dimanche 8 février 2026

Les différentes pratiques de combat d'opposition (utiles pour l'escrime de spectacle)

Cet article fait suite au précédent qui se penchait sur les avantages de pratiquer le combat d'opposition pour améliorer notre pratique d'escrime de spectacle. Je me propose ici de lister la majorité des pratiques combattantes auxquelles ont peut avoir accès en France ou en Europe (voire dans le monde occidental en général). Je vais néanmoins me concentrer sur les plus intéressantes et les plus courantes et généraliser pour le reste. Évidemment cette analyse est forcément dépendante de mes connaissances et de mon expérience et il est tout à fait possible que je me trompe sur des pratiques que je connais mal, n'hésitez pas ainsi à me corriger en commentaire.

Je mettrai une note de 1 (*) à 5 étoiles (*****) pour chaque pratique en résumant les avantages et les inconvénients. Là aussi ça reste très subjectif ET c'est complètement lié à l'intérêt pour l'escrime de spectacle. Ce n'est pas un jugement de valeur, juste un jugement en rapport avec la complémentarité de cette discipline avec l'escrime de spectacle.

Miniature d'une vidéo de Skallagrim

 Les Arts Martiaux Historiques Européens (AMHE)*****

Avantages : une grande diversité d'armes et de situations, une volonté de simulation historique, des règles qui ont pour but de se rapprocher de situations historiques réelles

Inconvénients : une qualité d'enseignement variable, pas présent partout, du matériel assez coûteux 

Disons-le franchement, à mon avis la pratique des AMHE est probablement le meilleur complément à l'escrime de spectacle. Vous pouvez pratiquer de nombreuses armes et traditions et découvrir des dizaines de techniques. L'objectif des AMHE est de redécouvrir les techniques anciennes et de les pratiquer, idéalement on essaie de se rapprocher de situations historiques réelles. C'est à dire qu'on essaie de simuler soit ce que serait un combat réel, soit l'escrime de "loisir" telle qu'elle était pratiquée à l'époque, dans un cadre proto-sportif (notamment les Fechtschulen). Évidemment, les impératifs de sécurité limitent toujours un peu le réalisme mais l'idée est, très grossièrement, de s'en rapprocher.

En pratiquant les AMHE vous apprendrez donc des escrimes réalistes, martiales et historiques qui veulent simuler directement un affrontement souvent mortel. Ce qui est le scénario le plus courant en escrime de spectacle. Vous pouvez littéralement pratiquer toutes les armes et toutes les époques même si, et c'est là qu'on entre dans les inconvénients, vous serez dépendant de ce qui est pratiqué à votre club local ou des efforts que vous pourrez fournir (et les gens que vous pourrez convaincre de vous suivre) pour d'autres disciplines. Dans les faits l'immense majorité des clubs pratique l'épée longue, pour le reste c'est plus aléatoire mais vous avez de bonnes chances de pouvoir faire de la rapière, du coutelas, des armes d'hast ou du combat viking.

Sparring de combat viking au Club d'Escrime Stéoruellan
Photo : Noé Davenas pour ActuOrléans

Il n'y a néanmoins pas que des avantages. Comme c'est une pratique assez récente et presque exclusivement d'amateurs, la qualité des enseignants est très variable. Je ne parle pas évidemment de leur implication, simplement de leur formation pédagogique. Là où un Maître d'Armes possède un diplôme d'État et peut se prévaloir de plusieurs années de formation à son métier, l'instructeur d'AMHE a en général reçu une formation de quelques jours au mieux. Il a par lui-même étudié des traités, et généralement il les connait bien, mais il a une formation assez rudimentaire sur la pédagogie ou sur l'entraînement. Il peut se renseigner, s'améliorer et cela dépend donc beaucoup des individus mais gardez à l'esprit qu'un instructeur c'est très souvent quelqu'un qui a déménagé et a ouvert un club pour continuer à pratiquer. Notons d'ailleurs que cela ne veut pas dire qu'ils sont mauvais, juste qu'ils n'ont pas forcément toutes les méthodes pour bien enseigner.

