mercredi 25 août 2021

Cent articles !

Voilà, cet article est désormais le centième du blog et c'est donc l'occasion de faire un petit point d'étape puisque cela fait quelque temps que je n'en avait pas fait. Depuis son lancement en février 2018 forcément de nombreuses choses ont évolué et l'évolution n'est pas terminée. Pour une fois j'adopterai un plan un peu plus décousu que d'habitude et j'évoquerai divers points un à un en parlant de leurs possibles évolutions.

Allégorie de l'Écriture et de Histoire par Jan Punt - 1749
Dans les collections du Rijksmuseum d'Amsterdam

Le rapport à l'Histoire

Donc voilà, cent articles sur un blog destiné à d'abord parler uniquement escrime de spectacle et qui s'est retrouvé un peu plus riche que cela. Comme je le disais déjà pour l'article sur l'anniversaire du site j'ai très vite eu envie d'écrire des articles pouvant servir de références historiques et contextuelles pour les escrimeurs de spectacle. Étant historien de formation, ayant enseigné cette discipline et n'ayant jamais perdu cette passion il était assez logique que je m'y intéresse. Mon rapport à l'escrime de spectacle est directement lié à cette passion et c'est probablement pour cela que je m'intéresse tout autant à l'escrime historique et aux arts martiaux historiques européens (AMHE). Pour moi le geste et le contexte historiques sont la base de la pratique, j'accepte parfaitement qu'ils puissent être déformés pour des besoins de spectacle mais j'estime que cela doit alors être assumé. Pour cela on ne doit pas tromper le spectateur en prétendant reconstituer l'Histoire mais juste dire que l'on présente un spectacle d'escrime librement inspiré de celle-ci. Pour cela il faut déjà en connaître un peu pour savoir ce que l'on garde ou ne garde pas. De plus on ignore souvent des scénarios ou des techniques historiques qui feraient pourtant merveille en spectacle !

Notons que ce passé d'historien amène aussi avec une une méthode critique. J'essaie de me documenter au mieux sur mes thématiques, d'autant que j'ai désormais une meilleure connaissance des sites où l'on peut trouver de la documentation sérieuse et que j'ai désormais accès à la bibliothèque universitaire de ma ville. Néanmoins je suis d'abord un vulgarisateur qui synthétise et problématise les informations qu'il récolte et je peux tout à fait faire des erreurs. Il est donc légitime que j'accepte que l'on me corrige si l'on me présente les bonnes sources, les bonnes études ou les bons arguments. Notons que cela ne s'applique pas qu'aux faits et gestes historiques mais également à tout ce que je peux dire sur l'escrime de spectacle et l'escrime artistique en général : si vous n'êtes pas d'accord avec moi argumentez, et avec les bons arguments vous pourrez peut-être me faire changer d'avis !

Clio, la muse de l'Histoire par Virgilius Solis 1524-1562
Dans les collections du Rijksmuseum d'Amsterdam

Anonymat, collaborations etc.

Un grand changement également par rapport aux débuts du blog est que je ne suis plus seul et que je ne suis plus tout à fait anonyme. Le Baron de Sigognac a longtemps été la seule personne du milieu de l'escrime à être au courant de mon identité. Ce blog était d'ailleurs en grande partie le fruit de nos discussions et je lui demandais déjà son avis pour certains articles. Il était donc logique de l'inviter à rédiger quelques idées qu'il avait en tête et de l'inviter à collaborer au blog. Il est désormais membre à part entière du blog même si j'aimerais qu'il soit plus productif (oui, c'est une pique !). La troisième personne à rejoindre plus ou moins le blog est Marc-Olivier Blattlin. Sa collaboration est partie d'une proposition : à force de me faire critiquer pour mon imprécision en parlant d'espadon et de grandes épées à deux mains j'ai fini pas lui proposer d'écrire un article dessus et il a accepté ! Comme je le savais grand connaisseur de la rapière, de son histoire et de son maniement (surtout concernant l'escrime ibérique) et que ce sujet me semblait trop vaste pour moi je lui ai alors proposé par la suite d'écrire un article dessus ce qu'il a fait avec brio. Il a même rajouté un article sur les trahisons chez Godinho qui, je l'espère, pourra vous inspirer. J'espère bien avoir de nouvelles collaborations sur ce blog, que cela soit sous la forme de contributeurs ou d'articles voire de vidéos faits en collaboration avec des personnes qui ont des choses intéressantes à dire et qui pourront le dire mieux que moi. Enfin je dois mentionner Valeithel, une amie illustratrice à qui je demande de temps en temps des dessins, je vous invite donc à aller voir sa page ou son profil Instragram (et ce n'est pas ma faute si elle aime dessiner des femmes dénudées !).

L'anonymat était également un des aspects du blog pendant longtemps. Celui-ci me permettait d'abord d'être lu pour mes écrits, mes idées, mes réflexions et non pour la personne que j'étais ou ce que j'avais accompli. Nul ne savait si j'étais un Maître d'Armes ou un simple pratiquant et cela m'évitait également de me voire renvoyer des arguments d'autorité dans un monde beaucoup trop pétri de ceux-ci. Cela me permettait, en outre, de participer à des stages ou des galas comme n'importe quel pratiquant lambda ce que, j'imagine, il me sera désormais plus difficile de faire désormais.

Parce que voilà, on m'a fait, il y a un an et demi, une proposition que je ne pouvais refuser : commenter les championnats de France d'escrime artistique. On me l'a, de plus, faite sans même savoir qui j'étais, simplement parce que les organisateurs appréciaient mes articles. J'ai été ravi de cette expérience mais je savais également qu'elle entraînerait la levée de notre anonymat, y compris au sein de mon propre club puisque mon enseignant et les membres de celui-ci ont découvert qui j'étais à cette occasion. Ne rêvez cependant pas, vous n'aurez toujours pas mon nom relié à mes articles, mais bon, si vous cherchez un peu vous réussirez probablement à le retrouver. Je reste sur cette optique de mettre en avant mes réflexions et mes recherches plutôt que le reste. Mais du coup cela permet de faire des vidéos sans avoir peur de perdre un anonymat qui n'existe déjà plus.

Et comme je n'ai pas d'idée d'illustration pour ce paragraphe je vous remets notre vidéo ;-)

Réflexions et mûrissement

Au bilan de la chaîne on pourrait ajouter un mûrissement personnel, une évolution vers une meilleure compréhension et appréhension de la discipline. Si j'étais loin d'être novice à l'ouverture de ce blog je n'avais pas non plus les décennies d'expérience de certains. C'est d'ailleurs souvent le cas chez beaucoup de bloggeurs ou youtubeurs : on connaît des choses, on se pose des questions, on réfléchi et on a envie de partager ses réflexions. Car l'expérience n'est rien si elle n'est pas accompagnée d'une analyse et d'une perpétuelle interrogation de ses pratiques et des pratiques des autres, ce n'est qu'ainsi que l'on progresse vraiment.

Comme je l'ai dit plus haut, ma première approche était historique. En commençant l'escrime de spectacle je voulais combattre "comme les chevaliers ou les Mousquetaires", et quand je me suis aperçu qu'on en était loin j'ai voulu me rapprocher de cela. Alors, oui, je l'ai déjà dit, on ne sait pas exactement comment on combattait à l'époque, mais ce n'est pas non plus une raison pour se cacher et ne pas chercher. Et les chercheurs très sérieux sur ces questions qui en ont même parfois fait leur sujet de recherche universitaire ainsi que les pratiquants d'Arts Martiaux Historiques Européens ont produit des résultats. Évidemment ils sont partiels, évolueront probablement, mais l'escrime des temps anciens commence à nous être bien mieux connue, au moins à partir du XIVe siècle. Si l'on veut combattre "comme un chevalier ou un Mousquetaire" il semble logique d'utiliser le fruit de ces recherches à défaut de participer soi-même à celles-ci. On trouve de bonnes vidéos sérieuses si l'on se donne la peine de chercher et qui ne demandent qu'à être exploitées.

Mais mon approche ne s'est pas arrêtée là car au fur et à mesure que je progressais dans ma connaissance de l'escrime je m'apercevais également de l'incohérence de nombre de mouvements ou d'enchaînements que l'on m'avait appris. Beaucoup de mouvements n'avaient pas de sens du point de vue martial ou même, du point de vue de la logique de l'arme. De plus, la construction du combat n'était pas toujours très bien pensée avec notamment des successions d'attaques sans queue ni tête et des retournements de situation improbables. J'ai aussi voulu écrire et réfléchir sur ces points qui me semblaient tout aussi important. 

Néanmoins, sur la thématique de la construction d'un scénario de combat, des personnages, de son déroulé, je dois avouer que c'est la rencontre avec Florence Leguy qui m'a ouvert de nouvelles perspectives et a mis du sens sur ce que je percevais en partie mais qui était encore flou. Il y a toute une écriture du combat de spectacle, une progression à avoir et le début d'un bon combat ne doit pas ressembler à sa fin. Ainsi, certaines techniques auront plutôt leur place lorsque le combat vient de commencer et que l'on se jauge ou que l'on essaie de faire de la belle escrime tandis que d'autres, plus rageuses, seront bien plus intéressantes si on les place vers la fin de l'affrontement. De même y a des façons de poser les personnages ou même de déterminer quel type de personnage l'on est apte à jouer ou non, d'une manière générale je trouve vraiment intéressant de se pencher sur son personnage pour mieux construire un spectacle martial. Et il y en a bien d'autres comme les codes du public, les règles et le contexte du spectacle ou encore la bonne discipline sur une scène de théâtre. J'espère que ces points pourront être approfondis à l'avenir.

Vous l'aurez compris, ce blog est d'abord une réflexion à avoir du recul sur sa pratique même si parfois nous devons être un peu rudes dans notre approche parce qu'il faut parfois bousculer les gens pour susciter chez eux la réflexion. Je continuerais de mûrir ma connaissance de l'escrime de scène avec ce blog et j'espère que vous, lecteurs, m'accompagnerez également dans celle-ci.

