans les arts martiaux français. Là encore, tournez-vous plutôt vers les techniques du XIXème siècle (ou de début du XXème) plutôt que vers la canne de combat "moderne" avec ses grands armés inutiles. Cela sera d'ailleurs plus facile à apprendre. De même, utilisez plutôt des cannes de marche ou d'apparat (si vous n'avez pas peur de les abîmer) plutôt que les cannes de combat fédérales qui n'évoquent aucun personnages. Allez dans les brocantes, les dépôts-vente, les recycleries, vous y trouverez probablement votre bonheur à pas cher et, du coup, tant pis si ça finit par casser !

On ne trouve pas ce genre de coups en canne de combat !
E André Comment se défendre dans la rue avec armes - 1905

Les matraques et autres petits bâtons

Prix : 0 à 30€

Époques : toutes mais avec une préférence pour le XIXème siècle

Outils idéaux pour un tabassage en règle, les bâtons courts sont les outils des voyous, mais aussi des valets ou des paysans mécontents pour se faire respecter. Ça fait mal mais pas trop, ça peut tuer mais sous l'Ancien régime vous pourrez toujours plaider l'absence de préméditation si cela arrive. Sous sa forme plus spécifique de matraque elle est l'arme du policier ou du gangster des rues. On trouve peu d'ouvrages décrivant son maniement, au mieux un paragraphe par ci par là dans un trait de défense personnelle. On va souvent l'associer à du corps à corps de par sa courte taille et on va souvent frapper un adversaire que l'on maîtrise déjà en partie. Les versions les moins courtes peuvent être maniées avec des techniques inspirées du dussack ou du sabre d'abordage, toujours en n'hésitant pas à aller au contact.

Casse-têtes des Apaches de Paris d'après le site Gang de Paris

Les armes en métal pas chères

Il existe également des armes en métal, souvent de petite taille que l'on peut trouver à des prix abordables même si c'est souvent un peu plus cher qu'un bâton. Elles peuvent constituer une bonne alternative à des armes plus onéreuses, elles permettent même parfois des techniques complexes. Pensez-y pour compléter votre armurerie !

Les dagues et poignards

Prix : 30 à 100€

Époques : Moyen-Âge et Renaissance 

J'appelle ici "dagues", les armes médiévales et du XVIe siècle destinées à frapper prioritairement de pointe, ce qui implique un certain nombre de techniques. Il s'agit d'une arme secondaire sur le champ de bataille mais qui est couramment portée au quotidien durant les époques concernées. On trouve un panel de techniques très variées mêlant souvent des pièces de lutte. J'en ai longuement parlé dans cet article, je vous invite donc à vous y référer. Au niveau des prix du marché c'est un peu plus cher que le reste mais souvent très abordable. Un petit conseil : ne vous embêtez pas chercher des dagues spécifiquement conçues pour notre pratique : la lame est courte ce qui minimise les risques de bris d'autant qu'il y a assez peu de contacts de lame. En revanche vous pourriez être amenés à meuler la pointe de certaines dagues (faites-le vraiment, sinon vous allez vous la planter dans le bras !).

dague de la marque Mytholon (avec la pointe à meuler)
en vente sur de nombreux sites
 

Les couteaux

Prix : 30 à 100€

Époques : plutôt XIXème et XXème siècle

À la différence de la dague le couteau ne possède pas d'arrêt pour la main qui fait que l'on peut facilement se blesser en frappant de la pointe (les doigts risquent de glisser sur la lame). Le couteau est donc une arme avec laquelle on va souvent tenter de lacérer l'adversaire plutôt que de lui enfoncer la lame dans le corps de toutes ses forces même si cela reste possible (mais cela suppose souvent d'appuyer avec son autre main sur l'arrière du manche). La plupart des blessures ne sont donc pas mortelles et ce n'est d'ailleurs pas forcément l'objectif. En revanche il est quasiment impossible de sortir d'un combat au couteau sans être blessé ce qui en fait une arme très sanglante. On trouve quelques traités de self-défense mentionnant cette arme mais le plus souvent il s'agit de traditions locales avec des objectifs plus ou moins mortelle.

Évidemment c'est presque un cliché d'apprendre qu'il existe une tradition de couteau sicilien
mais voilà quelques techniques bien mortelles.