Un autre frein à la pratique des AMHE, surtout avec du sparring, c'est le coût. Certes il existe des épées en mousse qu'on peut utiliser juste avec un masque d'escrime, mais pour avoir la meilleure sensation, le mieux reste de pratiquer à l'acier et cela demande beaucoup de protections : comptez entre 500 et 1000€ de matériel pour avoir un bon équipement. Si vous vous débrouillez bien vous pourrez réutiliser les armes pour l'escrime de spectacle (voir mon article sur les armes) mais pour le reste c'est généralement du matériel très spécifique. En revanche les inscriptions aux clubs sont souvent peu onéreuses mais les locaux peuvent être d'un confort très variable et certains clubs pratiquent même dans des parcs en extérieur.

Le dernier problème est le maillage des clubs. Si la discipline se développe bien, on en trouve pas de clubs partout et, comme je l'ai dit plus haut, vous serez limité dans les offres de discipline.

Notons que ce que je viens de dire pour les AMHE est à peu de choses près transposable pour les clubs se revendiquant des Arts Martiaux Français. La démarche est légèrement différente mais dans notre cas les apports et les inconvénients sont similaires.

 Analyse de sparring par French Hema Boy (Raphaël Tardio)

L'escrime sportive****(pour l'épée et le fleuret classique) ***(pour le fleuret et le sabre)

Avantages : des enseignants très formés, votre club FFE propose probablement la pratique et sans payer plus ou avec un surcoût très faible

Inconvénients : moins de diversité de pratiques, le fleuret et le sabre ont des règles assez artificielles

Si vous pratiquez en France vous avez de bonnes chances de pratiquer au sein d'un club membre de la Fédération Français d'Escrime (FFE) et qu'à côté de votre petit cours d'escrime de spectacle il y ait de nombreux créneaux consacrés à l'escrime sportive à l'épée, au fleuret ou au sabre. Certains club distinguent des pratiques de loisir et de compétition, d'autres nom, on y propose souvent une seule arme mais parfois deux (voire trois mais c'est rare). Les cours sont encadrés par un maître d'armes ayant ou un prévôt qui a un diplôme d'État et plusieurs années d'études.Cela peut d'ailleurs être celui même qui s'occupe déjà de votre cours d'escrime artistique, alors pourquoi ne pas vous y mettre aussi ? D'autant qu'en général vous n'aurez pas grand-chose à payer en plus voire rien du tout. Les clubs louent les tenues, prêtent les armes, vous n'avez pas besoin d'acheter grand-chose pour commencer et c'est là tout l'intérêt de l'escrime sportive par rapport à tout ce que je vous présente ici.

L'intérêt de l'escrime sportive c'est que vous pourrez bénéficier des raffinements d'un ou deux siècles de pratique, même au niveau amateur vous pourrez apprendre des subtilités de jeu déjà assez poussées, des tactiques, des réflexes de jeu etc. Personne d'autre qu'un maître d'armes ne vous enseignera aussi bien les subtilités du combat armé et de votre discipline en particulier. Autant d'informations précieuses et de ressenti emmagasinés pour mieux comprendre ce qu'est un combat. Vous côtoierez aussi des combattants différents, des compétiteurs qui ont soif de victoire et sont prêts à donner beaucoup pour l'obtenir, des profils qu'on rencontre beaucoup plus rarement en escrime de spectacle.