Au fond l'escrime de spectacle est un art très complet qui fait appel à de nombreux talents. Toutes les Muses de la mythologie (ou presque) peuvent nous inspirer.
Minerve et les 9 Muses - Stefano della Bella 1620-1664
dans les collections du Rijksmuseum d'Amsterdam

Formats et réseaux

Enfin un dernier point concerne l'avenir du blog et sa forme. Vous avez probablement remarqué que nous avons sorti une vidéo, inaugurant ainsi un nouveau format de narration. Je dois avouer que le Challenge vidéo de la FFE a réveillé en moi une très vieille envie : filmer... D'autant que nous avions déjà envisagé quelques années auparavant, avec le Baron, de lancer une chaîne youtube consacrée à l'escrime de spectacle, projet qui a avorté lorsque nous nous sommes retrouvés séparés géographiquement. Il y aura donc probablement d'autres vidéos, sur cette thématique de l'escrime des XIVe-XVIe siècle ou sur d'autres, les choses sont ouvertes.

Néanmoins, rassurez-vous (ou non), le projet n'est pas encore prêt à se transformer en chaîne youtube et le format blog restera le plus important. Il est pour moi plus facile à faire puisque j'ai une grande aisance avec l'écrit et que cela me demande donc moins de préparation que de filmer une vidéo (même si certains articles m'ont demandé des dizaines d'heures de lecture des sources). Ajoutons qu'il est difficile de faire une vidéo sur l'escrime de spectacle seul et qu'il faut donc trouver des partenaires disponibles et les convaincre de venir nous donner un coup de main pour manier l'épée ou la caméra. J'ai toujours tenu à une certaine qualité dans mes articles et il en va de même pour mes futures vidéos. J'essaierai donc que celles-ci soient filmées dans une qualité correcte avec un minimum de cadrage, de montage et de préparation et ça, ça se fait difficilement seul. Pour moi l'intérêt d'une vidéo est d'abord de montrer ce qu'il est plus difficile d'exprimer par écrit.

Pour ce qui est des réseaux sociaux j'ai depuis quelque temps constaté une baisse de la lecture des articles à leur lancement. Je n'ai pas trop d'explications si ce n'est que Facebook, qui est ma principale source de diffusion, semble avoir beaucoup perdu en fréquentation. J'ai donc ouvert un compte twitter que je vous invite à rejoindre pour mieux partager mes articles. Ceux-ci sont faits pour être lus et partagés, c'est ma seule satisfaction puisque je n'en tire absolument aucun autre profit. D'ailleurs si vous avez des suggestions pour avoir une meilleure visibilité je vous invite à m'en faire part en commentaire.

Beaucoup trop de réseaux sociaux...

 ***

Voilà pour ce point d'étape, cela faisait quelque temps que je n'en avais pas fait et cela me semblait intéressant de me coller à cette tâche. Je suis toujours heureux de tenir ce blog, et encore plus quand il permet d'amorcer des débats et de faire avancer la réflexion sur l'escrime de spectacle. Nous continuerons tant que nous en aurons envie, avec forcément des périodes plus actives que d'autres. Écrire ces articles, y réfléchir, se renseigner sont des choses qui m'ont énormément fait progresser dans de nombreux domaines : mon approche de l'escrime de scène mais aussi ma connaissance de l'escrime historique et même d'un certain nombre de périodes historiques sur lesquelles je me suis penché plus sérieusement qu'avant. Le fracas des lames risque donc de continuer un peu...

Notre page Facebook

Notre compte Twitter 

Notre chaîne Youtube 

jeudi 5 août 2021

Non, non et non, ne faites plus ça avec une épée longue ! (vidéo inside)

Voici un article un peu particulier puisqu'il s'appuie sur une vidéo que nous avons tournée. Si celle-ci se suffit en elle-même, l'article est là pour donner quelques explications complémentaires à ce que nous montrons. Nous nous appuierons donc sur des extraits de celle-ci pour cet article. Si vous n'avez pas vu la vidéo complète vous trouverez un lien à la fin de l'article.

Comme expliqué en introduction, nous avons voulu revenir sur cet article où nous expliquions ce qui n'allait pas dans la plupart des combats d'escrime médiévale de spectacle auxquels nous pouvons assister. Après avoir écrit il nous fallait donc montrer. Nous avons eu l'occasion de le faire et nous avons ainsi pris deux épées, une caméra et après avoir recruté une troisième comparse nous avons filmé quelques techniques. Nous nous sommes ici concentrés sur des choses très basiques, il en manque donc beaucoup mais une vidéo mets du temps à être tournée et ils nous était clairement impossible de tout prendre en compte, sans compter que l'attention n'est pas non plus la même et que le spectateur aurait probablement été lassé beaucoup plus vite que sur un article écrit.

Je vous propose donc d'analyser un peu plus en détail trois éléments présents sur la vidéo.

Épée longue dans les collection du Musée de Leeds (1430-1450)
 

La tenue de l'arme et les attaques

(vidéo en fin de paragraphe)

La première erreur que l'on fait est souvent de mal tenir une épée longue. Beaucoup de gens tiennent les mains très rapprochées et serrent à fond le pommeau. Il est résulte des coups moins maîtrisés, de plus amples mouvements et une certaine brutalité. La meilleure méthode consiste à tenir la main directrice au niveau de la garde et l'autre main au niveau du pommeau. Celle-ci doit à peine tenir l'arme et doit être très mobile pour jouer sur l'effet de levier. Ainsi les coups sont aussi bien portés avec les bras qu'avec l'effet de levier. Celui-ci rend l'arme très véloce et permet des changements de direction de la lame très rapides, bien plus qu'avec une arme à une main. On met également moins de force et on retient son coup plus facilement.
Notons, pour être tout à fait précis, que la position avec les deux mains serrant le pommeau, plus ou moins écartée est également attestée historiquement. Ce n'est donc pas une faute historique de procéder ainsi, mais dans le cadre d'un combat de spectacle cela n'a aucun intérêt. Le public n'a qu'une infime chance de le remarquer et l'on recherche d'abord la vélocité et, surtout, la maîtrise de son arme. De fait, pour des raisons de fluidité de l'escrime mais aussi de sécurité, nous recommandons fortement de tenir la main non-directrice au pommeau.

La façon d'attaquer ensuite découle directement de cette tenue de l'arme. Dans le cadre d'une escrime civile il n'y a pas forcément besoin d'asséner d'énormes coups de butoir extrêmement armés. Martialement ça n'est pas sans intérêt, pour rendre difficile certaines parades, mais c'est loin d'être la seule option et, à moins de jouer certains personnages du type "brute" (voir mon article sur les types de personnages), ce n'est pas la meilleure option. Des coups moins armés, sans avoir besoin de grands couronnés sont bien plus rapides et secs, donnant une meilleure impression martiale. Je l'ai déjà dit ailleurs mais n'oublions pas que les épées longues, contrairement aux rapières à lame triangulaire, sont grandes avec un tranchant relativement large. Elles prennent donc bien plus la lumière par elle-même et sont bien plus visibles du public. De plus, même si nous nous attachons à rendre l'escrime la plus nerveuse possible, celle-ci reste tout de même un peu moins vive que ce que l'on peut faire avec une rapière à lame triangulaire et il n'y a donc pas besoin d'exagérer outrageusement le mouvement pour que l'on ait le temps de le comprendre.

Enfin, si vous voulez enchaîner quelques coups (ce qui demande tout de même à se justifier dans le scénario du combat) nous vous conseillons d'utiliser la technique du Zwerchau qui consiste à frapper alternativement avec le tranchant et le faux-tranchant de chaque côté, en gardant la lame plus ou moins sur le même axe horizontal. Cela permet de gagner en rapidité et justifie (en partie) un enchaînement de coups.


Les parades

Une autre erreur très fréquente est de pratiquer essentiellement des parades "de tierce" ou "de quarte" à l'épée longue. Si vous faites de simples parades d'opposition vous remarquez vite qu'il vous est alors difficile de riposter rapidement après une telle parade. En fait ce type de parade n'est pas vraiment attesté dans les traités de l'époque, ou ne serait alors qu'une parade de panique, de dernière minute, la chose à ne pas faire et l'on comprend pourquoi. Du coup, instinctivement, beaucoup d'escrimeurs poussent un peu leurs parades de manière à faire une sorte de semi parade du tac et c'est en fait très logique ! Alors pourquoi ne pas aller jusqu'au bout et frapper directement l'arme adverse avant de riposter, soit dans le mouvement, soit en remontant en faux ou en vrai tranchant. Vous pouvez le faire depuis une garde basse comme dans la vidéo, vous n'aurez alors que très peu d'efforts à faire grâce à l'effet de levier que vous donnerez. Mais vous pouvez aussi le faire depuis une garde haute où la gravité vous aidera, ainsi vous aurez besoin de moins de force que l'on pourrait croire. En général, en escrime germanique, les mêmes coups sont utilisés pour attaquer et pour parer, sauf qu'on doit arrêter les coups pour attaquer quand la pointe arrive au niveau de l'ennemi alors que les coups pour parer doivent être poursuivi jusqu'à se retrouver dans une autre garde (garde basse depuis une garde haute et inversement).

Si cependant vous tenez vraiment à faire une parade d'opposition, ou surtout que vous êtes un peu pris ou prise de court vous pouvez alors tenter une parade "par suspension" qui correspond plus ou moins aux "prime", "seconde" et "none" que nous connaissons. Il convient de lever l'arme bien haut, la garde au-dessus de la tête pour protéger celle-ci avec le fort de la lame. Cette parade met moins à l'abri d'un enchaînement d'attaques par l'adversaire en Zwerchau, mais elle permet néanmoins de riposter facilement par un coup venant du haut.

Enfin, si vous voulez absolument parer en "quarte", assurez vous alors de le faire, non pas la pointe haute mais dirigée vers l'adversaire afin de pouvoir riposter en estoc. Vous pouvez le faire en vous éloignant du chemin de l'arme par en pas sur le côté ou, comme dans la vidéo, en utilisant la vota stabile préconisée par Fiore dei Liberi et vous mettre en position à la seule force de la rotation de vos hanches et de vos talons.

