Si j'ai évoqué l'intérêt de pratiquer l'escrime (ou toute autre forme de combat d'opposition) au cours de plusieurs articles précédents je n'y avais jamais consacré un article spécifique. Nous allons donc parler ici de ce que peut vous apporter une pratique complémentaire à l'escrime de spectacle. Se confronter à du combat peut indéniablement être un bon apport à notre pratique même si il s'agit évidemment ici de simulation et/ou de jeu puisque personne n'envisage de se battre avec des épées tranchantes et pointues.
Par combat ou escrime d'opposition j'entends ici le fait de s'affronter, à deux ou à plusieurs, de préférence avec des armes ou des simulateurs d'armes. Cela inclue les compétitions bien sûr, mais aussi (et surtout) les "assauts" ou les "sparrings" voire toute pratique qui vous mettra dans cette situation avec normalement un vainqueur et un vaincu. Les éventuels entraînements à ces situations d'affrontement en font donc également partie.
En revanche j'exclurai les arts martiaux sans opposition mais aussi les pratiques de self défense sans réelles simulations de mise en pratique.
Notons que l'on part ici du postulat d'une pratique amateur que l'on ferait en complément de l'escrime de spectacle. On ne parle pas ici de s'y impliquer à fond mais de pratiquer à côté pour devenir un meilleur escrimeur ou escrimeuse de spectacle. Bien sûr que l'on peut se prendre au jeu et on espère bien prendre du plaisir à cette autre pratique, mais l'idée ici n'est pas forcément de pratiquer intensément et à haut niveau (on peut toujours, mais on n'a pas forcément besoin de ça pour que cela nous apporte des compétences).
Il reste à voir ce que cela va nous apporter réellement et pour cela je vais détailler deux parties : sur la meilleure compréhension du combat mais aussi de meilleurs automatismes.
L'analyse des différentes pratiques fera l'objet d'un autre article qui paraîtra peu de temps après celui-ci (il est actuellement presque entièrement rédigé).
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| Sparring d'exhibition de l'AMHE Arras lors d'un festival en 2025 (photo : la Voix du Nord) |
Une meilleure compréhension du combat et de ses enjeux
Le premier intérêt de pratiquer du combat en opposition c'est une meilleure compréhension de ce qu'est le combat. Là, quelle que soit l'opposition, on comprendra le besoin de feinter ou de provoquer la faute, de tromper l'ennemi pour le toucher, c'est ici valable quelle que soit la discipline. On verra ainsi le combat de façon différente, moins "chorégraphique" mais comme un nécessaire enchaînement d'actions et de réactions. Avec le temps ou un bon formateur on comprendra l'importance de ne pas se jeter sans plan ou attendre passivement sans stratégie. Un escrimeur ou une escrimeuse saura, à force, distinguer ce qui est plus ou moins martial dans les gestes et la chorégraphie qu'il construira ensuite avec son ou ses partenaires. Il pourra faire le choix de ne pas opter pour des gestes martiaux (ou du moins pas à 100%) mais il ou elle aura expérimenté.
En poussant plus avant on pourra également mieux comprendre les profils de combattants, si on est plus offensif ou défensif, conquérant, blindeur, presseur ou contreur par exemple. Notons que cela peut néanmoins être très impacté par les règles de la pratique qui peuvent favoriser tel ou tel profil (le plus souvent les profils offensifs avec des règles de non-combativité). Néanmoins on peut en apprendre pas mal, sur soi d'abord, sur les autres ensuite. On a en effet tout un panel de combattants à observer et à interroger, comprendre comment ils fonctionnent. N'hésitez pas à le faire, je n'ai moi-même vraiment compris le blindeur qu'en en discutant longuement avec le Baron (qui est naturellement un contreur-blindeur), ce n'était pas du tout naturel pour quelqu'un porté naturellement à l’initiative comme moi (je suis clairement un conquérant-presseur).
Enfin, pratiquer permet également de mieux comprendre la philosophie d'un combat et les phases de celui-ci : la phase d'observation du début, le risque de surconfiance quand on domine ou les questionnements quand on est dominé ou même la fatigue qui s'accumule avec les pertes de lucidité. On a l'occasion de le ressentir et de mieux construire le récit de son combat en se basant sur quelquechose de moins artificiel. La compétition (ou, dans le cas d'un GN, le fait d'incarner un rôle et un personnage qui ne veut pas mourir) peut permettre de ressentir un peu de la pression qui pèse sur le combattant, de sa peur de la mort. Bien sûr, nous sommes d'accord, cela n'est qu'un ersatz de la véritable peur ressentie en situation réelle. Néanmoins on notera que les armées stressent leurs combattants à l'entraînement pour mieux les aguerrir, on n'est donc pas dans le faux en agissant ainsi.
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| Combat d'escarmouche lors du GN "bagarre" Faide de l'association Time Freeze en 2025 (photo : Damien Charpentier) |
De meilleurs automatismes
Un autre avantage à pratiquer le combat en opposition c'est que vous progresserez plus vite, du moins dans certains domaines, ceux qui sont utiles au combat. Vous acquerrez de cette façon des automatismes que vous pourrez réactiver en escrime de spectacle.