Les hachettes

Prix : 50 à 100€

Époques : toutes ou presque

La hache est un outil qui existe depuis le Néolithique et qui est largement répandu. Même si il a existé des haches spécifiquement conçues pour le combat, les outils sont restés très efficaces pour tuer des gens, fendant facilement un crâne. On trouve ainsi des hachettes à toutes époques. Chez un viking il peut même s'agir de l'une de ses armes principales, mais elle équipera aussi bien un paysan, un artisan ou un marin. On la maniera avec des techniques issues du dussack ou du sabre en ne gardant que les plus simples. Oubliez les fioritures, les feintes etc. Non, ne gardez que les trajectoires de base et ça ira bien. Dans un contexte américain vous pouvez évidemment ressortir des techniques de tomahawk. Vous trouverez parfois, souvent sur des marchés historique, des hachettes toutes simples, non affûtées, qui feront très bien l'affaire pour plusieurs époques. Prenez garde à ce qu'elles ne soient pas trop lourdes pour rester facilement maîtrisables et affûtez vos personnages !

Combat entre Barthold Entes et Agulo à Vlissingen, 1572, Theodoor Koning, d'après Jacobus Buys, 1780 dans les collections du Rijksmuseum d'Amsterdam

Les lances

Prix : 50 à 150€

Époques : Jusqu'au XVIIIe siècle

La lance est une arme immémoriale qui a équipé toutes les armées du monde jusqu'au XVIIIe siècle sous diverses formes. On va ici plutôt parler de sa forme courte, aux alentour des 2 mètres de long qu' on appelle "javeline" à la fin du Moyen-Âge(même si elle ne se lance pas). Elle se manie le plus souvent avec les mêmes techniques que le bâton et on trouve donc un très riche corpus technique, notamment aux XVème-XVIème siècles. C'est d'abord une arme de soldat, de milicien, de guerrier. Mais comme elle est facile à fabriquer on la verra aussi dans les mains de paysans révoltés ou de miliciens levés en masse jusqu'aux Sans-Culottes de la Révolution française. Au niveau des prix actuels on est dans la limite haute mais si vous achetez le fer de lance et la hampe à part vous pouvez l'avoir pour un prix raisonnable.

fer de lance en vente chez Armory Marek

Les armes improvisées

Outre les armes proprement dites, de nombreux objets du quotidien peuvent servir d'arme et des techniques, parfois élaborées, ont même été développées pour certains d'entre eux.

Le parapluie

Prix : à partir de 30€

Époques : essentiellement XIXème et XXème siècles

J'ai longuement parlé du parapluie dans un article précédent, je vous y renvoie donc là encore. Sachez néanmoins que, selon SuperFab, Roger Lafond avait la plus grande considération pour cette arme. Elle s'intégrera bien à des scénarios de bagarres urbaines.

Roger Lafond dans l'émission Coucou c'est nous ! en 1993 explique le parapluie.

Le balai

Prix : 5 à 35€ 

Époques : Toutes mais peut-être relativement récentes

Là encore j'ai consacré un article à cette arme et je vous invite à le lire. Le balai est vraiment peu onéreux mais achetez-en quand même un spécialement pour l'occasion afin d'éviter d'enfouir le nez de votre partenaire dans une tonne de poussière ! Au vu du prix je pense que vous pouvez vous le permettre. En dehors de ça il vous sera la touche comique de votre armurerie.

Balais d'extérieur en vente sur le site go to shopping

Les autres armes improvisées

Prix : pas cher

Époques : ça dépend

Beaucoup d'objets du quotidien peuvent servir d'arme : cruchons, bouteilles en sucre pour imiter le verre mais aussi les plateaux en métal qui font un bruit formidable quand on fait semblant de frapper une tête avec (avec le bon angle vous frapperez la main que votre partenaire interposera au dernier moment et, si il vend bien le coup, l'effet sur le public est assuré ! Certains se sont même battus avec des queues de billard. En fait la seule limite est votre imagination et votre capacité à rester en sécurité dans votre emploi des objets du quotidien. Soyez donc imaginatifs et imaginatives !
 
Les Bretteurs de Saint-Jean avec des queues de billard en répétition au gala Le chant des lames à Bourges - 1er juillet 2023

 
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J'espère vous avoir démontré ici qu'il n'était pas forcément besoin d 'être très riche pour diversifier sa pratique d'escrime de spectacle. Les armes bon marché ne manquent pas et vous pouvez assez facilement en acquérir deux ou trois pour vous constituer une petite panoplie. N'hésitez pas non plus à faire fonctionner votre imagination pour vous battre avec tout et n'importe quoi (je sais qu'une surprise se prépare peut-être pour le prochain Koreo mais je n'en dirai pas plus).
Enfin je n'ai pas évoqué les techniques un peu hors sujet que sont la lutte et les techniques de combat à mains nues mais il s'agit aussi là d'une alternative ou, tout au moins d'un complément même si on touche là aux limites de la définition de l'escrime.