En revanche il faut quand même distinguer entre les armes. L'épée est faite à la base pour simuler un duel de la fin du XIXe siècle où l'on touche aux avancées. C'est l'arme qui a le plus gardé son aspect martial : il n'y a pas de règle de priorité, vous devez absolument écarter la pointe adverse et vous débrouiller pour toucher sans être touché si vous voulez marquer seul le point. On ne peut donc normalement pas se jeter sur la lame adverse et on doit trouver des solutions. Néanmoins le fait que le match est en 5 ou 15 points et que les doubles touches sont acceptées fausse un peu la donne : si on a de l'avance on va chercher les doubles touches et cela devient une tactique logique de tout faire pour toucher, peu importe si l'on est ou non touché tant qu'on touche. Néanmoins cela oblige aussi absolument le tireur mené aux points à apprendre à toucher sans être touché, ce qui est ce qu'on recherche. On perd quand même un peu en martialité, mais en dehors de cela l'épée reste une arme très martiale. Alors oui, évidemment, on n'a ici que de la pointe, toucher au bras est tout aussi valable qu'au corps ou à la tête alors que, dans la réalité, c'est évidemment très différent. Néanmoins vous prendrez tout de même de bons réflexes et comprendrez bien le combat en pratiquant l'épée.

Images du circuit national épée vétéran de 2016 (je mets volontairement des vétérans pour ne pas avoir des athlètes internationaux au physique extraordinaire) 

Le cas du fleuret est un peu différent. Arbitré "à l'ancienne", avec une "priorité de bras" et non une "priorité de jambes" il est très martial. Celui qui attaque en allongeant son bras a la priorité et même si les deux touchent, seul celui qui a la priorité marque le point. Pour la lui prendre il faut que son attaque échoue ou que l'on reprenne la priorité avec un battement. C'est ce que je vais appeler ici le fleuret "classique". Il apprend très bien à se défendre, mieux que l'épée donc, et à riposter, on y fait des dégagements, des coupés, des prises de fer etc. C'est en fait tout aussi bien que l'épée pour apprendre ce qu'est le combat et cela donne de beaux gestes avec beaucoup de parades,-ripostes-contre-ripostes... d'autant qu'on n'attaque qu'au tronc, ce qui est le plus souvent le cas en escrime de spectacle. Le problème est qu'on est progressivement passé à une priorité de jambes pour déterminer celui qui attaque. Ainsi, tant qu'on avance on a la priorité, même en avançant avec le fleuret écarté (pour éviter un battement et se faire reprendre la priorité). Ainsi on peut voir le scénario suivant : le fleurettiste A avance, fleuret baissé, si B se fend et que A relève sa pointe et le touche (le temps pour une double touche est très lent en fleuret), eh bien A a le point. On a tout perdu de la martialité originelle ! Cela tend un peu à se corriger m'a-t-on dit mais ça reste quand même beaucoup moins intéressant pour nous.

Quant au sabre il s'agit aussi d'une arme de priorité mais un peu mieux définie. Le problème réside dans son évolution technologique. Le sabre réel est une arme d'un certain poids, plus ou moins bien équilibrée (très mal pour les sabres de cavalerie, mieux pour ceux de l'infanterie) et qui a donc une certaine inertie. Il frappe de taille et il faut donc un peu d'ampleur pour faire une entaille significative. Or l'emploi de sabres très légers combiné à l'électrification font que les gestes du sabre sportif actuel n'ont presque plus rien à voir avec le maniement de sabres aptes à blesser ou tuer quelqu'un. Vous comprendrez donc bien le combat mais cela vous apportera beaucoup moins en terme de gestes.

 

Nick Itkin (à gauche) touche Enzo Lefort lors de la petite finale des Jeux Olympiques de Paris en 2024
(Daniel Derajinski/Icon Sport pour le journal L'Équipe)

Le jeu de rôle Grandeur Nature (GN) et le Trollball*** (pour les GNs "Baston" et le Trollball)** (pour les GNs "Aventure")

Avantages : une grande diversité de situations et notamment du combat de groupe, une certaine expérimentation de la peur.