 D'autres techniques

Il convient enfin de faire un sort à quelques techniques ou situations que l'on voit souvent et qui ne correspondent pas à grand-chose. On commencera par les froissements qui ont pour principal effet de donner de l'élan à un coup pour l'adversaire tandis que l'on doit remettre sa propre arme en place après cette technique. Je n'ai pas souvenir d'en avoir vue la trace dans une quelconque source historique d'ailleurs. À la place vous pouvez soit frapper l'arme adversaire dans une parade soit directement opposer une contre-attaque (pour les escrimeurs et escrimeuses de spectacle un peu expérimentés cependant).

Faisons ensuite un sort à la volte qui n'est pas plus historique à cette époque qu'aux trois siècles suivants et qui est encore un peu plus ridicule avec une épée médiévale, surtout quand on attaque en première intention avec (ça s'est vu) !

Le cas du liement est un peu plus compliqué. Si on a souvent des situations de départ où les armes sont liées et où l'on attaque en coulé on ne trouve pas vraiment ces situations où l'on fait passer les lames d'un côté ou de l'autre en contrôlant celle de l'adversaire. Il lui est bien trop facile de se dérober. Non, le liage des armes est plutôt présent dans les échanges d'estoc, dans les pressions pour tromper l'adversaire ou dans la préparation d'une technique de corps à corps. Mais on ne voit pas ce genre jeu de force un peu maladroit auquel on assiste trop souvent dans des combats de spectacle médiévaux.

Enfin, le classique face à face, fort contre fort où les deux adversaires opposent brutalement leurs puissances physiques en tâchant de rejeter l'autre au loin... Eh bien en fait il y a tellement de techniques pour vaincre l'adversaire à partir de cette situation que personne ne cherchera à se retrouver dans celle-ci ! Nous en avons choisi deux mais il y en a au moins une dizaine.


***

Pour conclure nous espérons, comme dit dans la vidéo, que vous prendrez en compte nos critiques et recommandations. Ne le prenez pas mal, nous aussi nous avons fait la plupart de ces techniques avant de nous renseigner et de comprendre que, clairement, il fallait faire autre chose. Essayez, vous verrez que vous serez plus à l'aise, plus fluides, plus rapides et même plus beaux. L'escrime médiévale paraîtra ainsi moins brutale et plus technique, plus jolie. Libre à vous de la rendre néanmoins plus brutale, c'est possible même avec ces coups historiques !

Pour notre part nous avons bien aimé tourner cette vidéo et il y en aura probablement d'autres quand nous pourrons les tourner, sur la suite de ce sujet mais aussi sur d'autres sujets puisqu'une démonstration en images vaut souvent mieux qu'un texte, même si les deux peuvent tout à fait se compléter. Nous vous laissons donc avec la vidéo complète :



jeudi 8 juillet 2021

Le combat à la dague (XIVe-XVIe siècles)

Il y a quelque temps j'avais écrit un article présentant quelques coups à la dague allemande en évoquant que, peut-être, un article plus complet sur le combat à la dague viendrait un jour. J'attendais d'avoir l'occasion de bien pratiquer cette discipline ce que la fermeture des salles d'armes a permis. En effet, la dague a l'avantage de pouvoir assez bien se pratiquer en intérieur avec peu de place (concrètement si vous avez un espace dégagé de 2x3 m vous pourrez pratiquer, à partir de 3x5 m environ vous avez probablement assez d'espace scénique pour représenter un combat).

Il s'agit d'une arme intéressante pour l'escrime de spectacle à plusieurs égards. D'abord en elle-même puisqu'elle présente une escrime originale qui mêle des attaques et des parades assez agiles avec des techniques de corps à corps. Par son côté très rapproché elle présente une esthétique très différente de l'épée longue ou de la rapière. Ensuite c'est une arme secondaire qu'on peut assez facilement garder sur soi et qui peut permettre un changement d'arme au cours d'un combat pour apporter de la variété ou terminer sur une note plus "brute", même si il s'agit en fait d'une arme plutôt technique.

Nous allons donc d'abord examiner les armes en elles-mêmes et leur contexte d'utilisation avant de nous pencher de plus près sur leur utilisation. Notons que je restreindrai ici mon propos à l'utilisation de la dague aux XIVe-XVIe siècles pour lesquels nous avons des sources et des traités. On peut supposer que c'était assez proche avant mais nous n'avons pas de sources aussi fiables et on sait qu'au XVIIe siècle le combat à la dague est de plus en plus délaissé par les gens qui apprennent l'escrime et l'on rechigne à s'engager au corps à corps. Les sources sont donc également plus rares pour cette période. Enfin, je ne m'intéresserai qu'aux sources germaniques n'ayant pas étudié la dague de Fiore dei Liberi. Même si celle-ci est assez proche dans la plupart de ses techniques il y a probablement quelques spécificités que j'ignore.

 

Technique de dague sans texte dessinée par Albrecht Dürer (1512)

La dague à la fin du Moyen-Âge et à la Renaissance

Une diversité de formes

Quand on pense à une dague médiévale on imagine souvent une mini-épée avec une petite lame et des quillons développés. Pourtant les dagues à quillons sont plutôt rares jusqu'à la fin du XVIe siècle c'est au cours de ce siècle qu'elles se développent vraiment dans le rôle de main-gauches. En effet, les quillons servent avant tout à parer les lames et avant cette époque c'était un usage plutôt rare des dagues qui auraient d'ailleurs peut-être eu de la peine à parer des coups de taille parfois bien armés avec des lames bien plus lourdes que les estocs des rapières. On trouve donc bien peu de dagues à quillons jusqu'à cette époque et celles que l'on trouve ont plutôt des quillons très courts.

Dague à rondelle (1400-1430) dans les collections du Musée de Leeds
lame : 22,6 cm - longueur totale : 33,5 cm - poids : 226 g

En revanche toutes ces dagues ont un arrêt pour la main qui permet de poignarder ou d'estoquer sans que la main ne glisse sur la lame et que l'agresseur se blesse. Ce sont toutes, sans exception, des armes conçues pour frapper d'abord avec la pointe. La forme de ces arrêts est très variable et de nombreuses formes coexistent durant toute la période qui nous intéresse. La plus courante est la classique rondelle d'arrêt en acier mais les dagues dites "à couillettes" ou "à rognons"  avec une garde en bois évoquant des attributs masculins sont également très répandues. On trouve donc aussi de petits quillons et des formes spécifiques comme le baselard. Il s'agit d'une dague d'origine suisse à quillons droits et large lame utilisée principalement par les mercenaires suisses ou germaniques. À la Renaissance apparaît également le stylet, une toute petite dague ouvragée de 20 à 30 cm (12 à 20 cm de lame) facile à cacher pour un assassinat.

Dague "à couillettes" (1480-1520) dans les collections du Musée de Leeds
lame : 22,8 cm - longueur totale : 34,9 cm - poids : 166 g
 

Baselard (XIVe siècle) dans les collections du Musée de Leeds
lame : 36,5 cm - longueur totale : 45 cm - poids : 397 g

Pour ce qui est des lames on trouve principalement des lames plates et tranchantes mais il existe également des lames à section quadrangulaire. Celles-ci sont efficaces pour percer les mailles de fer d'un adversaire qu'on frapperait aux faiblesses de l'armure par exemple. La pointe fine peut rentrer dans un anneau et le faire éclater permettant ainsi de blesser l'adversaire malgré ses défenses. Notons que dans un contexte de combat de spectacle je vous déconseille d'utiliser ces lames. Si elles sont impressionnantes, elles nécessiteront que votre partenaire utilise des protections cachées sur les techniques de tenailles ou de parades en bouclier. La longueur des lames est également très variable allant d'à peine plus de 10 cm pour les stylets à près de 40 cm pour les plus longues dagues (notamment les mains-gauches). Néanmoins la majorité des dagues semble se situer entre 30 et 40 cm avec des longueurs de lame de 20 à 30 cm mais une étude approfondie pourrait être nécessaire. Notons que les longues dagues sont plus faciles à parer avec une dague tandis que les plus courtes sont plus faciles à parer avec la main non armée.

Dague à rondelle avec lame à section carrée (XVe siècle) dans les collections du Musée de Leeds
lame : 21,1 cm - longueur totale :  35,1 cm - poids : 240 g

 

Stylet (1571-1599) dans les collections du Musée de Leeds
lame : 15,5 cm - longueur totale : 25,1 cm - poids : 112 g

Un contexte plutôt de rixe ou de fin de combat

La dague est une arme secondaire voire tertiaire plutôt répandue à l'époque. Elle peut être portée à la guerre en complément d'une épée voire d'une lance ou d'une arme d'hast. Elle a alors un rôle d'arme de dernière défense ou, plutôt, d'arme de corps à corps. Elle sert ainsi à attaquer les failles de l'armure et l'on possède des manuscrits nous décrivant des techniques de combat à la dague en armure. La dague peut également être utilisée pour capturer des chevaliers tombés au sol ou achever ceux-ci.

En dehors d'un contexte guerrier, la dague est également très portée par les habitants de villes et présente dans de nombreuses altercations et rixes. Dans le contexte de l'époque on sortait rarement sans arme, surtout quand aucune rue n'était éclairée la nuit. On pouvait à l'époque porter une épée ou un coutelas (les marins de Dunkerque avaient visiblement l'habitude de se disputer avec cette arme au XVe siècle), auxquels on pouvait même ajouter un bocle (un petit bouclier à manipule en bois-métal ou entièrement en métal). Mais la dague avait l'avantage d'être beaucoup moins encombrante que ces armes qui vous gênent pour vous assoir ou cheminer dans une rue encombrée tout en vous rendant bien plus dangereux que si vous n'aviez pas d'arme. Elle était ainsi largement répandue et on la retrouve impliquée dans nombre d'altercations de l'époque.

