Bon alors il faut qu'on parle d'un truc que la plupart des gens expérimentés font plus ou moins mais qu'on vous apprend rarement à faire : anticiper sa riposte. En fait on demande même aux débutants de faire le contraire : revenir en garde après une attaque ou une parade. Or, si c'est bien pour les débutants parce que... euh au fait, pourquoi ? Bon, je vais demander au Baron de Sigognac, il est Maître d'Armes, il devrait savoir. Donc si c'est bien pour les débutants c'est une habitude à perdre assez vite. Et pourtant personne ne vous le dit jamais, même si on ne vous embête pas avec ça au bout d'un moment. Je vais donc énoncer des choses qui vont probablement (j'espère) vous sembler évidentes mais comme je n'entends jamais personne les énoncer je pense que c'est bien de le faire. On va d'abord se pencher sur le retour en garde avant de voir la nécessité d'anticiper.
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| Enchaînements dans Infantery sword exercice par Henry Angelo (the younger) 1817 |
Pourquoi revenir en garde c'est bien pour un débutant
Par le Baron de Sigognac
On fait ça nous ? Heu... Alors... Certes, mais... c'est compliqué. Bonjour à tous, ici le Baron de Sigognac pour vous desservir.
Vous l'aurez compris, le capitaine nomme par retour en garde, une étape artificielle ou nous nous forcerions à revenir à notre position initiale de jambe, mais surtout de main. Je passe les différences de conception d'une garde en escrime médiévale de celle moderne.
Chez un débutant, elle peut s'observer aussi bien dans une pratique sportive qu'artistique. Les objectifs tactiques sont là encore différents, mais reposent sur la nécessité commune d'apprendre une décontraction du bras armé qui suivrait grossièrement ce schéma : le développement de l'offensive ou défensive, le relâchement des épaules puis du reste du bras jusqu'à revenir en garde au bout d'un certain temps. Et c'est grâce à ce relâchement que l'escrimeur peut habilement enchainer ses actions de mains défensives ou offensives que nous pouvons là encore résumer ainsi : action 1 / relâchement pouvant aller jusqu'à un retour en garde complet, mais pouvant s'interrompre avant / action 2 /...
Or, un débutant à tendance à se raidir sur ses actions. De fait, le forcer à revenir en garde l'aide à se corriger et se prémunir de cet état. Le tout en travaillant le besoin par défaut, faute de mieux, dans l'attente, de se mettre en garde pour fermer des cibles, favoriser des actions, incarner une certaine posture... Sans cela autant leur demander de juste faire tomber leur bras. C'est d'ailleurs une étape pédagogique parfois. Mais gardons à l'esprit qu'il s'agit, surtout en escrime de scène, d'un moment visant l'apprentissage du relâchement nécessaire pour pouvoir enchainer diverses actions de mains.
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| Gardes dans Hungarian & Highland Broad Sword par Henry Angelo (1799) |
Le problème du retour en garde
Après ces explications pédagogiques, passons maintenant aux non-débutants :
Revenir en garde après une attaque cela peut être martialement intéressant dans le sens où, si on n'a pas d'idée après, autant se protéger. Donc, si vous prévoyez une attaque où le défenseur ne riposte pas et où l'attaquant n'enchaîne pas avec une autre attaque, l'attaquant devrait logiquement revenir en garde après ça. Cela signifie donc qu'il ne veut dont pas enchaîner avec une autre attaque qui pourrait potentiellement l'exposer, mais aussi que le défenseur n'est pas en mesure de riposter immédiatement parce que la parade ou l'esquive qu'il a utilisé ne le lui permet pas ou simplement qu'il ne le veut pas parce qu'il est par exemple sur la défensive, en phase d'observation. Cela peut permettre de jouer un début de combat prudent, où les adversaires se testent. Mais ça ne fera pas un enchaînement comme on aime en voir.