Inconvénients : une activité souvent ponctuelle, un panel de cibles limitées, pas vraiment d'enseignants

Le Grandeur Nature (GN) désigne en général un jeu de rôle où les joueurs incarnent des personnages physiquement plutôt que virtuellement autour d'une table. Les actions sont donc résolues en grande partie physiquement par les joueurs : vous parlez, vous courez, vous essayez d'être discrets ou vous donnez des coups d'épée physiquement, même si tout un panel de règles encadrent et se rajoutent au truc. Il y a des organisateurs qui gèrent le scénario mais aussi les aspects logistiques et aussi des personnages non-joueurs (PNJs) qui jouent tous les rôles ponctuels, de l'orque qui vous attaque et est destiné à mourir au mendiant qui met de l'animation dans la ville. Cela se déroule très souvent dans des univers de fantasy mais tout est possible.

Pour ce qui nous intéresse ici, le combat, cela se résout le plus souvent avec des armes en mousse à tige de carbone qui permettent se se toucher sans se faire mal tant qu'on ne tape pas comme une brute. Les personnages ont un certain nombre de points de vie et les armes en enlèvent elles aussi un certain nombre (de base 1pv par coup en général) à zéro PV on est généralement agonisant et on frôle la mort. Pour des raisons de sécurité on interdit les coups d'estocs mais aussi les coups à la tête et aux parties intimes, parfois aux mains mais cela dépend des règles. On a donc des armes plutôt légères mais capables de faire des parades correctes (il y a aussi des boucliers) mais un panel de coups limités. C'est suffisant pour avoir une vraie impression de combat mais on est très loin d'une simulation réaliste. C'est même souvent assez moche à regarder mais ce qui est intéressant c'est de le vivre. Notons qu'on combat rarement tout un GN (cela dépend beaucoup du type de jeu, on combattra beaucoup plus sur un GN "aventure" que sur un GN "intrigues", et pas du tout sur un GN "romanesque"). Ajoutons qu'un GN se déroule sur quelques jours (souvent un week-end) et de façon ponctuelle. Même en en faisant beaucoup ça ne sera pas aussi régulier qu'un entraînement hebdomadaire. Par ailleurs, il n'y a pas vraiment d'enseignement de l'escrime GN, il y a eu des tentatives, il y a quelques associations qui ont des entraînements réguliers mais cela reste très rare.

En revanche il y a plusieurs choses intéressantes à noter : tout d'abord on incarne son personnage, on le vit, donc on n'a pas envie de le perdre, qu'il meurt, on a donc un certaine expérience de la peur, mais aussi parfois des obligations morales. Lors d'un de mes premiers GN je jouais un maître des runes nain, nous nous retrouvons confrontés à des orques assez impressionnant et plus nombreux que nous, mon premier réflexe était de m'enfuir, me mettre en sécurité mais là je me dis aussi que, entourés d'humains, je ne peux pas fuir devant des orques sans faire honte à mon peuple, et me voilà donc, allant par devoir, dans un combat peut-être perdu. Une autre chose c'est qu'on peut y expérimenter le combat de groupe, aussi bien en "escarmouches", c'est à dire souvent moins de 10 combattants en tout, qu'en "batailles" avec plusieurs dizaines de combattants de chaque côté. Cela vous apprend à rester groupé, à faire attention à vos arrières, à ne pas vous faire encercler etc. C'est une expérience que peu de pratiques du combat de loisir ou de compétition proposent.

Début de combat pendant le GN Les principautés frontalières de l'Asso Aquilon en 2018 au fort de Monbré
Photo par Efel/PhotoGNik

Finissons sur deux pratiques de GN plus axées sur le combat : les GNs "baston" et le trollball. Les GNs "baston" sont plus des wargames grandeur-nature, il y a en très peu organisés chaque année (généralement  et les meilleurs vous proposent des règles un peu différentes : on peut frapper à la tête et on peut se repousser (en faisant attention évidemment de ne pas faire tomber l'autre dans un ravin ou des ronces), on y modère aussi moins ses coups même si le but ici n'est pas la violence. Pour cela les casques sont obligatoires et les protections (au moins un gambison et de gants) fortement recommandées. Cela supprime des problèmes récurrents de ceux qui se cachent derrière des boucliers énormes et qu'on ne peut atteindre parce qu'on ne peut pas les toucher à la tête et cela permet plus de physicalité avec des masses de combattants en armure qui se rentrent dedans. On y vit plusieurs scénarios aussi bien de batailles rangée que d'escarmouche.