Courrier allemand (1569) - on remarquera que ce voyageur a pris soin d'emporter un long coutelas et une dague
Ferando Bertelli d'après Enea Vico
Dans les collections du Rijksmuseum d'Amsterdam

On notera également que la dague fait très souvent partie des armes représentées dans les Fechtschulen et qu'elle est présente dans beaucoup de livres de combat de l'époque qui nous intéresse. On trouve à l'époque des dagues en bois le plus souvent à "lame" ronde pourvue d'un bouton en bois et servant à l'entraînement aussi bien qu'aux affrontements proto-sportifs. Vous pouvez facilement acheter des reproductions de ces armes sur tous les sites qui vendent du matériel pour les AMHE.

Dans un contexte de représentation de combat de spectacle le combat à la dague interviendra principalement dans le cadre de deux types de scénarios. Soit on commencera un combat, le plus souvent dans un contexte guerrier, avec d'autres armes telles que des épées ou des armes d'hast et l'on terminera celui-ci par de la dague. Soit on se positionnera plutôt dans un contexte de rixe urbaine, dans une rue ou une taverne, et l'on construira ainsi entièrement un combat à la dague. L'approche ne sera donc pas exactement la même. D'un côté nous sommes dans une fin de combat : les protagonistes sont probablement déjà un peu fatigués, tendus et la rage du combat se concrétisera par un affrontement rapproché à la dague. De l'autre on devra monter tout le scénario du combat avec des dagues et des adversaires qui se jaugent, tentent de se tromper avant de s'engager pour de bon. Néanmoins la vaste possibilité de techniques offertes par l'arme la rend forcément intéressante.

Deux lansquenets par Jost Amman (1573) - on voit bien les armes secondaires : épée courte et dague
 

Enfin notons une chose importante : la distance. Un combat à la dague ne peut commencer à trop courte distance car, si les protagonistes sont trop rapprochés ils n'ont plus le temps de parer ou contrer le coup de l'autre et se font automatiquement poignarder. On est alors plus proche de l'assassinat que du combat. Aussi un bagarreur expérimenté se gardera bien de ne pas être trop proche d'un potentiel ennemi armé d'une dague et commencera le combat à une certaine distance (au moins un mètre voire plus) si il veut faire montre de son talent.

Ordalie, Jugement de Dieu, numéro présenté par le CE Adamois aux CFEA en 2020. Un exemple de combat qui commence à l'épée et se termine à la dague.

Un combat à mi-chemin entre l'escrime et de la lutte

Des positions et des parades inspirées de l'escrime

Le combat à la dague a la particularité d'emprunter aussi bien à des principes d'escrime qu'à certains de la lutte.  Ainsi, on retrouve l'idée de zones d'attaques et de positions qui pourraient se rapprocher de l'idée de gardes même si ce terme n'est jamais employé. Mais il convient d'abord de poser quelques spécificités de l'escrime à la dague.

La première est que l'on cherche à frapper presque exclusivement avec la pointe de l'arme et non le tranchant. On trouve bien quelques rares exemples d'utilisation du tranchant mais ceux-ci restent marginaux par rapport à l'utilisation de la pointe et on doit supposer que l'essentiel des coups de dague seront portés avec la pointe. Ceci peut s'expliquer par des vêtements souvent plus épais que les nôtres et une moindre gravité accordée au meurtre à l'époque. Pierre-Henry Bas qui a étudié les rixes de l'époque fait également remarquer que la plupart du temps on frappe vers le haut du corps et non au ventre comme c'est plus souvent le cas de nos jours.

Dans cet atelier de 2015 Pierre-Henri Bas présentait toutes les bases de la dague germanique.

On doit également noter deux principales façon de tenir la dague : pouce vers le pommeau (si il y en a une) que nous appellerons "prise poignard" et pouce vers la lame que nous appellerons "prise épée". La prise poignard semble la plus utilisée car elle permet de donner le fameux coup "naturel" de l'être humain qui consiste à frapper de haut en bas. Néanmoins en retournant l'arme on peut aussi frapper de haut en bas et même enchaîner ces deux coups. N'oublions pas non plus les frappes au côté, avec les deux types de prise.

De là on peut déterminer quelques positions qui s'assimilent à des "gardes" même si elles ne portent pas ce nom chez les auteurs allemands (contrairement à Fiore dei Liberi). L'estoc du haut est la plus naturelle : la dague est tenue en poignard côté droit, pour frapper de haut en bas ou sur le côté, le pied gauche est normalement en avant. Si l'on frappe de façon naturelle, de haut et bas et en diagonale et avançant le pied, il suffit de retourner sa dague vers l'adversaire pour se retrouver dans la position de l'estoc retourné qui frappe de bas en haut. Si, de cette position, dague toujours en poignard, on remonte plus haut on se trouve alors dans la position de l'estoc "tordu". Enfin, si on porte la dague en prise "épée" côté droit, plus ou moins parallèle au sol, on est dans la position de l'estoc bas. S'ajoutent au moins deux autres positions dont le bouclier où l'on tient la dague dans une sorte de prise de demi-épée. Cette position permet d'arrêter des coups d'armes très puissantes et de riposter rapidement en plaçant sa pointe. Ensuite l'estoc incertain où l'on tient la dague dans le dos, des deux mains, prêt à frapper de la main droite aussi bien que de la gauche et dans n'importe quelle position.

Estoc du dessus face à un estoc retourné chez Hans Talhoffer (1459)

La dague est une arme agile où l'on change assez finalement de garde ou même de main puisqu'elle est assez légère pour être maniée facilement de la main non directrice. On n'hésite pas à faire des feintes et des changements de directions d'attaques soudains pour mieux tromper l'adversaire. Dans sa forme où l'on cherche à porter des coups on peut avoir cette impression de virtuosité et d'agilité.

Face à une attaque il est souvent possible d'esquiver en reculant, l'arme ayant un faible rayon d'action. Le plus souvent cependant on cherchera à parer de diverses façons. On peut tout d'abord parer de la main non armée qui est la façon la plus classique et qui permet de riposter immédiatement avec sa propre dague. En fonction du coup porté, du degré de sécurité qu'on veut avoir et de ce que l'on veut faire ensuite plusieurs types de parades sont possibles. On peut stopper le bras adverse avec son propre bras, ce qui est recommandé sur le coups puissants, surtout venant du haut. On peut également détourner le coup avec la main ou même attraper le poignet de l'adversaire pour immobiliser son arme voire enchaîner sur une clef ou une technique de corps à corps. Celui-ci, par un mouvement de dague peut cependant s'en libérer.

Deux parades différentes chez Hans Talhoffer (1467) avec leur exploitation

Les parades avec la dague existent également. Elles se font normalement avec la dague tenue en poignard et l'on vient détourner la lame adverse en la balayant vers la droite ou vers la gauche (en fonction de la position respectives des dagues). Notons qu'il est également possible de parer une attaque adverse avec sa main de dague en opposant directement son avant bras contre le sien, cette parade viendra plutôt depuis une position d'estoc retourné. Elle permet par contre d'enchaîner facilement sur une tenaille ou une autre prise de corps à corps.

Parade de la dague après un estoc avec la dague tenue dans la main gauche chez Paulus Hector Mair (années 1540)

Des techniques de lutte multiples et variées

Nous en venons donc au corps à corps qui est un élément incontournable du combat à la dague. Si l'on peut encore (difficilement) s'en passer dans un combat médiéval à l'épée longue c'est rigoureusement impossible avec la dague sous peine de perdre l'essentiel de ce qu'il est. Néanmoins, dans la construction du combat on imaginera que les prises n'arrivent pas forcément immédiatement au premier coup mais que l'on se teste peut-être un peu avant... Sauf si l'un des personnages et plutôt du genre à attaque brutalement et à "rentrer dans le tas". De plus, plus un échange est long, plus il a de chances de finir par une prise ou une technique de corps à corps.

On trouve divers types de techniques de corps à corps même si la plupart sont des saisies, des clefs ou des projections. On trouve cependant au moins un coup de poing dans un traité de Hans Talhoffer. Les clefs ou les torsions du bras qu'on a saisi avec sa main non armées sont les plus évidentes mais on peut également utiliser la dague pour renforcer la clef comme dans une technique présentée par Paulus Kal où la dague, si elle est tranchante, va probablement en plus lacérer quelques tendons ou muscles du bras. On peut aussi passer le bras qu'on a saisi par-dessus son épaule pour le briser, à moins que l'adversaire ne se laisse projeter. Si vous avez un ou une bonne cascadeuse dans votre groupe c'est l'occasion d'uns technique spectaculaire ! Notons que c'est le problème de certaines clefs de bras qui ne seront bien visibles que si le public est relativement près ou si vous faites de la vidéo.

Cette technique mène à une fracture du bras ou à une projection.
Andre Paurenfeindt réédité par Christian Egenolff - Der Altenn Fechter anfengliche kunst (édition de 1531)

À l'inverse les traités, et particulièrement ceux de Paulus Hector Mair, regorgent de techniques de projections plus ou moins spectaculaires. Il y en a pour tous les niveaux en cascade, de la simple roulade à la projection à coordonner parfaitement. À vrai dire énormément de techniques de dague se terminent ainsi. Est-ce une conséquence d'un contexte d'affrontement proto-sportif ou de l'intérêt de se débarrasser d'un adversaire sans forcément le tuer lors d'une rixe ? Là encore il m'est difficile de le dire sans de plus amples recherches. En revanche je sais que ces techniques sont spectaculaires et occupent bien l'espace scénique. On peut aussi jouer avec le décor en projetant son adversaire contre un mur, un étal de marché ou d'autres personnages !

On ajoutera une autre technique qui peut toujours faire son effet : la tenaille. Celle-ci consiste à coincer la main de son adversaire avec sa dague après une parade effectuée bras croisée. Elle permet d'amener à terre l'adversaire et de le soumettre même si il y a au moins deux parades évidentes à celle-ci (voir l'article cité plus haut où je décris cette technique).

