samedi 10 février 2018

Le nécessaire respect de la logique de l'arme en escrime artistique

Ce n'est pas un scoop, les armes sont différentes et ont des caractéristiques propres qui favorisent certains coups, certaines techniques au détriment d'autres. Bien sûr il y a des invariants du combat comme le tempo, les cibles ou la distance mais le reste, y compris les déplacements, va être fortement influencé par l'arme que l'on manie.
Alors pourquoi voit-on autant de vidéos de pratiquants manier leur épée médiévale, leur lance, leur broadsword écossaise ou je ne sais quoi d'autre comme si ils faisait de l'escrime de taille à la rapière triangulaire (on reviendra probablement là-dessus un de ces jours d'ailleurs mais ce n’est pas le propos aujourd'hui) ? Si je caricature un peu, la seule différence par rapport à un combat à la rapière c'est qu'on a des armes et des costumes différents, mais on utilise les mêmes techniques..
L'intérêt est finalement assez faible, on se retrouve avec une sorte de style universel habillé différemment.
Or pour beaucoup d'armes il existe des traités expliquant comment les manier, et grâce à la magie d'internet ils nous sont désormais accessibles, très souvent traduits en français ou au moins en anglais ! Pour les autres on peut réfléchir et s'inspirer des sources qu'on possède.
Ainsi il serait dommage de construire une chorégraphie médiévale à l'épée longue sans quelques gardes empruntées chez les auteurs allemands ou italiens, sans coups de pieds, sans les fourberies de Fiore ou les coups de maîtres en un temps d'escrime de la tradition de Lichtenauer ! En faisant cela on donnerait tout son intérêt au fait de pratiquer à l'épée longue plutôt qu'à la rapière, parce qu'on y fait des coups qu'on ne peut pas faire à la rapière, on s'y déplace différemment, certaines techniques comme les battements sont plus efficaces etc. Du coup le combat est vraiment différent, en variant les armes on varie les spectacles au lieu de les maquiller ! De même, si l'on a une lance contre une épée, la différence d'allonge doit se faire sentir, on se doit de construire le combat autour de la difficulté pour l'épéiste de franchir cette distance, on aura alors un combat complètement différent, avec du déséquilibre, un scénario inhabituel mais justement, on sortira de la routine.
Respectons la logique des armes que nous utilisons, la variété profitera au spectacle !

(ci-dessous Hans Talhoffer nous explique le problème d'attaquer quelqu'un armé d'une épée quand on n'a qu'une dague)


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