Le Trollball est une simulation de football américain, en général à 5 contre 5, dans un monde fantastique où, au lieu de plaquer ses adversaires, il faut les toucher avec une épée pour les mettre hors de combat. On a donc le choix entre jouer la balle pour marquer un touchdown ou éliminer les adversaires (souvent on fait un peu les deux). Pour le fun il existe des tonnes de règles optionnelles avec des magiciens, des armes différentes etc. On a donc la possibilité de combattre en groupe, avec des stratégies. C'est cardio, c'est rapide et ça vous apprend à bien vous déplacer en combat.

Le GN est donc une activité sympathique, qui vous permettra même souvent de réutiliser vos costumes et peut vous apprendre des trucs sur le combat, et notamment le combat de groupe.

 
Reportage sur le trollball à Argentan sur ma chaîne YT Tendance Ouest

Le combat de reconstitution médiévale***

Avantages : des armes utilisées en escrime de spectacle, port de l'armure, combat de masse

Inconvénients : des coups limités aux coups de taille, une escrime sans armure pratiquée en armure, un encadrement très faible et des enseignants aux niveaux très divers

Lors des camps et événements de reconstitution médiévale il est fréquent de voir des combats à l'épée (et autres armes). Il peut s'agir d'escrime plus ou moins chorégraphiée (souvent assez mal) mais aussi d'opposition. On en a ici en général de deux sortes : les mêlées médiévales et les "joutes courtoises".

La joute courtoise est le terme le plus fréquemment utilisé pour désigner des compétitions de combat à pied, le plus souvent à l'épée longue et en armure. Les épées sont des épées de reconstitution médiévale, évidemment non tranchantes et à la pointe arrondie. Le but est généralement de porter un certain nombre de touches à l'adversaire. Pour des raisons de sécurité les combattants ne portent que des coups de taille et ils sont normalement protégés ; en armure de plates ou avec au moins suffisamment de protections pour ne pas se blesser. On a donc un combat qui vous force à utiliser correctement une épée longue (ou épée-bouclier etc.) donc à comprendre son poids, le principe de levier etc. Même si on n'y apprendra pas forcément les subtilités de l'escrime lichtenauerienne ou autre on en vient forcément à des gestes assez correct. En revanche, ce qui est moins historique, c'est qu'on ne porterait pas ce genre de coups sur un adversaire en armure où on jouerait plutôt de la demi-épée. On a donc un style de combat sans armure pratiqué en armure, c'est là le paradoxe.

Les mêlées ont autant de règles que d'événements de reconstitution. On agit en groupe en combattant à la touche mais en ne frappant que les zones protégées. Cela fait beaucoup confiance au fair-play de l'adversaire, c'est parfois à la limite de la sécurité et donc très imparfait mais cela reste du combat de groupe et même de la bataille ce qu'on a rarement l'occasion de pratiquer et en soi cela garde un intérêt.

L'un des principaux problèmes reste que cette activité se pratique au sein de troupes et que le niveau de ceux qui vont vous enseigner les techniques est très variable. Il n'y a aucun encadrement institutionnel, pas de formation, tout ce fait par transmission orale. Certains comme les amis avec qui j'ai tourné le combat de Donjons et Dragon ont une pratique très sécurisée mettant l'accent sur le contrôle de son arme, d'autres peuvent être carrément dangereux.

Par ailleurs c'est une pratique qui demande en elle-même de faire partie d'une troupe de reconstitution médiévale et donc d'y consacrer un certain nombre de week-ends, mais aussi de temps à acquérir ou fabriquer son matériel et, évidemment, d'argent, d'autant que vous devrez acheter une armure ou des pièces d'armure. Notons cependant que presque tout votre matériel de reconstitution (costumes, armes, armures, meubles, campement) pourra être réutilisé en escrime de spectacle. Si vous faites déjà de la reconstitution médiévale ou avez envie d'y consacrer le temps et l'argent nécessaires considérez donc ces pratiques pour vous améliorer, sinon regardez ce qui existe d'autre près de chez vous.