 

On a ici une projection très spectaculaire qui consiste à poser sa jambe sur l'adversaire en se jetant en arrière pour le projeter violemment par-dessus soi.
Paulus Hector Mair (années 1540)

Contrairement aux attaques/parades qui sont assez peu nombreuses et dont les principes de base s'assimilent rapidement les techniques de corps à corps sont innombrables et beaucoup demandent une bonne connaissance des enchaînements qui y mènent. C'est encore plus vrai lorsque le l'on veut apprendre les contres de telle ou telle techniques qui ne se trouvent d'ailleurs pas chez tous les auteurs. Pour cela les enchaînements proposés par Paulus Hector Mair sont précieux. Comme à son habitude il présente l'attaque, sa parade et son contre et au moins le contre du contre. On a donc quelques réponses sur la façon de se sortir de situations qui semblaient perdues et de les retourner à son avantage. Dans un premier temps il faudra probablement utiliser un certain nombre de ses enchaînements de façon brute ou presque dans vos chorégraphies car le travail d'apprentissage des techniques de corps à corps et de leurs contres est extrêmement long.


11ème jeu de la dague de Paulus Hector Mair avec le contre de la technique présentée par Andre Paurenfeindt - par Fechtkunst.schule

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La dague est donc une arme intéressante d'un point de vue scénique qui propose une esthétique assez différente de ce que nous avons l'habitude de voir et peut également s'intégrer vers la fin d'une chorégraphie plus longue. Elle se prête bien aux petits espaces et donc aux petites scènes avec un public proche ou à la caméra, idéalement dans un lieu confiné. Elle n'est néanmoins pas dénué de techniques spectaculaires avec ses nombreuses projections.

Notons que c'est aussi l'arme des rixes par excellence et qu'elle est parfaite dans ce rôle d'autant qu'on trouve nombre de techniques pour faire face à une dague quand on n'est pas armé soi-même. Elle se prêtera aussi très probablement à l'opposition à des gourdins, bâtons ou à des coutelas. Pour pratiquer la dague il ne faut en revanche pas avoir peur de se confronter au corps à corps et à quelques techniques de cascade même si le choix est vaste entre les types de projection.

Je ne peux donc que vous encourager à mettre ces compétences dans votre panel d'escrimeur ou d'escrimeuse de spectacle. Au moins quelques techniques capables de tenir ou ou deux phrases d'armes, ou bien plus si cela vous plaît et que vous avez envie d'explorer le vaste univers de cette arme (et les quelques 71 jeux des traités de Paulus Hector Mair par exemple !).

[EDIT 2025 :] Cet article est le fruit de la préparation d'un court-métrage pour le Challenge FFE que j'avais tourné avec une amie. Nous y présentions un combat à la dague, fruit de plusieurs mois d'entraînement entre confinement et couvre-feu. Vu que beaucoup de pratiquants d'AMHE m'ont dit qu'il l'avaient beaucoup apprécié je vous le mets ici en lien :


Annexe : quelques liens utiles pour la dague germanique :

Voici les principaux travaux que j'ai utilisés pour écrire cet article et travailler les techniques de dague germanique.

Quelques traités traduits en français :

Le codex Wallerstein (vers 1400 pour la partie dague) traduit par l'AMHE du Maine

Le combat à la dague de Maître Hans Talhoffer (milieu XVe siècle) traduit par l'AMHE du Maine

La dague de Paulus Hector Mair (années 1540) traduit par Thomas Rivière

Quelques vidéos de techniques (en français et en anglais) :

Playlist de l'AMHE du Maine où l'on trouvera des techniques de dague issues du Codes Wallerstein et de Hans Talhoffer

Playlist de Fechkunst.schule présentant de nombreuses techniques de dague de Paulus Hector Mair

Playlist de Dreynschlag présentant les techniques de dague d'Andre Lignitzer

dimanche 20 juin 2021

Oui, on peut aimer l'Histoire sans être identitaire !

Ce message fait suite aux événements récents qui ont vu le Président de la République se faire gifler par un individu dont les idées semblent tendre fortement vers l'Extrême-Droite (du moins selon les informations qui sont sorties dans les médias) et pratiquant les Arts Martiaux Historiques Européens (hors FFAMHE). Le sujet force les AMHE et ses représentants, affiliés ou non à la FFAMHE, à prendre position. Ce que certains n'ont pas manqué de faire en rappelant certaines règles de sociétés : pas violence hors cadre, pas discrimination, etc. d'autant qu'il s'agit d'attitudes punies par la loi. Cependant, l'incident s'inscrit dans une problématique plus globale de récupération de l'Histoire en général et du Moyen-Âge. Celui-ci touche beaucoup de personnalité publiques et, plus que tout, des hommes et des femmes politiques mais il est particulièrement exacerbé chez les personnes ou des groupes se revendiquant d'une identité nationale ou d'une nostalgie d'un passé fantasmé et idéalisé. Les articles d'Actuel Moyen-Âge et de Temps présents analysent bien cette problématique et nous éviteront de rentrer dans les détails.

L'objet de notre article est plus ici de proclamer que l'on peut aimer l'Histoire, même au point de se costumer pour la faire revivre, que l'on peut aimer les combats historiques, au point de vouloir en reproduire les techniques et les représenter devant un public, sans pour autant verser dans une idéologie identitaire glorifiant, par exemple, la prétendue virilité d'antan par rapport à une supposée fragilité actuelle.

Entendons-nous bien, Le fracas des lames n'a pas pour objet de parler de politique ou de faire la promotion de nos idées politiques. Notre expérience, à défaut du bon sens, nous amène à considérer que nous n'avons pas besoin d'avoir les mêmes idées politiques que nos partenaires de combat pour créer et représenter un bon spectacle ou bien étudier l'escrime historique. Néanmoins, on a coutume de dire que tout est politique. A des degrés différents, certes, mais il est difficile de toujours s'en extraire. Ainsi, lorsque des identitaires nationalistes ou européens, revendiquent l'Histoire, le Moyen-Âge ou les combats d'épée dans une glorification d'un passé idéalisé c'est, de fait, tous les pratiquants qui se retrouvent amalgamés, de force, dans cette revendication. Il nous faut donc, à notre tour venir dans le champ politique pour contester cette assimilation que la presse et le grand public ont tôt fait de faire concernant des disciplines confidentielles.

Et afin de mieux y répondre, nous pensons nécessaire de revenir en premier sur la distinction entre Histoire et Mémoire. Ce avant d'exposer notre vision.

 

Maintenant écoutez-moi bien, il va falloir faire marcher un tout petit peu vos cerveaux !
Extrait des Grandes chroniques de France - fin XIVe siècle

Distinguer Histoire et Mémoire, une notion fondamentale

Disons le, il y a les faits historiques, ce qui s'est passé et que l'historien ou l'historienne cherche à retracer à l'aide des sources dont il ou elle dispose. Parfois c'est assez facile, parfois c'est impossible et l'on arrive, au mieux, à des approximations ou des probabilités. On peut étendre cette catégorie des faits historiques aux faits de civilisation, aux acteurs qui les ont vécus ainsi qu'aux causes et aux conséquences de ceux-ci. C'est le travail du ou de la spécialiste en Histoire de les analyser, de les comprendre et de les restituer au mieux. Dans ce travail il ou elle se doit d'être le plus objectif possible (même si l'objectivité totale est impossible) et de ne pas juger les personnes du passé, surtout aux critères de sa propre époque ! Évidemment, nous sommes tous humains et nous avons nos préférences, nos dégoûts et nos attirances ainsi que les sujets d'étude que nous avons envie de privilégier. Mais quand on fait œuvre d'historien ou d'historienne on se doit de rechercher la neutralité. Le terme Histoire recouvre donc à la fois la discipline mais également le fruit de ce travail qui, comme tout travail qui se veut scientifique et objectif, est forcément soumis à des corrections constantes voire des révisions radicales.

De l'autre côté il y a la Mémoire qui est la volonté de se souvenir de certains faits historiques, de certains moments de l'Histoire, de certains personnages ou civilisations. La Mémoire est un choix plus ou moins conscient de mettre en avant certaines parties de l'Histoire et ce choix se fait forcément en rapport aux préoccupations actuelles. Cela peut être de se souvenir d'un événement douloureux dans l'espoir qu'il ne se reproduise plus jamais comme le génocide juif pendant la seconde guerre mondiale ou la boucherie de la Guerre de 14-18 (le fameux "plus jamais ça"). C'est ce que l'on appelle souvent le fameux "devoir de mémoire".

Les monuments aux morts de la Première Guerre Mondiale évoquent différentes choses selon le lieu et l'époque : la victoire, le sacrifice du soldat dans des mises en scènes plus ou moins dramatiques ou apaisées.
Ici, celui d'Arras, érigé bien après (en 1931) évoque la victoire, la guerre (face cachée), mais aussi la reconstruction qui a suivi, la  région et la ville ayant beaucoup souffert des destructions.
 

Cela peut être également pour mettre en avant certains moments de l'histoire d'un pays, d'une ville, de l'Humanité, perçu comme glorieux ou important. C'est là que l'on retrouve le rôle des statues et des noms de rue : ériger une statue à un personnage historique c'est mettre en avant les actes de cette personne, souvent certains plutôt que d'autres. Le choix est évidemment loin d'être anodin et en dit autant des idées de ceux qui payent la statue que de celui ou celle qui est statufié. Parfois, avec le temps et les remous de l'Histoire, certaines statues sont en trop grande contradiction avec les idées de l'époque pour demeurer dans l'espace public et c'est pour cela que certains veulent les reléguer dans les musées. Cela a eu lieu à toutes les époques d'ailleurs. Ainsi, sortir ou non une statue de personnage historique de l'espace public n'est pas une question de nier l'Histoire. Il s'agit en fait de savoir si ce qu'elle représente est encore idéologiquement acceptable dans la société actuelle.

Notons que la Mémoire a vite fait d'entrer en contradiction avec l'Histoire dans le sens où la Mémoire tend à idéaliser celle-ci. Il y a également une certaine tendance à la diabolisation mais elle est en général moins excessive que celle qui tend à construire une légende dorée de certains personnages ou événements historiques. On aime à se trouver des héros parfaits, des récits parfaits quand la majorité des gens ont ce que l'on pourrait appeler leur part d'ombre. Les idéologies extrémistes sont particulièrement promptes à déformer le faits historiques pour justifier un récit en leur faveur. Mais c'est du camp identitaire et nationaliste que proviennent actuellement les plus sérieuses atteintes au travail des historiens puisque les régimes communistes qui se plaisaient à réécrire l'Histoire ont désormais disparu.