lundi 28 août 2023

Ne ratez pas votre premier coup ! (vidéo)

Et non, avec le Baron de Sigognac nous n'avons pas fini de chercher les erreurs qui amollissent vos combats, les rendent moins dynamiques, moins vivants (sans même parler de réalisme). Et réjouissez-vous, nous avons identifié une nouvelle erreur dont on vous parle rarement, ou du moins pas explicitement* ! Votre joie sera (du moins nous l'espérons) encore plus grande lorsque vous apprendrez que nous avons eu l'occasion de nous rencontrer pour croiser le fer et surtout vous tourner une petite vidéo démonstrative devant les ruines d'un vieux pont romain.

Nous vous parlerons donc ici d'attaquer en mouvement et du dynamisme que cela apporte à votre premier coup. Vous trouverez la vidéo complète en fin d'article.

Nota Bene : Cette vidéo n'est pas exempte de défauts. Elle at été tournée en 2 heures, création des mini-chorégraphies comprise. Ainsi le choix de la garde du taureau au dussack pour donner une attaque de taille n'était probablement pas le meilleur mais c'est tourné comme ça. De même nous avons fait avec les armes disponibles (celles du Baron) et donc vous verrez des techniques d'épée de cour avec une rapière à lame triangulaire mais on espère que vous nous pardonnerez.

Le problème de commencer à distance d'attaque

Généralement c'est ce qu'on vous propose, presque tous les entraînements ou démonstrations se font à distance d'attaque. Distance d'estoc, distance de taille, nous n'entrerons pas ici dans les détails ce que nous critiquons ici c'est le fait de se placer à l'une de ces distances d'attaque et de généralement y stationner quelques secondes avant de lancer sa première attaque.
Alors oui, cela reste intéressant pour les escrimeurs débutants ou de peu d'expérience qui ont ça de moins à gérer. Mais en dehors de ceux-ci c'est dommage de la part de toutes celles et ceux qui, plus expérimentés, connaissent bien leur distance d'attaque.
Tout d'abord ce placement n'est pas toujours facile et on peut avoir tendance à faire de petits pas très visibles et plutôt moches puisqu'ils sont ensuite marqués d'un arrêt (et d'une attaque 1 ou 2 secondes après). C'est plus vrai pour les moins expérimentés, les bon escrimeurs sont en général capables de mieux se placer.
Ajoutons que se parler ou se menacer directement à distance d'attaque n'est pas très réaliste, toutes les personnes ayant une expérience du combat en opposition doivent d'ailleurs le ressentir : vous n'aimez pas rester dans une distance où vous pouvez vous faire attaquer à tout moment. Généralement vous préférez être un peu plus loin, moins en danger, pour avoir le temps de réfléchir à une stratégie.
Vous me direz que vous ne cherchez pas le réalisme (tout le monde se cache derrière ça), admettons, mais cela ne vous enlèvera pas un défaut majeur du fait de commencer à distance d'attaque : votre premier coup manque de dynamisme ! Et oui, vous étiez statique ou presque et vous amorcez soudain un mouvement. Il faut vraiment beaucoup d'énergie pour rendre ça crédible. Vous n'êtes pas en action, vous n'êtes pas dans l'énergie comme on dit, vous amorcez juste le mouvement et ce démarrage est rarement aussi vif que quand vous êtes déjà lancé
 
 

Notre vidéo d'illustration

Commencer à distance de marche-fente

La solution est, vous l'avez compris, d'amorcer le mouvement plus tôt et pour cela il faut que vous soyez plus loin. Vous pouvez donc commencer à distance de marche-fente, ou de passe-avant-fente, ou de passe ou marche ou ce que vous voulez - attaque pour les armes où on ne se fend pas (typiquement toutes les armes médiévales). L'idée est de faire un mouvement pour se mettre à distance d'attaque et d'attaquer dans le même mouvement, de taille ou d'estoc. 

Comme vous attaquez de plus loin vous devez donc, pour rendre l'attaque crédible, exploser rapidement sur votre mouvement. Ainsi, au moment de lancer l'attaque vous êtes déjà en mouvement, l'énergie est "activée" et votre attaque a plus de dynamisme. Le public pourra sentir la différence. Évidemment pour faire cela il faut à peu près maîtriser votre distance d'attaque pour bien vous placer à l'origine. Néanmoins vous pouvez tout à fait vous corriger en faisant un pas plus ou moins important. La taille du déplacement permet aussi d'attaquer tout aussi bien d'estoc (petit déplacement) que de taille (plus grand déplacement car la distance de taille est moins importante).