Tournois des soldats lors de la fête médiéval du château de Tiffauge en 2023
photos du reportage sur le site Moyen-Âge Passion

La canne de combat***

Avantages : un encadrement au sein de la FFSBF, une arme intéressante, des déplacements variés et identiques

Inconvénients : des coups trop codifiés, une "escrime" trop irréaliste

On parle ici de la "canne de combat", c'est à dire de la discipline enseignée au sein de la Fédération Française de Savate Boxe Française et Disciplines Associées (FFSBF). Ce sport a été codifié par Maurice Sarry qui l'a ressuscité mais lui a aussi donné un caractère très particulier. Ainsi les zones de touches sont limitées à la tête et aux tibias ainsi qu'aux flancs pour les hommes uniquement. Il n'y a pas de coups diagonaux seulement verticaux et horizontaux et la canne doit absolument être armée derrière la ligne des épaules pour que le point compte. Voilà pour les principales règles dont vous voyez qu'elles sont très contraignantes.

L'ensemble donne des mouvements assez esthétiques avec des esquives sautées et des grands moulinets ce qui peut être intéressant si l'on veut montrer beaucoup d'ampleur mais ne l'est pas dans un style plus "rude", plus réaliste, comme un combat de rue de la Belle Époque par exemple (voir mon article sur le sujet). Il n'y a en effet pas de coups d'estoc, pourtant très efficaces à la canne, ni de coups de pommeaux. On ne cherche pas à casser le bras alors que c'est une technique très efficace dans la rue et, avec une canne plus réaliste (et un peu plus lourde) on n'a normalement pas besoin d'armer autant son coup pour faire mal. On n'apprend donc ici un seul style de combat : canne contre canne avec un style très ample, impressionnant mais sans grand réalisme. Si on se cantonne à ça on risque vite de tourner en rond dans ses scénarios et il faudra aller chercher d'autres coups historiques pour varier les plaisirs et les chorégraphies.

Alors évidemment on y apprend quand même à gérer une opposition avec tout le stress que cela comporte, on apprend à parer et à esquiver et même, à esquiver en sautant ce qui n'est pas forcément chose évidente. C'est un sport armé donc on apprend à gérer une arme et pas seulement des poings ou des pieds et toutes les exigences de stabilité dont j'ai parlé auparavant sont là, d'autant que les déplacements sont les même qu'en escrime. Mieux encore, concernant ceux-ci, on y apprend à se déplacer sur les côtés ce que ne vous apprend pas l'escrime sportive par exemple.

La discipline se pratiquant au sein de la FFSBF et on bénéficie donc d'encadrants formés et d'une pratique codifiée ce qui limite les mauvaises surprises. Néanmoins il faut garder à l'esprit que la spécialité de la plupart des enseignants est la Savate-Boxe Française et non la canne de combat qui reste une discipline mineure au sein de la fédération (mais c'est aussi le cas de l'escrime artistique au sein de la FFE). En revanche vous pourrez aussi apprendre le bâton français (sans opposition) voire la savate pour enrichir vos chorégraphies. Si vous voulez préparer des combats de la Belle Époque la canne de combat (et la savate) restent des disciplines intéressantes même si des clubs d'AMHE consacrés à cette époque resteraient un meilleur choix. Mais vous trouverez aussi ce que vous pouvez là où vous êtes.

Petite finale des championnats de France de canne de combat 2024

Le sabre laser sportif** 

Avantages : utile si vous voulez faire du sabre laser artistique

Inconvénients : des coups très codifiés et irréalistes

On peut tout à fait pratiquer le sabre laser en escrime de spectacle. On peut le faire de façon libre, en s'inspirant de diverses traditions martiales (épée longue germanique ou messer germanique par exemple), mais on peut aussi respecter les règles imposées par diverses formes qui ont été crées et qui sont utilisées pour les championnats de la FFE. Personnellement je n'en vois pas trop l'intérêt mais ce n'est pas le sujet ici.