Notons qu'honorer la Mémoire d'une personne peut avoir plusieurs sens. À Orléans on défile tous les ans en l'honneur de Jeanne d'Arc parce qu'elle a libéré la ville en 1429, pas avec des visées nationalistes ou religieuses.

Notre rapport à l'Histoire

Ceci  précisé, qu'en est-il de nous, les auteurs de ce blog ? Déjà affirmons-le : nous nous opposons catégoriquement à toute récupération de l'Histoire ainsi que des disciplines que sont les Arts Martiaux Historiques Européens ou l'escrime de spectacle par des idéologies identitaires ou leurs adeptes. Nous refusons qu'elles soient instrumentalisées et nous refusons, en tant que pratiquants, d'être assimilés à des idées et mouvements dans lesquelles nous ne nous reconnaissons pas.

Ajoutons que, presque toujours, cette instrumentalisation s'accompagne d'une lecture faussée de l'Histoire. Citons, parmi d'autres, la phrase d'un Youtubeur ayant fait parler de lui récemment : « le véritable Moyen Âge, cette France totale qui sent l’ail et le fromage de chèvre, qui saigne du nez et qui transpire abondamment des burnes ». Réduire le Moyen-Âge à cette vision viriliste est faire montre d'une grande ignorance de sa complexité et de sa réalité. Les identitaires aiment idéaliser Charles Martel sans comprendre véritablement la bataille de Poitiers ou même la période dans laquelle elle s'inscrit ou d'autres figures comme de Grands Conquérants comme Napoléon Bonaparte par exemple. Si vous avez lu mon paragraphe précédent vous aurez compris à quel point il s'agit de Mémoire et d'une vision de l'Histoire au prisme de leur préoccupations idéologiques contemporaines.

Une vidéo de la chaîne d'Histoire Ave'roes qui remet bien dans son contexte la bataille de Poitiers

Notre amour de l'Histoire est plus simple et ne s'inscrit pas dans une idéologie quelconque. Je ne nierai pas qu'il peut m'arriver, en tant que connaisseur de l'Histoire, d'utiliser des faits historiques pour justifier des propos politiques mais je m'attache d'abord à être le plus objectif possible sur ceux-ci et ensuite à relativiser cette utilisation. Mais surtout il ne s'agit pas d'inscrire mes loisirs dans une idéologie plus vaste. À vrai dire ils en sont grandement séparés. Je me costume en combattant médiéval, en brigand du XVIIe siècle ou en noble du XVIIIe non pas parce que je fantasme ces périodes ou ces personnages, les idées qu'ils portaient ou les périodes auxquelles ils vivaient et qui représenteraient un idéal. Non, je le fait simplement parce que cela fait de belles histoires, que les costumes sont beaux, l'escrime de ces périodes est intéressante et que ces périodes sont propices à des histoires passionnantes, plus (à mon sens et ce n'est pas une vérité absolue) que la nôtre.

Nous pouvons avoir une certaine fascination pour les combats à l'arme blanche, leur virtuosité, le danger que cela représente. Le Baron, par exemple, en aime la logique ou encore le jeu qu'ils procurent. Pour autant nous ne fantasmons pas de nous battre réellement en duel ou de mettre notre vie en danger. ( Comme dirait peut être Fiore de Liberi : "C'était con ! Ne le faites pas"). En revanche j'adore étudier les techniques martiales et représenter des combats à l'épée devant un public. Le Baron adore étudier comment en enseigner la gestuelle et leur valeur scénique. En cela nous sommes des hommes du XXIe siècle qui apprécient la relative sécurité et les mœurs plus apaisées de notre époque. De même, nous n'aurions pas forcément envie de renoncer au chauffage, à nos salles de bains, à la médecine ou aux congés payés pour vivre au Moyen-Âge ou au XVIIIe siècle. Il s'agit bien d'une passion mais elle n'entre pas dans une idéologie globale qui voudrait retrouver dans les époques passées des soi-disant qualités qui seraient en voie de disparition à notre époque.

"Ainsi que je l’ai dit, que je voudrais plutôt combattre trois fois à la barrière qu’une seule fois à l’épée tranchante de la manière dite au dessus."

Extrait du prologue du MS Ludwig.XV.13 - Getty Fior di battaglia par Fiore di Liberi

(Traduction : Benjamin Conan)

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Voici ce que nous voulions dire sur notre rapport à l'Histoire et à nos disciplines martiales qui y sont liées (AMHE et escrime de spectacle). La passion est là, bien présente, mais elle ne doit nous faire perdre la raison ni sur la réalité des faits historiques, ni sur les qualités que peut avoir la vie au XXIe siècle qui nous permet de jouer à la bagarre sans risques tout en profitant d'un certain confort, du moins dans les pays occidentaux.

Signataires : Le Capitaine, le Baron et MOB

mardi 4 mai 2021

Les esquives c'est nul ! (bon d'accord, j'exagère un peu mais découvrez pourquoi)

Disons-le franchement je n'aime pas tellement les esquives en escrime de spectacle. Les mauvaises langues diront que je les fais mal, mais c'est probablement parce que je ne les aime pas que je rechigne à les travailler et à les inclure dans mes chorégraphies. C'est pourtant un grand classique de l'escrime artistique et on les voit souvent assez tôt dans le cycle d'apprentissage de la discipline. Mais à vrai dire plusieurs choses me gênent dans ces esquives. Tout d'abord, comme beaucoup de techniques ou de coups de l'escrime artistique "classique", elles ne sont pas très crédibles martialement, même si il faut distinguer entre les esquives. Mais ensuite j'ajouterai que je n'en aime pas tellement l'esthétique et le style de combat qu'elles impliquent, goût très personnel mais que je tiens tout de même à vous exposer (c'est mon blog après tout !).
 
Un classique, l'esquive d'Arya Stark face à Brienne de Torth dans la série Game of Thrones. Possible grâce à une façon très peu subtile de porter ses coups de Brienne.

Les esquives c'est pas (toujours) crédibles.

Tout d'abord examinons un peu les esquives "classiques" de l'escrime artistique. La première est sur une attaque horizontale et consiste à se baisser pour esquiver la lame (ou faire croire qu'on l'esquive pour ceux qui sont de l'école où on vise très au-dessus de la tête du partenaire). La variante plus acrobatique consiste à se pencher en arrière pour laisser passer l'arme juste au-dessus. Tout d'abord il faut une attaque bien téléphonée et bien large pour que ça fonctionne. Autrement l'adversaire pourrait assez facilement dévier son attaque pour vous toucher et pour peu que l'attaque soit plus diagonale qu'horizontale vous êtes bons pour la blessure ! De même, si l'attaque est un tant soit peu maîtrisée par l'adversaire il aura la possibilité de revenir assez vite en attaque verticale vers votre tête. Donc à part quelques circonstances bien particulière ça n'est pas forcément une bonne idée.
 
La même réflexion s'applique pour une attaque verticale visant la tête, un classique là aussi. Il est encore plus facile de faire dévier la lame et à moins d'un coup de hachoir digne d'un personnage de jeu vidéo vous risquez de vous faire découper un bout de hanche ou de cuisse ! Pensez à toutes ces fois où, à la répétition, vous avez dû faire bien attention de rester bien dans la trajectoire de votre coup initial pour que votre partenaire puisse faire correctement son esquive. Si vous devez faire ça c'est probablement qu'en fait ce genre d'esquive n'était pas le bon geste à faire... En revanche quand un tel coup vise un avant bras ou une main et qu'on esquive en retirant la cible c'est martialement beaucoup plus valable.
 
Le personnage de Siegfried et son épée démesurée dans le jeu vidéo Soul Calibur. En effet, là, la trajectoire devrait être prévisible ;-). Mais vous n'êtes pas de tels bourrins non ? Si ?
Fanart sur SoulCalibur wikifandom

Une autre esquive très utilisée, surtout en escrime médiévale, consiste à éviter une attaque diagonale en se penchant et en marchant du côté d'où elle vient pour ensuite riposter. Je ferais la même remarque que pour la précédente : les possibilités de dévier son coup pour vous frapper sont bien trop importantes pour que cette esquive soit vraiment sûre martialement.

Enfin une  esquive classique vient sur une attaque aux jambes et consiste à soit enlever la jambe, soit sauter pour esquiver la lame. Sauter est spectaculaire mais martialement pas très intéressant. En revanche, en soi esquiver en retirant la jambe est ce qu'on est censé faire dans une telle circonstance... tout en frappant l'adversaire à la tête dans le même temps ! Parce que, comme je l'ai expliqué dans un autre article, martialement c'est plutôt idiot d'attaquer comme ça les pieds sans préparation. Alors, oui, après une préparation et une surprise, pourquoi pas, mais disons que cette esquive risque d'être plutôt rare.
 
On vous le rappelle : attaquer les jambes c'est rarement bon !
Henry Angelo - 1798

Bon, d'accord, on peut quand même faire des esquives crédibles.

Ceci dit l'esquive n'est cependant pas une aberration martiale. Nous avons vu qu'elle peut avoir du sens en cas d'attaque aux avancées ou aux jambes mais l'esquive la plus crédible martialement reste tout simplement de reculer pour esquiver l'attaque, "faire tomber dans le vide" comme on dit en escrime sportive. Celle là est universelle et fonctionne avec toutes les armes et tous les types de coups, elle signe un personnage en général prudent ou peureux. En début de combat elle marque la méfiance et l'hésitation à s'engager face à un ennemi qu'on ne connaît pas. En milieu ou fin de combat elle marquera plutôt la domination de l'adversaire dont on se garde de plus en plus. Cette esquive a l'inconvénient de rendre la riposte difficile et cantonnera plutôt le personnage qui l'effectue dans la défense. En dehors de cela elle est très crédible.