D'un point de vue du réalisme, mais aussi du récit du combat, c'est plus logique : vous être hors de distance de danger et l'attaquant n'y rentre que quand il a pris la décision d'agir. Ainsi le hors distance permet de marquer les pauses entre les phrases d'armes, celles où l'on récupère, ou l'on s'observe, mais aussi celles ou la tension du combat peut monter en puissance si l'on se débrouille bien. Et tout ce qui se passe à distance c'est le combat et un combattant refusant de reculer hors distance ou de laisser l'adversaire le faire raconte sa hargne, sa volonté de s'accrocher au combat.

 

Notre vidéo d'illustration

Commencer le combat hors de la distance de mise en garde

Nous avons donc ici deux distances : la distance de combat où le danger d'une attaque est constant et le hors distance où on a un peu plus le temps de voir une attaque arriver. On y est en danger mais moins. Ajoutons donc une troisième distance : le hors garde.

Il s'agit de la distance où vous êtes trop loin pour que l'adversaire puisse vous attaquer, même avec une vélocité extraordinaire. À cette distance, vous n'avez pas besoin d'être prêt immédiatement à recevoir une attaque et vous n'êtes donc pas obligé d'être en garde ni même de porter une arme à la main. C'est la distance où vous pouvez discuter, vomir votre haine de l'adversaire, vous moquer de lui, le provoquer, vous confondre en excuses... jouer la comédie quoi ! Elle est importante au début du combat mais également pour l'histoire si vous avez des trucs à vous dire, cela sera souvent mieux sans être en garde !

C'est également un code pour le public : à une certaine distance vous n'êtes pas en garde voire vous n'avez pas dégainé votre arme et lorsque vous arrivez à une certaine distance vous vous mettez en garde, la tension monte d'un cran. De même si vous reprenez de la distance, abaissez votre arme, la tension retombe un peu, vous permettant de jouer avec cela.

 

 Notre vidéo d'illustration

Se tourner autour et se provoquer

Enfin, pour rajouter encore plus de dynamisme et de réalisme on peut ne pas juste se contenter d'avancer en ligne droite mais vouloir contourner, casser la distance autrement, se provoquer, rentrer dans la distance, en ressortir, menacer, réagir etc.  La Maître d'Armes Florence Leguy en parlant de cette phase évoque l'idée de deux lions qui se tournent autour, se provoquent, cherche à intimider l'autre avant le combat. Les récits de rixes nous montrent aussi ça, cette phase où l'on se cherche, où la pression monte, où l'on se met en condition avant le déclenchement du combat par la première attaque.

Tout cela fait un début de combat plus crédible mais aussi cela permet déjà de poser les personnages que nous verrons dans le combat. On joue ainsi avec son corps : qui provoque, qui réagit, ou ne réagit pas: cela donne un indice sur les compétences, le caractère des protagonistes. Et surtout cela permet de faire monter en tension le spectateur qui ne sera délivrée de celle-ci que par le déclenchement d'un attaque. Là encore on peut en profiter pour jouer avec lui.

 

 Notre vidéo d'illustration

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Nous nous arrêterons là pour aujourd'hui mais sachez qu'on peut évidemment varier encore plus le premier coup. Nous n'avons pas évoqué les contre-attaques (ou attaques sur la préparation) qui font que c'est finalement celui qui avance qui subit l'attaque, ni tout le travail au fer qui peut précéder une attaque, pas plus que les attaques composées et autres feintes. Toutes donnent de la vie au premier coup et évite ces débuts un peu mous qu'on voit trop souvent. Cela sera probablement l'objet principal ou secondaire d'autres articles ou vidéos. D'ailleurs nous avons tourné une seconde vidéo le même jour, donc wait and see....

*Alors nous ne prétendons pas que personne ne fait jamais ça. À vrai dire dans le haut niveau les gens le font plus ou moins naturellement. Ce que nous disons c'est que, ni moi ni le Baron, n'avons entendu cette histoire  d'attaque en mouvement théorisée ou juste expliquée dans un stage ou une formation. Personne n'en parle même si ça devient instinctif. Quand aux distances plus longue dont nous parlons après, nous ne l'avons entendu théorisé que dans la bouche de Florence Leguy à qui nous devons d'ailleurs beaucoup pour avoir été capables de penser cet article.

 

La vidéo complète