Parallèlement on enseigne aussi le sabre laser sportif au sein de la FFE. Il existe parallèlement d'autres associations qui n'ont pas rejoint la FFE et au sein desquelles vous pouvez pratiquer le sabre laser. Comme les sabres sont faits en plastique dur on utilise normalement des protections même si il semble que certaines associations n'en utilisent pas. Je vous déconseille fortement toute association qui ne protégerait pas au moins la tête de ses participants, je ne crois pas en une maîtrise constante des coups en situation d'opposition et la médecine a revu récemment la gravité des traumatismes crâniens, surtout quand ils sont répétés. Tant qu'à faire mettez également des gants, et si possible protégez aussi le corps, ça vous évitera d'avoir mal. Honnêtement, c'est un loisir, pas la peine de se faire mal parce que, soi-disant, vous auriez plus envie de vous protéger. Vos compétences de sabre laser ne vous serviront à rien d'autre qu'à faire... du sabre laser. Donc franchement pensez à vous.

Toutes ces pratiques du sabre laser ont leurs interprétations et on créé des "formes" auxquelles sont associées des techniques particulières inspirées d'un peu tout mais beaucoup de techniques orientales, probablement parce que c'était le background martial des premiers créateurs. Ainsi, un peu comme à la canne de combat, pour qu'un coup soit valable il doit respecter certains codes dont un certain armé etc. Par exemple les règles de la FFE encouragent des coups armés qui découvrent l'attaquant. De fait cela habitue les corps à une pratique en décalage avec des réalités martiales comme se prémunir des contre offensives. Ces diverses règles limitent donc énormément les techniques et la transposition à d'autres armes. En gros, c'est essentiellement utile si vous voulez faire un combat artistique au sabre laser et c'est tout. Si c’est votre objectif, pourquoi pas, surtout si votre club enseigne aussi le sabre laser, sinon eh bien, faites plutôt de l'épée sportive ! 

Quelques images du championnat de France à Metz en 2023

Les pratiques armées asiatiques (kendo, kali et autres)* à ***

Avantages : pratique avec armes, diversité d'armes selon les disciplines

Inconvénients : pratiques souvent très codifiées, armes différentes des armes occidentales

Je vais ici évacuer toutes les disciplines asiatiques même si, idéalement, chacune mériterait son paragraphe. Néanmoins notons qu'on est déjà sur des armes et même, parfois, sur des philosophies d'affrontement, assez différentes de l'escrime de spectacle occidentale. Les positions de corps sont différentes, les gardes, les frappes, surtout dans les arts martiaux les plus codifiés. C'est cette codification qui est aussi un souci nous concernant (rappelons que je parle ici dans la perspective de compétences transférables à l'escrime de spectacle). Elle vient freiner notre panel de coups et la possibilité de variations. Il en est évidemment de même pour tous les sports avec des zones de touche spécifiques, des façons de porter les coups non valables etc. 

Parmi tous ceux-ci considérez néanmoins deux disciplines : le kali eskrima et le sport chanbara. Le kali est d'origine philippine et on y manie de bâtons mais aussi des machettes et des couteaux en escrimant à une ou deux mains. Toutes les surfaces ne sont pas valables mais on a quand même une simulation honnête de combat armé avec la possibilité de varier les armes dont certaines sont intéressantes dans des scénarios de combat urbain ou même de combat tout court à l'arme blanche. Il y a peu de clubs de kali en France mais c'est une discipline intéressante.

Le sport chanbara est une discipline de la Fédération française de judo, jujitsu, kendo et disciplines associées qui se pratique avec des armes en mousse de tailles variables simulant diverses armes japonaises (couteau, sabre court, sabre long, lance, arme d'hast et même doubles lames). Les coups sont peu codifiés et, ce qui est intéressant, et il y a même des duels avec des armes différentes, ce qui est rare. Les protections sont légères ce qui est toujours avantageux (et peu onéreux). Malheureusement la pratique est très peu répandue en France et vous aurez peu de chances de trouver un club près de chez vous.