Les esquives de coups d'estoc au tronc sont également assez crédibles à condition d'être faites au tout dernier moment, celui où l'adversaire ne peut plus dévier la trajectoire de son arme. Elle sont donc techniquement difficiles à exécuter de façon crédible et seuls des escrimeurs entraînés y parviendront et feront de jolies passata di sotto et autres. Les autres ajouteront une parade de lame au retrait du corps qui gardera leur personnage de tout changement de trajectoire que voudrait faire leur adversaire.

En fait dans l'escrime du Moyen-âge, de la Renaissance et même en grande partie du XVIIe siècle on mêle le plus souvent un retrait du corps de la ligne d'attaque à une parade. Seule l'escrime à l'épée de cour à partir surtout du XVIIe siècle et qui se fait en ligne change cette habitude. Il en résulte qu'on peut effectuer la plupart des esquives décrites plus haut de façon crédible en ajoutant une opposition ou une couverture de sa lame pour se garder de mauvais coups. Ainsi l'esquive d'un coup diagonale s'accompagnera-t-elle en se couvrant en "quinte" ou en "quinte inversée" qui permet d'ailleurs de délivrer très facilement un coup de taille voire un estoc une fois en position. Le geste est assez proche pour un coup vertical. quant au coup horizontal il convient de l'intercepter avec sa lame en cédant et en le faisant glisser dessus tant qu'on s'abaisse. Si l'on a un bouclier on peut éventuellement s'abaisser directement en se couvrant avec celui-ci. Il en résultera plus de contacts de lames mais aussi plus de crédibilité.
 
Et oui, reculer (en rajoutant une parade au cas où) c'est souvent payant en escrime
Photo : Lisa Granshaw (2014)

Les esquives c'est beaucoup de gesticulations

Ma dernière critique envers les esquives est une pure question d'esthétique personnelle et concerne l'effet visuel qu'elles produisent. Je trouve en effet qu'une trop grande utilisation des esquives dans un combat tend un peu vite à la gesticulation voire au burlesque. Outre l'effet souvent un peu magique de certaines esquives peu crédibles (même parfois pour le spectateur non initié) on a l'impression que le héros qui esquive sautille en tout sens, mais comme on ne sait pas, en général, agrémenter cela de sauts périlleux, de roulades ou d'autres cascades comme en va en trouver par exemple dans le cinéma asiatique cela reste peu spectaculaire et ne donne pas forcément une immense impression du personnage. En fait cela donne l'impression d'un personnage peu technique qui est obligé d'esquiver parce qu'il ne sait pas se servir correctement de son épée. C'est évidemment une possibilité de choix scénaristique mais elle est rarement assumée comme telle.

En revanche opposer la lame ou se couvrir avec celle-ci donnera une meilleur impression de maîtrise. Les lames tinteront ou glisseront probablement mais on s'apercevra que le personnage sait se servir de la sienne et qu'il tente alors une technique audacieuse qu'il connaît bien. On garde ainsi les mouvements des corps mais on réintègre l'arme dans le combat alors qu'elle a tendance à disparaître un instant dans le cadre des esquives "classiques". Pas d'acrobaties ou de gesticulations, du combat et encore du combat !

Notons que ces mouvements de corps ont tout de même un intérêt sur une scène assez large où les spectateurs sont éloignés des combattants. Les plus lointains verront en effet assez mal les armes et ils ont besoin de voir les corps bouger pour profiter tout de même d'un spectacle, d'où l'intérêt de mettre des esquives qui ont plus d'amplitude que de simples parades. Cependant les faire en y mêlant les lames conserve le même visuel que sans, l'aspect martial en plus, pourquoi donc s'en priver ?
 
***
 
Voilà donc mon avis sur les esquives. J'ai conscience qu'il est très personnel et pas forcément partagé au vu des nombreuses esquives que l'on peut voir un peu partout. Néanmoins j'espère qu'il vous fera réfléchir à vos pratiques et mieux savoir pourquoi vous choisissez de faire tel ou tel mouvement (ou de ne plus le faire, ou de moins le faire si je vous ai convaincu). Les esquives donnent une escrime qui semble moins technique, plus en mouvement et en capacités athlétiques. Gardez à l'esprit que cela influe sur ce que ça dit du personnage qui les effectue et que si vous voulez un personnage plus technicien vous privilégierez les contacts de fer. À vous de voir en fin de compte ! (Tant que vous savez ce que vous voulez. C'est après tout le plus important.)


lundi 26 avril 2021

Repenser le courage et l'héroïsme (armure et entraînement)

Cet article part d'une remarque de Dominique Barthélémy dans sa monographie La Chevalerie (Fayard - Paris - 2007) à propos des poème carolingiens célébrant la gloire au combat de certains aristocrates. L'auteur faisait remarquer qu'il était bien plus facile de faire preuve de courage lorsque l'on est protégé par une armure qui vous garde de la plupart des coups. Cela m'a ainsi fait repenser la notion de courage et d'héroïsme dans beaucoup de récits et même probablement dans la réalité de toutes ces époques où l'armure protectrice est l'apanage d'une certaine classe sociale. C'est donc cette notion et son impact sur les scénarios d'escrime de spectacle que l'on peut proposer que je vous invite à examiner plus avant dans cet article.

Nota Bene :  Cet article formule une hypothèse qui mériterait d'être sérieusement étayée, il faut donc la prendre pour ce qu'elle est, une hypothèse et une éventuelle piste de recherches. De plus je balaye des étendues temporelles très vastes (plusieurs siècles voire millénaires) et je suis donc conduit à généraliser grossièrement et gommer des détails importants.

"Au milieu du champ de bataille chevauche le comte Roland,
"Sa Durendal au poing, qui bien tranche et bien taille,
"Et fait grande tuerie des Sarrasins.
"Ah ! si vous aviez vu Roland jeter un mort sur un autre mort,
"Et le sang tout clair inonder le sol...
"Tous les Français frappent, tous les Français massacrent.
"Et les païens de mourir......"

(Vers 1338-1342 et 1347, 1348.)
La Chanson de Roland, volume 1, de Léon Gautier 1872

Les époques de l'armure réservée aux élites

Tout d'abord il convient de savoir de quelles époques nous devons parler. Nous cherchons des époques où l'armure reste un apanage d'une frange relativement réduite de combattants de l'élite et où elle est efficace contre la majorité des armes utilisées sur les champs de bataille ou dans les embuscades.

La limite récente se situera probablement vers le milieu du XVIe siècle où la puissance des armes à feu commence à réduire l'importance de l'armure ou à obliger à en porter de plus lourdes, à l'épreuve du mousquet. C'est aussi entre la fin du XVe siècle et le début du XVIe siècle que les armures deviennent très fréquente dans la troupe, y compris dans les rangs des piquiers. Avec les manufactures on voit apparaître les armures dite "de munition" produites en masse et à la chaîne pour équiper des compagnies voire des régiments entiers. Cela coïncide d'ailleurs en grande partie avec la fin de la geste héroïque chevaleresque, Bayard (mort en 1524) en est un des derniers représentants.

On peut donc inclure l'essentiel du Moyen-Âge dans notre espace temporel en remontant jusqu'aux Caroligiens. C'est en effet à cette époque (VIIIe et IXe siècle) que se répandent les broignes d'acier et les casques ainsi que le cheval et les étriers. Ces armes équipent les aristocrates et riches propriétaires terriens mais également leurs suites armées. Ces corps sociaux ont ensuite plus ou moins fusionné pour donner la chevalerie tandis que les autres hommes libres qui composaient auparavant le gros des armées mérovingiennes se sont vus reléguer dans paysannerie, parfois même asservis. C'est une époque de chansons de geste où l'on célèbre les exploits des héros aristocrates de la Matière de France ou de Bretagne (Roland, Olivier, Ogier le Danois, Arthur, Gauvain, Lancelot).

Enluminure du Psautier de Stuttgart (1ère moitié du IXe siècle) illustrant le psaume 18 avec l'armement de son époque. On note le casque et la broigne du personnage principal.
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Les armées médiévales, à partir de l'époque caroligienne, comptent donc d'un côté une élite de cavaliers lourds, entraînés et armurés, et de l'autre des piétons souvent recrutés à la hâte, mal armés et mal protégés. Je passe les détails des évolutions tactiques qui ont pu voir, pendant la Guerre de Cent ans, la plupart des chevaliers combattre à pied en infanterie démontée et la montée de certains corps comme les archers et les arbalétriers. Néanmoins l'élite de ces armées restait toujours le combattant lourd, le plus souvent noble, bien entraîné et armé.

Avant les Caroligiens la plupart des guerriers étaient des fantassins faiblement protégés (un bouclier, parfois un casque et très exceptionnellement une armure). Quant à l'Antiquité romaine et grecque, elle nous présente essentiellement des armées dont l'ossature réside dans une infanterie lourde et cuirassée (légionnaires, phalangistes, hoplites). Néanmoins le nombre de ceux-ci, les tactiques, les mentalités, étaient peu propices à célébrer des héros invincibles. Il faut remonter à l'époque d'Homère (VIIIe siècle av. J.C.) pour voir des élites avec un armement lourd (déjà celui du futur hoplite) accompagnés de troupes légères. Pour ce que l'on en sait cela semble également être le cas de l'époque mycénienne (1550-1050 av. J-C) et cela colle bien avec l'époque des héros surhumains de l'Iliade et des légendes grecques (Achille, Hector etc.).

L'armure de Dendra, datée du XVe siècle av. J.C. est l'amure dépoque mycénienne la plus complète trouvée à ce jour. Si les héros de l'Iliade ont eu une existence c'est probablement une armure proche de celle-ci qu'ils ont portée.
Photo : Schuppi pour Wikimedia Commons

Élite contre piétaille : le combat inégal

Examinons donc ce qui faisait la supériorité de ces combattants d'élite face au gros des troupes auquel ils pouvaient être confrontés et qui pouvaient justifier des exploits héroïques.