Vous apprendrez ainsi plus vite à faire des fentes efficaces, à ne pas vous effondrer en les faisant sous peine de vous voir sanctionner d'une touche. De même, vos parades, vos actions au fer devront être efficaces et non cosmétiques. Vous apprendrez également à reculer pour vous défendre, ou du moins que si vous en reculez pas vous prenez plus de risques et vous arrivez vite à une distance de corps à corps. Vos déplacements devront être bons sous peine de vous pénaliser, de même que votre structure. Comprenons que tous ces défaut vous gêneront également pour faire une bonne chorégraphie d'escrime de spectacle mais on le fera toujours puisqu'on est en collaboration. Ici vous n'avez pas le choix sous peine de vous faire toucher et vous n'avez normalement jamais envie de perdre (ce qui n'empêchera pas d'accepter la défaite, mais on joue pour gagner, ou du moins faire du mieux qu'on peut).
Avec cette petite pression vous apprendrez normalement plus vite la gestion des distances et du tempo. Celle-ci est aussi essentielle, il existe bien des exercices pour la prendre en compte, des explications théoriques mais c'est aussi par la mise en pratique, par l'expérimentation, qu'on assimile cette notion. De plus, vous aurez peut-être un enseignant pour vous aider à la comprendre et à la percevoir, c'est notamment le cas à l'épée sportive où vous devrez assimiler la distance où vous pouvez toucher au bras ou au corps (mais aussi celles où votre bras ou votre corps sont en danger). Avec la pratique vous assimilerez également mieux le tempo, le rythme du combat et ce que signifie le fait de "voler un temps" à votre adversaire (ou vous le faire voler, ce qui risque plus souvent de vous arriver au début).
Enfin, dans mon dernier article je parlais d'anticiper les ripostes et les enchaînements, c'est aussi quelquechose qu'une pratique en opposition vous forcera à faire avec bien plus de pression que pour un combat chorégraphié. Vous serez forcés de mieux placer votre arme sur vos parades, d'apprendre plus d'enchaînements pour avoir une meilleure liberté de mouvement, gestes que vous pourrez facilement replacer dans le cadre de l'escrime de spectacle. Vous simplifierez également vos gestes, vous réduirez vos coupés ou vos dégagements, apprendrez à gérer les gestes parasites. Et même si vous me dites que vous préférez les exagérer en représentation cela ne sera pas forcément un problème car qui peut le plus peut le moins.
Un dernier avantage de pratiquer le combat d'opposition se traduit par une meilleure sécurité en général. Tout d'abord vous allez apprendre à parer par réflexe, donc à arrêter des attaques qui n'étaient pas prévues à cet endroit là. C'est évidemment toujours utile si votre partenaire se trompe dans son attaque ou maîtrise mal celle-ci. Je vous le conseille tout particulièrement face à un jeune gars de 18-20 ans qui débute et est un peu trop enthousiaste d'avoir une épée entre les mains et a tendance à s'emballer. Soyons clairs, il faudra qu'il apprenne très vite à se réfréner mais en attendant ce n'est pas plus mal de lui mettre en face quelqu'un qui sait arrêter une attaque. La sécurité va aussi se jouer à une meilleure compréhension du combat, de meilleurs "instincts". Vous comprendrez mieux ce qui se passe, les situations, et vous serez plus à même d'identifier les dangers, notamment liés à la distance mais pas seulement. Cela est valable pour ce que font votre ou vos partenaires mais également pour vous-même et à quel point votre prochaine action est potentiellement dangereuse ou, au contraire, sera sans risques quoiqu'impressionnante.
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| Challenge International d'Escrime à l'Ecole polytechnique © Ecole polytechnique / Institut Polytechnique de Paris / J.Barande |
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Je ne peux donc que vous inviter à pratiquer en parallèle le combat d'opposition, que ça soit des AMHE, de l'escrime sportive ou autre chose, vous en tirerez beaucoup de bénéfices pour votre pratique d'escrime de spectacle. Évidemment il faut que ça vous plaise, que vous en ayez envie, que vous y preniez du plaisir ou que vous soyez tellement investi dans l'escrime de spectacle que vous êtes prêt ou prête à faire cet effort. On peut tout à fait acquérir un bon ou un très bon niveau en escrime de spectacle mais le combat d'opposition vous aidera à progresser plus vite et à mieux comprendre certaines choses. Ajoutons que c'est en général une pratique un peu plus physique que l'escrime de scène et que le cardio que vous ferez en plus vous sera lui aussi bénéfique. N'hésitez donc pas à franchir le pas, il y a peut-être un club près de chez vous et si vous êtes en France il y a de fortes chances que vous pratiquiez déjà au sein d'un club FFE où vous pourrez vous essayer, parfois sans plus de frais, à l'épée au fleuret ou au sabre.



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