Duel de chanbara en armes mixtes
photo : Antoinette Barillet pour le Progrès

Les sports de combat à mains nues * à **

Avantages : intéressant pour rajouter du corps à corps

Inconvénients : très éloigné du combat avec armes

Ajoutons quelques mots sur les sports de combat à mains nues, que cela soit les boxes ou les luttes ils vous permettront évidemment de ressentir l'opposition, le stress, le combat etc. En revanche le principal souci est la différence entre le combat armé ou non armé. Je l'ai déjà dit par le passé mais l'arme change tout. Dans le combat non armé rares sont les coups qui finissent le combat, c'est bien sûr possible mais il fait savoir taper correctement et, surtout, au bon endroit. Vous pouvez ainsi facilement risquer un coup et, surtout, vous devez pouvoir enchaîner les coups. En combat armé la majorité des coups risquent de vous blesser, souvent gravement et vous en voulez absolument pas vous exposer. Et cette limite est donc un problème pour la transposition de sensations.

En revanche le combat non armé peut être intéressant pour rajouter du corps à corps dans vos combats. Je vous conseille plutôt diverses formes de luttes, idéalement debout (malheureusement ce n'est pas le plus fréquent). La lutte est en effet plus répandue dans toute l'histoire (et dans le monde). La boxe anglaise ne nait qu'au XVIIIe siècle, la savate peut-être à la même époque mais on la connait surtout au XIXe siècle. Je vous conseillerais donc plutôt des arts martiaux occidentaux, plus compatibles avec les époques que nous simulons.

Pour résumer, les sports de combat occidentaux (luttes, boxes anglaise et française)sont un peu intéressants en complément. Pour les autres ça sera plus par passion personnelle que pour compléter votre pratique de l'escrime de spectacle.

Finales du Championnat d’Ile-de-France de boxe anglaise amateur 2009.
(Wikimedia Commons)

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Pour conclure je dirais qu'il vous faut d'abord rechercher une discipline maniant idéalement les mêmes armes, ou le même type d'armes que vous souhaitez manier en spectacle. Les AMHE répondent théoriquement à tout cet éventail mais, si vous pouvez trouver de l'épée longue un peu partout, vous n'aurez pas forcément de la rapière, de l'épée de cour ou du sabre. Ainsi, si vous voulez faire des spectacles à l'épée de cour, l'épée d'escrime sportive vous en apprendra probablement beaucoup plus que si vous faites de l'épée longue ou même de la rapière. Ainsi, vous inscrire au cours d'épée de votre club d'escrime n'est pas à négliger d'autant que vous connaissez probablement déjà les lieux et les personnes. Ajoutons que si jamais vous envisagez de faire de l'escrime votre profession vous ne pourrez couper à la partie escrime sportive du BPJEPS "Escrime pour tous". Et je ne parle pas de devenir maître d'armes.

Pour le reste c'est clairement moins répandu et moins intéressant et cela dépendra finalement beaucoup de vos goûts, de vos amis etc. Si vous aimez les campements historiques alors rentabilisez vos costumes et pratiquant aussi l'escrime de spectacle. De même si vous aimez le GN, d'autant que le GN est souvent une activité ponctuelle donc qui ne vous prendra pas tous vos week-ends. Pour les autres activités, si elles restent utiles, c'est surtout pour d'autres raisons que vous voudrez les pratiquer.

Comme je l'ai aussi dit, ici on a surtout un idéal, une analyse qui supposerait que tout soit praticable près de chez vous. Or, pour la majorité de ces activités (en dehors des grandes fédérations nationales), vous serez très dépendant de ce qui est proposé dans votre ville ou les villes proches ainsi que des horaires de ces activités. Mais n'hésitez pas à vous ouvrir à d'autres visions et à tester l'opposition, vous ne pourrez que vous améliorer !