Or, si on veut un enchaînement il faut que la riposte soit assez rapide et l'attaquant initial n'a donc probablement pas eu le temps de revenir en garde, il est donc ouvert et vulnérable, d'où la riposte. Cela suppose aussi que le défenseur ne se remette pas en garde non plus avant de riposter, qu'il riposte depuis sa position de parade (ou d'esquive). Si les deux se remettent en garde on aura quand même un truc très bizarre pour le spectateur et une coupure dans l'enchaînement. En gros ça sera lent et un peu pataud. Donc clairement il faut éluder cette phase de retour en garde dés que l'on monte un peu en niveau. Mais il y a un peu plus que ça.
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| Parade de quarte dans L'Art de l'Escrime dans toute son étendue de Baltazar Fischer (1796) |
Anticiper avec la défense adéquate
Oui parce qu'il ne suffit pas de le dire pour le faire bien. Vous remarquerez que l'on ne peut pas correctement effectuer toutes les ripostes depuis certaines parades. Ainsi il est relativement difficile d'envoyer une attaque de taille après une parade de quarte, surtout si la pointe est bien vers le ciel façon antenne. Vous pouvez éventuellement riposter dans la même ligne si vous êtes bien bras court (ce qui veut dire que vous n'avez pas eu à bloquer une attaque trop brutale) mais c'est à peu près tout. La logique ici serait plutôt que l'attaquant enchaîne une nouvelle attaque. On a donc ici une parade très enseignée qui serait plutôt une parade de panique. En revanche si, en parant, vous avez déjà la pointe vers l'adversaire vous pouvez immédiatement riposter en estoc. C'est donc la bonne parade pour renvoyer un estoc, et si vous vouliez renvoyer une taille considérez plutôt la parade de prime haute qui vous permet de renvoyer direct en vertical, en diagonale voire en horizontal de l'autre côté.
Je ne vais pas multiplier les exemples mais vous voyez ainsi, avec une parade commune, comment le choix de celle-ci et la forme que vous lui donner influencera grandement le geste suivant : enchaînement d'attaques (parade, de quarte pointe en l'air), riposte en estoc (parade de quarte, pointe vers l'adversaire) ou riposte en taille (parade de prime). Évidemment ça va dans l'autre sens : si vous attaquez par exemple en taille vers votre côté armé vous aurez du mal à faire une parade de quinte sur une riposte à la tête. La quinte inversée voire une interception de la lame pour la frapper en quarte (avec ou non un liement) seront mieux indiquées. Bref, l'idée c'est de suivre la biomécanique ou de réfléchir à ce que vous faites avant si vous voulez arriver à un coup précis (parce que vous l'aimez bien, que vous avez prévu de finir comme ça ou pour toute autre raison scénaristique).
Je dois avouer que je construis plutôt mes combats avec la première méthode : je pare et je vois ce que martialement je pourrais faire après pour mettre en danger l'autre, ou quel coup sympa je pourrais placer, si il n'y a rien de bien ou qu'on l'a déjà fait 2 ou 3 fois, alors j'essaie avec une autre parade. Bon, avec l'expérience et la lecture de traités on a plein d'idées et ça va vite mais au début on teste et voilà. Malgré tout la seconde méthode est tout aussi valable et je l'utilise au moins quand je veux placer une enchaînement précis (souvent un truc cool vu dans un traité). Notons que, prévoir les cibles à l'avance est une méthode intéressante si vous n'avez pas un énorme bagage de techniques, donc si vous être débutant ou n'avez que quelques années d'escrime et n'avez pas vu des dizaines de techniques. Cela vous oblige à réfléchir comment amener un coup depuis une position de parade ou comment faire pour justifier un enchaînement d'attaques. C'est donc très formateur.
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| Manuel théorique et pratique d’escrime (Fleuret, Épée, Sabre) par Émile André (1908) |
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Voilà donc pour ce court article. Je me répète, j'ai vraiment l'impression d'énoncer des évidences et c'est probablement ce que font, au moins instinctivement, la plupart des escrimeurs et des escrimeuses artistiques. Pourtant, comme cela n'est jamais dit, je pense que cela n'est pas forcément clair dans la tête de tout le monde. Beaucoup de gens, même quelques années d'expérience, ne semblent pas bien connaître ce qu'on peut enchaîner après telle ou telle parade ou après tel ou tel coup. Donc pensez-y, testez, soyez fluides, ça sera plus joli.




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