Nous avons donc en premier lieu parlé de l'armure qui est probablement l'élément déterminant. Les armures sont évidemment différentes selon les périodes et, durant le Moyen-Âge, elles évoluent vers une protection de plus en plus importante. Néanmoins toutes les armures comportent des éléments commun comme, au minimum, une protection de tronc en métal et un casque. Ces éléments protègent des agressions les plus fréquentes sur le champ de bataille : les flèches et les lances qui viseront plus facilement le tronc et les coups de taille verticaux dirigés vers le crâne. De cette façon on se garde des coups les plus mortels et les plus fréquents. Ces éléments sont souvent complétés par d'autres armes défensives comme des protections d'épaule, de bras ou de jambes ou encore des boucliers d'autant plus petits que l'armure est couvrante. Les matériaux sont des plates de bronze pour l'Antiquité, des écailles ou des anneaux d'acier pour l'époque caroligienne et le Moyen-Âge central et des plates d'acier pour le Moyen-Âge tardif ou pour les casques. Ainsi protégé le combattant d'élite est difficile à blesser car il faut viser les défauts de son armure là où lui a juste à frapper son adversaire au torse ou à la tête non protégés ou mal protégés et qui sont des cibles bien plus faciles. En fait, au Moyen-Âge, les chevaliers meurent rarement à la guerre et sont le plus souvent capturés et rançonnés car il est difficile de les tuer et s'instaure entre gens du même monde certaines règles de modération de la violence. Si vous avez encore un doute sur l'efficacité des armes (parce que vous avez vu trop de films hollywoodiens) allez lire mon article qui en parle.

Chevalier du XIIIe siècle en haubert de mailles complet coiffé d'un grand heaume et renforcé d'un écu triangulaire, l'armure des aristocrates de l'époque les préservait de la plupart des coups. En plus de l'épée, le chevalier porte en général une lance.
Enluminure tirée du Beinecke MS.229 (romances arthuriennes)

On rajoutera un autre élément qui est d'ailleurs en partie la conséquence du premier et qui tient à l'entraînement et à la formation de ces combattants d'élite. Tout d'abord, étant plus riches que le moyenne ils sont probablement mieux nourris, avec moins de carences alimentaires et donc un peu mieux développés physiquement même si cela n'est pas forcément vrai ni même très concluant. Mais surtout ils s'entraînent physiquement. Les Grecs font des exercices athlétiques et on trouvé ça et là la trace d'entraînements de ce que nous nommerions "préparation physique" chez les chevaliers médiévaux comme par exemple celui qui consiste à monter une échelle barreau par barreau suspendu à la seule force des bras et lesté d'une chemise de mailles. En plus des exercices athlétiques on doit supposer un certain entraînement au combat et une mise en pratique dans les tournois de chevalerie (pour la bataille) et la chasse (pour la "petite guerre"). Outre son équipement supérieur le combattant d'élite est donc également probablement plus affûté physiquement et mieux entraîné aux armes. Si l'on ajoute une forte pression psychologique liée à l'honneur et au fait de ne pas passer pour un couard on arrive à un fossé entre le combattant d'élite lourd et le fantassin léger.

"Maintenant s’essayoit à saillir sur un coursier tout armé, puis autrefois couroit ou alloit longuement à pied, pour s’accoustumer à avoir longue haleine, et soufrir longuement travail. Autre fois ferissoit d’une coignée ou d’un mail grand piece, et longuement, pour bien se duire au harnois, et endurcir ses bras et ses mains à longuement ferir, et qu’ils s’accoustumast à legerement lever ses bras. (...)
Item, il montoit au revers d’une grande eschelle dressée contre un mur tout au plus hault, sans toucher des pieds, mais seulement sautant des deux mains ensemble d’eschellon en eschellon, armé d’une cotté d’acier ; et ostée la cotte, à une main sans plus, montoit plusieurs eschelons."

Extrait des Mémoires ou Livre des faits du bon messire Jean Le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France et gouverneur de Gennes, éd. M. Petitot, dans Collection complète des mémoires relatifs à l’histoire de France, depuis le règne de Philippe Auguste jusqu’au commencement du XVIIe siècle, t. VI, Paris, 1825, p. 390-391.
Cité par Émeline Baudet dans son Mémoire de Master de 2013 : Édition du Florius, de arte luctandi, BNF lat. 11269.

Ces éléments pris en compte il ne faut donc pas s'étonner d'imaginer un groupe de cavaliers (ou de chevaliers démontés pour la Guerre de Cent ans) d'élite charger et balayer un groupe de piétons légers plus nombreux mais mal armés et mal entraînés. Bien sûr les exploits de l'Iliade, des poèmes caroligiens ou des chansons de geste sont fortement exagérés mais on peut leur imaginer une part de vérité. Les flèches (déjà beaucoup moins précises que dans les films) ne percent pas les armures de ces combattants d'élite. Ils sont le plus souvent mobiles (quand ils sont montés), il est très difficile de les blesser (toujours en raison de leur armure). De plus ils sont entraînés aux armes, à combattre en groupe et conditionnés à ne pas s'enfuir au combat. Même un seul d'entre eux, entouré d'ennemis mal armés, sera difficile à abattre et peut créer des exploits. On comprend ainsi mieux ces histoires de héros que l'on raconte et où, finalement, les seuls adversaires dignes de ce nom sont d'autres guerriers d'élite pareillement armés.

La panoplie dite d'Argos, datée de la fin du VIIIe S. av. J.C. peut donner une idée des armures à l'époque d'Homère. Même si elle préfigure l'armure des hoplites des siècles suivants ce type d'armure n'était encore probablement que par des aristocrates.
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Traduire l'héroïsme en spectacle

Reste à voir comment on peut traduire cela en escrime de spectacle. En fait on doit constater que le scénario d'un héros ou d'un groupe de héros abattant des hordes d'ennemis les uns à la suite des autres est juste un grand classique du film d'action. Cependant le plus souvent ceux-ci esquivent toujours miraculeusement toutes les attaques ennemis et ne sont jamais touchés ou juste légèrement blessés. Si on observe bien on a souvent des ennemis dans le dos qui ne frappent pas alors qu'ils le devraient, juste pour préserver cette illusion. Paradoxe encore plus absurde, souvent ces héros ne portent pas d'armure quand leurs ennemis en ont et meurent au moindre coup !

Il convient donc d'inverser les choses : les héros portent des armures et leurs ennemis non. N'oublions pas qu'une cotte de mailles ou une armure bien conçue sur un combattant entraînée à la portée n'entrave pas tant que ça les mouvements. Pour vous en convaincre voyez ce que font les pratiquants de béhourd avec leurs armures de 15 à 20kg ! Donc les ennemis sont innombrables mais fragiles, sans armure ils sont blessés, souvent grièvement au moindre coup d'épée bien placé et leurs coups à eux sont très peu efficaces. On peut ainsi faire attaquer les ennemis dans le dos avec des attaques inefficaces qui peuvent juste un peu déstabiliser le héros voire donner l'impression qu'il subit une pluie de coups mais résiste par sa vaillance. Il faut évidemment briser un grand tabou de l'escrime artistique : il faut toucher !

Ce combat tiré de La Communauté de L'anneau réalisé par Peter Jackson (2001) est un classique du groupe de héros affrontant une horde d'ennemis innombrables. Logiquement les héros devraient porter plus d'armure et les orques aucune, ce qui rendrait plus réaliste l'action.

Notons tout de suite que d'un point de vue sécurité on est en fait pas mal, cela demande un minimum de précision de la part de l'attaquant mais en principe la précision c'est une de qualité de tout escrimeur de spectacle qui se respecte. On évitera évidemment de frapper aussi fort qu'un coup normal le ferait, il faut juste que ça s'entende un peu, surtout si c'est sur une armure de plates. Mais en vrai, un gambison sous une armure ordinaire ou une cotte de mailles permettront d'être tout à fait en sécurité sur des coups de taille. Les coups d'estoc seront un peu plus délicats à gérer mais au bon endroit ça peut aussi se faire.

Moyennant cela on aura bien notre (ou nos) héros invulnérable ou presque affrontant des hordes d'ennemis. Cet héroïsme de l'équipement et de l'entraînement est donc particulièrement adapté au combat de groupe déséquilibré. Le scénario classique est le héros qui se débarrasse de tous les sbires du grand méchant, lui aussi un guerrier d'élite armuré et entraîné, avant de l'affronter. C'est un peu ce que l'on voit dans l'Iliade, des héros armurés sur leurs chars qui massacrent les troupes ennemis avant de tomber sur un héros de l'autre camp et de l'affronter dans un duel épique où les dieux aiment également mettre leur grain de sel. On peut évidemment imaginer d'autres scénarios comme la mort du héros après s'être héroïquement défendu (la mort de Roland à Roncevaux) ou un chevalier en armure qui en vient à être en difficulté et est sauvé par son écuyer légèrement armé. Notons qu'historiquement, valets armés et écuyers suivaient souvent les chevaliers et capturaient leur ennemi quand il avait été jeté au sol et/ou sonné en leur mettant une dague sous la gorge.

 

Même si cette vidéo n'est pas la meilleure réalisation d'Adorea c'est l'une des seules à proposer un scénario d'un héros en armure affrontant une horde d'ennemis légèrement armés.

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Voilà, l'objectif de cet article était de poser une réflexion, à la fois sur l'héroïsme des élites mais aussi sur ce qu'on pouvait imaginer avec les armes de certaines époques. Cette supériorité guerrière était probablement aussi une justification des inégalités sociales et une auto-congratulation des élites qui, protégés par leurs armures, pouvaient railler à peu de frais la couardise des paysans levés à la hâte, mal armés et mal entraînés. J'espère qu'il vous donnera des idées de scénarios à l'avenir. C'est une réflexion qui revient souvent chez moi mais je trouve généralement les armures très mal utilisées dans les combats chorégraphiés, au cinéma comme sur scène. Notons également que cette réflexion est également complètement appropriée pour des scénarios dans des monde de Fantasy d'autant qu'elle demandera moins de rigueur sur l'historicité des armures.